‹ Constantinople byzantine et les voyageurs du LevantChapitre 20 sur 34 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les Voyageurs du Levant au XIX e siècle

Pouqueville : la Porte Dorée. Wittmann. Clarke : une inscription à Sainte-Sophie. Murhard. Chateaubriand. Hobliouse ; la Colonne du Sérail. L’ambassade du comte Andréossy ; ses collaborateurs Préaulx et Pertusier. Tançoigne. Brayer. Le vicomte de Marcellus. Stürmer. Le comte de Forbin. Mac-Farlane. Un. voyageur anonyme. J. von Hammer. Lamartine et Delaroière. Cornille. Fossati et Salzenberg : les premiers relevés à Sainte-Sophie. Newton : la première fouille à l’Hippodrome. L’architecte A. Lenoir. Gérard de Nerval. Maxime Du Camp : un sarcophage en porphyre. Théophile Gautier. Edmondo de Arnicis : sculptures aü Château des Sept Tours. Edmond About : l’œuvre qui reste à accomplir. Les études d’ensemble.

Un événement politique allait donner l’occasion à un Français, comme autrefois à l’Arabe Ibn ben Iahja et au Munichois Schiltberger i , de visiter la capitale. Pouqueville, qui avait accompagné l’expédition d’Egypte, fut pris à son retour par les Turcs et enfermé aux Sept Tours. «Elles sont particulière-

1 V. plus haut, p. 28, 46.

ment connues en Europe, dit-il, pour être la prison où les Turcs ont coutume de renfermer les ambassadeurs et les ministres des puissances avec lesquelles ils sont en état de guerre. » Le prisonnier eut tout le loisir d’étudier l’administration intérieure et la topographie du trop fameux château et d’examiner sous toutes ses faces la Porte Dorée. Celle-ci n’était plus depuis longtemps l’arc de triomphe par lequel les empereurs grecs rentraient dans leur capitale; le Turc victorieux l’avait transformée en une porte de prison. Les tours de marbre servaient de cachots « froids et horribles » ; les trois arcs avaient été murés ; les ornements, qui décoraient le grand arc du milieu, étaient pulvérisés. Un seul avait été épargné : c’était un vaste « écusson », entouré d’une couronne de laurier et renfermant le monogramme’du Christ. Aux angles des tours, sous la frise, Pouqueville a vu les « aigles romaines »; plus loin, les propylées avec ses deux colonnes de marbre. Il ajoute : « Il y a une douzaine d’autres colonnes, qui soutiennent des entablements, et on y voyait autrefois des bas-reliefs ; à cause des décombres et des terres amoncelées contre ces ruines précieuses, on ne peut distinguer leur base, ni les ornements qui s’y trouvaient. » Ainsi les bas-reliefs avaient bien disparu, comme l’avaient remarqué Comidas de Carbognano et James Dallaway mais les encadrements sculptés subsistaient en 1801 1 2 .

1 V. plus haut, p. 200-201.

2 Sur ces sculptures dont plusieurs ont disparu ou sont mutilées, v. J. Strzygowski, Das goldene Thor in Konsiantinoftel (Jalirbucb des Kaiserlich deutschen archaeologisclien Instituts, t. VIII, 1893, p. 8, fig. 5 , p. 12, i 3 , fîg. 9, p. i 5 , 16, fig. 10, p. 21, 23 , fig. i5, 16.

BT UîS VOYAGEURS DU LEVANI

Pouqueville put visiter Sainte-Sophie « en payant un imam », et même pénétrer dans les jardins du

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I j ig. 42. Aqueduc de Valens

sultan. Une excavation du rempart de la seconde enceinte lui permet de « porter ses regards dans

rintérieur du palais », et d’y apercevoir une Colonne, surmontée d’un chapiteau d’ordre corinthien, qu’il

prend par erreur pour la Colonne d’Arcadius 4 .

« C’est à peu de distance de cette colonne que se trouve le harem d’hiver des femmes du Grand Seigneur, le trésor, enfin, des lieux qui ne sont connus que du souverain et de ses eunuques noirs 1 2 3 . »

William Wittmann, qui accomplissait une mission militaire en Turquie, écrit ses impressions de Stamboul sous Sélim III. Au début du xix c siècle, l’intérieur de la ville était toujours le même, avec des maisons pauvrement construites et. tristes d’aspect, des rues étroites et malpropres. Il trouve que l’air ne circule pas assez librement dans ces rues surplombées par les moucharabies 3 .

Son compatriote, le célèbre voyageur Clarke, qui passe à Constantinople en 1801, éprouve la déception de ceux dont l’imagination est surexcitée par les descriptions de palais et de bains, de portiques et de temples, de cirques et de jardins, et qui sont loin d’être charmés en voyant des rues sales et obscures, des boutiques étroites et mal éclairées, des impasses couvertes, qui servent de bazars. Clarke en conclut que la ville qu’il avait sous les yeux ressemblait beau-

1 Sur cette colonne du Sérail, v. plus haut, p. 22, i 58 .

2 Cf. F. C. H. L. Pouqueville, Voyage en Morée, à Constantinople , en Albanie et dans plusieurs autres parties de l’Empire ottoman , t. II, Paris, i 8 o 5 , p. 1 s., 62, 70-72, 83 - 86 , n 3 , 248.

’ 3 Cf. W. Wittmann, Travels in Turkey, Asia-Minor, Syria 'and across the desert into Egypt, Londres, i 8 o 3 , p. i 3 , 34, 64, 76, io 5 . Le voyageur a vu aussi l’Hippodrome et ses monuments, la Colonne en porphyre de Constantin, Sainte-Sophie et les murs d’enceinte, dont plusieurs tours avaient été jetées à bas par le tremblement de terre de 4 768.

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coup à l’ancienne. Il visite Sainte-Sophie à plusieurs reprises et y fait une constatation intéressante. « Dans

le grand arc, qui fait face à l’entrée principale, une mosaïque de couleurs représente des figures de saints, de la Vierge et d’énormes ailes sans corps. Dans cette partie de l’édifice nous copiâmes quelques lettres d’une inscription, qui est sans aucun doute

contemporaine du monumént ; bien qu’elle présente une légende très imparfaite, elle doit être conservée, car rien de semblable n’a été jusqu’ici remarqué à Sainte-Sophie. »

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Il est probable que, comme il arrive parfois dans les anciennes églises converties en mosquées, le badi-r geon turc était alors tombé en plusieurs endroits *. Cette inscription ne doit pas être celle qui a été signalée au xvn° siècle par de Stochove. Cette dernière, qui commémorait la dédicace de la Grande Eglise par Justinien, « était sur une bordure en haut, qui règne autour de l’église » -. Elle était sans doute

1 Cf. E. 1 ). Clarke, Travels in varions countries of Eurofia^ A sia and Africa, t. II, Londres, i 8 i 3 , p. 3 , 35 - 36 , 56 - 58 , 71 3 , 719. Le

voyageur avait accompagné à l’Hippodrome l’artiste Préaulx, qui en dessina une vue insérée dans le livre de Clarke. La place de l’At- Meïdan avait l’aspect qu’elle présente aujourd’hui. La Colonne serpentine est découronnée. Sur Préaulx, v. plus loin.

2 V. plus haut, p. 12p.

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sur la corniche, qui fait saillie à la base de la grande coupole. L’inscription, copiée par Clarke, est difficile à localiser avec précision 1 ; elle est malheureusement très fragmentaire.

. Il s’agit sans doute d’un personnage qui a fait don

à l’église d’une somme de cinquante talents d’or, probablement en vue d’une restauration ou d’un embellissement. L’inscription était destinée à perpétuer le souvenir du très généreux bienfaiteur, dont le noin reste mystérieux 2 .

Si Clarke a la curiosité d’un archéologue, Murhard

1 Ce que Clarke entend par « grand arc, qui fait face à l'entrée principale » est peut-être le grand arc de la denii-coupolfe orientale, sous lequel s'oUatc l'abside. On sait qu'ici on a signalé les mosaïques de la Vierge et d'un archange. Sur le grand arc oriental on voyait aussi le trône du Jugement entre la Vierge et Jean-Baptiste (V. plus haut, p, 146,1Ô2), Mais on sait qu'il existe sur le grand arc occidental, du côté de l'entrée, des mosaïques représentant la Vierge entre les apôtres Pierre et Paul. (Cf. Salzenberg, Alt christ liche Bauclénkmale von Constanfinopel , Berlin, 1854, pl. XXXII.) Les « énormes ailes sans corps » pourraient être les Chérubins des pendentifs. En prenant le témoignage de Clarke à la lettre, l'inscription serait dans la partie orientale de l'église ; mais le voyageur ne précise pas l'endroit.

2 La dèrnière partie de l'inscription est très incomplète. On lit

oç y ai xp vcr °û 7i£VTr ( x.ovTa xàXavxa Oeooiç ve. êxeï . Le talent

valait cent-vingt )ixpat d'après certains auteurs ; d'après d'autres il valait cent litrae, c'est-à-dire un xevx^vàptov. E11 prenant pour base cette dernière estimation les cinquante talents vaudraient environ cinq millions dé. francs (cf. À. Ranibaud, L’empire grec au dixième siècle . Constantin Porphyrogénète , Paris, 1870, p. 167 11.4;. Du Cange, Glossarium mediae et infimae graeciiatîs, s. v. xa).avxov). Ce don considérable fut fait sans doute par un empereur ou un haut personnage. Peut-être faut-il lire à la troisième et à la quatrième ligne ÛÉO*[Tt<TTo]v. On ne peut voir dans ces lettres le nom de la Vierge ou l'abréviation de Oeoxottoc. Théoctiste, logotliète sous lé règne de Michel III (842-867), était un puissant personnage, qui s'était fait construire une demeure et un bain (cf, J, Ebersolt, Le Grand Palais de Constantinople, Paris, 1910, p. 121). C'est peut-être lui qui est désigné dans l'inscription.

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Km. 43. Citerne si colonnes de Mir-Achor-Djami

s’intéresse, surtout aux spectacles de la rue, aux mœurs turques. Il visite en touriste la ville dont il

essaie d’esquisser des tableaux 1 . Chateaubriand en

donna une vision beaucoup plus expressive dans la page célèbre, où il décrit brièvement sa première impression au moment de. son arrivée en 1806. Il admire « le plus beau point de vue de l’univers » et

visite les monumentslesplus remarquables, en compagnie de l’ambassadeur, le général Sébastiani. Mais il est visiblement dépaysé dans cette ville, où il ne fait qu’un court séjour. « On découvre çà et là, dit-il,

quelques monuments antiques, qui n’ont de rapport ni avec les hommes modernes, ni avec les monuments nouveaux dont ils sont environnés : on dirait qu’ils ont été transportés dans cette ville orientale par l’effet d’ün talisman 2 ».

John Cam Hobhousè avait emporté avec lui dans ^ ■

son voyage au Levant, en 1809 et 1810, un exemplaire de Pierre Gylli, qui lui donne l’occasion de faire cette remarque. , « Le plus grand nombre des antiquités qu’avait vues Gyllius, ont disparu ; mais il est très probable qu’une recherche attentive ferait découvrir beaucoup de monuments enclos dans les palais et les jardins des Turcs ». Plus favorisé que Pouqueville 3 , il. peut voir de près la Colonne du jardin du Sérail et en copier

1 Cf. F. Murhard, Gemâlde von Konstantinofjel, Penig, i 8 o 5 , t. I, p. 3 i s., 122 s., 25 i s.; t. II, p. 90 s,, 100 s., 112s. A la fin du t. II est reproduite une vue à vol d’oiseau, qui paraît plus ancienne que le début du xix e siècle. On y voit des maisons avec toit à double pente et des maisons à terrasse.

2 Cf. Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem, t. 1, édit. Didot, p. 292-296.

3 V. plus haut, p. 203 .

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l’inscription. Kn voyageur averti, il voit la plus grande partie des monuments byzantins, en particulier le sarcophage signalé par Salabery dans la

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