‹ Constantinople byzantine et les voyageurs du LevantChapitre 21 sur 34 · BYZANTIN K · texte numérisé non relu

BYZANTIN K

cour de Nouri-Osmanié-DjamiL Le couvercle avait disparu, et il était utilisé comme récipient pour les eaux de pluie 2 .

Cependant l’artiste français Michel-François Préaulx, qui avait dessine pour Clarke en 1801, une vue de l’ancien Hippodrome 3 , est nommé, en 1811, dessinateur de l’ambassade par le général Andréossy h . 11 participe en cette qualité aux recherches poursuivies par l’ambassadeur et par un attaché, l’oflficier d’artillerie Charles Pertusier. L’ambassadeur de Napoléon I 0r , le comte Andréossy, voulut, comme M. d’Aramon, le marquis de Nointel et le comte de Choiseul- Gouffier, que son ambassade fût en même temps une véritable mission scientifique. Il étudiait en hydrographe lé Bosphore et le système des eaux à Constantinople, les souterazis, les aqueducs et les citernes.

' Il explore avec soin et décrit avec exactitude les

réservoirs byzantins et conclut ainsi : « Les anciennes citernes de Constantinople avaient été placées avec beaucoup d’intelligence, quant aux formes du terrain et aux usages auxquels elles étaient destinées. Elles occupaient des positions dominantes et elles étaient distribuées de manière à correspondre aüx diverses régions de Constantinople. Elles étaient liées au système des conduites d’eau, qui abreuvent la capitale et

1 V* plus haut» p* 200*

2 Cf. J.-C. Hobhouse, A journey through Alhania and ather provinces of Turkey in Europe and Asia to Constantinople , Londres» i 8 i 3 » p. 941» 948» 95 o s., 974-975. Un autre Anglais,William Turner, qui passe à Constantinople en 1812, renvoie pour la description de la ville aux ouvrages de Gylli, Lechevalier et Tournefort ; cf. W. Turner, Journal of a tour in the Levant, t. 1 , Londres, 1820, p. 1, 5 o, 81.

:i V. plus haut, p. 209, 11. 1.

/l Cf. A. Boppe, op. cil., p. 201, 204, 223 s.

HT LES VOYAGEURS DU LEVANT

servaient de réservoirs supplémentaires pour les temps de pénurie ; on devait les employer comme réserves dans les cas où les environs de Constantinople occupés par les Barbares, mettraient en leur pouvoir les sources et les ouvrages d’art, qui les amenaient dans la ville. » L’ambassadeur publia en même temps que ces descriptions des relevés auxquels

Préaulx dut mettre la main L

Ce dernier travaillait aussi avec Pertusier, qui parcourait alors la ville en tous sens. « Je me lève avec l’aurore et m’arme aussitôt de mon bâton de voyage », écrit-il dans ses Promenades ; et il visite méthodiquement tous les quartiers de Stamboul. Il va jusqu’aux murs d’enceinte « bordés des cimetières immenses plantés de cyprès, qui forment autour de Constantinople une enceinte funèbre ». Sur la Marmara il voit les restes d’un ancien édifice enchâssé

dans la muraille et présentant des fenêtres à côté desquelles se dressaient deux lions 2 ; C’était la façade qui avait été dessinée auparavant par les soins de Choiseul-Gouffier 3 .

LCf. Andréossy, Constantinople et le Bosphore de Thrace pendant les années i8l2 f iSt 3 et fS?4 et pendant Vannée 1826, Paris, 1828, p. 442-456. \JAtlas contient des plans et des coupes de citernes - (pl. 3 , 5 ). La pl. 7 est une vue de là place de l’At-Meïdan. Le piédestal de l’Obélisque de Théodose repose sur un large soubassement, décoré de guirlandes.

^ CL Ch. Pertusier, Promenades pittoresques dans Constantinople et sur les riz/es du Bosphore , Paris, 181 5 , t, I, p, *104 s*, 11 5 , 120; t. II, p. 418, 423. A* Tekfour Séraï le rez-de-chaussée était encore habité; les étages supérieurs étaient à ciel ouvert. VAtlas des Promenades pittoresques y Paris, 1817, contient les dessins de Préaulx; pl. II, la Porte Dorée; pl, VIII, la place de THippodrome avec la Colonne serpentine à moitié enfouie et l'Obélisque de Théodose dont le soubassement est décoré de guirlandes.

:i Y, plus haut, p. 193,

C0 N SÏÀÎS Tl NÔ 1 *Liî BYZANTiNiî

Ainsi dans les premières années du siècle l’activité des voyageurs ne se ralentit pas. Si Tancoigne se borne à publier une courte notice sur Péra et néglige Stamboul B rayer, qui passe neuf années à Constantinople, où - il arrive à la fin de l 8 l 5 , trouve le

temps, malgré ses occupations, de faire dès observations sur la topographie de la capitale.

A l’Hippodrome l’Obélisque de pierre « menace de s’écrouler au premier jour ». ' Le mur d’eiiceinte du côté delà mer est « dans un triste état de dégradation. Tout concourt à le faire tomber en ruine ; les vagues delà mer de Marmara soulevées par le vent du Sud en minent peu à peu les fondements et finissent par en jeter bas des pans énormes, avec les tours qui en font partie. Les créneaux, rongés de vétusté, ébranlés et renversés par les vents, disparaissent aussi à mesure. » Dans le mur terrestre apparaissent aussi de grandes lézardes 1 2 .

Constantinople exerce dé plus en plus sa séduction sür l’esprit des voyageurs du Levant, qui savent de mieux en mieux en rendre-la beauté, sensible au lecteur: Le. vicomte de Marcellus, qui séjourne en OrientdelStG à 1820, en qualité de diplomate, nequitte pas Stamboul sans regrets. C’était un des derniers jours d’octobre, qui ont en Orient tout le charme de

1 Cf. J.-M1 Tancoigne, Voyage à Smyrne, dans l'Archipel et l'tle de Candie en iSll, 1812, l 8 l 3 et 1814, suivi d'une notice sur Péra et d'une description de la marche du Sultan, Paris, 1817, t. I, p. V 1 I-V 11 I; t. II, p. 41 s. I -/ouvrage est orné de deux gravures représentant la marche du sultan, d’après un dessin de Melling.

2 Cf. A. Brayer, Neuf minées à Constantinople f Paris, i 83 G, t. I, p, XI, 53 , 57 , 68-70. Le t. II contient une carte de Constantinople et du Bosphore gravée par Ambroise Tardieu; les principaux monuments et les principales rues y sont indiqués.

Vété apaisé. « J’atteignis, dit-il, la colline au-dessus d’Eÿoub ; je me retournai pour adresser un dernier adieu à la plus belle ville du monde, aux. ruines du palais de Constantin, aux grands murs des empereurs, aux dômes resplendissants des mosquées et à ces mers étincelantes sous les feux du jour » L Stürmer ressent aussi toute la majesté de cette capitale, qui

« trône sur les sept collines » â . Le comte de Forbin,

qui y passe quelques semaines en 1817, est ébloui par cette ville, « qui semble avoir été bâtie pour le plaisir des yeux >> 1 2 3 4 . Mac-Farlane s’y attarde plusieurs mois en 1828 pour « respirer comme un air nouveau dans ces. parages » L On se contentait alors de goûter l’aspect pittoresque de la ville, d’en rendre les impressions d’ensemble, comme l’avait fait le peintre Melling. « Les vues de Mèlling, dit un voyageur anonyme, dessinées avec un scrupule de vérité, poussé quelquefois trop loin dans les détails, donneront une idée bien plus exacte des édifices modernes et de l’aspect de cette ville dont tous les points de vue sont. enchanteurs, que ne le ferait la description la plus minutieuse » 5 . Pour la description des monuments on

1 Cf. de Marcellus, Souvenirs de VOrient, Paris, 1839, t. I, p. 3 s.,

60; t. Il, p. 5 i 5 , 527. /

2 Cf. L. v. Stürmer, Skizzcn einer Reise nach Konstantinopel in dcn letzten Monathen des 'Jahres 1816, Pesth, 1817, p. 240 s.

3 Cf. de Forbin, Voyage dans le Levant en 1817 et iSiS , Paris, -1819, p. 3 , 40, 48. La planche 4, représentant la place de l’At- Meïdan, est une reproduction d’uii dessin de Castellan.

4 Cf. Ch. Mac-Farlane, Constantinople et la Turquie en 1828, trad. de l’anglais par Nettement, Paris, 1829, t. I, p. 1 ; t. Il, p. 26, 253 s., 261, 287. Dans le t. I est insérée une vue de Constantinople d’après un dessin de Deroy.

fi s Cf. Notes d’un voyage fait dans le Levant en 1816 et 1817, Paris, s. d., p. 60-62, 82,117.

renvoyait, comme l’avait fait Chateaubriand, à quelques récits de voyageurs anciens i .

Joseph von Hammer, qui poursuivait dans le Levant sa carrière de diplomate et d’orientaliste, étudiait sur place l’histoire et la constitution de l'empire

Fig. 4 <i. Fétijé-T>jami\ Ancienne église du monastère de la Vierge

Paminacaristos.

ottoman. Il parcourait la ville ayant en main le plan de KauiVer, complété par Barbié du Bocage, et visitait les monuments. Puis il fouillait les livres de Gylli, Du Gange et Banduri, et rédigeait sur chaque monument de courtes notices, en s’aidant des voya-

1 Cf. Chateaubriand» op. cif p. 293, u, 1*

geurs anciens et des travaux les plus récents, comme ceux de Pertusier et d’Àndréossy i .

Le 10 juillet 18H2, Lamartine s’embarquait à Marseille pour son voyage d’Orient, siir le brick

« l’Alceste », qu’il avait frété. Il avait offert à Delaroière dé l’accompagner. Celui-ci suivit le poète pendant ses pérégrinations en Syrie, en Palestine et jusqu’à Constantinople. Ici les deux voyageurs se Séparèrent. Delaroière quitte Lamartine retenu à Constantinople, et rentre par la voie de terre, après avoir séjourné plus d’un mois dans la capitale. 11 était allé à Sainte-Sophie, où il ne vit plus « que la

structure nue du bâtiment. » 11 avait aussi fait le tour de la muraille terrestre, où il avait trouvé « le moyen âge seul debout devant lui 2 3 ».

Côrnille, qui arrive peu après, éprouve la mèmè déception à Sainte-Sophie « devant les couches .multipliées d’eau de chaux, dont les Turcs ont recouvert les mosaïques. » Sur la place, de l’At-Meïdan il a vu « des arcades ruinées et quelques vieux platanes au milieu des débris dont l’Hippodrome est encombré s ».

Cependant les Guides de Lacroix et de Quét-in. allaient faciliter les voyages et les recherches dans « la ville la plus calme de l’univers *». De plus les

1 Cf. J, von Hammer, Constantinopolis und der ISosporos, t. I, Pesth, 1822, p. 1 s M 67 s., 320 s. A la fin du t. I est reproduit le plan de Kauffer avec les additions de J.-D: Barbie du Bocage.

-2 Cf. Delaroière, Voyage en Orient , Paris, iS 36 , p. VII s., 1, 246 s., 253 , 255 , 257, 265 s.; Lamartine, Voyage en Orient > Paris, 1 835 ,

3 Cf. H. Côrnille, Souvenirs d > Orient , Paris, i 836 , p. 8 s., 3 <)i

/j Cf. F. Lacroix, Guide du voyageur à Constantinople et dans ses environs, Paris, 183 g, avec un plan <l f après celui de Kauffer* complété jusqu’à Tannée i 83 i par J. Hellert; Quétin, Guide en Orient, Paris, 1846^ p. 480 s. L’architecte Chenavard 11e put dessiner

ET LES VOYAOKUHS DU LEVANT

Grecs commençaient à s'intéresser à l'histoire et aux monuments de l'ancienne capitale, Kn 1824» un grec patriote, ami de la philologie et de l’archéologie, le

Fig* 47* Knlirjé-Djami* Ancienne église du monastère de Chora,

patriarche Constantios, avait fait paraître une description de Constantinople ancienne et moderne, qui

pendant son séjour à cause des difficultés qu’il rencontra chez les Turcs; cl. A. M. Chenavard, Voyage en Grèce et dans ic Levant fait en iSg 3 et /«Vyy, Lyon, iS 58 , p. 14. A la même époque un artiste anglais Thomas Allom réussit à travailler; cf. Th. Allom, Characler and Costume in Turkey and /ta/y, Londres, Paris, s. d. ; Constantinople in a sériés of drawings. Cette dernière publication, que je n’ai pu consulter, est citée dans l'orchheitner et Strzygowski, Die byzantinischcn Wasserbehà/ter von Konstantinopel, Vienne, i 8 q 3 , p. $7,

est la première œuvre grecque importante 1 . Plus tard Vyzantios continuera l’œuvre commencée par son compatriote 2 .

L’année 1847 marque une date dans les annales archéologiques de Stamboul. Abdul-Medjid, le successeur- du sultan réformateur Mahmoud II, chargeait un architecte italien Fossati de restaurer Sainte- Sophie. Au cours des travaux, qui durèrent deux ans, l’architecte put, avec le concours de son frère, découvrir les mosaïques, en les nettoyant des enduits qui les cachaient. Elles furent relevées ; mais ces dessins d’un si haut intérêt n’ont pas été publiés, et l’ouvrage de C. Fossati sur Sainte-Sophie, est resté jusqu’ici incomplet 3 * . Vers i 85 o, W. Salzenberg put aussi relever partiellement les mosaïques et publia quelques années plus tard une étude d’ensemble, qui ne pouvait être définitive L

En l 855 , la première fouille était exécutée à l’Hippodrome. L’anglais Newton dégageait la base de la Colonne serpentine. L’année suivante une fouille pratiquée à la base de l’Obélisque de Théodose, mettait à découvert des sculptures nouvelles 5 . La même

1 Cf. KtovoravTivtàç 7ia).atà xai veto-epa ï)toi TTEptypa^Yi K<o\oTavTtvov 7 to).etüç, Venise, 1824. Une traduction française a paru à Constantinople en 1846, sous le titre Constantiniade ou description de Constantinople ancienne et moderne .

2 Cf. S. Vyzantios, KtnvoravTivo-JTCoXiç \ ireptypasY) Toauoypa;pty.7| àp^ato).oYiv.v) y.al icrropty.Tj tï |ç ufcpi<i>vu(j.07àTYjç fj.svaXoTiôÀEtoç, Athènes t. I, i 85 l, t. II, 1862, t. III, 1869. L’ouvrage ne doit être utilisé, qu’avec prudence, comme celui de Constantios.

3 Cf. C. Fossati, Aya Sofia Constantinople , Londres, 1 852 , p. i- 3 , Cf. W. Salzenberg, Altchristliçhe Baudenkmaic . von Constan-

tinopel, Berlin, 1854.

s Cf. C. T. Newton, Travels and discoveries in the Levant , t. II, Londres, i 865 , p. 25 s., 36 .

année l’architecte Albert Lenoir publiait ses Instructions à Vusage des voyageurs en Orient , où il montrait par des relevés nouveaux l’insuffisance « des plans et des vues pittoresques »> et conviait « à un travail sérieux et complet, qui ouvrirait une large carrière à l’étude 4 ». La voie était dès lors tracée aux

archéologues.

Constantinople devient de plus en plus une ville d’art. Les voyageurs y viennent puiser dès impres-. sions nouvelles, mais ils se plaisent aussi, comme Gérard de Nerval, à « nettoyer cette médaille byzantine », qui ne l’est pas encore complètement aujourd’hui. L’auteur des Nuits du Ramazan ne se lasse

pas du spectacle de « cette riante et splendide cité, dont les horizons mouvementés et verdoyants, dont les maisons peintes et les mosquées si élégantes, avec leurs dômes d’étain et leurs minarets frêles ne devraient inspirer que des idées de plaisir et de douce rêverie. » Mais les monuments l’attirent aussi et il contemple longuement les restes de l’ancien Hippodrome 1 2 .

Maxime Du Camp, qui, à son arrivée à Constantinople, croyait « voir toutes les merveilles de la création rassemblées dans un vaste demi-cercle », visite plus attentivement les vieux monuments. Près de la mosquée'de Suleïman il remarque sous les arbres un grand sarcophage en porphyre rouge, rempli de

1 Cf. A. Lenoir, Instructions à l’usage des voyageurs en Orient, i 856 (Collection de documents inédits sur l'histoire de France publiés par les soins du ministre de l’Instruction publique, Paris, 1886, p. 235 s.).

2 Cf. Gérard de Nerval, Voyage en Orient, t. II, Paris, i 883 , p. g- 10, 208-209, 211-212.

CON ST A NTINOP L lï BYZ ANTIN lî

poussière et de végétation. Comme il demandait quel était ce tombeau si dédaigneusement délaissé, on lui répondit que c’était celui de Constantin, l’empereur lointain auquel l’ignorance populaire attribue encore aujourd’hui tout ce qui, à Stamboul, n’est pas d’ori-

fl

gine turque 4 .

Théophile Gautier n’a pas seulement donné une admirable vision de Constantinople dont. il sut rendre, en véritable artiste, la physionomie pittoresque et colorée; il fut aussi-un-des premiers à mettre en relief la signification des monuments, en les replaçant dans leur véritable milieu. Il décrit les remparts, « ces murailles r.oussâtres, encombrées de la végétation des ruines, qui s'écroulent lentement : dans la solitude » et les monuments deTAt-Meïdan, v

« faibles vestiges, des înagnifiçençes dont rayonnait,' autrefois cette enceinte splendide ». 'A. Sainte-Sophie, l.es n^osaïques, un instant' découvertes, avaient de

nouveau disparu sous une couche de, badigeon, etj! les imams déracinaient chaque jour avec leur cou- • teau les petits cubés, revêtus d’une feuille d’or, qu’ils vendaient aux étrangers. Seuls les quatre giganxes- J ques chérubins des pendentifs « dont les six ailes ' multicolores palpitent à travers le scintillement des cubes de cristal doré » avaient été épargnés. Encore avait-on caché leur tête sous une large rosace.

« Malgré ses dégradations Sainte-Sophie l’emporte encore sur toutes les églises chrétiennes que j’ai* vues, dit-il, et j’en ai visité beaucoup. Rien n’égale la majesté de ces dômes, de ces tribunes portant sur

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i Cf. Maxime Du Camp, Souvenirs et Paris, 1848, p. 97, 189 s., 215 s., 241, 263 s.

paysages. d* 0 mnt 9 |

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IïT LES VOYAGEURS 1 )U LEVANT 225

des colonnes de jaspe, de porphyre, de vert antique ». Il descend enfin dans les citernes, qui, placées audessous du sol t ont échappé à la destruction, et y retrouve « la poussière des siècles 1 . »

De ces « portiques sépulcraux » Edmondo de Amicis

Fig, 48. Kutchuk-Aya-Sofia-Djami. Ancienne église

des Saînts-Serge-ef>Bacchtis.

a ressenti toute la grandeur un peu mystérieuse lorsqu’il descend dans la citerne de Yéri-batan-Séraï et

1 Cf. Tli. Gautier, Constantinople, Paris, iS53, p. 225 - 226 , 270 s., j 279, 3oi-3o5, 309, 3 io. II signale, comme Maxime Du Camp, le sarcophage en porphyre, près de la mosquée de Suleïman. Le voyageur et historien Fallmerayer, qui s’arrête à Constantinople en allant à Trébizonde, a donné une vue d’ensemble de Stamboul; cf.• J. Pli. Fallmerayer, N eue Fragmente ans dem Orient , Leipzig, 1861, p. XIII s., 14.

CON ST A N Tl NO PEE B YZANTIN E

contemple ce vaste lac souterrain d’où émerge une forêt de colonnes. Le voyageur italien a vu encore au Château des Sept Tours « le long des murs, parmi lés broussailles, des fragments dé bas-reliefs, des fûts de colonnes et des chapiteaux à demi-enterrés, presque couverts par les mauvaises herbes et par l’eau des bourbiers ». Enfin il a ressenti à Sainte- Sophie le choc que l’on éprouve, quand de la porte du second narthex « on embrasse d’un seul coup

d’œil ce vide énorme » et cette coupole, qui s’ouvre vers l’infini 4 . « Le temple d’Ilagià-Sophia, qui est à

Byzance, produit un effet divin avec ses briques et

son plâtras. Il est l’image de la voûte du ciel », écrivait Renan à la même époque K

Cette « majesté de Sainte-Sophie » Edmond About l’a rèssenfie également; et il a tracé, en cette fin du

xix 0 siècle, l’œuvre qui reste à accomplir : « La Cité impériale fourmille de tombeaux historiques, de colonnes'gréco-romaines,de citernes monumentales; tout cela est perdu, noyé dans des propriétés privées.

L’ancien Hippodrome, illustré par les rivalités sanglantes des Bleus et des Verts, sera fouillé assuré, ment un jour ou l’autre, et, à deux ou trois mètres au-dessous du sol actuel, l’archéologue y découvrira des trésors 1 2 3 . »

1 Cf. E. de Amicis, Constantinople , trad. par Mme J. Colomb, Paris, i 883 , p. 189, 288, 378-379.

2 Cf. E. Renan, Souvenirs d’enfance et de jeunesse, Paris, i 883 , p. 72.

3 Cf. E. About, De Pontoise à Stamboul, Paris, 1884, p. 102, 407.

*îf #

Ville d’art antique, ville d’art byzantin, ville d’art musulman, Constantinople a fait, depuis la fin du xix® siècle, l’objet d’études d’ensemble, où l’on condense pour le grand public les résultats des recherches spéciales 1 . Cette ville de nature composite,

comme les peuples qui Fhabitent, comme les langues qu’on y parle, est difficile à déchiffrer. C’est un amalgame complexe d’édifices de tous les âges. Aussi ces

ouvrages de 'vulgarisation, qui exigeraient des connaissances approfondies à la fois en art byzantin et en art musulman, contiennént-ils parfois des erreurs et des. inexactitudes. Mais ils ont . le mérite d’attirer

F 1 ■ fc

l’attention sur la ville, et de continuer la tradition des

voyageurs du Levant, de çes vieux voyageurs, qui

ont presque tous apporté une pierre à l’édifice qu’ils se proposaient de reconstruire.

1 Le petit livre de P. A. Dethier, Der Bosphor und Constantinopel, Viennë, 1873, est sans valeur. L’ouvrage de E. A. Grosvenor, Constantinople, Londres, 1895, 2 vol., qui contient de nombreuses illustrations, est une œuvre de vulgarisation intelligente. De nos jours ces manuels se sont multipliés et sont ornés de dessins, d’aquarelles et' de photogravures. On citera : H. Barth, Constantinople, Paris, 4903 (Collection des villes d’art célèbres); Warwick Gobbe et A. van Millingen, Constantinople, Londres, 4906 ; C. Gurlitt, Konstantinopel, Berlin, 4908; W. H. Hutton, Constantinople, Londres, 4909 (Collection Mediaeval Towns) ; Djelal Essad, Constantinople, de Byzance à Stamboul, Paris, 4909. .

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