‹ Constantinople byzantine et les voyageurs du LevantChapitre 7 sur 34 · CONSTANT! NO P LIS BYZANTINE · texte numérisé non relu

CONSTANT! NO P LIS BYZANTINE

V e siècle à l’Hippodrome, avaient été transportés dans le voisinage de Sainte-Sophie 1 .

Dans les églises qu’il visite, Saints-Apôtres, Pantocrator, Blachernes,' le missionnaire du duc de Bourgogne énumère les « sainctes reliques », dans le style savoureux, frais et naïf des anciens conteurs. Et il termine modestement sa relation en ces termes : « S’il n’est si bien dict que autres le pourraient bien faire, je supplie qu’il me soit pardonné » 2 .

Quelques années avant la date fatale de 1453, Constantinople recevait la visite d’un Français, Gilles le Bouvier, dit Berry, premier roi d’armes de

Charles VII. Sa description est très succincte : « Constantinoble est assise sur la mer, et viennent marchans de tous païs chargier et deschargier. En icelle cité a une moult belle église nommée Saincte- Soufie de Constantinoble, qui est toute de marbre» 3 .

Un Russe Nestor-Iskander, qui se trouvait à Constantinople en 1452-1453, a écrit le récit de la fondation de la ville par Constantin et de la prise de la « Nouvelle Rome », comme il l’appelle, par les Turcs. S’il s’étend avec complaisance sur les icônes et les reliques, il ne fait guère que citer les noms de quel-

ques églises célèbres. Mais il a vu le Grand Palais, l’Hippodrome et surtout deux portiques (oùu la^ôXojç)

et d’autres « rues couvertes pour le commerce».

1 V. plus haut, p* 57.

- Cf* Ch. Schefer, Le Voyage d* outremer de Bertrandon de la Broquière, Paris, 1892, p. XV s., 1 s., 1 52 - 1 54, 159-167, 170, 261.

Cf. E. T. Hamy, Le Livre de la description des Bars de Gilles le Bouvier y dit Berry , Paris, 1908, p. 5 , 9, 93.

Cf. Léonici, Povjest o tsargradje , ego osnovanij i vzjatij Tur kami v tg 53 go du. Nés fora - Isk a n dera XV vjeka (Pamjatnik drevnej pismennosti , Pétersbourg, 1886, p. IV, 1 s., 4 s.)

Ht

.iv’

.Yfiâtë

1ÏT LUS VOYAGHURS DU IÆVANT

Constantinople a exercé au moyen âge une puissante force d’attraption. Elle attire à elle les pèlerins,

qui, poussés ver^l’Orient par la foi religieuse, attachent la plus grande importance aux objets du culte et ne se lassent pas d’énumérer les reliques. Les pages de ces écrivains évoquent surtout le tableau de la ville mystique, dont ils subissent le prestige. Que l’auteur soit simple pèlerin ou chevalier de la Croisade, toujours il est crédule et sincère: son âme naïve et simple se réfléchit 1 dans son récit comme dans un miroir.

On rencontre aussi des voyageurs, qui ne se contentent pas de visiter les sanctuaires, mais qui tournent leurs regards vers les autres monuments. Ils viennent en Orient soit pour faire des découvertes et élargir l’horizon de leur savoir, soit pour des raisons politiques. Çes auteurs ne sont pas non plus des artistes ; ils n’ont pas l’habileté à manier la plume nécessaire pour donner du relief à leurs descriptions; ils ne savent pas évoquer chez le lecteur l’image, des choses qu’ils ont vues. Certes, ces voyageurs ne sont pas tous insensibles à la beauté; ils ne sont pas tous atteints de cécité pittoresque. Mais ceux-là mêmes qui s’enthousiasment, se bornent à consigner leur opinion en quelques phrases. Ils formulent un jugement plutôt qu’ils ne traduisent une émotion ou une sensation. La poésie des formes et des couleurs ne les touche pas assez.

Cependant, si leur esprit brumèux ne parvient pas u donner une vision nette des choses, ils fournissent des renseignements précieux sur les monuments dis-

CO N ST A NTINOPLlî B YZ A NTI NE

parus. Et surtout ils donnent l’impression générale de la ville, telle qu’elle apparaissait à leurs yeux. Ils évoquent le tableau de la cité puissante, magnifique et débordante de vie. Elle aime garder ses trésors, qu’elle a réunis au prix de bien des sacrifices; elle sait veiller sur eux avec un soin affectueux et intelligent. Mais elle permet à tout pèlerin, qu’il vienne de l’Orient ou de l’Occident, d’en jouir et de rapporter dans son pays la vision des églises et des palais répandus sur ses sept collines et l’image de ses murailles roussâtres, baignées par les flots bleus de la Corne d’Or et de la Marmara.

Cette ville présentait au moyen âge de singuliers contrastes. Au xn c siècle, alors qu’elle n’avait pas encore subi l’assaut des Croisés, au moment où elle / était dans tout son épanouissement, on y voyait de ^ grands espaces cultivés, qui donnaient à certains quartiers l’aspect d’un grand village. Ailleurs des rues

malpropres longeaient les maisons des riches. Cons-

tantinople était bien une ville du moyen âge, avec des splendeurs, des monuments où se résumait toute l’activité artistique d’un grand peuple, des places où se dressaient des Colonnes triomphales, des rues à colonnades, larges et pavées de dalles, — mais avec des misères, des ruelles obscures et immondes. Si certains quartiers étaient d’une propreté parfaite, et bien aérés par de larges voies, d’autres, comme celui des tanneurs, étaient d’une saleté repoussante.

Chaque, corps de métier avait sa place distincte, j son quartier, avec des portes que l’on fermait, la nuit I venue, par crainte des voleurs. Les quartiers les plus peuplés étaient, déjà au x e siècle, d’après Maçoudi, ceux du littoral. La plupart des voyageurs ont insisté,

■-SJ-

);>as

'-Tj J

* 1 r t ti

yJftï

ïÎjÎï*'

Yt ' <!■

tf-L*

lïT LUS VOYAGEURS DU LEVANT

rr

en effet, sur la prodigieuse activité maritime et commerciale de ce grand port de mer, avec sa population cosmopolite, ses rues commerçantes, ses débarcadères et ses ports nombreux, ses comptoirs et ses entrepôts, installés paV^stoutes les nations dans le quartier snécial, qui avait été concédé à chacune d’elles.

La prise de Constantinople par les Croisés porta un coup très sensible à la capitale. Les voyageurs du xiv e siècle et ceux du début du xv e signalent à l’intérieur de la ville beaucoup de maisons et d’églises en ruine. Le centre de la ville se dépeuple; certains quartiers sont morts; mais les quartiers maritimes sur la Corne d’Or sont toujours surpeuplés et débor¬

dants de vie. Sur le littoral de la Marmara, par con-

§ Ire, les ports s’ensablent, le Phare s’écroule. Les I vastes citernes à ciel ouvert ne sont plus entrete- ■ nues; elles sont plantées de vignes. L’église des î. Saints-Apôtres a subi, au début du xv° siècle, les I atteintes du temps. Sainte-Sophie elle-même. est |entourée de ruines, et plusieurs de ses portes sont llonibées. De la place de l’Augustéon il ne reste que Iquelques vestiges, du Grand Palais que des ruines. gSi V Hippodrome conserve dans les premières années

pdu xv° siècle ses portiques, ses gradins, sa spina sur laquelle se dressent, outre les monuments triomphaux, •gdes colonnes supportant des statues, il est, quelques fumées avant 1453, dans un état de profonde dégra- Ration, dont une vue ancienne, reproduite par Onu- Jfrio Panvinio de Vérone (l529-i568), donne une idée É’en semble 4 .

si ■

m Lette

Ü gravure fut reproduite en premier Heu par Panvinio dans

! É on traité De ludîs circensibus, qui est inséré dans G* Graevius jà^ ncsaiirus aiUiquiiaium romanarum y t* IX, Lu gel* Batavor., 1699,-

Bien peu des œuvres d’art, qui avaient été accumulées dans la célèbre arène, subsistaient au milieu du xv° siècle. Les pèlerins du moyen âge ont signalé beaucoup de statues d’hommes, de femmes, d’animaux, et l’on sait par les sources byzantines la richesse de cette collection de statues, qui avaient transformé le Cirque en un véritable musée 1 . Le pii-

Iage de la ville en 1204 ne contribua point à conserver à Byzance la suprématie dans le domaine de l’art. Les Croisés n’épargnèrent pas plus les statues de l’Hippodrome que les autres œuvres d’art disséminées dans toute la ville 2 . Les grands battants de la Porte Dorée, qui, d’après Maçoudi, étaient en bronze, d’après Edrisi, en fer recouvert de lames d’or, durent disparaître aussi à cette époque. La ville fut dépouillée en partie de sa plus, belle parure. Mais elle corn servait toujours son aspect du moyen âge, que les voyageurs ont révélé,, et surtout des édifices de première importance, qui étaient destinés aussi, hélas! à disparaître en d’autres temps.

col. 226, 261. Elle fut ensuite insérée par Banduri dans son Imperium orientale, t. II, Paris, 1711, p. 664. Cette gravure provenait d’une ancienne topographie de Constantinople. Le dessin, exécute par un inconnu, représente l’Hippodrome tel qu’il existait un peu avant la .prisé de la ville par les Turcs. Le titre de la gravure contient une erreur. D’après ce titre l’original aurait été exécuté cent ans avant la prise de Constantinople par les Ottomans. E11 réalité le dessin date des environs de 1450 et non des environs de l 35 o, comine le prétend E. A. Grosvenor, Constantinople, t. I, Londres, 1895. p. 347, et comme l’indique après lui L. de Beylié, ]J Habitation byzantine, Paris, 1902, p. 57, qui a reproduit la gravure.

1 Cf. Unger, op. cit ., p. 3 l 7 s.

2 Cf. Nicétas Chômâtes* De signis Constantinopoliianis, éd. Bonn, p. 85 g s.

Page 1