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Saladin. Manuel d'art musulman, p

n6 CONSTANTINOPLE

vers 1615, mais fort endommagée par le grand incendie de 1660, elle fut en réalité reconstruite par la sultane-validé Terkham, et inaugurée en 1665, bien qu’elle n’ait été complètement achevée qu’en 1682 Le plan est le même que celui de Sultan Achmet : une coupole centrale épaulée par quatre demi-

coupoles, quatre petites coupoles occupant les angles du plan cruciforme. Une cour carrée la précède, au milieu de laquelle s’élève une fontaine, plus richement décorée encore que celle de l’Achmédié. Sur les façades latérales de la mosquée se développent, sous d’énormes auvents, des portiques à deux étages où, comme à la Suléimanié, l’architecte a superposé deux galeries de hauteur inégale, formées d’arcades à entrecolonnements différents. C’est, comme on l’a remarqué, par la fermeté du tracé et l’élégance de l’exécution, un des plus beaux morceaux d’architecture qu’on puisse voir. A l’intérieur, des tribunes basses à arcades inégales se disposent au pourtour des murs, et des faïences bleues et vertes sur fond blanc décorent les piliers et les parois.

Mais ce qui, dans la Yéni- Validé djami, est particulièrement intéressant, c’est l’appartement qui y a été aménagé pour le sultan et sa suite et qui a reçu en 1665 une somptueuse décoration de faïences. Cependant ce décor n’a plus la beauté de ceux du xvie siècle. La palette des céramistes s’est restreinte. Le vert n’y apparaît qu’exceptionnellement, et il est d’un ton moins intense qu’autrefois; le rouge pâlit et se rapproche du rose. Sans doute ce sont toujours les motifs qu’aimait l’art naturaliste du siècle précédent, tulipes, œillets,

Mosquée de Yéni-Validé : revêtements de faïences dans l’appartement du sultan.

Cliché Sebah.

boutons de rose, mais ils sont traités presque entièrement en deux bleus. Comme à Sultan Achmet, on y rencontre des panneaux où des cyprès s’enroulent de grappes de raisins et de feuilles de vigne : quelques panneaux aussi, étroits et longs, à flore stylisée, marquent un dernier effort d’art. Mais le dessin manque en général de netteté. On sent que la décadence est proche. Malgré cela, par l’effet d’ensemble et aussi par les beaux vitraux qui l’éclairent, par la richesse des incrustations de nacre et d’ivoire qui

Mosquée de Yéni-Validé : revêtements de faïences dans l’appartement du sultan.

Ciiché Sebah.

décorent les portes, les armoires*» les fenêtres, cet appartement impérial n’est point sans beauté : et Galland dès 1672 en admirait justement, dans sa fraîche nouveauté, la décoration harmonieuse.

Il n’est point nécessaire d’étudier longuement les mosquées du XVIIIe siècle, telles que Nouri-Osmanié (1756) ou Laleli-djami (1760), et moins encore celles du XIXe siècle, telles que la mosquée de Mahmoud. A partir du milieu du XVIIIe siècle, les influences occidentales commencent à pénétrer l'architecture ottomane et introduisent dans la décoration aussi des éléments européens : et cet engouement pour les arts d Occident amène rapidement la décadence. Mais ce n’est point sur ces œuvres bâtardes qu’il faut juger l art turc. Les grandes mosquées du XVIe e,t du XVIIe siècles, par là beauté de leurs proportions et la splendide élégance de leur décoration,

méritent une admiration sans réserve : et lorsqu’on les visite à 1 heure de la prière, lorsque, à l’appel du muezzin tombant du haut minaret, les nefs immenses s’emplissent de la foule des fidèles et que sous les voûtes, les graves gestes rituels, d’une beauté si prenante, s’accompagnent des lentes et émouvantes psalmodies, peu de spectacles assurément sont d une plus impressionnante grandeur.

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