DE L'ETAT ACTUEL DE LA TURQUIE
L'armée turque fut l'objet principal de la sollicitude du Sultan; mais comme il n'a pu donner une maturité suffisante a ses réformes, il ne faut pas juger l'armée turque avec la sévérité que nous mettons à juger celle des puissances continentales de l'Europe.
A l'époque du différend turco-égyptien, quand il m'était facile de connaître les choses sur les lieux mêmes de l'action, j*avoue que je ne m'étais jamais attendu à voir une armée aussi misérable.
L'atmée turque est un composé d'hommes de toutes les nations, de toutes les couleurs, de toutes les tailles et de toutes les mœurs. Quant aux chefs, ce sont, en général, des hommes ignorants et incapables dlnstruire
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des soldats. La première fois que je vis un de ces détachements^ je ressentis l'impression qu'éprouva l'illustre Chevalier. Cet auteur, débarquant dans l'Asie Mineure, rencontra des troupes qu'il aurait prises d'abord pour un convoi de condamnés au bagne, si un examen plus attentif ne lui edt fait voir qu'au milieu de cette foule misérablement vêtue il se trouvait quelques hommes qui portaient des insignes de grades militaires, et si ensuite on ne l'avait informé que cette foule confuse constituait un régiment de cavalerie, avant-garde de l'expédition envoyée contre Méhémet-Ali.
Un jour qu'un instructeur européen le conduisait au camp près de Thérapie pour assister à la manœuvre sous les ordres d'un sous-officier prussien, il vit s'avancer un homme à demi nu, n'ayant qu'un simple pantalon de toile. Ce nouveau venu, ayant fait couper une branche d'arbre, fit le tour du bataillon, frappant indistinctement tous les rangs, et cela pour les punir de ce que la manœuvre n'allait pas au gré de l'instructeur. La bastonnade continua jusqu'à ce que le caprice de celui qui l'admmistrait fût à bout de forces. C'était le colonel du régiment qui corrigeait ainsi ses soldats. La même scène se reproduisait sur un autre point, avec quelques variantes : Riya-Pacha, entouré de son état-major, honorait de sa présence une bastonnade qu'il avait ordonnée, et qui ne fut suspendue que lorsque le patient succomba sous les coups. M. Chevalier s'étant informé de la faute commise par ce pauvre diable, apprit qu'il avait eu la hardiesse de demander au pacha la grâce d'être