L'ISTHME DE SUEZ
canal cûrredpond au tempti où l'on abandonna cette carrière pour exploite^ celles dé granit qui étaient plus près du NiL
Wilkinson. qui a fait des recherches exactes sur les lieux ndèmés, a trouvé précisément dans quel temps ces carrières de Djebel-Falieh ont été abandonnées.
Deô tronçons de colonnes, des chapiteaux» des bases et d'autres débris de monuments» qui ne se trouvaient là que pour être transportés ailleui^, et qui y gisaient depuis deft siècles, semblent prouver que la communication des deux mers fut interrompue tout d'un coup, et qu'on ne put les transporter aux lieux auxquels ils étaient destinés. Il détint nécessaire d'aller chercher d'autres carrières pour les constructions romaines, et une inscription découverte à Syène prouve qu'au commsueement du troisième siècle après Jésus-Christ, sous S^me-Sévère» on trouva des carrières suffisantes pour fournir des colonnes de grande dimension.
Le Mnal resta hors d'usage jusqu'à la conquête de TÉgypte par les Musulmans, en 639. Les extraits de divers auteurs arabes^ cités par Mac'Rizy, donnent des détails eircoftttaiicîéa Aur le rétablissement de cette voie par le calife Omar, fin moins d'un an, disent ces au-^ teurs, des bateaux chargés de grains arrivèrent à CoU zoum (Clysmâ des aneiens), et portèrent l'abondance sur les marcÉtés de Médina et de la Mecque. La naviga^ tioQ subsista sans iuttmiptlon Jusqu'au calife El-Man« sor, qui oriotina de eombler le canal pour empêcher qu'm ne portât des vivres au rebelle Mohamed^ben*
in Er.YPTE.
Abdallah, ce qui eut lieu en 762 ou 767 de notre ère ; depuis ce moment, le canal n'a pas été rétabli.
Il n'est pas inutile de dire ici, à propos de Suez, ce que Bonaparte fit pour retrouver le canal : cette recherche fut couronnée de succès, mais elle faillit toutefois lui coûter la vie.
Bonaparte, après avoir réorganisé le divan d'Egypte, et adressé aux habitants de cette ville une proclamation puissante d'habileté et de raison , comme il savait les faire, partait le 15 décembre 4798 pour Suez. On sait que Suez est une petite ville avec un port, située sur la côte septentrionale de la mer Rouge, à vingt-cinq lieues environ du Caire, et à la même distance de la Méditerranée.
Le désert qui l'environne était peuplé de tribus assez nombreuses et assez redoutables pour que les caravanes qui se rendaient à la Mecque fussent obligées de leur payer un droit de passage. Ces mêmes tribus avaient inquiété plus d'une fois nos généraux jusque dans la province de Charkieh, et, quoique rudement repoussées chaque fois, elles continuaient encore leurs excursions sur la lisière de la vallée du Nil. La possession du port de Suez intéressait à un tel point la réussite des vastes desseins de Bonaparte sur l'Inde, qu'il avait, depuis plus d'un mois déjà, envoyé une assez forte colonne pour s'emparer de ce point important et tenir en échec les Arabes d'alentour. Dans le courant de novembre, il partit donc avec deux bataillons de la trentenleuxième demi-brigade, une compagnie turque formée au Caire»
LISTHME DC SUEZ. m
un petit détachement de sapeurs, une pièce d*artiUerie, et dix matelots; il n'avait eu à livrer, chemin faisant, que de légères escarmouches avec les Arabes, et, arrivé en quelques jours à sa destination, il occupait la ville et le port.
Ce n'était pas, du reste, une expédition, c'était une simple reconnaissance scientifique que Bonaparte avait résolue ; ce n'était pas le général en chef, mais le membre des Instituts de France et d'Egypte qui allait luimême avec plusieurs de ses collègues explorer les restes du canal par lequel la mer Rouge communiquait autrefois avec la Méditerranée, exploration non moins utile sous le rapport de la géographie ancienne et moderne qu'importante surtout sous celui des grands résultats politiques et commerciaux qu'elle pouvait produire.
Bonaparte ne prit donc avec lui qu'une faible escorte de chasseurs à cheval, et deux de ses généraux, Dommartinetperthier; mais, par contre, il emmena une partie des membres de l'Institut d'Egypte, notamment Berthollet, Monge, Gostaz, Dutertre, Lepère et Bourrienne. En tout, la petite caravane ne comptait pas trois cents personnes.
On alla camper le soir du 25 sur la limite du désert, en un lieu que les indigènes appellent Bisket-el-Halgi, c'est-à-dire Lac-des-Pèlerins, et non loin duquel se voient encore quelques vestiges de l'anci^ine Héliopolis.
Le lendemain 26, on bivouaqua à dix lieues dans le désert même, et l'on atteignit Suez le 27.
IW EGYPTE.
Bonaparte, pendant la journée du 28» s^occupade reconnaître la ville, le port, la côte avoisinante, et d'ordonner tout ce que les besoins de la place exigeaient sous le rapport de la défense, de la marine et du commerce. Ainsi, après s*être convaincu que les barques seules ont accès dans le port, mais que les frégates peuvent mouiller auprès d'une pointe de sable qui s avance à une lieue dans la mer, il arrêta de faire construire sur cette pointe, que la marée basse laissait à découvert, une batterie qui protégeât le mouillage et défendît la rade. Le jour suivant, il établit un nouveau tarif de douafte, plus favorable au commerce de TArabie; enfin il prit diverses mesures par suite desquelles les marchandises débarquées à Suez devaient s'acheminer plus pro^nptement et plus sûrement sur le Caire ou sur Belbeis. Le 30, il traverse la mer Rouge où les Hébreux l'ont traversée trois mille trois cents ans auparavant, et il le fait comme eux à pied sec. Les flots ne ^ sont pas écartés devant lui par un nouveau miracle, les flots ne lui ont pas livré passage comme entre deux murailles , il e«l vrai, mais les gêna du pays lui ont indiqué, en face de Suez même, un ensablem ent que la marée baisse rend guéable. 11 passe donc, et va visiter, à trois quarts de lieue du rivage, l'endroit saint qu'on appelle toujours ea arabe les sources de Moïse, et où se trouvaient, suivant la tradition, les rochers que le conducteur du peu^ pie de Dieu frappa d'une baguette pour en faire jaillir des eaux vives et limpides.
Les rochers ont disparu, mais les sources esist^nit en«
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eore. Elles sont au nombre de cinq, et s'échappent en bouillonnant du sommet de petites montagnes de sable j leur eau, qui est potable quoique un peu sàomâtre, coule, par un petit aqueduc moderne à demi ruiné, vers les citernes creusées au bord de la mer et destinées sans doute à servir d'aiguade aux bâtiments qui navi-^ guent dans ces parages.
En retournant à Suez, Bonaparte et les autres Français coururent les plus grands périls. Bien peu s'en fallut qu'ils n'éprouvassent le sort de Pharaon et de l'armée égyptienne à la poursuite des tribus d'Israël. Le gué qu'on avait franchi facilement le matin se trouva couvert le soir par la marée haute : on dut alors remonter vers te fond du golfe; mais l'Arabe qui dirigeait la marche avait dérobé la gourde d'eau-de-vie d'un de nos chas-» seurs, et, ie trouvant à moitié gris, il calcula mal la hauteur du flux sur cette côte qui est extrêmement basse.
Bientôt les chasseurs qui étaient en tête de la colonne crièrent que leurs chevaux nageaient; on se rapprocha donc de la côte, et, après avoir préalablement relevé la po>ition de Suez, on s'achemina dans la direction de cette ville. Mais, la nuit survenant, on ne tarda pas à s'égarer et à s'apercevoir que, plus on avançait, plus la marée montait.
On ne savait plus si l'on marchait vers l'Afrique ^U: vers l'Asie, vers le rivage ou vers la pleine mer. Que faire? Qu'on avance davantage, qu'on perde cinq minutes à délibérer, et l'on va périr !
Mais Bonaparte a troavé, pour le salut de^ tous, \m
de ces moyens prompts et simples qui ne font jamais défaut à un esprit calme. Il se fait le centre d'un cercle, place autour de lui sur plusieurs rangs de profondeur, et comme autant de rayons, tous ceux qui partagent son danger, numérote les chefs de file de ces petites colonnes rayonnantes, leur ordonne de marcher devant eux, et les fait suivre successivement à dix pas de distance par les autres cavaliers de leur colonne. Quand un des chefs de file crie que son cheval nage, Bonaparte le rappelle sur le centre, ainsi que tous ceux qui le suivent, et leur fait reprendre la direction d'une autre colonne dont le chef de file n'a pas encore perdu pied. En quelques instants, tous les rayons lancés dans des directions où on perdait pied ont été rappelés tour à tour et mis à la suite de celui dans la direction duquel on ne le perdait pas. On retrouve ainsi le bon chemin; mais on n'arrive à Suez que vers minuit, et lorsque déjà les chevaux ont de l'eau jusqu'au-dessus du poitrail ; car dans cette partie de la côte la marée monte jusqu'à vingt-deux pieds.
Bonaparte quitta Suez le 31 ; mais tandis qu'une partie de ses compagnons se rendait directement au Caire, il côtoya, avec ses collègues de l'Institut, la mer Rouge vers le nord. Parvenu à deux lieues et demie de Suez, il eut l'honneur de reconnaître le premier les vestiges du canal de Sésostris.
Radieux de sa découverte, il se mit à la tête dos savants qui l'accompagnaient, galopa avec eux pendant l'espacé de quatre heures dans le lit même du canal, et en vérifia ainsi la direction jusque dans le voisinage des