CHAPITRE m
Tout le monde a entendu parler des pyramides de l'Egypte ; mais peu de personnes savent que, sur l'espace de quelques lieues, il existe, dans les environs de Memphis, plus de quarante de ces monuments, et que la Nubie en possède un nombre beaucoup plus grand encore.
Les dimensions exactes de ces pyramides sont en général ignorées. Ce ne fut qu'à la suite de la fameuse expédition d'Egypte que quelques savants ont pu lea déterminer exactement, parce qu'ils étaient munis de tout ce qui était nécessaire pour faire cette vérification. Ces mesures, confirmées par celles que le colonel Howard Wyse vient de relever, donnent à la plus grande pyra-
mide, c'est-à-dire à celle qui est placée au nord du groupe de Giseh et qui se voit du Caire, les dimensions ci-dessous en pieds anglais et en mètres :
Côté de la base dans son état primitif 764 âSS-^TS'^
Hauteur verticale primitive • 480 146 »
Longueur de rapothème primitif 611 184 72
Angles des quatre façades prises sur labase. 50<> 50 »
Or, comparaison faite de ces dimensions avec celles des plus grands monuments connus en Europe, soit de l'antiquité, soit du moyen âge, il résulte que l'aiguille de la cathédrale si renommée de Strasbourg n'atteindrait pas le sommet de la pyramide, et que le Colisée de Rome pourrait tourner dans l'intérieur de sa base sans en toucher les parois. La quantité de matériaux que l'on y employa dépasse tous les calculs que l'imagination peut faire. Ces matériaux auraient été suffisants pour bâtir une grande ville comme la ville de Thèbes. Dans ce qui nous reste des monuments romains, il n'y en a pas un qui puisse leur être comparé, tant pour la grandeur que pour la perfection du travail.
C'est avec justice que les anciens avaient mis le» pyramides au nombre de& sept merveilles du monde.
Tacite rapporte que Grermanicu», frappé d'étonnement à la vue de ces colosses de pierre, grava sur un de leurs côtés, à la base, des paroles qui exprimaient éaergiquement son admiration.
Leur aspect produit sur tous les voyageurs un effet qu'on ne saurait exprimer. L'armée française, avant de
LES PYRAMIDES. lit
livrer la célèbre bataille des Pyramides» en salufl avec enthousiasme les cimes dorées par les rayons d'un fk>leil tropical.
Un seul monument du genre des pyramides serait déjà capable de nous étonner au suprême degré; mais quâtid on en compte jusqu'à quarante dàiis un espace peu étendu, l'imagination reste confondue.
Quelle ne devait pas être la puissance d'un peuple capable d'opérer de tels prodiges !
Et quand on pense que le paya était sillonné par des canaux sans nombre et couvert de temples gigantesques de la plus grande magnificence ; qfuand tout ce qui reste de ces ruines ornées de sculptures nous apparaît comme le témoignage de la civilisation la plus avancéd à une époque où le monde était encore dans son enfance» que de réflexions ne se présentent pas alors à notre esprit sur l'origine, sur l'état politique et sur la eroyanee\de cette antique sociétés
Jusqu'à ce jour on n'a considéré, selon Hérodote, les pyramides que comme d'orgueilleuses tombes» funèbres monuments de la vanité humaine. Pour la con^^ structian de l'une d'elles » il a fallu deux cent mille bras employés pendant trente aûnées. Mais à qud sert l'orientation qu'on remarque dans leurs façad^^ et dont l'exactitude ferait honneur à l'astronome le plus érudit? Pourquoi sont^elles placées dans une situation tout<*>à« fait particulière, si elles n'ont été affectées qu'à une destination exclusivement funéraire? Pourquti n^ les rencontre-t-on que dans les environs de Memphîs?
ÎI2 EGYPTE.
Pourquoi Thèbes, où Ton admire encore tant et de si importantes ruines, Thèbes aux cent portes, ne nous offre-t-elle rien de semblable? Pourquoi alla-t-on chercher aunlelà du Nil les pierres qui servirent à leur construction, tandis qu'on pouvait les tirer des monts voisins ? Gomment toute une nation put-elle se soumettre pendant tant de siècles aux rudes travaux que l'élévation de masses si énormes nécessitait?
Pour répondre d'une manière satisfaisante à toutes ces questions, il faut admettre qu'on attachait un grand intérêt à l'existence de ces monuments, et que, bien loin d'être destinés à la conservation des corps des rois égyptiens, ils devaient satisfaire à des nécessités de premier ordre, pour engager un peuple entier à se soumettre à un travail aussi gigantesque que l'était l'édification des pyramides. Des savants honorables, M. de Persigny en tête, pensent que les pyramides d'Egypte et de Nubie ont été élevées pour arrêter l'irruption des sables du désert.
Cette idée si neuve, mais qui s'accorde si bien avec la grandeur du sujet, est discutée par M. de Persigny avec beaucoup d'intelligence dans un mémoire qu'il soumit à l'Académie des Sciences en 1844. Il nous explique comment on a pu se proposer pour but, dans l'élévation des pyramides, de préserver la vallée du Nil de la fureur de cet océan de sable qui la menace continuellement.
a Etant prisonnier politique, dit M. de Persigny, je m'étais appliqué à différentes études historiques et
scientifiques, lorsqu'un détail de ces mêmes études at« tira mon attention sur les dégâts causés par les sables du désert : des villes entièrement ensevelies, des" rivières absorbées ou détournées de leurs lits, de vastes contrées submergées, enlevées à Tagriculture par les flots errants de cet océan singulier.
a Surpris en présence de phénomènes si extraordinaires, je compris la lutte que la civilisation européenne a dû soutenir contre ce terrible fléau quand elle est venue s'établir sur les limites des déserts de TAfrique, et il me sembla intéressant de rechercher les moyens à opposer à un fléau si peu connu en Europe.
« Après les premières recherches, un doute s'éleva dans mon esprit. Je n'ignorais pas qu'un grand nombre de villes du littoral occidental de l'Afrique, exposées aux terribles irruptions du Sahel (sable), avaient en vain tenté de mettre un frein au fléau en élevant les plus hautes murailles. Les sables, poussés par les vents du désert, s'amoncelaient au pied de ces murailles, et, abrités ainsi par les vents opposés, y formaient tranquillement, et sans nul obstacle, des dépôts qui s'élevaient quotidiennement sur un plan incliné et finissaient par dépasser la muraille. Le problème à résoudre était sans doute, celui d'arrêter les sables transportés par les vents du désert, sans les mettre à l'abri des vents opposés qui devaient les repousser dans ce même désert. Or, comment pouvait-on résoudre ce problème? A la place des murailles, des digues et des obstacles prolongés et continus, il fallait concevoir des corps
)|4 BOYm.
isolés, d'une forme particulière, et disposés d'après certeîjies données basées sur Texpérience, qui brisassent dans leur course furieuse ees yents, et avec eux ces masses énormes de sable qui s'abattent immédiatement comme des montagnes sur le sol» quand elles ne sont plus soutenues par eux. La destination des pyra^ mides est entrevue dans ces quelques mots.
K Et puisque, continue M, de Persigny, je ne connaissais pas la situation bien exacte des pyramides, je pensais qu'avec des caleuls de probabilité j'arriverais à eonnaître leur position géographique et topographique. En çffet, il était évident que, si les pyramides devaient préserver la vallée du Nil contre les irruptions des sables, elles devaient correspondre à certaines con* ditions géographiques et topograpbiques naturellement indiquées et dépendantes de la question du désert :
(c 4 « Ces monuments devaient être placés sur les con^ fins du désert.
« 2^ L'Egypte étant placée entre deux chaînes de montagnes, la libyque et l'arabique, qui la séparent l'une de la mer Rouge, l'autre de la mer africaine, Iss pyramides devaient être opposées au désert libyque, évidemment le plus formidable.
<r 3^ La montagne libyque étant celle qui défend l'Egypte des sables, lorsqu'on a pensé à ajouter à cette ligne naturelle de défense avec des moyens artificiels, on a dû employer ces moyens là où les monta laissent des intervalles, c'est-à-^dire à l'entrée des défilés et des vallons qui débouchent à travers la plaine du NiL
er 4<^ La chaîne libyque ne présente dans toute son étendue que trois grandes vallées qui viennent déboucher sur la plaine du Nil : le Fayoum, province riche et assez bien cultivée ; les tours des lacs de Natron et la rivière sans eau, tous les deux déserts.... C'est là qu'il faut chercher les pyramides.
c( 5<^ Si les pyramides sont destinées à défendre le débouché des défilés des montagnes, quelle que soit la manière par laquelle elles résistent à Tirruption des sa* bles, elles doivent, et par leur nombre et par leur masse, être proportionnées à la grandeur du péril, et par conséquent groupées ou isolées suivant la largeur des dé-* bouchés,
« 6® Dans chaque groupe, la plus grande des pyramides doit être placée sur le point le plus bas du lieu, et la plus petite sur le point le plus élevé. Enfin ,
a 7"* On reconnaît que beaucoup de pyramides ont été démolies, et que toutes, qui plus, qui moins, ont été en** dommagées par les Arabes. Cette digue, cet obstacle une fois affaibli, la plaine du Mil dut en éprouver les effets, et se couvrir insensiblement de sable sur les points qui correspondent aux pyramides détruites. »
De cette manière, dans la plus complète ignorance de la situation géographique et topographique des pyramides, M. de Persigny établissait, appuyé seulement de la connaissance des directions du désert, une série de conjectures auxquelles devaient nécessairement correspondre ces monuments mystérieux, en supposant qu'ils eussent été élevés pour être opposés au fléau des sables.
:)1G ÊUYPTE.
Après cette introduction , qui montre assez clairement la route que M. de Persigny s'était proposé de suivre dans ses recherches, il traite du système de dé» fense contre les sables, en faisant d'abord une description complète de cette partie de l'Egypte dans laquelle on trouve les pyramides, de cette chaîne de montagnes qui sépare la grande vallée du Nil du grand désert, du désert lui-même, et des terribles phénomènes qui firent croire aux anciens Égyptiens que là séjournait le génie du mal. Il démontre ensuite que là où les anciens négligèrent d'adopter des mesures satisfaisantes contre les sables dans la direction des vents qui y régnent plus habituellement, des sources tarirent, des fleuves disparurent. Les côtes occidentales de l'Afrique sont celles qui attestent surtout ces dégâts. Les Portugais, qui les possédèrent pendant longtemps, tentèrent en vain de s'opposer à cette invasion des sables en élevant de hautes montagnes du côté du désert : ces constructions, quoique assez considérables, n'étaient pas suffisantes pour empêcher l'irruption; car les sables, s'amoncelant sans cesse derrière ces obstacles, ne tardèrent pas à les sur-monter.
11 fallait donc des obstacles bien plus grands que ceux-ci et bien différents, c'est-à-dire des obstacles assez élevés pour dépasser les régions de l'air dans lesquelles les parcelles les plus légères du Sahel étaient transportées par les tourbillons, et qui laissassent des ouvertures assez larges pour que les vents opposés
pussent repousser dans le désert les sables que la résis-
LES PYRAMIOES. Î17
tance de Tobâtacle aurait fait amonceler à quelque dis-» tance de ses bases*
Les Egyptiens, placés dans ces localités de manière à pouvoir étudier continuellement la direction des sables, et intéressés à se préserver de leur invasion, durent découvrir ce qu'il y avait de mieux à faire pour arriver à un tel but ; et c'est parce que leurs frontières n'étaient accesàibles à ce fléau que sur certains points, qu'ils pouvaient entreprendre rexécution de digues qui, toutes colossales qu'elles soient, sont néanmoins en nombre limité.
Elles sont toutes placées à l'entrée des vallées transversales. On n'en rencontre aucune là où la chaîne libyque présente une défense contre les vents de l'ouest, les plus dangereux à la plaine du Nil, laquelle, s'éten<dant du nord au sud et sur une faible largeur, serait bientôt encombrée de sable si rien n'en arrêtait l'irruption. M. de Persîgny pense que les Egyptiens, ayant reconnu cette nécessité, avaient construit, à l'aide de frais immenses et dans un long espace de temps, ces pyramides, dont l'origine, à ses yeux, se perd dans la nuit des temps.
Cette opinion nouvelle et hardie est assez justifiée par rintérèt immense qu'une nation puissante et industrieuse avait à se préserver d'un fléau si formidable. Les pyramides sont en général disposées par groupes et dans un périmètre de cinq ou six lieues i On remarque surtout celles de Giseh, d'Âboukir, de Saquirah et de Dahchour. Le groupe de Giseh est le plus considérable par
llB EGYPTE.
le nombre et par la grandeur de ses pyramides. Il y en a cependant dans celui de Dahchour qui ne le cèdent pas aux premières par leurs dimensions gigantesques. Tous ces groupes sont placés aux débouchés des vallons qui traversent la chaîne libyque et qui forment une communication entre le Nil et le désert. Ce qu'il y a de plus remarquable à Giseh, c'est que l'élévation de ces monuments dans un même groupe, comparée à ceux qui s'élèvent sur la première ligne, est calculée de manière que leurs sommets soient à peu près au même niveau. Il est difficile d'attribuer cette circonstance au hasard. On y voit au contraire le résultat d'un calcul, une combinaison non sans importance pour la solution du problème que les Egyptiens s'étaient proposé. La même chose s'applique à l'orientation. La grande pyramide est orientée avec calcul : chacun de ses quatre angles fait face à l'un des quatre points cardinaux; aujourd'hui ce n'est encore qu'avec de grandes difficultés qu'on réussirait à tracer une méridienne d'une aussi grande étendue sans dévier. Et de cette orientation de la grande pyramide on a tiré ce fait, d'une haute importance pour l'histoire physique du globe, à savoir : que depuis plusieurs miU liers d'années la position de l'axe terrestre n'a pas varié d'une manière sensible. La grande pyramide est le seul monument sur la terre qui» par son antiquité, puisse fournir l'occasion d'une semblable observation. Toutes ces pyramides, une seule exceptée, ont leurs façades exactement tournées vers les quatre points car-* dinaux, de manière que Tune d'entre elles soit en faee
LES PYRÂMIUES. StlO
du désert, et directement opposée aux veots d'ouest qui poussent les sables dans les vallées transversales, conuoQe celles des laos de Natron ou du fleuve sans eau de la vallée du Nil. C'est de cette circonstance que M. de Per« Bîgny tire son principal argument, lorsqu'il prétend que les pyramides éttuent destinées à retenir les irruptions sablonneuses du désert.
Depuis l'entrée de Fayoum, à seize lieues du Caire, jusque dans la Nubie, on ne trouve plus de pyramides. La superbe carte de Tlnstitut démontre en même temps que la chaîne de la Libye n'est plus entrecoupée dans toute son éteindue. Il y a pourtant trois autres systèmes de pyramides dans la Nubie supérieure : ce sont les py* ramides de Napate^ de Kouri et de Méroé, bien plus petites, mais plus nombreuses que celles de l'Egypte.
Après avoir exposé ces faits, qui se rapportent aux lieux où les pyramides sont placées et à la manière dont elles y sont disposées, arrivant aux preuves historiques et archéologiques, M « de Persigny donne d'autres détails.
Selon cet écrivain, l'histoire des pyramides présente trois époques distinctes : la première est celle des au* teurs grecs et romains, qui recueillirent les traditions eiir le sol même de l'Egypte, avant que la société égyptienne fût détruite; la seconde est celle des Arabes, té^ moins de la violation de ces monuments sous les califes et les Mamelouks; la troisième, enfin, est celle des études archéologiques modernes, qui commencent à Vexpodition française en Egypte et qui finissent avec les travaux du wlonel Howard Wyse.
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Les écrivains, depuis Hérodote et Pline, affirment tous que ces monuments gigantesques servaient de sé«pulture aux princes qui les avaient fait élever. Nous sa* vous aussi, par les auteurs arabes, qu'on y trouva des momies d'hommes et d'animaux, et que, selon certains historiens de cette nation, on aurait autrefois recueilli une grande quantité d'objets précieux dans ces pyra* mides, même beaucoup de monnaies d'or. Mais cette tradition est bien nouvelle pour mériter quelque confiance, et la présence des Arabes en Egypte est trop récente pour qu'ils aient pu apprendre ce que ne sait aucun des anciens Grecs, qui étudièrent ce pays avec la plus attentive curiosité.
Les Arabes, un seul excepté, Abdallatif, ont parlé si légèrement et avec tant d'enthousiasme des antiquités de l'Egypte, qu'il est impossible de leur accorder la moindre foi, si ce n'est quand des observateurs sérieux nous certifient que les faits énoncés sont vrais quoi*que les Arabes les aient racontés. Il est certain qu'il ne reste dans la pyramide qu'un sarcophage en granit, sépulture ordinaire des rois. Toutefois, plusieurs écrivains de cette nation ont dit et affir Aient qu'il y avait plusieurs puits et galeries soutenraines dépendant de la grande pyramide ; qu'on trouvait dans la tète du sphinx une ouverture qui menait à ces galeries et à la pyramide, ce qui explique pourquoi on ne pouvait y entrer par une porte extérieure. Ils ont dit aussi comment les galeries indiquées étaient extérieurement fermées par des blocs de granit. Enfin, les fouilles que l'on a faites
à grands frais prouvèrent que toutes les pyramides contiennent une chambre funéraire creusée dans le roc, et que plusieurs furent agrandies aux dépens de la masse de ces pyramides. Oii y a découvert des sarcophages endommagés y et il semble que les corps en aient été enlevés à des époques plus ou moins éloignées; car on trouve de tous côtés des traces de profanations attribuées aux Arabes.
Il n'est pas inutile de donner ici un détail descriptif des chambres funéraires des pyramides, ainsi que des souterrains et des galeries qui y conduisent.
La face nord-est de la grande pyramide est celle où se trouve l'entrée actuelle, au niveau de la quinzième assise et à quarante*cinq pieds environ d'élévation audessus de la base. Le hasard l'a fait découvrir. A l'époque où l'on a cherché à pénétrer dans la pyramide, t enlèvement du parement aura mis à découvert une construction différente de tout le reste; c'était celle qui formait l'entrée de l'étroite galerie du canal incliné. Ce premier canal a douze toises trois pieds de longueur; il aboutit à un autre de mêmes proportions (trois pieds cinq pouces de haut sur autant de large), mais ascendant, et de cent deux pieds de longueur. Un gros bloc de granit le ferme hermétiquement vers le coude de jonction des deux canaux, et, pour y pénétrer, il a fallu tourner cet obstacle en brisant les pierres plus tendres qui forment le massif sur la droite du canal et parallèlement à sa direction.
A l'extrémité de ce second canal on rencontre un
in EGYPTE.
pallier» et on a à sa droite l'entrée d'un puits protond taillé dans le roc ; là aussi commence un canal horizontal de dix-neuf toises et demie d'étendue ; il conduit à une chambre qu'on a nommée chambre de la reine^ qui a dix^sept pieds dix pouces de long sur seize pieds un pouce de large; elle est vide.
En retournant à l'entrée du canal horizontal, on monte dans une nouvelle galerie longue de cent vingtcinq pieds, et qui en a vingt^cinq de hauteur et dix et demi de largeur. De chaque côté sont des banquettes de vingt et un pouces sur six et demi de profondeur ; sur chaque banquette, huit assises de pierre en encorbellement forment les murs de cette galerie, et donnent l'aspect d'une voûte à son sommet. A l'extrémité on arrive sur un pallier^ de là dans un vestibule qui conduit à une ouverture de trois pieds cinq pouces de hauteur sur sept pieds dix pouces de longueur } c'est l'entrée de h chambre supérieure, nommée la chambre du roi^ en* trée primitivement fermée et cachée par des blocs de pierre.
Cette chambre est entièrement construite en larges blocs de granit, parfaitement dressés et polis. Voici ses dimensions :
Hauteur Largeur N.
1 8 pieds
pouces
s lignes.
A Textrémîté ouest de la chambre on voit le sarcophage, aussi en granit, de sept pieds un pouce de long sur trois pieds un pouce de large et trois pieds six pouces de haut; il est placé dans la ligne du nord au sud. On n'a pas trouvé son couvercle. Un vide de trois pieds de haut existe au-dessus de cette chambre sépulcrale; les pierres qui le forment, également en granit, sont dressées sans être polies, et celles du plancher qui forme le revers du plafond de la chambre royale, sont brutes et d'une hauteur inégale ; il résulte de ce vide un double plafond pour la chambre royale, propre à la préserver des effets delà surcharge supérieure.
Le puits déjà indiqué à Tentrée de la galerie horizon*» taie est en grande partie creusé dans le rocher, dans des dimensions tellement étroites (vingt-deux pouces sur vingt-quatre), qu'un homme peut s'y accroupir, mais non pas s'y eoucher; c'est cependant un travail de main d'homme. En le sondant on est parvenu jusqu'à deux crats pieds de profondeur.
Des entailles irrégulières pratiquées dans les parois rendent la deseente moins pénible et moins péril'^ leuse. On n'est point parvenu au fond, mais dans la partie reconnue cm est descendu jusqu'à cinquante pieds au-^dessous du niveau du Nil. Il est probable que ce puits était en communication avec les souterrains des pyramides, et qu'il n'était si étroit et si long que pour donner au oounuat d'air qui le traversait le plus de rapidité possible.
La partie de la chaîne libyque qui s'avance à Test
ÎÎ4 EGYPTE.
vers la plaine, possède la figure du sphinx ; c'est dans une des faces de la section de la chaîne qu'il a été taillé. Il adhère au sol, et son élévation de quarante pieds audessous de ce sol donne la mesure de la quantité de pierres élevées à la superficie pour dresser cette partie de la plaine. La longueur totale du sphinx monolithe est de trente-neuf mètres ; contour de la tète au front, vingt-sept mètres ; depuis le ventre jusqu'au sommet de la tète, dix-sept mètres. Une excavation de quelques pieds a été pratiquée sur la tète ; elle servait à y fixer les insignes de la royauté qui déterminaient l'expression symbolique de ce sphinx. Nous avons déjà dit que dans la tète de ce sphinx il y avait une ouverture qui menait aux galeries conduisant dans l'intérieur de la pyramide.
Tous ces faits tendraient à prouver la destination funéraire des pyramides 9 sans cependant en exclure un but plus utile . Les momies qu'on y a découvertes démontrent, plus que toute autre chose, que ce ne fut pas la seule vanité des Pharaons qui fit élever ces masses énormes, et qu'en construisant ces monuments l'idée religieuse dominait l 'idée monarchique .
Or, tout ceci conduit nécessairement à une hypothèse plus importante. Si les pyramides sont de grands ouvrages d'utilité publique, elles durent, chez un peuple essentiellement religieux , être consacrées par la religion ; mais si on considère l'esprit général de la civilisation de cette nation, on comprend que les rois qui eurent la gloire de faire élever ces monuments aient
aspiré à Thonneur de s'en faire des mausolées. Faire concourir l'orgueil des souverains et le sentiment religieux de la nation à l'élévation de ces monuments extraordinaires, était une idée si naturelle, qu'il semble inutile d'en faire ressortir la sagesse. Quant à ce qui regarde l'opinion des anciens auteurs* qui attribuaient l'érection des pyramides à des motifs de vanité ou à des calculs d'une politique personnelle, il suffit de dire, pour renverser cette allégation, que ces auteurs, ne pouvant être initiés aux secrets de ces monuments mys* térieux, n'eurent que de fausses opinions, et que la véritable tradition était déjà perdue à l'époque même où Théodate visita ce pays.
Les anciens Arabes firent entrer, comme nous l'avons dit, tant de merveilleux dans leurs récits, qu'il n'est pas possible de leur accorder le moindre crédit. La plupart des auteurs modernes n'y voient que des tombeaux, et les nouvelles découvertes du colonel Wyse semblent justifier cette opinion, suivie par le savant archéologue Letrouvé ; car les recherches nouvelles ont confirmé que chacune des pyramides renferme une chambre sépulcrale. Plusieurs savants ont essayé de donner à ces constructions prodigieuses une destination plus importante, et d'autres ont cru y reconnaître un but religieux et même scientifique. Pour les uns, les pyramides ne sont que des temples consacrés au culte d'Osiris et aux cérémonies religieuses ; pour d'autres, elles servaient aux prêtres à inscrire et à léguer à la postérité les éléments de leurs connaissances lorsqu'ils étaient privés du se-
î*2« EGYPTE.
coui's dé récriture . Enfin, il en est (}ùi vont juéqu'à croire que les pjramides servaient d'immenses observatoires. Cette opinion se détruit d'elle-même ; car indépendamment de la difficulté, pour ne pas dire de l'impossibilité de monter jusqu'au sommet» les parties extérieure^ étant revêtues de pierres lisses, pourquoi aurait-on élevé à si grands frais un si grand nombre d'observatoires dani» la même localité ?
Un mémoire de M. Jomard^ inséré dans le gi^iid ouvrage de rinstitut, prouve, à ce qu'il semble^ qiiè les Égyptiens ont voulu réunir là certaines marques particulières : en effet, les proportions de la plus grande des pyramides sont en rapport avec les degrés du méridien, et donnant la mesure exacte du stade de six cents au degré et du plèthre, qui étaient des mesures égales. Cette pyramide d'ailleurs est, ainsi que les autres, comme nous l'avons fait remarquer, parfaitement orientée. 11 est surprenant que la galerie par laquelle on descend dans la partie intérieure de la plus grande pyramide suive h direction de Taxe du globe, de manière à découvrir du fond de la galerie l'étoile polaire. On conçoit que toutes ces circonstances né sauraient être l'effet du hasard. Maiâ depuis que les dernières recherches ont fait découvrir des hiéroglyphes dans un des cinq caveaux qui soûl audessus dé la chambre du roi, et dans laquelle, depui:^ quatre mille ans, personne avant le colonel Wyse n'avait pénétré, on né pourrait plus soutenir que l'écriture fût inconnue à l'époque reculée où les pyramides furent élevées.
LES PYRAMIDES. fô7
Wpe, sans nier que les pyramides servissent de tombeaux, et qu'un esprit essentiellement géométrique, prouvant les connaissances avancées des Égyptiens, eût présidé à leur construction , combat victorieusement l 'idée que ces monuments aient été érigés dans le but unique (le servir de tombeaux : ils avaient évidemment une destination plus utile, et ce n'est qu'accidentellement, pour ainsi dire, qu'ils servirent de tombeaux aux souverains qui eurent la gloire de les faire élever. Si une des pyramides présente les rapports géométriques qui ont produit une si grande surprise lorsqu'ils furent découverts, c'est que les architectes voulurent que leur construction réunit plusieurs objets d'utilité. Il semble d'ailleurs que les anciens Égyptiens avaient un goût très-pronoBoé pour les proportions exactes , ainsi que eela est prouvé par beaucoup de leurs temples, dont rintârieur est déterminé par le stade et ses parties.
M. de Persigny àentrepris dedémontrer la grande différence qui existe entre les souterrains et la pyramide, par rapport aux tombeaux. Recueillir les douilles des rois était la seule destination des hypogéei? dont les marailies et les voûtes étaient couvertes de peintures retraçant la vie des souverains. Les pyramides eurent évidemment un autre but; leur construction dura la vie de plusi^irs souvearains, mais elles furent toutes achevées. Au contraire; la construction des souterrains commen* 'Sait avec leur âévs^on au trône, continuait durant leur règne, et cessait à leur mort. Beaucoup sont achevés d'une manière remar()uable> d'autres sont à peine traeés ;
îîg EGYPTE.
de sorte qu'ils peuYent indiquer à l'obserYateur attentif la durée du règne du souverain qui y était enseveli.
La construction des souterrains avançait peu à peu , proportionnellement à la largeur et à la longueur qu'on voulait leur donner. L'érection des pyramides» au contraire, commençait par la partie qui exigeait le plus de travail, c'est-à-dire par la base, sans avoir égard aux éventualités de la vie humaine; de là il suit qu'il n'y â aucune espèce de rapport entre la durée d'un règne et la construction de ces monuments gigantesques, qui furent tous achevés, et qui, par conséquent, ne pouvaient avoir pour but unique de mettre à couvert de toute profanation une momie, si précieuse qu'elle fût. '
Arrivant au but politique qui, d'après quelques auteurs, aurait décidé les Pharaons à élever ces monuments pour faire travailler une nation inquiète et l'éloigner de toute idée de révolte , on peut répondre que le despotisme royal et le caprice d'un seul homme pour des travaux aussi gigantesques n'eussent pas rencontré tant de fois la nation disposée à les satisfaire. On ne peut vraiment penser, au ^int où les sciences physiques et morales sont parvenues, à faire cette supposition; elle ne mérite pas un examen sérieux ; car si certaines institutions permettent de soumettre un peuple à des sacrifices lourds et humiliants, il est incontestable aussi que le despotisme a ses bornes. Il existe toujours autour du trône des classes élevées, intermédiaires entre le prince et le peuple. Ces classes forment l'opinion publique des Etats despotiques. Dans un État tel que celui qui nous
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préoccupe, cette opinion publique était plus dangereuse pour la personne royale qu'elle ne le serait dans un État libre. De ce que TÉgypte était soumise à une monar* chie despotique , il ne s'ensuit pas que cette nation , qui condamnait à la réprobation universelle un roi après sa mort quand ce roi, de son vivant, ne s'était montré ni soucieux du bonheur du peuple, ni soumis à la religion, se laissât gouverner sous une suite de rois par le caprice d'un despotisme sans nom.
Pour qu^il en eût été ainsi, il faudrait supposer aux principaux citoyens de ce pays quelque intérêt puissant à se soumettre aux exigences d'une vanité qui devait les humilier à ce point. Avant toute autre chose, il faudrait prouver qu'un despotisme aussi absurde a existé.
Mais pourquoi parler de despotisme dans l'histoire d'un peuple chez lequel on ne voit les rois périr de mort violente que sur les champs de bataille ! Pourquoi par^ 1er de despotisme, quand tout ce que nous connaissons de ce peuple nous démontre l'existence d'un gouvernement sage, modéré, et occupé sans cesse des intérêts re* ligieux et économiques de la nation ! Tout semble prouver, au contraire, que le véritable pouvoir social de l'Egypte émanait du corps sacerdotal, dépositaire en même temps des traditions religieuses et de celles de la politique, des arts et des sciences. Le souverain n'était que le délégué de ce corps, et sa puissance ne représentait qu'un pouvoir exécutif.
On ne trouve pas, dans la longue succession des rois
d. * Egypte, ces monstres abominables que le pouvoir ab-
8olu engendre 8i souTent. Les rois d*Égypte étaient oa des hommes sans capacité ou des princes éminents; ils pouvaient se signaler par des actions magnanimes^mais jamais par des crimes. On ne peut nier que l'autorité royale y fût très-bornée.
Comment donc supposer qu'avec une telle organisation politique, l'orgueil ou Tintérèt ait pu suffire à imposer des sacrifices si forts à un pays constamment en lutte avec une nature ingrate, et dans lequel le travail du peuple était si honoré et avait une si grande valeur ? Est-il possible d'admettre que la classe sacerdotale eàt autorisé um tel abus de la force humaine, et qu'elle se fût prêtée à une folie en opposition avec les plus grands intérêts religieux et matériels de la nation?
Plus on étudie l'histoire de ce peuple, plus on est convaincu que tout ce qu'il fit de grand fut le résultat de la volonté des hommes d'Etat, des savants et des prè« très. Les trois classes, réunies en une seule, étant sans rivales, y furent aussi sans passions. Si elles exaltèrent le sentiment religieux avec des monuments gigantes^ ques, elles accomplirent aussi, à l'aide de ce sentiment, les plus grandes entreprises dont l'histoirQ ait parlé. Abritées par le trône contre toute séduction d'un pouvoir étranger, du fond de leur sanctuaire elles s'appliquèrent, avec cette ardeur sublime que donnent l'inspiration des sciences et l'amour du bien , au perfee^ tionnement de la nation entière.
Des ténèbres épaisses ont couvert pendant loDgtemps les traces inoon^rables des travaux exécutés par cette
LES PYUAMlpKS. VA
classe; mais, à mesure que ces ténèbres se dissipent, sa gloire brille avec plus d'éclat, parce que toutes ces créations révèlent un sens profond et une utilité importante. Est-il permis de croire, après cela, que les pyramides n'ont eu ni signification, ni utilité?
Si les causes de la construction des pyramide^ jusqu'à présent formulées ne sauraient être admises, il faut en conclure qu'elles furent élevées dans le but de retenir les sables. Cette assertion est appuyée par la situation de ces masses, par leur position relative dans chaque groupe^ et enfin par leur nivelleijaient, qu'on n'a pu obtenir qu'à la suite de travaux immenses qui durent précéder la formation de ce plan général.
D'après l'emplacement des pyramides, suivant la directipn des irruptions des sables, il faut reconnaître que les plus modernes sont celles qui s'élèvent au nord, et par conséquent que les pyramides d'Aboukir, de Çaquirah et Dahchour sont antérieures à celles du groupe de Giseh.
Une preuve qui vient à Tappui de la pouvelle opinion, c'est que les matériaux employés pour la construction des pyramides ont été tirés des montagnes du côté du Nil, ipalgré les fortes dépenses et les travaux immenses qu'on a dil supporter, et non point de la chaîne libyque,, qui formait un rempart naturel coptre les sables. Cette circonstance justifie particulièrement les inductions de M. de Persigny; elle prouve que les Egyptiens tirjèrenf de la cl^aîne libyque seulement ce qu'on en pouvait extraira sans danger, et en même temps çUe fait dispa-
îsi Egypte.
raître tout doute sur la nécessité d^aller chercher si loin, et avec une dépense si forte, les matériaux pour élever ces montagnes artificielles.
^ La plupart des pyramides d'Egypte ont beaucoup souffert; il y en a même qui sont complètement détruites. Si donc elles furent construites dans le but d'être opposées à l'irruption des sables, il s'ensuit que là où la barrière fut détruite ou abaissée, les irruptions durent être plus ou moins violentes. Ceci résulte en effet d'un examen attentif de la belle carte topographique de l'Egypte, publiée par les savants qui suivirent l'armée.
La plus grande irruption existe devant les deux pyramides de Kegyala et Kébir, dont il ne reste que des débris, tandis que la vallée est riche en végétation là où elle est défendue par les pyramides de Giseh. Ces faits, joints aux autres, mettent hors de doute le but pour lequel les pyramides furent élevées. Mais la carte dont nous venons de parler, levée pendant la guerre même, est-elle assez exacte dans ses détails pour servir de base à ces inductions? 11 y a quelques raisons pour en douter. Enfin les archéologues, qui sont en train d'examiner cette question, pourront pousser leurs recherches sur ce point essentiel, facile à être vérifié, mais négligé jusqu'à présent.
Tout ceci nous donne l'explication de ce passage d'Hérodote. « Céops, dit cet auteur, fit d'abord fermer tous les temples, défendit toute espèce de sacrifices, et obligea tous les Egyptiens sans distinction à des travaux publics. Les uns furent forcés de tailler des pierres
qu'on transportait au-delà du fleuve, sur des bâtiments, les autres de les charrier dans les montagnes, dans la Libye. Cent mille hommes qu'on changeait tous les trois mois étaient occupés sans cesse à ces travaux. »
Quel était donc Timportant intérêt qui mettait en mouvement tout un peuple ? Céops fait fermer les temples et il défend les sacrifices : doit-on regarder un acte pareil comme un acte d'impiété ? Le prince qui veut exiger des efforts semblables commence-t-il par se moquer des croyances religieuses de son peuple ? Ce serait la plus grande absurdité. Cette interdiction imposée à tout un royaume ne serait-elle pas, au contraire, un grand acte religieux ? Diodore n'a-t-il pas dit qu'après la mort d'un bon roi, TEgypte entière prenait le deuil, et que, durant soixante^ouze jours, les temples étaient fermés et les sacrifices suspendus ? Or, Céops obtint après sa mort ces honneurs. La manière triste et solennelle avec laquelle on commence les travaux des pyramides est le spectacle d'une grande expiation publique. La colère divine a frappé l'Egypte : un fléau terrible plane sur ce pays ; il faut conquérir l'esprit malin, et, avec les monuments les plus gigantesques, garantir le corps d'Osiris de la fureur de Tiphon. Ainsi s'explique la nécessité de ces travaux immenses, et l'intérêt public et religieux à garder le secret de ces travaux avec tant de mystère.
Récapitulons maintenant ce que nous venons de dire. Il est hors de doute que les souterrains des pyramides servaient de tombeaux ; mais ce n'était là ni la principale ni la seule destination de ces monuments ; This-
191 ïGYPTlï.
toire ne nous offire à ee sujet qn'iQcertita4e et confur •loAt Les pyramides ne 80Bt pas des monuments funéraires, et moins encore des o|)seFTatoire8a8tronomique8. Il est absurde de prétendre qu'elles aient ét-é élevées dans nue vue politique, pour occuper des bras oisifs et des esprits inquiets, dans u|i pays comme l-Egypte. Mais une foîp admis qn'islles étaient destinées à servir de rempart contre les irruptions des sables, on comprend pourquoi les Egyptiens, menacés incessamment par ce Qéau, put fait de si persévérants efibrts pour s'en garantir. 4prè9 ces considérations, l'admiration que les pyramides réveillent n'est plus troublée par la sensation pénible de leur iputilité et des fatignes qu'elles durient coûter à un peuple entier. Au contraire, 09 se sent pénétré de la plup profonde yénération pour ceux qui concoururent a rex^cMlion de ^es monuments^ dontlagrandeur, ffialgrélep raviag^s du temps, étonne l'imaginatioD. Q^e le génie de Tbomine veille religirasement à la cons^vation 4e ces ouvrages mervjeiiljBux I Ils sont def témoignages de son existence, de sïi puissance et de son antiquité ; ik sont antérieurs à toutes les traditions 4e rhistoire, et les témoins les {dus irréçus^les de la grandeur de yint^m^nce hnmaimli
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CSAPITRB ly.
La religion dominante en Egypte est la religion de Nsbomet, qu9 les SarraMfi4 y aiq^rtèr^nt vers le milieu dtt nf siècle.
Les 4issiSOsions religieuses, tes disputas des théologiens, et les haines politiques enitre les dominateurs ^ les sujets contribuèrent jdus qu^ toute chose au changement 4e foi en l^pte. L'unité dogmatique que sem? blait ^^fermer Is religion jnmsulmane fut d'un très^ grand secours pour lattirer dapp son sein les mille septes r^^Qflfes qvi (épataient lors 4e la conquit d'Amrpu, Les Egyptiens, qui avaient d'ailleurs de fortes tendances v^ Ig, §eçi» 4k$ jacobitesi et $ui ne voulaient iiuUement reconnaître les décrets de l'Eglise de CÎMstontitf
iôiî É(JYPTF..
nople, aimèrent mieux se soumettre au joug des Musulmans. Ils les appelèrent d*abord, puis leur facilitèrent les moyens d'achever la conquête de leur patrie.
Quel résultat pouvait -on espérer d'un pareil débat? On ne pouvait que prévoir l'horrible pillage d'Alexandrie et l'embrasement de sa bibliothèque (1). Amrou ayant demandé au calife Omar ce qu'on devait faire de cette quantité immense de manuscrits renfermés dans la bibliothèque, le calife répondit avec le barbare dilemme du fanatisme et de l'ignorance : a Si ces livres (c ne contiennent que ce qui est dans le livre de Dieu « (le Corah)^ ce dernier nous suffit; s'ils contiennent « quelque chose de contraire au saint livre, ils sont « pernicieux; dans les deux: cas, brûle-les. d
L'ordre du calife fut exécuté à la lettre, et ce trésor immense de l'antiquité fut détruit par les flammes.
A cette courte notice sur l'introduction de l'islamisme en Egypte, j'ajouterai que ce qui m'engage à parler rapidement de son dogme, de sa morale et de son culte, c'est que l'on n'en a pas une idée assez exacte.
Toutes les religions en Egypte jouissent non pas d'une faveur égale, mais d'une paix assez constante et d^une liberté que la conscience a souvent réclamée en vain dans les pays que l'on regarde comme beaucoup plus civilisés. Ce résultat est dû à la politique de Méhé-
(1) Nous rapportons ce fait, quoiqu'il ne soit pas complètement prouvé.
met, qui, arrivant au pachalik d'Egypte, eut soin de développer les germes de la tolérance laissés par l'invasion française. Les chrétiens devaient être utiles à ses desseins ; il les protégea dans son œuvre de réforme. Méhémet-Ali eut d'abord à combattre le fanatisme des ulémas et des cheiks. Tantôt il employa le despotisme pour détruire des préjugés religieux, tantôt il feignit de se soumettre aux représentations des chefs du culte mu* sulman, éludant ensuite, par une négligence calculée, l'exécution des mesures qu'il était forcé de prendre. Ce fut ainsi qu'il gagna du temps, et, le temps créant l'habitude, les Musulmans s'accoutumèrent peu à peu à voir des chrétiens porter des turbans semblables aux leurs, des pantoufles rouges ou jaunes, et à les rencontrer à cheval dans les rues.
L'Egypte a subi successivement l'influence des trois religions principales qu'on y retrouve encore aujourd'hui. Sans jamais avoir été juive, ses rapports avec le peuple de Dieu ont dû avoir une influence sensible sur ses mœurs et sa morale religieuse. L'Egypte entière fut chrétienne sous la domination romaine et sous l'empire d'Orient; mais, quoique si voisinedel'Église d'Afrique, l'Église égyptienne n'eut jamais la ferveur et l'éclat du berceau des Âmbroise et des Augustin. La religion musulmane est la religion des vainqueurs ; elle n'est pas absolument la dominante, car les coptes jacobites y ont une grande influence, mais elle est le culte ofiiciel.
La religion des Musulmans est fondée, comme chacun sait, sur le Coran. A leurs yeux, ce livre est un
r>8 EGYPTE.
chef-d'œuvre de style et de poésie ; les Arabes prétmdent même qu'il a'etiste dans leur laiigue aucun ourrage mieux écrit : 6elon eilx« persotine au monde be pourrait ni le surpasser, ni même l'égaler en betotéi eo él^anc« et en concision. Us le lisent ou ils eh écoutent la lecture cinq fois par jour. Il y en a ({Ui l'appr^ment pat cœur, et d'autres qui n'en retienneiit que les articles fondamentaux.
Le Coran, coûime la Bible^ rÉvangile et les Védas de l'Inde, renferdie les préee^t^ d'uoe morale pure; mais ils y sont entrem^és de ficti<ms aSses ridicules, sur les-quelles la philoso^ie ne pourrait j^er qu'un regard de pitié si elle ne considérait ^ naème temps que c'est justemrat ce mâange combiné de vérités et de rêveries qui assura le triomphe de V Apôtre de Dieu, dont la politique, éclairée par l'étude du cœur humain H par la connaissance du caractère de ses contemporains^ vit bien qu'il fallait parler le langage obscur et inint^ligible des pitH phètes à ceux qui se montraient iSDurds à sa voix lorsqu'il leur prêchait des véritéB trop simples pour eux.
Le style du Coran varie suivant les divers objets qu'il traite : tantôt, s'il peiat le bonheur destiné aux fidèles, il déploie une richesse d'images^ une magnificence d'«ipressions qui éblouit par sa variété^ tanli6t, s'il s'adresse aux ennemis de l'islamisme^ c'est un feu terrible qui embrase, une foudre qui |mlvérise tous les obstacles.
Du reste, il se ressent du génie de sa laitue ; les phrases pourraient peut-être nous senJder un peu trop heurtées, trdp dépourvues de transitions. Il est rempli
LA afeLÎGIOTC.
de àiëtà{>horès que odub (x)ttm(f ab liDuvèr outrées, hypèirbbliqiitsâ, et qui ne sont (jue hâfdlei pour les Arabes. Màië il est réellement sublime 4or6qu1l (mrle de la Di*vibité, torifqu'il Tintoque, lorsqu'il lui adresse des prîèr^ exprimées d'une manière noble et Soignées de toute ftSectation superstitieuse et mystique ^
Lés prînteipés de l'islamisme sont U'èsHsimples^ et on peut ieâ îrédùire ft deux principes élémentaires : la croyance à l'unité de Dieu, et la foi dans la mission de Mahomet. Ce dogme de l'unité divine rallia autour du prôfdtëSd les tribus enfantes de l'Arabie^ qui, avieint lui, av^eiit éeé plongées dans l'idolâtrie là plus grossière. Mahomet établit ainsi entiie elles k nationalité la plus pxiissàtitè.
En prèi^hant l'islamisme, il annonçait qu'une seule religion, dont il se disait le prophète inspiré^ avait été révélée àa iâôftde; il ajoutait que toutes les fois que teette rMigion tut n^U^ ou Corrompue dans son essence, Keu avait envoyé du ciei, à des ^ques différentes, certàitis livres et ^usieurs prophètes : le Pentateuque à Moï^, les PsauiÉies à &avid, d'autres écrits à d'au*- ^ès croyants , et enfin l'Svaiigile i Jésu8*€hmt. Ces livres, disait-il^ sont te«is Vrais; mats le Coran, comme le dernier éese^dudiû ciel) doit servir de règle immua* ble, et doit ^re observé jusqu'au joui^ du jugement universel.
Du r^^ it n'Mt {M étonnant ^ue lÉaiiomet^ ayant èmpruntëbeauèoupdeehôsesaû christianisme, ait suivi les traditions bibliques sur la eréation et la chute de -
i40 ÊiiYrrE.
rhomme, placé par Dieu sur la terre pour travailler à sa propre sanctification et mériter, par ses bonnes œuvres, le séjour des bienheureux. C'est aussi pour dissimuler les emprunts faits à la religion judaïque qu'il écrit dans le Coran : « Tu trouveras que les plus violents ennemis « des vrais croyants sont les Juifs et les idolâtres ; et tu c trouveras que les plus portés à aimer les vrais « croyants sont ceux qui disent : « Nous sommes a Chrétiens. »
Les Musulmans croient à l'existence d'anges dont les uns veillent aux actions des hommes, et les autres recueillent leurs derniers soupirs. Les uns sont les ministres des vengeances célestes, les autres feront entendre les sons de la trompette pour la résurrection universelle, qui sera immédiatement suivie du jugement dernier.
En ce moment terrible, malheur aux méchants, malheur à ceux qui» pendant leur vie, n'auront pas expié leurs fautes par la prière et les aumônes ! Engloutis dans les enfers, ils y endureront des tourments dix fois plus forts que ceux qu'ils firent endurer aux autres. Un sort meilleur attend les observateurs fidèles de la loi. Leur séjour est fixé dans le jardin des délices. Là, ils seront, couchés et reposeront sur des lits dorés et étincelants de pierreries; là, déjeunes garçons, dont les grâces et les charmes ne vieilliront jamais, leur présenteront, dans des coupes d'une beauté éblouissante, des vins délicieux dont la vapeur ne troublera jamais leur raison. D'après leurs désirs, on leur servira les fruits les plus savoureux et le gibier le plus rare,
tandis que des houris aux grands yeux noirs et au teint candide, luisantes comme des perles, se tiendront toujours à leur côté.
Ceux pourtant qui s'imaginent que le paradis des Musulmans ne procure que des jouissances sensuelles sont dans la plus grande erreur. Le Coran dit que la vision de Dieu produira une satisfaction sans égale et supérieure à toute autre, et que ce trésor éternel est destiné seulement aux croyants qui auront placé leur confiance en Dieu , qui auront évité l'iniquité et le péché » qui auront réprimé leur colère en pardonnant, et qui enfin se seront consacrés exclusivement à la prière et aux actes de prudence et de libéralité.
Pour ce qui regarde la morale, Mahomet emprunta beaucoup au christianisme. Il voulut que la bienfaisance fût la première des vertus. Le Musulman doit disposer en faveur des pauvres de la dixième partie de ses revenus, et éviter surtout de montrer de l'ostentation dans la pratique de ses bonnes œuvres. L'usure est défendue par le Coran. La générosité, l'oubli des injures, la modestie, la patience et la franchise sont ^rtieulièrement recommandés. Toute action qui n'est pas accompagnée de piété, quelle que soit son importance, ne peut être agréable à Dieu ; mais pour arriver à lui il faut préserver de tout péché cinq parties du corps: les oreilles, les yeux, la langue, les mains et les pieds.
C'est en vue de cette injonction que le Musulmami doit s'abstenir de prêter l'oreille aux instruments de
Ml EGYPTE.
musique, fût-ce même le chant du Coran et de la prière» ^nsi qu'au mensonge, à la médisance et aux discours obscènes. C'est en vue de cette injonction qu'il doit détourner ses regards des choses défendues et de certaines parties du corps, que sa langue doit se garder du mensonge, delà oalomnie, et de ses propres louanges. Violer ses promesses et blasphémer sont des péchés qui détruisent le mérite de toutes les bonnes actions précédentes, et que les lois civiles doivent punir de mort.
Il est aussi défendu au Musulman de frapper son prochain et de le priver de nourriture sans permission ; il ne peut entrer ni péuiétrer dans la propriété d'autrui. Il doit se garder des mets prohibés par la loi. La gourmandise et tout excès de table lui sont très-^rigoureusement interdits « Enfin, parmi tous le^ péchés contre la chasteté, celui qui est puni par les peines les plus terribles, c'est la fornic^ition.
Pour achever cet examen rapide de la morale des Musulmans, il faut que je parle de deux choses plus ou moins connues : Les rapports de l'homme avec la femime, et le fatalisme.
Et d'abord, je remarquerai que bien que le Coran autoriflie la polygamie, ce code restreint néanmoius à quatre le nombre des femmes légitimes. Si le mari prévoit, ou B'il eraint quelque inconvénient d'4in tel nombre de femmes libres, on lui recommande alors d'en prendre une seule, ou de remplacer les épouses légitimes par des eselaves*
Gràee au eode de Mahomet, la OQndilioQ de k femme
U AEUGION. US
8'estQii pea fiméliorée m Orî^nt; car il y^st ^xit que personne na peut épouser une femnoie sans lui fi^r d'avance une dot en cas de répudiation.
Les sœnrs sont égales aux frères dans le partage des biens paternels. L'esclave une fois mère devient libre. Le mariage est permis avec des femmes juives et chrétiennes, mais il est défendu avec des femmes idolâtres. Enfin, quoique le Coran proclame la supériorité dQ l'homme sur la femme, il veut néanmoins que cette su^ prématie consiste spécialement dans une aCTec^uso protection.
Malgré la croyance des Musulmans au dogme de la prédestination ou fatalisme, cette croyance profonde n'a pourtant pas l'influence qu'on lui attribue sur les actions et les sentiments des Musulmans. Le fatalisme peut, il est vrai, leur inspirer une résignation constante et inaltérable au milieu des vicissitudes les plus accablantes de la vie ; mais il n'éteint pas en eux tout penchant à la sensibilité.
Le croyant n'est pas enchaîné par une immobilité stupide à la lettre d'un principe; et, si le Ck)ran 1 avertit que ce serait inutilement qu'il voudrait soustraire à Dieu ceux qu'il a désignés, il lui dit en même temps : Ta maison brûle, cours éteindre Tincendie. £sl>elle menacée de tomber en ruines? éloigne -toi. $apvc-toi aussi du débordement des fleuves et des rivières, et tiens-toi bien sur tes gardes contre toute espèce ^ dis-^ grâce; en un mot, prends toutes les précautiopi dictées par la sagesse humaine.
Ul EGYPTE.
Le culte, dans la religion musulmane, tient une place importante. De toutes les pratiqués dé (^ culte, la prière est la principale; les ablutions viennent ensuite. Elle doit se faire cinq fois par jour : une avant le lever du soleil, une à midi^ une entre midi et le soir, une au cou^ cher du soleil, et une à l'entrée de la nuit. Des anges descendent du ciel et écrivent le nom de ceux qui Tont faite. Malheur à qui remettrait, car il est écrit : «f Révèle la gloire du Très-Haut, et avant l'aurore, et durant la nuit, et au déclin du jour, afin que ton cœur soit content.
« Lorsque tu récites ta prière, tourne ton front du côté de la Gaaba, le temple qu'Abraham , aïeul d'Ismaël, consacra au Seigneur. En quelque lieu que tu sois, ton regard doit être toujours dirigé vers cet auguste sanctuaire. »
Les heures de la prière varient suivant les saisons.
Celle de l'aurore, par exemple, doit se faire au moment oii l'on peut distinguer un fil blanc d'un fil noir. Ceux qui n'oi^t point accompli leurs dévotions dans la première partie de la journée peuvent effacer leur faute en priant plus que les autres pendant le reste du jour. Les heures de la prière sont toutes annoncées par Tes muezzins, dont la voie grave et solennelle appelle les fidèles du haut des minarets. Les prières peuvent être faites en particulier, dans la maison, ou en plain air, ou bien en commun dans une mosquée, sous la direction d'un iman. L'assemblée suit scrupuleusemeht les mouvements du pontife, et répond amen à la récitation
LA.RBUGION. %llf
de chacun des versets qui font partie de la prière. Le $aJat etgouma (la prière du vendredi) se fait toujours sous la conduite d'un iman.
Four que la prière soit efficace , la loi musulmane
exige :
1 "" L'état de propreté ; 2'' la décence dans le vêtement ; 3^ la direction du corps vers le temple de La Mecque , l'éternelle Caaba; 4° la volonté ou l'intention.
Le Musulman qui veut être dans la première de ces conditions doit faire des ablutions nombreuses avec de l'eau pure, chaque fois qu'il se dispose à prier. Ces ablutions sont très-détaillées, très-précises et très-minutieuses.
Les docteurs musulmans, qui sont entrés dans des détails minutieux à l'égard des prières» ont établi un certain nombre de règles disciplinaires.
Ainsit. tant que l'on est debout, on ne doit regarder que le tapis ; dans la position du tahyetan^ on ne doit jamais mouvoir le pied droit, lors même qu'on veut accomplir le sidjoud ou prosternation . En faisant les salu^ talions, le r^ard ne doit pas s'étendre au-delà des épaules ; enfin, on doit éviter soigneusement de bâiller pendant la prière, parce que le démon en profiterait pour s'insinuer dans le corps du croyant.
Indépendamment de ces prières quotidiennes que tout Musulman doit faire isolément « les croyants doivent s'assembler le vendredi pour prier en commun, et assister à une cérémonie hebdomadaire appelée kholbach : c'est, à proprement parler, une espèce de sermop qui se.
Ml Ifivms.
fait dMft Ui môiqtiéefe {principales de ehaqne tille et dans celles qui ont été fondées par les califes. Ce sermon prend régulièrement place après les prières ordinaires de midi; eu le ptonôneant» Timan loue Dieu, célèbre la mémoire de Mahomet; et du temps des califes, qui réunissaient à la fois les fonctions de souverain pontife et d'empereur» on y ajoutait des vo^uil , des prières et des acclamations pour la prospérité de celui qui régnait, pour la longue durée de sa puissance, ainsi que pour le bonheur et la gloire du prince désigné comme devant hériter de Tempire.
Lft Croyance bU rattachement du Musulmati à sa r^ ligion est tellement enraciné en lui, que son esprit n'est Jamais trouble par aucun doute. Il en a une idée si élevée, qu'il ne peut pas comprendre le motif qui empêche toutes les nations d'embrasser Tislamisme. Pour lui, aucuti respect humain ne peut l'empèchèr de confesser sa foi ni d'eh suivre les pratiques; et si sa croyance est attaquée par quelque étranger, il la défend de toute sa puissance. Tout lieu lui est bon pour prier, et souvent on voit le Mahooiétan s'agenouiller dans les rues> dans les plftces publiques, duns sa maison, dans Aa boutique^ qu'il soit seul, qu'il soit en oompagnie, même de personnes étrangères à son culte.
Une autre pratique très-importante de la religion musulmane est k purification. La loi ne permet pas au croyant l'eiercice d'un acte religieuic, quel qu'il soit, si, avant de l'accomplir, il ne s'est pas purifié, avec un soin eitrèmei de toutes souillures. 11 y a trois espèces de pu«
U REUGION. Mf
rificfttionft, le lavage, rablution et la lotion. La première est prescrite pour les souillures ; la seconde consiste à se laver le visage, la bouche, les narines, la barbe, les mains> les bras jusqu'au coude et les pieds jusqu'à la cuisse * Pendant cette opération , il faut toujours prier. La lotion , enfin , est ordonnée pour certaines impuretés spéciales.
L'usage des purifications est un des plus sages ré* glements que Tislamisme ait établis ; car c'e^ t sous le prétexte d^un acte religieux qu'on impose aux Orien«« taux certaines mesures de propreté et d'hygiène fort utiles dans les climats chauds.
Les cérémonies religieuses des Musulmans égalent h nombre des fêtes, qu'ils célèbrent avec pompe et solennité. Les mosquées, d'une rare propreté, n'ont ni décorations, ni ornements, ni chaises, ni bancs. Le parquet est caché en été par des nattés, et en hiver par des tapis; lés Musulmans s'y asseyent sur leurs talons. Avant â'etitrei* dans leurs mosquées, ils se déchaussent ; led gestes qu'ils font en priant expriment le fanatisme; tuais leurs regards sont modestes et leurs poses graves. Dans les grandes mosquées, on voit quelquefois des personnes qui causent ensemble, qui mangent, dorment, et Souvent travaillent ; mais, même au milieu de ces occupations, elles gardent pour ces enceintes sacrées le plus grand respect. Les femmes entrent assez rarement dans les mosquées. Le prophète leur conseilla de prier dans leurs maisons; mais ce conseil devint une défense expresse par la suite, sous le prétexte que l6ur pré^ened
dans les temples réveillait des idées profanes chez les assistants.
Avant Texpédition française en Egypte, il n'était pas permis aux chrétiens et aux juifs de passer à cheval devant les mosquées privilégiées. Bonaparte obtint que cette défense cessât, et de nos jours la tolérance est telle, que les Européens peuvent même entrer dans les mosquées sans obstacles et sans courir de danger.
Les temples sont très-nombreux en Egypte. Au Caire on en compte quatre cents, tous anciens et d'une trèsbel le architecture. Aux mosquées les plus riches sont annexés d'autres établissements, tels que hospices, écoles publiques et collèges, où Ton enseigne à la jeunesse la religion, les lois, le culte et le droit. Chaque mosquée est desservie par plusieurs personnes qui ont un grade dans la hiérarchie religieuse.
Avant l'établissement de l'islamisme, le jeûne religieux existait déjà chez plusieurs peuples, entre autres chez les juifs et les chrétiens, et, s'il n'était point une pratique religieuse pour les anciens habitants de l'Egypte, il était au moins chez eux une mesure hygiénique généralement usitée. Mahomet dénatura cette institution en la rendant trop sévère. Le jeûne du Ramadan, pendant lequel on doit s'abstenir de tout aliment depuis l'aurore jusqu'au coucher du soleil , sans qu'il soit permis même de fumer ou de prendre un verre d'eau, dure un mois lunaire. Une abstinence gardée aussi rigoureusement pendant si longtemps peut affecter la santé des individus qui sont forcés de se livrer à des
LA REUGION. S49
travaux pénibles. Les plus scnipuleux n^avalent pas même leur salive. Les femmes enceintes sont dispensées du jeûne, de même que les voyageurs et les malades. Néanmoins, bien peu profitent de cette dispense que la religion leur accorde, et certains dévots voyageant dans le désert, au milieu d'une chaleur brûlante et des plus fortes souffrances^ refusent à leurs lèvres desséchées une goutte d'eau. Un médecin qui a demeuré longtemps en Egypte nous a raconté qu'il a vu des malades attaqués d'une fièvre ardente refuser pendant le Ramadan toute médecine, et mourir pour ne pas violer l'observation du jeûne prescrit par la loi.
Comme les Musulmans ne font usage que du calendrier lunaire, >1 arrive que le Ramadan tombe successivement dans chaque mois de l 'année pour revenir tous les trente «trois ans à son point de départ
 ce long jeûne succède une fête qui dure trois jours, pendant lesquels les fidèles se dédommagent amplement, selon la mesure de leurs moyens, des privations qu'ils se sont imposées. Cette fête s'appelle le Petit Baîram. Le Grand'Baïram eu Courbam-Baïram a lieu soixante-dix jours après le petit, et dure quatre jours. Le Courbam- Baïram a été institué en mémoire du sacrifice d'Abraham.
Le pèlerinage à La Mecque et les cérémonies pratiquées autour de la Caaba étaient des dévotions suivies par les Arabes longtemps avant Mahomet. Tout Musulman fidèle observateur de la loi du Coran doit, au moins One fois dans sa vie, visiter la ville sainte.
IM EGYraS.
Chaque autoée» des milliers de pèlerins se réunissent pour accomplir ensemble ce pieux voyage. La caravane part du Caire le 27 du mois de Chewal, quelques jours après la procession du mahmil. Le mahmil est une caisse en bois qui contient le voile de la Caaba, et quelquefois deux exemplaires du Coran destinés au temple de La Mecque; cet envoi se fait régulièrement tous les ans. La sainte caravane emporte avec elle, outre le mahmil^ le trésor envoyé par le Sultan à La Mecque elles divers dons faits par les princes, les villes ou les particuliers.
Les pèlerins se partagent en trois troupes : Tune suit la route du désert; ce voyage par terre dure environ quarante jours ; les deux autres troupes s^embarquent à Suez ou à Kosséir. C'est pendant les fêtes du Courbam- Baïram que les pèlerins, venus de tous les points de TOrient, doivent se trouver rassemblés dans la ville qui a vu naître leur prophète.
Autrefois la ville sainte était visitée par de nombreuses caravanes venues de tous les points de TOrient pour déposer de pieuses offrandes; mais aujourd'hui la ferveur religieuse s'est fort attiédie, même en Arabie, et, soit indifférence, soit la crainte qu'ont inspirée les brigandages des Vahabites, les pèlerinages et surtout les dons deviennent de plus en plus rares ; toutefois les hadjis (pèlerins) sont toujours fort considérés, et ce titre confère une sorte de sainteté. Les Musulmans de l'Asie- Mineure et les Persans se réunissent à Damas.
L'objet principal de leur dévotion est la Caaba, petit édifice qui a èinquànte pieds de longueur sur quaran-
u RËUCtaif. «Il
te-huit de largeur et quatre-vingts de hauteur. Les Arabes prétendent qu'il a été bâti par Ismaël avec Taide d'Abraham et de Tange Gabriel. Ce fut cet ange, disentils, qui confia au patriarche la fameuse pierre noire qu'on conserve depuis des siècles à la Caaba.
Le Turc ne croirait pas avoir accompli son pèlerinage s'il ne montait sur le sommet dUrafal, qui est à la distance de six lieues de La Mecque, et où le sacrifice d'Abraham eut lieu, suivant la tradition, pour assister à la prière solennelle qu'on y récite pendant une nuit déterminée. Le lendemain, les pèlerins doivent se rendre à la plaine de Mocène pour accomplir, par de nombreux sacrifices de chèvres, de chevreuils et de chameaux, les pratiques ordonnées. On fait monter à trente ou quarante mille le nombre des bètes à cornes immolées à cette occasion.
L'époque du retour de La Mecque étant bien connue au Caire, les parents et les amis des pèlerins se portent au-devant d'eux, et les emmènent avec une joie extrême à la maison, où ils mêlent à une musique triomphale les cris de leur douleur, s'ils viennent à apprendre que les personnes qu'ils espéraient revoir ont succombé à la fatigue et aux privations pendant le voyage.
Un des mérites de la religion musulmane est d'avoir transformé en devoirs sacrés une quantité de précautions et de mesures hygiéniques de la plus indispensable nécessité.
Dans le Coran, on ne s'est pas occupé seulement de la propreté extérieure, mais on a pensé encore à la nDur*>
riture et à la boisson , objets d'une grande importance dans les pays orientaux. On y défend Tusage du vin, des liqueurs spiritueuses et de certains aliments réputés immondes» tels que la viande de porc» de cheval, de mulet, d'âne, de tortue et d'éléphant. On y regarde encore comme immondes tous les animaux carnassiers, les oiseaux de proie et les reptiles. La même défense existe pour les parties naturelles, les reins et les entrailles de tous les animaux. Quant à l'usage du sang comme aliment, la loi le défend d'une manière absolue. Aussi veut-elle que l'on coupe la tète et toutes les artères des animaux, et qu'on fasse sortir jusqu'à la dernière goutte de leur sang. C'est cette prescription absolue qui fait que les Musulmans sont très-indifférents au plaisir de la chasse.
La haine implacable des Musulmans contre les chrétiens n*est que trop connue en Europe. Cette haine est venue beaucoup plus de ce que le mahométisme s'est trouvé arrêté dans ses développements territoriaux par les chrétiens, que du Coran, qui prêche la tolérance envers les sectateurs du Christ en disant : « Les chrétiens a seront condamnés d'après l'Évangile; ceux qui lesju- « géraient différemment commettraient un péché.
« Fidèles, votre religion est une. Je suis votre Dieu; « adorez-moi ! Les juifs et les chrétiens sont divisés « dans leur foi; ils reviendront à nous.
«c Nous avons prescrit à chaque peuple son rite sacré; « que chacun l'accomplisse sans discuter sur la reli- « gion. Tâchez de les gagner à Dieu, en leur disant :
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« Tu ne marches pas dans la bonne voie. Avec lés jaifs « et les chrétiens, ne disputez jamais qu'en termes hon- « nêtes et modérés. »
Malgré ces idées de tolérance imposées au Musulman, il professe un extrême mépris pour les chrétiens. Les tribunaux les appellent infidèles tant qu'ils sont vivants, et damnés dès qu'ils sont morts. Un chrétien ne peut pas témoigner contre un Musulman.
L'islamisme a vu s'élever beaucoup de sectes dans son sein ; cependant les docteurs musulmans affirment que leur nombre n'a jamais atteint soixante-treize. Les deux principales, celles qui partagent encore les Musulmans de nos jours, sont celles des Sonnites ou orthodoxes, et des Schyytes ou hérétiques. Cette séparation s'est produite peu de temps après la mort du prophète.
Lb^ Sonnites reconnaissent l'infaillibilité d'Aboubekir, d'Omar et d'Osman ; ils admettent toutes les explications théologiques, toutes les décisions légales de ces différents chefs. Pour eux, la Sonna^ vaste compilation de traditions qui sert de complément au Coran, a la même autorité que la loi orale chez les Juifs ; de là leur nom àë Sonniles.
Les Schyyies, au contraire, prétendent que le véritable successeur de Mahomed est Ali, son gendre et son fils adoptif, désigné par lui comme héritier de l'empire. Toutes les explications du Coran données par d'autres sont autant d'hérésies pour eux. Ils nient la prédesti-* nation absolue, et ne veulent point admettre l'incréatiôn du Coran. Les Schyytes révèrent Hussein et Ali comme
des saints ; quelque8*>unes des divisions de cette secte importante, les Nonairis et les Mutualis, qui habitent une partie des hauteurs du Liban, sont persuadés qu'Ali a été revêtu d'un caractôre divin, et lui rendent une sorte de culte.
Les habitants du désert, Arabes nomades ou Bédouins, forment une autre catégorie de Musulmans ; on ne les regarde point comme dissidents, quoiqu'ils s'exemptent de toutes les pratiques minutieuses, et s'inquiètent peu des subtilités dont les docteurs ont enveloppé les dogœes de Tislamisme.
Au milieu des populations chrétiennes et musulmanes, il existe une autre secte dont on ignore la véritable ori* gine ; ce sont les Yésidis, qui habitent les montagnes voisines de la ville de Singar. Ces sectaires, dont quel* ques dogmes présentent de l'analogie avec ceux du christianisme, reconnaissent un bon et un mauvais génie ; mais, persuadés que le mauvais génie n'est qu'un ange déchu, et qu'un jour il doit rentrer en grâce auprès de Dieu, ils redoutent sa vengeance, et c'est à lui surtout que s'adressent leurs prières et leurs hommages.
Ce fut au commencement du dix-huitième siècle de l'ère chrétienne et du deuxième de l'h^ire qu'Ad-el- Vahab commença ^ prêcher une doctrine nouvelle dans les mêmes lieux ou Mahomet avait établi sa religion. Il voulait ramener l'islamisme à sa pureté primitive, et le purger de toutes les superstitions. A ses yeux, le Coran n'est pmnt un livre créé p^r l'inspiration divine, ou apporté par l'ange Gabriel. lésus-^Christi Mahomet et les
LA REUGION. VS»
autres prophètes, suivant lui, né sont que des sages aimés du Très-Haut; c'est à Dieu seul que doit s adresser la prière.
Cette secte, dont la doctrine semble si sage, fit couler des flots de sang dans lempire ottoman. Le fanatisme le plus féroce animait les Vahabites ; ils attaquaient, ils égorgeaient sans pitié les Musulmans qui refusaient d'admettre leurs réformes, et brisaient les chapelles sépulcrales élevées en l'honneur des chéiks et des imans réputés saints parmi les croyants. Leur nombre étant devenu considérable, ils s'emparèrent d'une partie de la Mésopotamie, prirent Médine, La Mecque et Djedda, pillant, rançonnant les caravanes. Leur puissance s'accrut si rapidement, qu'elle menaça un instant de changer la face du monde oriental. (!!e fut alors que Méhémet- Ali, chargé par le Sultan de leur faire une guerre d'extermination, envoya contre eux son fils Ibrahim, qui finit par les refouler dans leurs déserts et s'empara de leur chef, qui fut décapité à Constaatinople le 17 décembre 1818, sur la place de Sainte-Sophie.
En Egypte, il y a encore d'autres religions ou sectes, telles que celles des Juifs, des Arméniens, des Grecs schismatiques et orthodoxes, et des catholiques latins ou uhis.
Autour des catholiqqes latins viennent se ranger tous les Européens qui demeurent en Egypte. Les églises des catholiques sont desservies par les religieux franciscains de la Terre-Sainte, qui existent là depuis le règne de François P% sous la protection immédiate et spéciale de la Fnmce.
tS6 fiGYi^TË.
Les Coptes jacobites ou schismatiques , nom que Ton donne ordinairement aux sectateurs deTÉglise d'Âlexandrie, forment la classe la plus nombreuse parmi les chrétiens. On en compte environ cent soixante mille, répandus dans les provinces de la Haute et de la Basse- Egypte ; au GairOy ils occupent deux des quartiers les plus populeux. Attachés aux anciens usages, observateurs rigides des préceptes de leur Église , les Coptes obéissent sans contrainte aux commandements de leur patriarche, qui réside au Caire, quoiqu'on lui donne le titre de patriarche d'Alexandrie et de Jérusalem.
Outre le baptême des enfants, qui doit avoir lieu à l'église, ils pratiquent aussi la circoncision ; mais c'est plutôt pour eux une coutume nationale et une mesure de propreté qu'une cérémonie religieuse. Les Coptes admettent la confession auriculaire et communient sous les deux espèces. Le clergé copte élit son patriarche et lui confère un pouvoir illimité. Nul ne peut recevoir la prêtrise s'il n'est marié. Tout prêtre devenu veuf quitte sa paroisse et embrasse la vie monacale. Les offices sont célébrés en langue copte^ bien que les prêtres, excessivement ignorants, ne comprennent pas un mot de cette langue antique; ils lisent l'Év-angile dans un idiome qui est pour eux lettre close, et que le plus souvent ils défigurent. Le dernier membre du clergé copte qui ait possédé la connaissance de la langue dans laquelle sont écrites la parole divine et la liturgie» est mort dans le courant du dix huitième siècle.
Les Coptes possèdent encore cent églises ou couvents.
U HEUGION. W
dont la plupart ont été placés dans des lieux d*un accès difficile et à l'abri des invasions des Bédouins, toujours disposés au pillage et à la destruction. Us ne s'allient qu'entre eux, et forment, au milieu de la population"^ égyptienne, une nation à part, ayant ses mœurs et ses usages particuliers. Le nom de Jacobites leur vient de Jacob Bara daï ou. ZauzaluSy moine syrien, qui, au sixième siècle, parcourut la Syrie et la Mésopotamie pour réunir en une seule Église les monopbysites dispersés.
Ces diverses sectes cbrétiennes, jalouses les unes des autres, ont souvent offert aux Musulmans le spectacle do déplorables conflits, et cela pour les causes les plus fu* tiles. Ainsi les Grecs purs, les Arméniens et les Coptes s'entr'égorgeaient parce que les premiers faisaient le sigoe de la croix avec trois doigts, les Arméniens avec deux, et les Coptes avec un seul !
Aujourd'hui que la vice-royauté d'Egypte, depuis Méhémet*Ali, protège toutes les religions sans distinction, et ne permet pas qu'une d'elles opprime les autres, ces haines intestines n'ont d'autre effet que d'augmenter le mépris que le Musulman professe héréditairement pour les hommes qui n'appartiennent pas à sa foi.
Ici doivent maintenant trouver place quelques aperçus sur MéhémetrAli, le régénérateur de l'Egypte.
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ctiAritâE V.
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MÉUEMET-ALL
Ce n'est pas sans étonnement que l'Europe^ àprëst Avoir été bouleversée dàiis ses fondements, à vu, éllé ^ui érdyàit avoir épuise toutes lés côihmotîotts, uii homme diriger en Egypte, pendant Un ijuart de siècle^; lés moiitenièiits politiques; en accélérer ou etî suspendre ràctt-* vite sociale ; en augmentée ou en diminuer riiiïpôrtiiîïëe itidtistHëllé, coriirnercîale et agncole ; éû tfânàfôrrfîer à son gré là puissance militaire ; en éitë lé aerf, I© ààsiït et la peùsée^ et attachée son noiii à deltii d'iiné étihitéé dont iâ côntiaissance dés tl*aditi()nâ rèli^ièuseé fût tèi-tée Tai'câné dé id science moderûe. Cet hdmïiiê fût Méhéiîiét-Àli.
âùivàiii hi tèi'siôQ là mléùifbââiéi 11 e^t i!é en f 768
260 ÊGYFfE.
OU 1769 (1182 de Thégire), à Cavala, ville maritime de a2l Turquie d'Europe» dans la partie occidentale de la Roumélie. Très-jeune, il perdit son père, Ibrahim-Aga, qui était garde de sûreté des routes ; et, peu de temps après ce premier malheur, le seul parent qui lui restât, Tousson-Aga, son oncle, mutesellein de Cavala, fut décapité par ordre de la Porte.
Privé de famille, le jeune Méhémet fut recueilli par un ancien ami de son père, capitaine des Janissaires de Praousta, qui le fit élever avec sonproprefils. Cet homme, réservé à de si brillantes destinées, passa sa première jeunesse dans d'obscures fonctions militaires, où il trouva l'occasion de déployer beaucoup de sagacité et de bravoure dans la perception des impôts, opération toujours difficile en Turquie; il remplaçait son bienfaiteur, chargé. comme chef d'un poste militaire, d'en faire le recouvrement.
Jaloux de récompenser les services que Méhémet lui rendait, le vieux Tchorbadji le maria avec une de ses parentes qui venait de divorcer, et qui possédait quelque bien. Ce fut le commencement de la fortune du jeune homme : il avait alors dix-huit ans.
Ses dispositions pour le commerce et l'industrie commencèrent à se développer. Des relations qu'il avait liées avec un négociant français de Cavala lui avaient donné le goût du commerce ; il s'y livra dès lors entièrement, et fit quelques opérations heureuses, notamment dans les tabacs, la plus riche production de son pays. Cette époque de sa vie n'a pas été sans influence sur l'Egypte ;
MÉHÉMET-AU. )Gl
car on sait combien Méhémet«Âli s'efforça, dans son gouvernement, d'étendre les ressources industrielles et commerciales.
L'invasion française le surprit au milieu de ces occupations paisibles. La Porte ayant fait alors une levée en Macédoine^ le Tchorbadji de Praousta reçut ordre de fournir un contingent de trois cents hommes. Le vieux capitaine des Janissaires confia le commandement de cette petite troupe à son fils, et lui donna pour lieutenant Méhémet-Ali, dont il connaissait l'adresse, Texpérience et le courage. Ces recrues macédoniennes joignirent l'escadre du Capitan-Pacha, et débarquèrent avec le grand vizir sur la presqu'île d'Aboukir, où bientôt se livra cette bataille si glorieuse pour la France et si désastreuse pour l'armée du Sultan. Après cette défaite, démoralisé comme beaucoup de chefs turcs, Ali-Aga laissa sa trpupe sous la conduite de Méhémet-Ali, et quitta l'armée. Avec cette petite troupe, faible débris de la bataille d'Aboukir, Méhémet va conquérir successivement les grades de chef de mille hommes, et celui plus important de serchimë, qui le mit à la tète de trois à quatre mille Albanais.
Méhémet-Ali, qu'une ambition intelligente poussait en avant, comprit tout d'un coup, après la défaite de l'armée turque, le rôle qu'il pouvait jouer dans l'armée du vice-roi d'Egypte, vassal de la Porte. Les Mamelouks, épuisés par leurs luttes contre l'armée française, ne pouvaient plus se recruter dans la Circassie et dans la Géorgie. La Porte, qui voulait changer le gouverne-
m%n% ^p !'J$gîl?*e p yiçe-rpyaiité, empêp|iaît pe§ cq9jlrées dci leur fppniir dç$ soIdaU. 11$ avaient une autre cause aussi de destruction : leurs deux beys principaux, Osman-Bardissy et Mphame4'rÇ^lfif au lieu dédoubler leur force en partageant franchement le pouvoir, comme Tavaient Cait Mourad et Ibrahim avant roççupation française, se laissèi^ent absorber entièrement par une rivalité qui détermina leur ruine et celle
de leur corps.
Le premier p^çba investi de la vicerroyauté d© l'Egypte après le départ de l'armée française fut Mohammed-Khosrew, qui avait mission de détruire le reste de puissance que les Mamelouks conservaient encore. Le yice-roi servit la Porte avec fidélité; son administration fut ferme et zélée; mai^ les mesures qu'il prit contre ses fiers antagonistes manquèrent de cette intelli£i;ence qui est indispensable dans une mission aussi délicate et aussi difiicilp. A peine arrivé au pouvqir, Khosrew s'était empressé de combattre les Mamelouks; mais cette entreprise téméraire n'avait eu pour résultat que la défaite dès troupes que Méhémet commandait en sous-ordre.
Les Mamelouks, qui, dans une boucherie horrible, devaient être détruitsi par Méhémet , lui servirent de premiers aujciliàires pour attaquer, en Egypte, le pouvoir de fa Porte. F^'ayant pu, a cause (3e Téloignement du chànip de batajjle, prendre part au cômba*, le générai, honteux et mécontent de cette défaite, imafi;ina d'en rejeter là responsabilité ^ur son lieutenant Méhémet, et ^accusa auprès du yice-roi, qui résolut de le perdre.
pïiç (;p|niqunjcatipp jïnpoçtfUJt^ j^ fiçïfife»»é, 1^ m^dfi prèg dq jui |u igfiiÙpu de }ai»îiit. Méhén»pt-4|i. péft^^wJ ajs^^pik Iç^ intentioî)? pk pp^FÇW, fP g?rdf ^|^o ^'obiteiPBÇJ»? ^ cette injp^p||Qft. % fiçgte, deppif Ipngf^]^
inimédif^t dpot iV afDbitioi)pa}|; la {jQiiypii;. \\ lajl^t ui^q pccasioi) pour pe point seml}le]; )e\^ii) 9H?^y^!?f 4f 1^ jPor^, trpp opyerteipfsnt l'^nda^ ^p }^ F^TPl^;
L'ipsucpèQ de ]f^ lutta ayec Iça jM^^l^ilka off|fi| Ç4^^ occaçioD, çt il §'fipp|re?aa 4>^ pro|j^ ^ %i|ap1( ^ufg qoipiniine jiYeo pui^ ; || leur <}p\rit le^ pqrtf^ ^M f^w, et, se jojgnapt à ^m^ij-P^rdjspjt, \\ açpijla 1^ yicg-iroj dau9 PapjettÇt s'^p^para de pet^ yîUç;, ^ çpf}dpipi| fp^ ppsoDijiei; ^u paire, o^ \] |e çqr% à 1^ garjj^ .4» ÇJçgtQF dg^ ^lamelpu^s, le vieil jljrf^iitç-Besy.
l,a j^pUY^IJe dp pe? éYènejneîït^ p^ fiij p?» plwt^t |f t f'T^^ ^ f8B'HR^'P?Ph» quel? Sultan déjj^pjîa ei| Êgyptiç
Àli-Gezairly-Pacha pour remplacer Kl^o9)rew et chfttier
1^ popQ^pçe d)ç 1^ Porte epi^ta cher ^iji pouye^^ ifjçfN
lef M^u^elpuls et leç A||)apa^?, il toiï)iji)^ 4*9? I?f 5WM ^e^ep ennemis, gui, jpdigpéç dç ^^ dpgi jç;t^, Iç mi^iîl à piQr^ |ie «ncç^ç de pette révolte ne p|: qnig b^^çr 1^ ^ fortune d§ J^ébéniet. Les <îew[ IJjeyç dea ^^oiejoi^çlf:^, [ Mph^içed et Bar<Ji§^yj »e jalpus^rpi^i ïiïp^uçl>en^p$. '
Mçjiépîç.t prit Ip parti de ce ijierpier, et, api^f a^ejj? apr
«64 ÊGYFrE.
des soldats contre son allié. Au milieu de ces luttes, Méhémet gagnait en pouvoir. Il se montra, autant que son rôle le lui permettait, respectueux envers la Porte, et, devant l'impuissance où se trouvaient les deux beys de lui résister, il se borna à exiger que la vice-royauté fût conférée à un pacha turc, quand il pouvait demander cette place pour lui-même. Il fut désigné par les cheiks et les chefs des troupes pour remplir les fonctions de kaïmakhan. Ces deux nominations, ratifiées par le Sultan en 4804, révélèrent à MéLémet-Ali la haute influence qu'il exerçait déjà sur les affaires d'Egypte.
Nous allons maintenant parcourir plus rapidement toutes les phases de son existence. Pendant les prétentions rivales du corps des Mamelouks et de la Porte, Méhémet-Ali, loin d'embrasser ouvertement l'un ou l'autre de ces partis, se contenta d'entretenir leur rivalité. Le grade de chef albanais, qui lui donnait Tair d'un subalterne, facilitait beaucoup le rôle à double face qu'il voulait jouer.
Il travailla dans l'ombre avec une persévérance et une souplesse infinies, flattant l'ambition des uns, nourrissant le ressentiment des autres, gagnant les faibles par ses caresses, imposant aux forts par son autorité, présidant à toutes les révolutions du Caire, s'attachant à la cause des pachas quand il fallait soutenir les Mamelouks, et, quand les pachas acquéraient une certaine force, prenant parti avec les Mamelouks contre ses alliés de la veille ; du reste, ne négligeant rien pour trouver dans le peuple un appui» et se servant pour Tobtenir
MÉHÊMET-AU. 263
des cheiks et des ulémas, qu*il se conciliait, les uns par des dehors religieux, les autres par son amour apparent du bien public. II se maintint ainsi pendant les nombreux changements qui transformèrent le pouvoir.
Cependant, il fallait arriver à une solution. Le système de bascule, si habilement qu'il fût employé, ne pouvait pas toujours lui être favorable. Méhémet-AIi prit donc un parti. En mars 1805, sûr des ulémas, et voyant le peuple fatigué des commotions et des excès dont il avait été Tâme, il fomenta une révolte, assiégea le vice-roi dans la citadelle, se rendit maître du Caire dans l'espace de quelques jours, et compléta son œuvre en chassant les Mamelouks.
Il fut aussitôt proclamé pacha par les Albanais et les ulémas, qu'avaient séduits sa valeur et ses artifices. Mais, fidèle à son système de prudence, et pour se créer un nouveau titre aux faveurs de la Porte, Méhémet feignit de refuser. Après bien des hésitations qui cédèrent devant de magnifiques présents, ou peut-être devant la considération des difficultés rencontrées jusqu'alors pour établir régulièrement l'autorité des pachas en Egypte, le gouvernement turc se détermina à sanction-» ner le choix du peuple égyptien. Méhémet reçut le firman d'investiture le 9 juillet 1805; mais, pendant les sept années qui suivirent, il ne commanda que dans la Basse-Egypte; encore Alexandrie demeura- t-elle tout ce temps soumise à un officier délégué du Sultan. Quant à la Haute-Egypte, elle est restée l'apanage des
beys B>!amel!?i}lfs» qui Rvaipnt 9u ^e paîntpnir 4ans 1© Saïd.
Arriyé au pouvoir, Jtféhémet-Àli trouva devant; lui Mo|)amn)ed-|'£lfi, qui ^vait reformé sop parti dans la Haute-Egypte. Celui-ci offrit d'abord à Tancien vice- Toi pqn aUjapcç pour J'aider àreprend|*jB son poste; il prpmjl; sq. spuipissiqn à la Porte, si elle voulait chasser j^^héiuet Ali du po^ta (|u'il occupait; puis il se tourna yers TAugleterre, à laquelle il promettait de livrer les principaux pprts de l'Egypte. M. prpvett-i, consul de France à Alexandrie, pour empêcbey Méhe^et de tomber ^ous l'influence de l'Angleterre, fit éçljpuer une première fpis la négociation auprès du capitan-pacha* en dépit des menaces d'invasion proférées par }es agepts anglais. Elle ^ut rrarise plus tard sops nn|[penee de ramba^pad^eur d'Anglpterre, qui deipanda, au npm de son gouvernement , 1^ rétablissement des lM[amelou]cs, prenant sous sa responsabilité la ^d^Iité de Tp^, La Porte envoya aussitôt upe flotte en Egypte porter à Mé))émet-AIi uq firman qui le nommait au pachalijf do Salonique.
Le vice-roi, se sentant soutenu par les cbeiks et par les beys mamelouks du parti Bardissy, qui, par haine de TElfi, oubliaient leurs griefs personnels, par vingtcinq Mamelouks français de l'Elfi gagnés par M. Drovetti, enfin par l'ambassadeur français à Constantinople, temporisa h plus longtemps qu'il lui fut possible, jus- . qu'au niomen^ oii la Porte, voyant que la scission des Manièlouks les mettait dans l'impossibilité de recon-
MÉHÊMET-AU 987
quérir leur ancienne puissance, lui concéda un firman qui le rétablissait dans sa vice-royauté, à la seule condition de pa^er un tribut annuel de 4,000 bourses (5,000,000 fr. environ).
La mort presque simultanée d'Osman-Bardissy et de Mohammed consolida la puissance de Méb émet- Ali, et semblait lui promettre une certaine tranquillité pour Tayenir. Mais les Anglais, mécontents de sa réconciliation avec la Porte, débarquèrent en Egypte sept ou huit mille hommes, dans l'intention de réveiller les Mamelouks qui s'endormaient dans des divisions de familles et de palais, et de leur prêter main forte. Une partie des troupes anglaises, sous la conduite du gênéralFrazer, s'empara d'Alexandrie, ou les Anglais demeurèrent six mois sans avoir pu tenter aucune entreprise; le reste de la petite armée, dirigé sur Rosette, fut taille en pièces par une poignée d'Arnautes. C'est dans cette campagne' que le vice-roi donna des preuves d^unè cruauté orientale, en envoyant au Caire plus de deux mille tètes anglaisés pour orner la place de Koumyeh. Mais il termina la guerre par un acte de générosité européenne, en rendant ses prisonniers sans rançon.
Le plan de défense adopté par le pacha avait été dressé par M. Drovetti, auquel revient une part de l'honneur d'avoir fait échouer l'expédition, dont le succes eût compromis l'équilibre européen et les intérêts de la France. * -»
Méhémet, n'ayant plus à s'occuper des Anglais, commença à donner essor à ses idéeà d'ambition. Mais la
politique .ombratgense de la Porte trouva pradentd^en* Yoyer l'astucieux pacha contre les Vahabites, sectaires qui, voulant ramener la religion mahométane à la simplicité du Coran, menaçaient alors d'envahir les saints lieux. Le vice-roi ne refusa pas cette difficile mission, comme s'y attendait la Porte. Cette expédition avait un caractère religieux, et par conséquent national, qu'il eût été souverainement impplitique de battre en brèche. Seulement, avant de l'entreprendre, et pour ne pas être victime de la ruse du divan à son égard, il résolut d'exterminer entièrement les Mamelouks. Le 1®' mars 1 81 1, sous le prétexte d'une fête qu'il avait à leur donner en l'honneur du départ de Toussoun-Pacha pour La Mecque, il réunit leur corps dans son palais, construit sur un roc, accessible seulement par des chemins qui montent entre des rochers à pic. Après les avoir reçus avec un luxe royal et une cordialité faite, pour dissiper leurs soupçons, il les fit massacrer, au moment du départ, par ses Albanais et par les soldats de la citadelle, qu'il avait enibusqués derrière les murs. Pas un seul n'échappa à cet horrible carnage.
Pendant que ce drame se passait au Caire, des scènes analogues complétaient l'œuvre de destruction dans les diverses provinx^es, dont les gouverneurs égorgeaient jusqu'aux derniers Mamelouks disséminés sur la surface de TEgypte. Ils périrent presque tous» excepté les Mamelouks français^ qui se trouvaient dans la capitale, et qu'on n'avait pas les mêmes raisons de redouter.
Ainsi, cette série de combats, de vengeances et de
MÊHÉMET-AU. 269
représailles fut couronnée par un de ces grands forfaits que la politique excuse souvent, malgré Textrême horreur qu'ils inspirent toujours. Telle fut aussi la fin tragique du puissant corps des Janissaires; seulement Méhémet-Ali sembla prononcer et exécuter sa terrible sentence avec hésitation, tandis que Mahmoud présida en personne à raccomplissement.de ses ordres, avec rimpassible sang-froid d'un héros.
On a dit que, pendant cette épouvantable scène de meurtre, Méhémet-Ali s'était placé sur une terrasse d'où il pouvait tout voir, et qu'assis sur de somptueux tapis, au milieu de ses confidents dévoués, il fumait tranquillement son riche narguileh : ces détails sont inexacts. Méhémet-Ali n'avait mis dans le secret que Méhémet- Bey-Lazouglou, son intime ami, et Saley-Koch, chef des Janissaires. Au moment de l'exécution, il s'enferma dans le divan, où il avait reçu les principaux chefs des Mamelouks; il y demeura seul.
Pâle, défait, silencieux, le regard fixe, il avait quitté son chiche. Au plus fort de la fusillade, son émotion fut si profonde qu'il sentit son cœur défaillir et demanda un peu d'eau.
On a dit aussi que les Mamelouks furent tuiés au milieu d'une vaste cour : il n'en est rien ; ils furent assaillis dans un cheminétroit où ils nepouvaient se défendre.
En détruisant les Mamelouks, Méhémet ne détruisait pas, comme Mahmoud, des rebelles qiy tenaient constamment la couronne à la merci de leur rapacité, de leur jalousie et de l'ambition de leurs chefs. Méhémet
170 ÊGYfrTE.
frappait Une milice màlè de sa puissance âinbitiéasé, et tout aussi hostile & la Porté (}ue Tambitiou dé ses beys.
L'impassibilité de Mahmoud assistant ail massacre des Janissaires, làpiérpleiité fébrile de Méhéinèt-Ali entendantlàfusillàdequi décime les Mamelouks, ifiôatrent, dans Mahmoud, le souverain oriental punissant ceux qai ont nfénté sa colère, dans Méhémet-Ali, ranibitieat oriental se défaisant dé ceiit (|ui peuvent lé gënér dans le but (|u'îl se propose d'atteindre.
Cet acte accompli » Méhémet-Ali, qui ne s'était àucn- Dément tnépris sur leâ intentions qui avaient suggéré à la Porte l'expédition contre les Vahàbites, s'èmpressà de faire les préparatifs de cette longue gueri*è, pendant laquelle Tôttssoun et Ibfahim-Pacha; ses deux fils, ne parvinrent en plusieurs aniiéés qu'à affaiblir les redoutables sectaires qui déàolàient l'Arabie et înteh'ompaient les pèlerinages; Lui-même Commandait une armée dans le Hedjaz, lorsque Latit-Pâeha arriva suiSri d'un flrînâû d'investitilrè au fiaôhalik d'Egypte. Heureusement, Méhémet-Ali avait laissé, à son départ^ tin homme dévoué à su cause : Méhémèt-Béy . Le fidèle ministre feignit de favoriser les prétentions de l'envoyé du divan, s'empara de sa personne, ei le fit publiquement décapitèt
Cest dé ce moment qtie date véHtablemeût le ièga» de Méhémet-Ali. Paisible gouvètneur d'un pays fertile, ÎI avisa promptemefat anx moyens de Réparé* le mauvais état des financés, et comprit toutéë les t^ssotireés qtl'ôh |)iëuva4t îket de Tagrieulture et du ctemmefôd pôixi k féalisatioà «•$ rr vi^es aœbitiettsès,
MÉHÈMET-ALL S7i
Il fallait tout mener de front dans lé goùyefheméiit d'un pays qui avait été pendant tant d'années le théâtre d^îine guerre incessante ; il felldit ramener le paysan (}di àvalit abandonné le soin des terres pendant les troubles , fonder un ordre politique et civil pour rassurer lés hàbitaiits, et faire reprendre lei tiavaut depuis lofigtetnps interrompus et délaissés. Là chose là plus iniportaiite était de réprimer les courses déprédatrices des Bédouins. Méhéinet-Ali réussit dans cette entreprisé. Il retint leurs cheiks en ôtage^ et imposa un frein salutaire aux malyersations des Coptes, entre les inàins desquels se trouvait, de temps immémorial, l'administration àeû terrés.
A l'aide dû tribtit payé èd natui*e, il organisa le commerce d'exportation, et pkt cette mesure il Régularisa U. retitrée des impôts, sans gêner les opérations financières des particuliers, déjà rissée entravées pài^ Ik rareté du numéraire. En cela, du reste, il tie faisait qu'appliquer le système des impôté deà âhèiéîld Pharaons, tel que nous le niôntré l'inscription de Rosette; si bien expliquée par GhampoIIion le jéuiie.
Héhémét-Ali âiit dans les premiers joiirà de soa poiivtiir tous ses ÉM^tns à entretenir desi relations stiiviés avec Ifes négociants eiiropéèns. Un Français, M. Jutnel, ititroduislit éû Egypte la èultùfe dd eistoîi â longue Sèiè;^ Bé son cèté, M. Drotetti; rèstô l'ami dk Pàchà, par déà conseils intelligents et è^peritnëfotéè Itii fftciiit&it Têtàl blissement des maiiufacttire^^ et Tsadàit de ^ôh èipê^ rien ce sur les hommes et les choses.
Lé j^u de ftttccëâ ^ùe Méhèmet-AU^ à 1& tête d^ ses
â'ïâ EGYPTE
troupes irrégulières, avait obtenu dans son expédition contre les Vahabites, le décida à réaliser l'idée d*une organisation militaire. Ce fut dès lors l'occupation unique de l'audacieux Pacha et le but exclusif de sa persévérance.
Le Niram-Djedyd fut proclamé au mois de juillet 1815, et toutes les troupes reçurent Tordre de s'orga* niser sur le modèle de l'armée française.
Cette innovation, qui en 1807 avait coûté la vie à Sélim III, faillit aussi être fatale à Méhémet-Ali, tant il est vrai que les Orientaux se montrent rebelles au progrès.
Les mécontentements partiels qui éclatèrent à la promulgation des ordres du vice-roi ne firent que le rendre plus inébranlable dans ses projets de réforme. Une insurrection terrible éclata parmi tous les étrangers mercenaires qui composaient l'armée. Les troupes furieuses marchèrent contre le tyran, contre le ghiaour; le palais fut pillé, et le Pacha eut à peine le temps de s'enfermer dans la citadelle.
Devant une pareille insurrection, pour sauver sa vie et ressaisir son autorité il fut obligé d'ajourner l'accomplissement de ses projets sur l'organisation militaire de son armée. Seulement, il se réserva d'en faire l'essai sur les indigènes. Quant aux étrangers, il trouva l'occasion, dans sa guerre en Arabie, de s'en défaire en les envoyant, sous le commandement de son fils Ibrahim-Pacha, dans le Hedjaz.
Un succès vint consoler Méhémet-Âli. Le chef des
MÉHEMET-ALI. iT3
Vâhabites fut fait prisonnier par Ibrahim, qui l'envoya au Caire, avec une partie des bijoux enlevés au temple de La Mecque.
Le Sultan ne put, en cette circonstance, que faire, d'accord avec les orthodoxes Musulmans, beaucoup d'honneur à Ibrahim. Il lui envoya une pelisse d'honneur qui lui donnait rang parmi les vizirs, et l'éleva à la dignité de khan, distinction la plus insigne qui pût être accordée à un pacha, puisqu'elle était auparavant réservée exclusivement aux souverains de la Grimée.
Le succès obtenu par Ibrahim-Pacha sur les Vâhabites, la destruction de Darych, capitale du Nedj, fit penser à Méhémet qu'il pouvait étendre ses possessions dans l'intérieur de l'Afrique, et soumettre le pays des Noirs, où il espérait trouver de grandes ressources.
Stimulé, de plus, par l'envie de posséder les riches mines d'or dans les environs du fleuve Bleu, il organisa, sous le commandement d'un de ses fils, Ismael-Pachn, une armée d'expédition formée de cinq mille hommes de troupes irrégulières, dix pièces de canon et un mortier. Cette expédition eut un malheureux résultat.
Un soir, les habitants de Fazogl, sous le prétexte d'apporter à Ismael du fourrage pour ses chevaux, avaient accumulé derrière et autour de son habitation une grande quantité de paille et de tiges sèches de koura ; ils y mirent le feu alors qu'Ismael et sa suite y étaient. Ce fut en vain que, à la tête de ses Mamelouks et de ses serviteurs, celui-ci s'efforça de se frayer un passage au milieu des flammes. Tous périrent étouffés et brûlés aux
fU EGYPTE.
cris de joie d'uae foule immense qui , ne (youvaDt se rassasier de vengeance, continua pendant trois jours d'insulter à leurs corps défigurés. En même temps» la révolte s'organisait à Métama,' oii l'oncle de Nem2 mas-sacra le reste de la suite d'Ismael. Mais la punition fut sanglante. Le bruit de cette nouvelle fît accourir le defterdar du Kordofaû, Ahmed-Bey^ T^uf de Zohra , fîlle de Méhémet-Ali. Il parut avec sa petite armée , et ce fut assez pour vaincre des peuplades que nulle discipline, nulle tactique ne pouvaient défendre contre un homme que le vainqueur de la Porte, Méhémet-Ali lui- Hièmet ne voyait pas toujours d'un œil tranquille.
Ismael fut vengé. Vingt mille tètes furent tranchées, et ce châtiment barbare assura le silence autour dtt defterdar, si bien qu'il devint un objet de terrenr, non< seulement pour les naturels, mais encore pour les propres soldats d'Ahmed. Les armes de ce conquérant farouche ruinèrent Tagriculture et le commerce dans le Sennaar et le Kordofan. Depuis qu'elles sont rangées sous la domination du grand-pacha, ces deux provinces ne sont plus guère que le marché central où les Turcs s'approvisionnent d'esclaves.
Ces expéditions servirent toutefois la politique du vice-roi ; dles l'avaient débarrassé d'une soldatesque factieuse à laqudle toute idée de discipline devait être insupportable. Il n'avait pas oublié ses projets d'organisation militaire ; il voulut encore essayer des moyens qui pouvaient le mieux les faire réussir. Il envoya donc à Assouan» sur les frontières d'Egypte, quelques cen-
MÊIIEMKT-ALI. Î78
laines d^ Mamelouks faisant partie, taut de sa maison que de celles de quelques grands de la cour, et là un officier français nommé Selve^ depuis Soliman-^Pacba, fut chargé de leur éducation militaire.
Après ayoir surmonté des difficultés et bravé des dangers de tout genre, Selve parvint à former, avec ses Mamelouks 9 les cadres de plusieurs régiments que des fellahs et des nègres vinrent aussitôt remplir. Pendant que ces nouveaux régiments apprenaient les manœuvres à reuropéennCf l'œuvre d'organisation se poursuivait à la fois, sans perte de temps, sur tous les points du royaume et sous toutes les formes.
A Alexandrie, on formait et on instruisait une marine; au Caire, un Français montait une fabrique de fusils et une fonderie de canons, tandis que l'hôpital d'Aboura* bel, l'école d'état-major de Eanka et l'artillerie égyptienne s'organisaient simultanément par les soins de trois autres Français.
Mais tous les efforts intelligents du Pacha pour doter sou pays d'une organisation militaire complète ne pou-* vaient s'accomplir sans de grandes difficultés à surmonter. Il lui fallait agir avec des procédés qui , en Europe, révolteraient la conscience la plus débonnaire. Toutes ces innovations exigeaient des dépenses inouïes ^t contraignaient Méhémet-Ali à augmenter de beaucoup les impôts» malgré les murmures de la population. Les fellahs, arrachés à leurs familles, à leurs champs, pour peupler les tentes ou les fabriques, maudissaient ces ÎQstitiittûmi des inâdèles qui les opprimaieut sans leur
apporter ou leur faire entrevoir aucune compensation, aucun avantage immédiat.
Dans ces dispositions d'esprit, le mécontentement étant général, une émeute éclata en 1824. Un chef marabout de Deraveh harangua le peuple à la prière du vendredi, et fanatisa toute l'assemblée. Le hasard voulut que plusieurs bataillons des nouvelles troupes expédiées au Sennaaï pour remplacer le reste des milices irrégulières, se rencontrassent avec les mécontents. Ce fut un puissant renfort pour les insurgés; leur parti, encore grossi par une centaine de fellahs, se trouva bientôt fort d'environ vingt mille hommes.
Cette insurrection , qui pouvait devenir formidable , n'eut pas les suites fâcheuses qu'on craignait, et fut an contraire favorable aux vues du Pacha. Conduite par un chef incapable, après divers égarements elle rentra dans l'ordre, et les fellahs qui y avaient pris part furent soumis pour jamais.
L'insurrection des Grecs contre Mahmoud était bien autrement dangereuse : appuyés qu'ils étaient par les sympatliies européennes* il fallait les vaincre surtout avec des ressources nouvelles; sans quoi, aux yeux des populations égyptiennes, les réformes tentées par Méhémet-Ali n'étaient plus que le résultat des caprices d'un tyran. La Porte, espérant porter un coup à la puissance du Pacha, lui avait ordonné de marcher contre les rebelles, en même temps qu'elle demandait le secours de sa flotte.
Trop faible encore pour imiter les Grées, et compre*
MÉUËMETAU. i77
nant fort bien qn'il se rendrait odieux parmi les Musulmans s'il refusait de mettre une partie de ses forces à la disposition du Sultan, Méhémet-Ali s'empressa d'obéir; il comptait d'ailleurs, par cet acte de soumission, faire prendre le change à la Sublime-Porte sur les idées d'in* dépendance dont il se berçait déjà.
Dix-sept mille hommes, huit cents «^evaux, quatre compagnies de sapeurs, et l'artillerie de siège et de campagne partirent d^Alexandrie, en juillet 48S14« sur l'escadre du Pacha, forte de soixante-trois vaisseaux et de cent bâtiments de transport de toutes nations. L'expédition était commandée par Ibrahim-Pacha. Ce chef, en qui le développement de yéritables talents militaires n^avait point étouffé les instincts cruels, viola en maintes occasions toutes les lois de la guerre. En peu de temps la Candie fut pacifiée, et la Morée fut, sinon soumise, au moins momentanépient réduite à l'impuissance par les massacres qu'on y fit et le grand nombre d'esclaves qu'on envoya en Egypte.
Le succès de cette expédition avait fait comprendre à Méhémet-AIi tout ce qu41 pouvait attendre de ses troupes. Il pensait déjà à s'emparer de la Syrie^ lorsque la bataille de Navarin vint, du même coup, anéantir sa flotte et celle de la Turquie, et le forcer d'ajourner l'exécution de ses plans de conquête.
Pendant la guerre de Morée, toutes les réformes administratives ou agricoles n'avaient plus d'autre but que d^entretenir l'armée et la flotte, et de payer les subsides que la Porte demandait impérieusement.
Le vice-roi dépeuplait les champs pour peupler les tentes, et pressurait le pays pour enrichir les chefs et nourrir les soldats. Seulement, il avait bien soin de faire savoir que tous ces sacrifices lui étaient demandés par la Turquie, et il détournait ainsi les murmures du peuple égyptien sur la Porte. Cette tactique le servait admirablement, en cela qu'elle trompait le Sultan par son ardeur à le servir^ tout en minant sourdement son pouvoir.
Le vice-roi ne craignit plus alors d'aborder les seuls moyens qui, selon lui, pouvaient servir à la réalisation de ses projets. Au mépris du Coran» qui défend le monopole, afin de tout accaparer pour réaliser le plus de capitaux possibles, les productions de TEgypte furent déposées dans les magasins de TEtat ; le pouvoir s'attribuait le droit exclusif de les vendre.
Mais, forcé souvent de placer les marchandises à crédit et sans garanties, le Pacha ne retira pas de cette mesure tout le bénéfice qu'il en avait espéré. Il monopo** Usa ainsi l'industrie, en forçant à travailler exclusivement pour lui les ouvriers de toutes les classes, assujettis tyranniquement à se charger d'apalte. De là le découragement des travailleurs et la mauvaise qudité des produits. Il voulut aussi que ses manufactures l'affranchissent de toute dépendance vis-à*vis de l'Europe; mais ses opérations lui devinrent beaucoup plus dispendieuses que l'achat des produits étrangers auxquels elles étaient substituées, et elles eurent l'inconvénient d'enlever à la terre des bras dix fois plus productifs dans les champs que dans les ateliers.
Gomme ces ressources ne suffisaient pas encore à ses dépenses personnelles, réunies aux sommes que lui coûtait la guerre de la Morée, le Pacha se jeta dans toutes les voies de l'arbitraire pour en créer de nouvelles ; il soumit chaque fellah à une contribution extraordinaire de huit piastres, sous prétexte de pourvoir aux frais de la guerre contre les infidèles. Sous le même prétexte, il frappa chaque maison de TEgypte d'une taxe dont le produit total s'éleva à cinq millions six cent vingt mille francs. Au moyen de la perception de l'impôt en nature, la majeure partie des produits du sol était déjà en sa possession. Ces augmentations d'impôt enlevèrent au fellah les faibles bénéfices qui lui restaient sur la récolte des champs cultivés péniblement par ses mains ; cette récolte appartint tout entière au vice-roi. Il près* crivait le genre de culture qui lui était utile et agréable, pour acheter ensuite la récolte au prix qu'il fixait arbii* trairement lui-même.
Le Pacha étant l'unique propriétaire de l'Egypte, les habitants, placés dans Taltemative de payer les contri< butions ou de mourir sous le bâton, vendirent ce qu'ils possédaient; enfin, se trouvant complètement dépouillés, ils quittèrent une patrie où le soleil ne mûrissait plus les moissons pour eux» et des familles entières émigrèrent en Syrie.
En moins de cinq ans, malgré les postes établis dans le désert, dix à douze mille fellahs avaient quitté l'Egypte.
L'expédition très<«coûteu8e de Morée, qui avait enlevé en numéraire à l'Egypte vingt millions de francs^ et plus
.»bn EGYPTE.
de trente mille hommes, força Méhémet d'assembler un grand divan extraordinaire pour délibérer sur les expédients capables de réparer ou d'atténuer les conséquences ruineuses d'une guerre soutenue pour les intérêts de l'empire ottoman.
Une seule délibération eut lieu dans ce conseil; on résolut d'abandonner dorénavant aux spéculateurs européens l'exportation des produits nationaux, mesure bien tardive, mais inconstestablement sage, qui rendit au commerce une immense activité et apporta quelques améliorations dans les finances du Pacha. Quant aux autres questions, soit ignorance ou peur de heurter Méhémet- Ali, il ne fut pris que des résolutions insignifiantes et tout-à-fait anodines.
Méhémet-Ali était de taille moyenne, il avait le front saillant et découvert, les arcades sourcilières très-prononcées, les yeux noirs et enfoncés dans leur orbite, la bouche petite et souriante, le nez gros et coloré.
L'ensemble de ses traits aurait pu former une physionomie commune, si une grande mobilité d'expression et un mélange harmonieux de finesse et d'amabilité n'eussent prêté à ses traits cette distinction que donne l'intelligence. Une barbe blanche extrêmement soignée encadrait son visage et couvrait presque entièrement sa poitrine. Il avait la main parfaitement bien faite, genre de beauté auquel les Orientaux attachent beaucoup de prix; sa constitution était vigoureuse, sa tournure élégante, et son allure fière et ferme avait quelque chose de la précision militaire.
MÊHÊMET-ALI. 281
Ck>mme Bonaparte, dont probablement il a Yonlu copier une habitude, il aimait à se promener dans ses appartements les mains derrière le dos. Il était rarement vêtu avec faste. Il portait d'abord le costume des an- 3iens Mamelouks, auquel il substitua le tarcouche militaire au large turban, dont Teffet est si noble et si pitcoresque. Ses vêtements ont toujours eu une telle simplicité, qu'on Ta plus fréquemment pris pour quelqu'un de la suite du Pacha que pour le Pacha lui-même. Ses manières étaient dignes et bienveillantes.
Il ne s'entourait jamais d'une forte suite. Un seul factionnaire veillait à sa porte, ouverte à tout venant. Les jeux d'échecs, de billard et de dames lui plaisaient beaucoup. Il ne se faisait aucun scrupule de prendre pour adversaires des officiers subalternes et quelquefois même de simples soldats; mais le plus communément c'étaient les consuls ou des voyageurs étrangers qu'il choisissait, pour le billard surtout.
Il était très-vif, très-impressionnable, et il parvenait difficilement à cacher ses émotions. Sa générosité était peu commune. Il aimait passionnément les femmes.
11 est inutile de dire ici que toutes ses actions tendaient à s'entourer de la plus brillante renommée.
A-t-il réussi à donner à son nom Téclat des grandes et solides réputations que certains individus ont acquises parmi les hommes, et que les siècles consacrent en Tes augmentant? Nous ne le croyons pas.
Méhémet-AIi est un homme d'un grand talent, d'une nature virile, mais peu soucieux des moyens qu'il em-
s» £(iVPT£.
ploie. Mahmoud, son adversaire, lui est supéfieur sur bien des points. Moins heureux que lui par les armes, il a des idées de civilisation plus arrêtées. 11 est vrai que, né sur les marches du trftne, il n'eut point à s'élever de la plus ordinaire condition à la plus haute, comme Méhémet; mais sa fortune le préserva de la turbulence des Janissaires, turbulence d'autant plus dangereuse qu^en Orient les ambitieux trouvent des moyens faciles pour arriver à leurs fins.
Le grand mépris de la vie qu'ont généralement laa Orientaux, mépris qui vient certainement de l'absolutisme qui les gouverne, fait que, ni le meurtre, ni le manque de parole, ni les trahisons les plus indignes ne les effraient. Les peuples esclaves sur lesquels pèsent leur pouvoir s'inquiètent peu des changements de personnes sur le trône, puisqu'ils doivent en exécuter sans réplique les moindres ordres. Ils se révoltent ou se taisent : quand ils se révoltent, on les massacre sans pitié; quand ils se taisent, ils exécutent servilement ce qu'on exige d'eux.
En Europe, chez les civilisations avancées^ l'opinion des masses pèse toujours d'un certain poids dans la dé* eisioB des gouvernements. Un ambitieux ne pourrait certainement pas arriver chez nous au pouvoir par les mêmes moyens qu'emploient les Orientaux. Le bonh«ur, la fortune, le succès pourront un moment lui sourire ; mais si le respect de la loi chrétienne, qui régit nos lois politiques et civiles, n'est pas observé par lui, il ne peut espérer de rester longtemps au pouvoir. A défaut de conviction, il est eontraint à Thypoerisie,
L'opinion publique hii imposera des devoirs à rem^ plir, des vertus à observer, et il lui sera toujours mille fois plus difficile de gouverner un pays qu'aux Orientaux, pour lesquels Tambition est sans scrupule. Cette facilité fait que souvent un bomme vulgaire, avec beau«coup d'audace, de courage et de sang-froid, réussit là où, chez nous, il échoue tôt ou tard. Les Orientaux, pour arriver à certaines positions du pouvoir, ne sont arrêtés ni par les liens de famille^ ni par le respect de la propriété, ni par la vie des hommes, ni par l'opinion publique, toutes choses dont, parmi nous, on ne peut impunément se jouer longtemps.
Mébéroet doit sa célébrité aux réformes qu'il a introduites dans ses propres domaines, aux améliorations apportées à l'agriculture, aux canaux qu'il fit creuser, aux rues qu'il fit percer dans la plupart des principales villes de rÉgypte, ainsi qu'aux routes qu'il fit ouvrir.
Méhémet a le caractère qui distingue le grand agriculteur et l'habile commerçant, avec toutes les qualités et les défauts inséparables de ces deux professions. Devenu seul propriétaire de tout ce que produit le territoire de l'Egypte, il en était nécessairement le vendeur. Ce serait chose monstrueuse qu'un pareil pouvoir dans la civilisation européenne, où chaque jour la propriété tend à se morceler de plus en plus. Mais, en Orient, les principes adoptés au sujet de la propriété ne sont pas les mêmes qu'en Europe. D'après le dogme musulman, les terres conquises n'appartiennent pas aux individus, mais à Dieu, ou, pour mieux dire, à l'État; car, suivant
la doctrine de l'islamisine, Dieu a dit : « L'État, c'est moi. i>
Les MouUessims, qui occupaient l'Egypte avant Méhémet-Ali, n'étaient pas propriétaires du sol, mais de simples fermiers.
Méhémet-Âli, sans porter atteinte en aucune manière aux idées musulmanes en invoquant le nom de Bien ou de l'État, rentrait pour ainsi dire dans son droit en enlevant l'Egypte à ses propriétaires et en leur accordant une indemnité. Telle fut la situation des fellahs sous Méhémet-AIi. La propriété individuelle n'existe pas en Orient; quand on la rencontre parfois, elle disparait devant la propriété de l'État, et celle du souverain qui le représente.
Ainsi considéré, le monopole territorial et commercial exercé par le vice-roi ne paraîtra pas si extraordinaire, si l'on observe, d'après les idées mises en furatique par les Turcs^que l'Egypte pour lui n'est qu'une terre étrangère dont il est le dominateur. En effet, il n'a jamais . parlé la langue du pays ni voulu s'écarter en rien des coutumes turques (antipathie religieuse qui tient toujours séparés les Turcs et les Arabes, et rend leur fusion presque impossible). Les emplois furent occupés par la nation conquérante, et, quand le vice-roi essaya d'y nommer les indigènes, il échoua dans ses tentatives.
Ce qui mérite surtout d'être remarqué dans le viceroi comme innovateur, et ce qui le rend s^i différent de Mahmoud, c'est qu'après avoir introduit en Egypte les arts, les sciences, l'industrie et la discipline européenne,
MÊHÉMET-ALl. 283
il a trouvé le moyen de rester Oriental, ou, pour mieux dire. Musulman.
Ce n'est pas toutefois par sentiment de nationalité qu'il agit ainsi, mais parce qu'il reconnut que le meil* leur moyen de dompter le peuple égyptien était de con-« server le caractère que la conquête d'Amrou imprima à cette contrée. Entre les vainqueurs et les vaincus en Orient, on ne se fait pas de concessions, et surtout dès les premiers jours d'un pouvoir nouveau. D'ailleurs, Méhémet-Ali comprenait trop bien la différence qui existe entre les Arabes et les Turcs pour abandonner aux premiers l'exécution de son autorité.
L'Arabe est enthousiaste, capricieux sous des appa« rences très-graves, mobile à l'excès, et, par conséquent, sujet à se laisser entraîner à tous les vents qui traversent ses déserts. Le Turc est sérieux, grave, plongé dans une rêverie presque continuelle, patient et opiniâtre ; il ne change que très-difficilement alors qu'il a mis sa confiance dans une idée et placé son avenir dans un homme.
En élevant les Turcs aux premiers rangs, Méhémet montra qu'il savait utiliser les hommes et qu'il les connaissait. Voici ce qu'il disait des Turcs et des Arabes : « J*ai fait en Egypte ce que les Anglais ont fait dans « les Indes, où les troupes indiennes sont commandées « par des officiers anglais. Le Turc est bien plus propre « au commandement que l'Arabe. Le premier se sent « né pour commander, le second pour obéir. Une fois, ^ « j'ai envoyé un de mes officiers avec trente Turcs
?i8G Ér.YPTE.
a contre trois mille Arabes soulevéS) et la révolte fut «c immédiatement étouffée. »
Tout Turc, précisément parce qu'il est né, selon l'expression de Méhémet, pour commander, est naturelle ment porté à l'obéissance. Aussi, malgré ses guerres contre le Sultan, et tout le désir qu'il éprouva durant sa vie de rendre son gouvernement indépendant de la Porte, Méhémet se trouvait porté instinctiviement à l'obéissance à ses ordres. Il était ambitieux, mais il ne niait pas l'autorité du souverain.
Tout ce qui a été fait par Méhémet-Âli pour l'agriculture est incontestablement utile à l'Egypte. Sous ce point de vue, le gouvernement égyptien est d'une activité admirable, comparé au gouvernement turc, si sta-* tionnaire.
Le code qu'il promulgua, et dont on a tant vanté la sagesse et la portée libérale^ n'a jamais été mis en pratique. Ce fut un sacrifice fait à sa renommée, aux instigations et à lexigenoe de ses pr&neurs par Zalem- Pacha. (Ce surnom, qui veut dire oppresseur, fut donné à Mébémet-AIi par les fellahs.) Aussi ce code a-t-il été abandonné dès son adoption ; et si quelquefois ses dispositions ont été appliquées, ce fut lorsqiie les intérêts directs ou indirects du Pacha n'en devaient pas souffrir Uàtons-nous cependant de le dire, si le vice-roi avait des caprices de despote, il fit preuve^ en plusieurs eir* constances, de beaucoup de loyauté et d'une parfaite noblesse de sentiment. Ce serait pourtant une complète orrwr d'inférer de tes démon stratioûs aecidenteiles que
MEHÊMET'ALI. i87
le Paoba ait eu des fiotioDB raisonnées €t un amour vrai deTéquité) et qu'il se eoit jamais préoccupé sérieusetnent de faire respecter les droits naturels de rhomioe dans ses Etats. Le code dont je viens de parler est de l'élucubration européenne, voilà tout. Donner à ses sujets indistinctement une législation protectrice et la tutelle d une administration régulière de la justice, est au-dessus des bonnes volontés d'un souverain asiatique.
C'est à tort qu'on dit l'Egypte civilisée; elle ne peut l'être si subitement. La civilisation est le produit d'une série d'opérations successives; elle ne peut s'improviser en un quart de siècle» Si l'on n'envisage d'ailleurs que les résultats, la oiviiisation engendre un lûen-étre dont l'Egypte est malheureusement loin de jouir.
L'Egypte est un Etat très-misérable, bien qu'il rap^ porte un impôt de près de cent millions de francs^ qu'on appelle miri; c'est à peu près ce qu'elle donnait aux Romains quand elle était quatre fois plus peuplée qu'elle ne l'est actuellement. Les privations des fellahs sont horribles, et déchirent le cœur de tout voyageur appelé à les visiter. La mauvaise administration de Méhémet-^ Ali est pouf beaucoup dans cet état; mais leur sort était loin d'être brillant sous celle des Mamelouks. Méhémet a pour excuse que ses réformes devaient plus tard adoucir leur ^condition .
Les chrétiens doivent quelque reconûaissan<^ à Mé-« hémet-Ali |iour avilir aboli dans ses États toute distinction de secte. Avant lui, il y avait un signe extérieur qui désignait chaque culte. Il le fit disparattrei, et la li<*
888 ÉGYFrE.
berté religieuse qu'il introduisit mit les chrétiens à Tabri des insultes et leur permit de donner un plus grand développement à leur religion.
L'instruction publique est un objet auquel Méhémet^ Ali a donné une attention particulière; mais en beaucoup de cas elle a été instituée dans un but purement militaire.
L'école polytechnique, dirigée par Lambert, celle d'équitation, sous la conduite de Varen, et l'école de traduction des langues, qui est florissante, méritent une certaine attention. Cependant il est sorti de ces écoles peu de sujets capables. La raison en est simple. Il n'existait pas d'éléments préparatoires, et il fallait élever d'emblée, jusqu'aux sciences les plus abstraites, les élèves dont l'intelligence n'avait pas même reçu cette culture première. qui, dans nos contrées, se transmet d'une génération à l'autre pour ainsi dire avec la vie.
Il y a dans le caractère de Méhémet-Ali un je ne sais quoi de puéril qui entache beaucoup sa réputation : c'est d'avoir trop couru après cette gloire qui consiste à produire beaucoup en peu de temps, à la manière napoléonienne. Mais Napoléon frappait du cachet de l'Europe et d'une civilisation avancée ses improvisations les plus rapides. Ce n'était pas au pur hasard qu'il dut son apparition, comme Méhémet, qui n'est qu'un accident dans l'histoire de l'Egypte*
Content d'avoir fait retentir son nom dans les feuilles européennes, d'avoir soumis les peuples qui l'entouraient et fait trembler le Grand«-Seigneur au milieu de Stam-
MÉliÉ.VlËT-AU. i89
boul, Méhémet-Ali a trouvé sa renommée assez grande, et ne s'est occupé de la prospérité de TEgypte que d'une manière secondaire et par des vues exclusivement ambitieuses. 11 n'a pas eu la parfaite conscience de ses actes et de leur portée : il est venu instinctivement apporter sa pierre à Tédifice oriental, et, subissant à son insu les idées de l'Europe, il sera un des premiers qui aura tenté d'arracher l'Orient au statu quo dans lequel il dort depuis des siècles.
Toute la conduite de Méhémet-Ali porte le cachet d'une action temporaire et égoïste en même temps qu'une sorte d'empreinte fatale de l'inspiration. Il n'a point protégé l'agriculture dans le véritable sens du mot* ni multiplié et étendu les irrigations; l'espoir du lucre semble seul l'avoir engagé à donner à l'Orient l'utile exemple des procédés européens dans la culture et l'industrie; et cependant on se demande comment le soldat macédonien a embrassé cette voie nouvelle, et comment cet esprit inculte a pénétré la nécessité de chercher hors de la routine ses ressources et sa grandeur.
- On voit dans tous les actes de sa vie le prince avide de gloire, et nulle part le législateur jetant les fondements d'un bien-être qui doit lui survivre; nulle part le régénérateur qui s'occupe de la justice, qui forme des citoyens aux travaux bienfaisants de la paix et s'efforce de la leur rendre chère, II travaille sans but d'avenir: son gouvernement, tout autocratique, n'emprunte qu'à lui seul sa force et sa majesté; ses successeurs, s'ils ne le comprennent point, reprendront la vieille routine
orientale, et le pays retombera <)ani| ^o ançiei^nQ barbarie, à moins que, parmi ces germps lancés ^u hasard, l|uelqu'un ne tombe dans une bonne terre, ne se multiplie par sa propre vertu, et ne cpu vre de moissons nouvelles de sciences et de richesses le gol aujourd'hui 3i aride de l'antique et célèbre É^yptç.
cHÀPiinfi wî.
DE LÀ 8¥RiË.
La Syrie, qui fut le théâtre de la guerre entre TÊgypte et la Turquie, 'mérite une description particulière. Elle est dominée par la montagne du Liban» dont le Gosruan forme la partie la plus élevée.
Le sommet du Gosruan frappe tout d'abord : c'est la partie la plus fertile et la moins cultivée du Liban. Michaud et Poujoulat, dans leur Correspondance d*Oriént, nous donnent la description du Liban et du Gosruan.
Les montagnes du Liban, qui du midi s'étendent jusqu'au nord, commencent près de Tyr, et vont jusqu'à Tripoli en couvrant une éteiiluv^ Ad quarante lieues. Deux rivières les bornent : au sud, le iNahr-ei-Kasmieh , qui en arabe signifie séparation ; au nord, le NaliF-eU
S9t ÉGYFfE.
Baarid, c'est-à-dire rivière froide. Le nom de Liban vient du mot Liban, qui dans la langue hébraïque ainsi que dans Tarabe veut dire lait. On le nomma ainsi, parce que les hauteurs les plus élevées des montagnes qui composent cette grande chaîne sont toujours couvertes de neige blanche comme le lait. Le triple sommet qui se distingue au milieu des autres est le Sanin ou Sanir; la hauteur qui domine les cèdres séculaires est la cime de TAnti-Liban, nommé Sabel-el-Cheick ; cette dernière est la plus élevée, et la première qui se dore des rayons du soleil lorsqu'il sort comme un géant de la mer pour parcourir les immenses voies du ciel. Après l'automne, le soleil se cache, les vents se déchaînent, les ouragans se replient bruyants et impétueux sur leurs tètes , et voilà que les herbes se flétrissent et se dessèchent, les fleurs et les arbres meurent comme les fils du Liban. Les hauteurs, qui semblent vouloir défier la voûte azurée du ciel, sont constamment couvertes de neige.
Homère appelait l'Ida, mère des fontaines^ des foréls et des bêles féroces. Cette expression peut être aussi appliquée au Liban; car plusieurs rivières jaillissent de ses flancs etdeses pieds : TAron, le Jourdain, leLudon, aujourd'hui Nahr-el-Ibrahim , à la distance de deux heures au suddeBiblos; TEleuctère, le Lisus, et beaucoup d'autres sources que nous avons remarquées sur le chemin de Beyrouth à Lasciehia. Le Nahr-el-Quadricha (fleuve saint), qui naît au pied des antiques cèdres, est probablement ce puits d'eau vive dont parle Salomon, et qui s'élance avec impétuosité du Liban.