‹ Constantinople et l'Égypte: avec un frontispice et une carte géographiqueChapitre 34 sur 39 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Après sa victoire sur les Yahabites, Méhémet, paissânt et redouté au-dehors, opulent et tranquille audedans» cherchait depuis longtemps les raisons qui ])ouvaient légitimer l'entreprise qu'il ne cessait de mé^ diter sur la Syrie. A l'époque de l'expédition de Morée, le divan avait promis de lui abandonner cette province, qui, par sa position géographique, devait couvrir, comme un rempart inexpugnable , les frontières de l'Egypte, et fournir au commerce et à l'industrie de cette contrée une foule de productions qui lui manquent. Quelques différends avec Abd-AUah , pacha d'Acre , suffirent pour justifier une agression contre la Syrie.

Ce pacha s'était, à l'instigation des autres pachas de

so

Tak: El.ViTE.

Syrie, révolté contre Mahmoud^ à l'occasion de ses réformes religieuses et sociales. Méhémet-Âli Tavait appuyé, et ensuite Tavait réconcilié avec Mahmoud.

Abd-Allah, le danger passé, oublia celui qui l'avait sauvé, et refusa de rembourser la somme que Méhémet- Ali lui avait prêtée, ainsi que de renvoyer les nombreux fellahs qui d'Egypte npriviuept d^as son pachalik, et dont il favorisait l'émigration» disant tout haut que les Égyptiens, avant tout, étaient les sujets de la Porte, et non de Méhémet-Ali.

Irrité de l'ingratitude d'Abd-Allah, et trouvant dans le désir d'en tirer vengeance un nouvel argument en faveur de la gufsrf^ £[u'il tv^it ^ojftéf, Méhémet-Ali écrivit au pacha déloyal qu'il irait reprendre les dixhuit mille fellahs, et qu'avec eux il prendrait un homme de plus. La Turquie était trop faible pour que Méhémet- Ali w ffcAtài païf de Tépuisam^t im§ l^u^} le irrité d'Andrifuipla rafi.it réduite. Les prépur^tifs de giierr^, intêTfom^m qu^w temps ^v le obolér», (apmt poussés sfwe nm vigueur wm ég^to. Au e^msieaç^neot àê t$$i^ vtngt-quatrf mille iioiaifnes «t plu$ â^ qustrswrmgts iniucà^ à feme mii^^nt m rmii^ ptur U Syrie.

AbdnAUafa, avec s«s irois mille homm^iB, ne seogsa pas à défendre la Palestioa. Il m retira à Saiufctjeand'Aer^, surnommée la PuceUe depuis les tentatives ia^ fructueuses de l'armée française et du général Bonar parte pçur la pisadre. Le pa^a de Syfîe, voulant B9é- Bager sea ^voispaa, «a niit en oampagne, pour a'ûf^ioser

AFFAiaCg ^^ PYRIE. W

la mission 9e l)pra^it; k éclairer ses mouveipeats* Ce corps ne put que constater la marche rapide d'Ibrabioii deva»* lequel tPmbèjrept, pr^Vque «ans «0»p férir, Ga»a, Jaffa fi\ C^ïffa.

S9Î^trJean- d'Acre, cqiiqipç T^TftitpeQfé Tepaeipi, arrêta Ibrahim. Celui-ci, que Tii^pueçès de Bonaparte stimulait au plus haut degré, loin de ^e décourager par la longueur du siège, les privations de tout genra que son armée supportait, ne s'e£frayant point des muriniirôs que ces privations provoquaient parini ses tFoupes, Foduubla d'opiniâtreté pour emporter.laplaae. A aet effet, aaiebaot que le pacha d'Al^ accourait avep qoatra milk hnmimes s|,n secoura de Saint^J^an^d'Acifa, U mareba m-àùv vaut de Tennemi, à la tôte aeulement de douie ou quinze cents hommes, l'atteint dans la plaine de Héren, le àé^ fait après un combat sanglant, puisraviant Yiotorieux i^* prendre l'offensive dava^it les mnri de la plaoe, qu'il songQ à attaquer la lendemain aur vin nenvean fdaa fourni par un o^QÎçr de génie italien Aûm<pé Bamao.

Au bruit; def fanfares, ^9 tonnerre d'upe» mousqu^^ rie épouvantable pendue grandiose pa? le oanon, après une journée entière de lutte terrible dçBt Tiasue testa longtemps inae^taina, Ibrahim déaida la victoire par un suprême effort de eouraga et d'audaoa, at planta son étendard aur les inufa de Saintr Jean^d'Acre, la 31 mai 18321, après M^ pnoia de siège,

Abd^AUah, fait prisonnier» fut ameaé à Mâi^siet«>AU, qui, au lieu de le traiter avec la ngMUf oriioiataie)

rog EGYPTE.

comme s'y attendait le captif, se contenta de l'accabler de sarcasmes, et de l'envoyer vivre en simple particu lieràRoudah.

Maître de Saint-Jeàn-d'Acre, Ibrahim songea sérieusement à repousser les troupes ottomanes qui semblaient avoir pris le parti d'attendre les événements, et de rester en observation. Ayant envoyé un corps d'armée à Tripoli, il marcha lui-même sur Damas, dont il s'empara sans éprouver aucune résistance. Après avoir lâchement abandonné une ville importante, les Osmanlis continuèrent leur mouvement de retraite. Ibrahim alors, concentrant ses forces, qui se montaient environ à trente mille hommes, se porta sur Horms, ou s'était arrêtée enfin l'armée du Sultan, commandée par Méhémet-Pacha, et forte de tente-cinq mille combattants. La bataille se livra le 7 juillet 1832. Les Osmanlis, déconcertés par l'ensemble des manœuvres de Soliman-Pacha (Selve), se troublèrent, furent battus, et, se retirant en désordre, laissèrent sur le champ de bataille deux mille morts, trois mille prisonniers et plusieurs pièces de canon. La perte des Egyptiens fut insignifiante. Ibrahim ne se laisse pas endormir par ces premiers succès : il poursuit l'armée vaincue jusqu'à Habb, prend possession de cette ville, l'une des plus considérables de la Syrie, se remet en marchiB, atteint l'ennemi à Beylam, et le bat après lui avoir fait éprouver des pertes sérieuses. Cette victoire ouvre à Ibrahim les défilés du mont Taurus, lui assure l'occupation d'Adana, de Tarsous, et la conquête de la Syrie entière.

AFFAUŒS DE SYRIK . SOD

Mahmoud, effrayé des revers successifs de son armée, fit un suprême effort pour s'opposer aux progrès d'un ennemi qui semblait menacer son trône. Une nouyelle armée, forte d'environ cinquante mille hommes, munie d'une artillerie formidable, fut mise sous le commandement de Rescheik-Pacha. Mahmoud n'avait trouvé que lui qui fût digne de sa confiance dans cette position critique, et il lui avait conféré le titre de grand- vizir avec des pouvoirs illimités : « Sauve V Empire^ s'était « écrié le Sultan, et ma reconnaissance sera magni- « fique. y> En même temps, pour enflammer le fanatisme de l'armée, Mahmoud lançait un fetva solennel contre le Pacha d'Egypte et son fils. Leurs tètes furent mises à prix.

C'était le moment ou jamais, pour le fils de Méhémet, d'enlever la Syrie à force d'énergie et de courage. A Konieh, les deux années se trouvèrent en présence. Un épais brouillard empêcha, pendant tin certain temps, qu'elles pussent reconnaître leur ordre de bataille; mais une éclaircie subite permit aux Égyptiens de s'apercevoir que, en se développant, l'armée turque, bien qu'elle observât un certain ordre, avait laissé entre sa cavalerie et la gauche de son infanterie un grand intervalle. Soliman-Ï^acha, sous les yeux d'Ibrahim, se jeta vivement dans l'espace qui séparait les deux corps d'armée, culbuta la cavalerie, fit prisonnier le grandvizir, et mit le désordre dans l'infanterie, qui cessa do résister et battit péniblement en retraite.

Cette journée du 2i décembre ouvrait à Ibrahim les

portes de Gdnstantinople. Mécont^nts^ leë peuplée de TÂftatolie Teyaient en lui le libérateur qui atait déjà sauTé rislainismè des redoutables Yahabites^ et s'atteu'* daient à Toir briser le jôug abhorré qui pesdit but eux. Son nom seul était un talisinan. L'enthousiasHie fut tel, qu'à Smyrne^ par «emple i le Mutesellitn fut rentoyé de la Tille, et une autorité nourelle fut côtistituée au nomdeMéhéihet^Alii Bi^ lé lendemain de cette bataille, Ibrahim eût ihàrché sur la tille sainte, il y faisait Une réTolution; il se posait en pontife de rislamism^^ et proclamait la déchéanoedu Sultan, avant que ce ptihee eût pu oppober la moindre résistance < C'en était fait ! le trône des derniers fild d'Othmail totnbait au ^outoir d'un soldat albanais ! Mais Ibrahim prit trop tard Ottte résoltttioli.

La flotte turque, il est In^ai^ refusa le dombat que lui ptésentait la flotte égyptienne; Ibrahim n'était qu'à quelques journées de Scutari , mais Mahmoud atait appelé les Russes ^ Vingt mille hommes étaient en Itiam che pour défendre Gonstantinoplë^ et) poul* sortir d'une crise aussi terrible^ le Sultan signait les traités A» Houtchouék^Kaïnardji et d'Ilnkiar^Skelessyi qui intesiis* saieAt le pacha d'Egypte de la Syrie^ et admettaient officiellement dans les affaires de la t^orte rititertétttioA de la RussiCi

La oonquète de la Sytie^ adoomplie pAV Méhélfi^tMLli dans l'espace d'uAe ânnée^ lui valut d'ifoâppi^iablM avantages , et l'on peut di^e qu'elle compléta sa puil^ sanoe. L'adjônétion de eette coûtréë était ûëeMiaire

AFFAIRES 0B SYRIE. 3tl

p€fUT garantir au Pacha la possession libre de l'Egypte, dont les véritables frontières ne sont pas dans les sables de Suez, mais aUx tdontagnee do Taurasi NéatifAoitis, la bataille de Konieh avait profondément excité l6 res « sentiment de Mahlnondi Depuis oe jour fatal« il roolait dans sa pensée les projets les plus funestes à la gloire de son vassal vainquedt» ApiAs avoir fotnenté en Syrie des troubles^ il résôltit encore one foi» de recôulir aun arnieSi

A la tibilvelle dé la levée du 8ultaii| eompokée de vingt^tfois mille hommes d^infentérië, de quatone mille de Mtalerie et de cent quarante bouches à leU| sous les ordres dé Hafls-Pachti Mébémet^Ali fit marcher ftiir li mèâie pdnt quatante^troie mille hommes eommaâdés par ion fils ^iné^ le gldrieus eoutien de eott amhitloiii l'heureat Ibrahim»

En juin 4 839, ati sttd de Néiib^ les dent armée» tiâ^ rent cateper presque en face VuM de l'autre^ Ufl esplice setilemeiit de Bi:K mille mètres environ le» éépàrait* le Sa^ il n'y atait caieore ett qtM désmgagement» san» im<» pcrrtânee) mai» dans la miiii flafifrfPaoha^ iûfbriflé qu« pltisieur» régiment» syriens avaient Titilentiofi de pafl« aor dans Ms range, fit laneer detiis vent ièixaûte obti» sur Tannée ennemie, qui, surprise par cette ttttaqâê nectiime, se serait débandée sans réfiergic A'Ibrihim et de flolifiumi-'Pacha, qui epposèrefit promptement tmé barrière aux transfugeai Cet ineid^t fit bruêqtièf lab**" taille. Att lever du soleil^ les troupe» ^yptlennes lê mi» refit efl mai^cbe ^ et bientôt reAgagement fut comfdet.

Au bout de deux heures, les munitions dlbrahim étaient épuisées.

Ce lut pour lui un moment terrible. Tandis qu'il était obligé de ralentir son feu, seize bataillons, composés de Syriens, profitaient de son anxiété pour passer dans le camp ennemi.

Un officier français, M. Petit, conseilla au général turc de faire aborder résolument les Égyptiens à la baïonnette. Cette manœuvre eût été décisive, et les lauriers de Nezib n'auraient jamais orné le front d'Ibrahim.

Heureusement, Hafiz hésite. Ibrahim, le sabre à la main, sous le feu de l'artillerie turque, force les fuyards à rentrer en ligne, et reçoit bientôt des munitions.

Il ordonne alors une attaque générale, et, portant ses batteries en avant, il fait exécuter, à la distance de six cents mètres, un feu de mitraille si bien nourri, que l'ennemi se déconcerte complètement.

Les troupes irrégulières plient et prennent la fuite, malgré la bravoure d'Hafiz^Pacha. L'infanterie, jus* que-là impassible, suit le mouvement. La cavalerie, qui n'avait pas donné par l'inhabileté de son général, fut entraînée dans la déroute; mais elle exécuta sa retraite avec ordre. Une fois de plus, Ibrahim voyait la victoire se déclarer en sa faveur.

La Porte n'aurait vraisemblablement jamais pu se relever de cette défaite par ses propres forces, si un événement en dehors des combinaisons de la politique n'était venu remettre tout en question dans l'Orient.

Six jours après la bataille de Nézib, le 30 juin 4839,

AFFAIRES DE SYUIË. 513

t'implacableadversairedeMéhémet-Ali, Mahmoud, mou* rait d'une phthisie pulmonaire, laissant pour héritier d'un empire si fortement ébranlé un jeune homme de dix-sept ans, élevé dans le harem, et qui, à cette époque, ne faisait pas présager le Sultan ferme et intelligent qui règne aujourd'hui sur la Turquie.

La gloire de Méhémet se trouva alors à son apogée. Bien des croyants virent en lui le seul appui de Tislamisme, menacé jusque dans Constantinople par lapro-* tection perfide de quelques puissances européennes. L'amiral Achmet-Pacha entra le 1 4 juillet avec la flotte ot^ tomane dans le port d'Alexandrie, aux acclamations de l'Egypte triomphante.

Mais, depuis lors, il vit de jour en jour sa grandeur décliner et son influence politique s'éteindre.

A peine Ibrahim avait-il eu le temps de prendre une résolution, qu'il reçut l'ordre de ne point agir. Cet ordre lui fut transmis par un agent du gouvernement français. La France avait fait espérer à Méhémet- Ali qu'il obtiendrait par la diplomatie les mêmes résultats que par la guerre.

L'Egypte, obérée et dépeuplée, ne pouvait plus nourrir ni recruter son armée. Méhémet-Ali voulut que la Syrie nourrît ses conquérants, et que les vaincus remplissent les cadres que les vainqueurs étaient insufiisants à combler.

Sans aucun doute, après l'étourdissementdu triomphe de Nézib, au moment où les esprits inquiets s'étaient tournés vers le Vice-roi, il eût pu faire accepter cette

314 EUYFfE.

etlg€nM^ m mârehatit itoniédiatelMflt im CoDstanti^ tutpïêi mal» il IléftiU : Ift Bjrie lui dranfc knom de %j* nu^ te Liban «i rdvoltài et led Ditises^ so jetant sur le» Égyptiens, leur firent éprouTér des éôheo«6oaiidérables. L'drtaée égjptie}itie> eàns vitreu, «a&e renfortd^ cerhée dans un pays ennemi^ était aussi hostile peat«4tre à la puissance doùt elle étAit ViustftitDeôti que oetiM contre lesquels elle se battait. Au tnilieo de ees oireonstanôes Û^ chensësi le traité de Lduârès fut signée le 1 6 juillet 4841.

L'Angleterre^ la Russie^ la Prusse et rAutrieherseôn^ naissaient dans ce traité C[u*il fallait ramener Méhéâiet» Ali au simple rang do irassal dé la Porte. La Franeé s'abstint, et, dans cette question nù elle pouvait jdue^ le plus grand rôle^ elle aboutit^ après atoir paralysé rhomme auquel elle avait donné son appui dès le oôni« meneement de la lutte^ à ee fameux mémotandum que fit le dhëf du Cabinet du 1*' mars^ Mi thiers^ d*aeeord aveo les puissanees européennes^

Tandis que nous nous disposions à Visitw lis différents pays de TÉgypte^ un ordre^ inattendu nous enjoignit de

nous rendre sans délai à Smyrne, ville vers laquelle AOtfé frégate av&it fait voile dequis le Ô juitleti

Ce nW pas ici le lieu d'insister sur TaSHire de I84Ô9 trop eonnue d'ailleurs pour entrer dans le êdâfe de eel ouvrage.

Nous nous embarquâmes de nouveau à Alexandrie)

et nous arrivâmes à Smyrnë le 4 août ^ Le 6^ lé eontreamiral Bandiera s'éloigna atee sa fré^té vers le oôuehftnt^ 11 avait à peine dépassé lés lôrts dont Ik plage «sf hérié»

AFFAIRES im SYRIE. 9tS

séei ^U'uû officiel âè l'équipage du bàteaU à Tipeor »»«glaia se présenta à bord pour lui reulettte une dépêche très-preèaée. Deux eodps àtà cAnoU et des sigiiau:^ aver^ tirent le oontre^iuiiral^ qui s'etnp^essadenous rejoindre. Après avoir lu la dépêche, il dtdonntt que le soir du jottf suivant les deux frégates autrichiennes se tinssent prêtas a prendre le large dadl la diréetioâ d'Alex&ndrid.

Toute l'Europe aTait yu d& mauvais œil l'envahis^ sèment de la Syrie par Ihrbhinii et l'aGeroissement d'un homme qui, bien que doué de rai^ei qualités, n'en était pas moins un sujet d' inquiétudes i L'Europe était in^ tétessée à ne pas Vdir renverser l'équilibre oriental à Gonstantinople» surtout pont lé seul bénéfîee du tidie^ roi d'Egypte Méhéinet-Âli«

Lorsque laPorte lui avaitaoêordé lepaehalik d'Égyptë^

il avait promis qu'il paierait un tribut annueL Bien des

années s'étaient ééoiilées, le paiement n'atait pas m lieu^

et les réclamations du Ditaii étaient restées impuiS"^

sautes. Le Sultan^ forcé par dM irisons politiques d'agir

enfin eontrè son rebelle vassal i prit ce pi'étextè petit

armer une flottille eontrë le Paoha et le iféduiré à l'obéis^

sance. Les navires ottomans en vue d'Alei^atidfie tfott»

▼èi*ente^ pays dans une tranquiUité apparente qui è^jû*

blait prdnietti*e une prompte 8t)Uinission# Mais uh piège

aYait été dressé^ et M^émut^'Âli était d'Un oaractâfê ft

ne pas se Isûsser effrayer au moment de retécution. Il

sut prendre tant de prétextes et enîployer si bien la ruM

et la flatterie^ que les natires turcs tombèrent nntre M»

BEmihs ; il en remplaça l«s marina et l'éqttipilgd ptï «M

propres soldats. Ce procédé suscita les représailles de l'Europe : le Sultan implora l'intervention des puissances pour affermir les destins chancelants de l'empire. On somma Méhéinet-Ali de^ restituer la Syrie et la flotte. Le traité du 15 juillet n'était rien autre chose que cette injonction.

Le 8 août, nos frégates la Medea et la Guerriera firent voile pour Alexandrie, pour aller rejoindre l'escadre anglaise qui nous attendait près des côtes d'Egypte. Nous n'étions pas éloignés des remparts de Smyrne lorsqu'un ouragan vint mettre en pièces le penon de la voile principale; ce qui nous obligea de suspendre notre voyage jusqu'au 16. Le 1 8, nous faisions provision d'eau douce à Rhodes, si célèbre à l'époque de la splendeur grecque, mais qui, depuis la conquête des Califes, est tombée dans une telle décadence, qu'aujourd'hui on n'y peut reconnaître que les traces de la violence la plus féroce et du despotisme le plus avilissant.

Cette ville, qui avait atteint la plus haute puissance par ses richesses immenses, par l'urbanité de ses habitants et par la sagesse des lois qui les gouvernaient au moyen âge, avait conservé encore quelques restes de sa grandeur passée. Le séjour qu'y firent, jusqu'en 4 623, les chevaliers de Saint- Jean après la défaite des chrétiens en Palestine, contribua beaucoup à son importance. Mais depuis, comme nous venons de le dire, elle a été entièrement ruinée» et, si ce n'était le climat dont elle jouit, ses fortifications et son chantier^ on ne pourrait croire que Rhodes fût la ville grecque où se

trouvait ce fameux Colosse, considéré par les anciens conune une des sept merveilles du monde.

Selon Pline, ce colosse avait soixante^dix coudées de hauteur. Ses doigts étaient aussi gros que des statues ; peu de personnes pouvaient embrasser son pouce. Les vaisseaux de toutes grandeurs passaient entre ses jambes pour entrer dans le port.

II avait été commencé l'an 300 avant J.-G., et achevé en douze ans par Gharès, disciple de Lysippe. Un tremblement de terre le renversa au bout de cinquante-six ans. Lorsque ce colosse tomba, plusieurs vaisseaux rhodiens furent brisés. Les habitants saisirent ce prétexte pour faire une espèce de quèie générale, et envoyèrent des députés pour représenter ce désastre à tous leurs amis et alliés. Ils réussirent si bien» que les présents d'Hiéron, roi de Sicile, de Ptolémée Philadelphe et de plusieurs autres monarques, les enrichirent extrêmement et leur firent regagner beaucoup plus qu'ils n'avaient perdu. Les débris du colosse restèrent sur la même place pendant près de neuf siècles. Mahavias, sixième calife des Sarrasins, ayant pris Rhodes en 672, vendit la matière de ce colosseà des marchands juifs, qui en obtinrent une charge de neuf cents chameaux, en sorte qu'en estimant à huit quintaux chaque charge, après le déchet causé par la rouille pendant un si grand nombre d'années, le poids total des débris montait encore à sept mille deux cents quintaux ou sept cent vingt mille livres.

4près deux jours de traversée, nous jetâmes l'ancre

31» ÉCïfVf.,

<J§¥ftn|; Alexa»4riô, pour attendre que tes pDiiHnn^s coalisées se décidassent sur le dififér^nd tnf0Qr4gypUa&.

Ce que j'oyais prévu p^r rapport k 1^ aoudttit^ de Méhémet-rAli ne manqua paa d'arriver r U seisoptra inflaiûble à toute espèce de récoaciUp.tioiaL,

An coucher du soleil, le 6 ^eptçn^re i 140, iprès woir laissé pour bloquer Alexandrie l$s f aîg^e^uit imglai^ Yà^ sia Ql V Implacable, dauK çoi«yet|0p, Tu^e autf i^^bienae, la Clemenza^ l'autre ^nglpfâ* h DsphmSf #t le ^ro3^ c9,pUe le Cyelope^ non9 fîmep yoîles pour Q^ymutb.

Les vaisseaux autriûhieqil étoi^nt las frégates /a Guer-rifra et la Medea, le BiiU^rophontfi, at le bricl^ 2^6r«.

L'armée égyptienne, tu m^mwmmnt da la eem^^ gne» était imposante; elle 9e e&mpw^H àp Mnt treuia mille fe^ntassins régulier», quatre mille hooMiies d'ariilr lerie e.¥ee un matériel nombreux, et du génie* En tout, environ cent qu^raate^sii: mille bMames de troupes réi» gulières, E)n outre, on eemptait vingt^deux mille hom^f mes de tppupes irrégulières* Sur ce Bonibre, Ibrahim cpmmeiidait cent trente mille ham^^s environ. L^ reste étatt réparti dans le Qedjag, le Sennaar, Tîle de Candie et r^ypte. Trouvant partout ces forces insuffisantes, Méhémet-Ali fit délivrer des armes aux élàves des écor Içs spéciales. Bientôt il fit enrégimenter même des in» validas, des infirmes, des hommes attaqués de maladie» chroniques, pour former des corps d^ réserve en cas 4'in»uvrecti(m. Toujours inquiet et actif, il imagina d'ajouter encore à ces milices une garde nationale. Mais, diM Titat de dépériasement extrême où était TEgypte,

AFFAIRB3 DE SYRIE. 319

M ne fiit quê la triste eavleatuta des seldats eitoyeas de rCiivape. Les grades furent distribués aux gens riches et influents. Ils puisèrent dans leur autorité soudaine un nouveau moyen de tyrannie et d'extorsions, augmentèrent le fiialaîse et le siéeontentement du pays, et n'or* ganisèrent rien. Le résultat fut si complètement nui, que le ▼iea^roi f^t forcé de «énoncer à son idée, malgré l'extrême ténacité de son caractère.

Néanmoins, la fermeté de Méhémet-AU et la réputation militaire dlbrahim retenaient encore les puissances. Elles affirirent, avant de eommencer la lutte, eomme dernier terme d'aeeommodement » le paehalik d'Acre avec celui de TÉ^pte. Le viee«roi refusa net, déclarant qu'il préfisndt mourir les armes à la main. Les plénipotentiatres, à t'eteeption de eélui de France, quittèrent Alexandrie. Peu de temps après, les troupes anglaises prirent Saïd, ville du littoralde la Syrie. Ibraliim tenta de ressaisir oette ville ; mais il fut rq)oussé, et dut se jeter dans la montagne.

Le eommodore Napier avait mis le siège devant Bey* rou^. Ce point, d^unt grande importance, était bien défendu par fieltman-Pacha à la tète de deux régiments; malheureusement, le bruit de la défaite d'fbrahim se répandait avec rapidité; on ajoutait même (jue le généralissime avait perdu la vie dans la déroute. Soliman , alarmé, crut devoir s'assurer de la vérité, afin de rassembler les débris de Tarmée, s*il en était besoin ; il laissa donc Beyrouth soûs la garde deSadik-Bey, colonel d'un des deux régiments. Calui-ei^ se voyant seul, quitta la

:»iO ÉfiYFfK.

ville, et les Anglais s'en emparèrent aussitôt. Mais, ayant bientôt reçu de Soliman une lettre qui l'assurait de l'existence d'Ibrahim, et lui annonçait le retour immédiat du général à Beyrouth, Sadik-Bey craignit de payer sa trahison de la vie, et se rendit aux Anglais avec son régiment.

Il est bon de donner quelques détails sur cet épisode de la prise de Beyrouth.

Le Zèbre était à l'ancre près de l'embouchure de Nahrel-Beyrouth (rivière de Beyrouth) vers huit heures du matin ; ce brick avait commencé le feu, tandis que le Power fullf commandé par le commodore Napier, et les vapeurs qui étaient à la tète de la division turque, par« couraient la rade dans tous les sens pour essayer le débarquement à l'ouest de la ville. Peu après^ d'autres navires commencèrent à lancer des bombes sur les col-

Unes qui la dominent. Les projectiles atteignirent Soliman, et son corps de troupes dut se retirer à la hâte après avoir perdu plusieurs hommes.

Nous étions près de la plage, devant la rivière de Beyrouth, où le Zèbre se tenait, protégeant par ses batteries les troupes de débarquement. Six mille Turcs et dixsept cents Anglais campaient alors sur une colline avoisinant la mer.

Les Égyptiens avaient tenté de placer une batterie sur le pont du fleuve Beyrouth, qui met en communication la route entre Beyrouth et Tripoli ; mais, inquiétés par notre artiljierie, ils enlevèrent cette batterie, et les nôtres s'emparèrent de cette position importante.

affahies de syrie. m

C'était de ce côté que nos embarcations recueillaient les déserteurs qui, abandonnant l'armée égyptienne, cherchaient un refuge au milieu de nous. Ils nous racontaient qu'Ibrahim était campé dans la plaine de Tha* lé, et Soliman près des Pins; que beaucoup de déserteurs sortis des camps vivaient cachés dans les buissons, en attendant quelques bateaux pour être transportés à bord de nos navires.

La conduite des Autrichiens envers les réfuriés était vraiment digne d'admiration; leur charité pour ces malheureux était celle que le divin maître nous a enseignée. Ils furent recueillis, nourris, habillés; nos marins, animés par ce noble exemple, partageaient avec eux tout ce qu'ils possédaient.

Sur ces entrefaites, Stopford dépêchait à Soliman un envoyé, l'invitant à céder Beyrouth ; mais celui-ci se refusa à tout accord. Alors, vers les six heures de l'après midi, plusieurs vaisseaux anglais, joints à notre frégate, commencèrent le feu contre le fort; il dura plus d'une heure et demie, fut très- vif, et nourri par 1,300 boulets, dont 300 lancés par la Médée* Mais, ce qui terrifia l'ennemi, ce furent les fusées à la Congrève.

Je ne dois pas oublier un fait peu important en apparence, mais qui contribua néanmoins à encourager les nôtres dans cette guerre, en nous révélant l'esprit des populations que nous avions devant nous et l'état de l'armée que nous avions à combattre.

La nuit ayant fait cesser le feu des batteries, notre frégate reçut l'ordre de passer le détroit de Saint-Geor-

m EGYPTE.

geç à àem ïpilles de distance de Beyrouth, et de se mettre à r^i^cre ppur empêcher toute surprise de la piultitude, qui grossissait toujours sur le rivage. Eq eflFet, nous aperçûmes, par les nuances et les différentes attitudes dp cette masse bruyante, qu'elle était en pleine révolte. ^o^s la SQininifmes par quelques coups de canpn de se di§perspr; mais, ayant rencontré une résistance assez opiniâtre, il fallut la forcer de s'éloigner, avec quelques hordées de mitjraille que nous envoyâmes au hasard. Tout-à-coup nous vîmes flotter sur la plage un drapeau blanc, ce qui indiquait qu'on demandait aide. On disposa sçins délai une petite embarcation pour porter le secours demandé. C'était un ^oldat arabe auquel on avait enlevé tout ce qu'il avait, et qui, désespérant de trouver du soulagement et de la tranquillité au milieu des Egyptiens, venait en pleine confiance se jeter dans les mains des étrangers. Présenté à l'archiduc, il le reçfercia d® mille manières, et se mit à sa disposition. Notre inteyprèt^ l'ayant questionné sur la position de J'ennenii, U répandit que la faim, la soif et les souffrances lui avaient fait prendre la résolution de déserter; qu'il avait perdu le plus cher de ses enfants, victin^e inooceute de l'artillerie de nos vaisseaux: que les défiierteur? étaient, pour la plupart, des Turcs qui appartenaient ^ la flotte dont JVIéhémet-Ali s'était emparé; que dsjns le camp d'Ibrahim régnait Thorreur et la cruauté, et que c'était Ibrahiin lui-même qui, retranché àdi^s unte eAceiute de sentinelles, condamnait à mort |(U|s ceux qu of^ ^u^pectait de trahison,

Quçlquf^ instants après, uu cri de I4 sentiaelle de prque nous appela sur je tillac, pour nous assurer qu'il y avait encore du monde sur la plage à peu de distance de Saint-Georges. Ay^nt dirigé nos regar(|s de ce côté, nous déçouvrîoies une faible lueur rougeatre prête à s'éteindre. Quit de pus plus habiles rameurs dirigèrent une barque, avec l'empressement que la circonstance paraissait demander, vers le point indiqué, et peu de temps après ils revinrent, ayant à bord une famille grecque que nous reçûmes avec une véritable joie. Le récit de leurs malheurs fut très-lona: et très-touchant. Le chef . de cette famille nous dit qu'un exil volontaire lui avait fait abandonner sa patrie, ainsi qu'à sa famille, aprè^ les derniers désastres qui avaient eu lieu, et qu'ils avaient été réduits à chercher un asile sur le rocher escarpé oii on les avait pris, ce qui était leur dernière espérance. Leur habitation était une teqte ; ils ne se nourrissaient que de viande corrompue et gâtée. Ils ajoutèrent que leurs biens étaient renfermés dans un magasin- de Beyrouth, devenu la proie de la garnison arabe. Qn s'en^pressa de les entourer de tous les soipa qu^ leur pQsition exigeait, et. tout le temps que çettç famille resta avec nous, elle ne manqua de fieu.

Pefidant que Çjes faits se passaient au milieu de nous^ on nous l^^pprit qiJie Iç commodore Napier avait l'intention de gagner les populations de Ija Syrie et avait pu- J)lié lîi proclamation suivante :

< l^ prfjp(|e-B)retagne, la Russie, ).a Prijssç et l'Au-

à Méhémet-Ali Tautorité qu'il vient d'usurper en Syrie. Le but de ma mission est de vous exhorter à secouer ce jour détestable.

« Syriens ! hâtez-vous d'accomplir votre devoir ; un hatti-schérif du Sultan, qu'on a déjà mis à exécution dans l'empire ottoman, garantit la vie et les biens à tous ses sujets.

<c Avec la médiation des quatre puissances signataires, la Porte s'engage à améliorer votre position, afin que vous viviez plus heureux et plus tranquilles que vous ne l'avez été jusqu'ici.

« Habitants du Liban» que je vois de mes yeux accablés et gémissants sous le poids des malheurs qu*on pourrait éviter, levez-vous ! écoutez la voix qui cherche à vous réunir et à vous rendre la paix. Vous aurez bientôt de Constantinople des secours, des armes, des munitions, et les vaisseaux égyptiens n'apparaîtront plus devant vos plages pour vous opprimer.

« Soldats du Sultan!... vous qui, par trahison, avez été arrachés à vos foyers pour être entraînés sur les sables ardents de l'Egypte et de la Sjrie, le Grand-Seigneur vous conjure de retourner sous sa dépendance. Je tiens à côté du lazaret deux vaisseaux prêts à vous recevoir sous la protection étrangère, et, si les troupes du Pacha osent vous faire opposition, qu'elles redoutent la colère de l'Europe entière !

« Un oubli complet du passé et le paiement de votre solde arriérée vous sont assurés sur la foi de votre souverain. Empres8ez-*vous, ne retardez plus. Celui qui se

rangera de nouveau sous le drapeau ottoman sera réintégré dans son grade et dans ses droits.

• Signé : Le commodore colonel Napieb.»

Les populations, encouragées par ces promesses, venaient en foule se mettre entre nos mains, joyeuses de retourner sous l'autorité du Grand-Seigneur, qu'elles espéraient trouver plus paternelle que la tyrannie du vice-roi.

Il n'arriva rien cette nuit qui mérite d'être remarqué. Le lendemain matin, vers huit heures et demie, on recommença à foudroyer les fortifications qui longent la mer; à cinq heures, le feu fut repris et continué jusqu'au coucher du soleil. Durant la trêve, le vaisseau et le brick voisins de la Guerriera s'en séparèrent pour aller jeter lancre dans la rade de Giuri, afin d'y protéger le débarquement. Les douze cents Anglais et les montagnards indigènes occupèrent le village Al- Allah- Gibert, l'an* cienne Gabel, à six lieues de Beyrouth, vers Tripoli, et qui était défendu par trois cents hommes.

La nuit venue, nous fîmes voile pour la rade de Giuri afin d'y opérer le débarquement. Les montagnes du Liban resplendissaient de feux de joie; ces feux nous saluaient comme des amis.

Le 14, Soliman se retirait sur la cîme du Liban. Une compagnie de montagnards avait emporté un avant-poste d'Ibrahim. D'autres compagnies de Maronites s'emparèrent de force de Botron, situé sur la mer, à quatre lieues environ au sud de Tripoli. Le village de Botron est Tan-

w« ÉGtra.

cieù Bbtnis, qui, an temps des Croièaded, était àppelS Betiron. Aujourdliùi» c*ëst uû hàmeàii habité pâi* des Maronites et des Grecs ^

Après avoir planté notre camp sur la colline de Giuri qui domine là mer, noua y trouvâmes déjà quatorze cents Anglais et trois itiilie Turcs. Nous occupâmes Test, àù iioinbre de deux cents hommes sous Ibs ordres du capitaine Visfeèvich. Trois cents Anglais et irôis cents Turcs formaient un avant-poste sur la côte. Les d^àfatposteà étaient à peihè éloignés de nous d'une pôHéë de fiisîl. Le campement des alliée avait au sud le Nâhr-elitelb (rivière du Chien), à Test le flebvë rapide M Liban, àii ribrd le Nabr-el-Melten, qui, dé rhêiné qti^ \i rivière du Chieb, se déploie au miliéii dé hautes niotitagrfë's qui font à 1 ouest un très-fort temjiatt dû c6t6 dé Id iAér. Il né faut pourtant que deux heures et dèiiiife dé hiarétié pbut aller d'une rivière à i atilrè, et trcfis li^uï^es |iotir parcourir i espace compris entre le pteniier céridlëetla ftieî*. Cet espace est enfermé dahsi de profonds ràViti^ qtii s'abaissent insënsibleihèfit vers lés tioii.

Lès E2;yptiens pouvaient attaquer nôtre càfnp dé trois fcôtés : dii téïê ée îat mer par la rivièré dû thiëii, pâi" le feercîe dii Litàri à l'èsl de la collirte, et fiaMé Nâhr-ël- Melten. A l'embouchure de cette rivière éi lé îông de là côté Se fenàietît cohtinuéllemehtdès tapetirsét dés iatissèàtiiivëé dëràrtillerîe; les deux âtitrés parties étaient gdrdéés flàr les Turcs et les montagnarde.

Oiï disposa suî* le lieu que fious occupions des macËines, qtli dirigeaient dès fusées aveé ùhé gi^andé jùs-

AFFAIRES DE SYIOE. VïH

tesBe sûr les points indiqués. Ces machines étaient comitiandées par le lieutenant d*artillerie Roland, ^uîr le flanc de la colline on avait élevé à la hâté iinè espèce de rempart avec des pièces d'arlillerie. Lès Anglais et les Turcs construisirent dès tetranchetaènts et aplàiiJreût le terrain silr lequel leë cànôhS devaient être diressés.

Le village dé Ciuri d peu de maisbtis qui ne servent pas de magasins de comestibles ; car presque toutes les femmes marodites étalent des paniers de raisins, de légumes et de petits pàtcs. Les boucheries sont en pleiii àirj c'est là qu'on entend la voi\ aigre du Grée qui bat dé touie sa force là bètè tuée pour la gonfler. Sur \k plage; bri met en vente de lavoine, dii blé, et le cltita, espèce d'orge qdi sert dé nourriture àlit chevaui. Çà et là des Arabes font rôtir sur leurs brasiers de gros iribrcèîilix de itiôtiton enfilés dans des broches 3e bfais, et des Tiirés; assis sur le sable, mangent avec la plii^ gtandë atiditë. Lé cale, qui est un pbrtiqiië noirci par là fiiitlée, est fréquenté par les Arabes, lès Tiircstt les Qrëcs^ qtii, assis et fumant leur nâi*ghllé, è'ainusentà entendre les conteurs d'historiettes.

Le Ibiig de la plage se dressé une vaste tente aiîglaise qtiî sert de magasin aux miiriitions; au pied d'uiiè cbî- Une, iine autre sert de dépôt d'armeé. Les niontagnârds s'adressent à cette tente pour recevoir les armes qu'on

leur distribue par l'entremise de leurs chefs.

En attendant, Kalif, flls de l'émir Beschir, à liî iêté dé doùie taille Arabes, essayait de s'emparer d'iine position àssei importante. Douze cents montagnards, InfdN

328 ECYPTR.

méB de son projet, allèrent à sa rencontre sous les ordres de Kassim. Les Arabes furent repoussés avec perte. Le 18, ils renouvelèrent lattaque sur le mont Voltagius sans un meilleur résultat : ils durent encore se retirer, mais ils furent acculés dans une vallée sans issue; là, ils furent assaillis par cent hommes qui en connaissaient parfaitement les hauteurs, et qui leur tuèrent près de trois cents de leurs meilleurs soldats.

Les désertions continuaient au camp ennemi. Le gouverneur du Cosruan, l'émir Abd -Allah (esclave de Dieu), venait faire, avec deux cents hommes à pied et quelques cavaliers^ sa soumission au pacha, qui le confirmait dans son emploi. Quelques jours après, son exemple était suivi par 1 émir Etanger, prince de TEpée, et par le fameux Abu-Schiambra.

Abu-Schiambra (père du fort) était âgé seulement de trente-quatre ans. 11 était de petite taille, mais il ne manquait pas pour cela ni de force ni de vigueur; son regard était vif et expressif. 11 descendait d'une famille du peuple de Kessim, village des monts Ciouff. Son intelligence et son courage le firent enrôler, encore enfant, dans les gardes à cheval parl'émir Beschir, qui l'employa à faire escorter les marchandises des négociants pour les dérober à l'avidité des Arabes. Les négociants imploraient laprotection de l'émir, et, moyennant une somme, obtenaient de lui une escorte suffisante pour les garantir de tout danger. Abu-Schiambra, aussihabile à se servir de Tépée qu'à manier les chevaux, allait audacieusement au devant de tout péril, et en peu de temps son nom inspira

tant de crainte, que personne n'osait se mesurer avec les soldats qu'il commandait dans l'escorte d'une caravane. 11 était fidèle à sa parole, et inaccessible à )a séduction du côté de l'intérêt ; il s'acquittait des affaires les plus importantes avec un zèle, une discrétion et une probité qui lui attirèrent l'approbation de tous ceux qui se servirent de lui.

Une insurrection venait d'éclater dans la montagne contre Méhémet-Ali, quand il fit sa soumission. Comme il jouissait d'une grande réputation parmi les montagnards, sa soumission à la Porte et ses conseils entraînèrent un grand nombre à l'imiter ; cette conduite le força de s'éloigner de l'émir Beschir et de gagner le mont Accepers. Avec la compagnie qu'il commandait, il tint longtemps en respect les Albanais et les Arnautes qui infestaient les montagnes. Il attaqua tout seul à Tripoli un détachement de cavaliers sans recevoir aucune blessure, assaillit avec la même intrépidité, près de Beyrouth, un certain nombre d'Egyptiens, et, après en avoir tué de sa main une dizaine, il regagna la mon*tagne. Sa valeur étonnait les siens, qui, en le voyant toujours revenir sain et sauf de semblables expéditions, lui donnèrent le nom d'Abu-Rab (père de Dieu), voulant dire par là qu'il était invulnérable. En se présentant au pacha avec trois cents des siens, il fut très-utile à la nouvelle cause qu'il venait d'embrasser.

Le 19 arrivait de Chypre un autre pyroscaphe, la Marianne, avec mille Turcs qui débarquèrent au camp sous le commandement de Menessi. Us escortaient Yz-

tai ÊëvpïÉ.

«ei-Méhétaèt-Pâchà; fc[ul àVàit «« tlômtaé vièë-rôi ffEgypte et grand«6éradkier de Ôyrié.

En attendant) les Egyptiens de Tintérieur de la inbntagtie s*atahçaient 6ur Botron et Toccupaient. Les Turc» et les Anglais, fié pouvant les débusquer, detndiidèrènt des rehfoHs; on leur envoya un peloton des nôtres avec des fusées à la Congrève. Les Egyptiens, ayant appris cette nouvelle, battirent en retraite.

Il est itnpossible d^ëxprimer là sensation que nos ennèftjis éprouvaient à la vue de ces fusées. Lorsque la pi'emière fois, à Beyrouth, ils virètit sei^pehter dans les aire eès corps de flammes volantes, ils hé satitiétit où Se cacher pôtir Se garantir dé fcettè pltiie de îéix dont ils ighohdièiit la composition ; ailssi se trouvaient-ils saisiis d'une ftâyetir incroyable qudnd ils les royaieiit la nuit éclairer IbUt Thoriion; ils les appelèrent feux du diable. Ils siipfiosaient que leur force était plus puissante qti*unë bdlle et qti'tin boiilët, parce qtle^ lorsqu'ils eh étaieht atteints, rien h'en arrêtait lu morsure enflammée. UèvHL de èes machilies traînées pai» dès fchameàill les èffrayaieiit plus qtië !ie latirait pu faire utië batterie d'artillerie.

Aiissi; ddnë cette affaire, fit-on un grand tîsage de ces fusées. Lé 23; nti second peloton partit là huit avec deux màcHirieé pbiir les avant-postes ; une heure àpfrès minuit, ils arrivèrent à Kuùh-Mesbé, village peu éloigné flë là rivière dti Chieii.

Aprèé trié màrfche des plus pénibles à traverà des sécttiëjri ràbtitëât et étfoitS; oil nous assigna pour loge-

AFFAIRES be SYRIE. M

itiëht tin site planté dé mûriers^ où tiôti^ dcnrtntitiés à là belle étoile jusqu'à quatre heures dd matin, et d où nous partîmes àyét dent baiaillotid de turc^ et quatre cents Anglais, pbùr les itioiits au delà d^ltt tivièrè: Cette expédition était destinée à couper à Ibràhiiti toùle cbmmti-^ hicatidh atec Sôlinian^ à TàSâlégèr pbHb ainSi dire dans sa position, et à empêcher (jué des tivres et des mnni^ tiohs du pays ke lui arritassèiit.

Là marche â travers des ëhëthlns rocfailletix^ sotls le Soleil toi*ridè Që la SyHe^ Aoùs fdtignait tellement: que hoiis dëëéspéHons de continuer notice tonte. Là hôtivellè qu'une poignée de Turcs stVait été attâqdéë par Tetinenii tidiié faniiria. Nbus âvanfeârtied plus râpidettiërit poùt assisté]^ à l'action ; mais le détour qne nous fûmes obligés de faire ribds èmpèchà d'arriver assez à temps pour prêter dû àëëdui'S alit TùrcS, ijuî, 8ii reste, filaient demeurée maîtres du terrain.

Vè pày^ que nous traversions ëtsli! hdBité ji^f les Métiiàlis; Léiirs temriles ont une cordé d'drgent scùlpléè qu'elles portent sur le frotit et sur les tempes. Elles riè quittent Jamais cet brnement, pas diêfaieen doi-mant. Il paraît qu'elles y tiennent cbmmé â une àiiitilëtté bti & liti signe religieux trddèmis par ledrs aiicèti*es. Elles portent dés i*obés dfe couleur, bdverteS siir le devant, avec des manches ouvertes depuis le eoûdef: Par-deSsous elles forit iisiigë de jupons blancs serrés aùi flancs coihnie les pantalons arabes.

Lé ndmbre des montagnards qui se i-èndàlént ad camp dés àlKés pour récôvdii* des armes, àaginëdtaît

Î3t EGYPTE.

tous les jours. La défection était générale dans le Liban. Le 26, descendirent de la montagne, se dirigeant sur le camp, mille Ansariens précédés de leur chef, qui portait une partie d'un tronc d^arbre surmonté d'une étoffe de différentes couleurs en guise de drapeau. On ne put leur distribuer que peu d'armes. En quelques jours, vingl-quatre mille fusils avaient été distribués, quinze mille avaient été apportés de Malte par les Anglais, et le reste, de Gonstantinople, par les Turcs.

Ces montagnards chantaient dans leur marche, sur un air lugubre et monotone, différentes chansons composées pour la circonstance. Ces chansons ne ménageaient pas les épithètes injurieuses pour Méhémet-Ali, en même temps qu'elles prodiguaient des éloges aux Francs.

Le progrès des alliés, les désertions et les maladies qui ravageaient les troupes ennemies encourageaient les montagnards à assaillir Osman-Pacha. Le 3 octobre, ils le mirent en déroute près de Maraba, et lui firent quatre cents prisonniers. Le général égyptien s'enfuit vers Balbeck, après avoir incendié ses tentes, où il abandonnait deux cents malades. Une centaine de ces malheureux périrent brûlés; le reste fut recueilli par les montagnards, et consigné entre les mains des Turcs.

Par la défaite d'Osman, le Cosruan recouvra sa liberté. On leva le camp, et on invita l'émir Beschir, ou à rester avec Méhémet • Ali , ou à retourner sous l'obéissance du Sultan; on lui accorda quatre jours pour se décider. En prenant ce dernier parti, il devait envoyer ses deux enfants comme otages au camp ottoman.

I Ces conditions accomplies, il aurait été confirmé prince de la Montagne; autrement, on devait le traiter en rebelle. Beschir ayant rejeté cette dernière proposition, on nomma à sa place EI-Kassim.

Ce fut alors qu'on conçut le projet d'attaquer immédiatement Soliman, afin de le faire reculer et de s'em* parer de Beyrouth.

Napier, auquel on avait confié le commandement de l'armée de terre, s'étant uni à Sélim-Pacha, commandant en chef d'une division^ voulut, avant de commencer l'action, passer une revue de toutes les forces qu'il avait sous la main. On trouva que l'armée turque consistait en deux régiments forts de quatre mille cinq cents hommes. Elle formait la première brigade; la seconde était composée de trois bataillons de volontaires égyptiens (les déserteurs), au nombre de deux mille hommes, et de deux mille quatre cents montagnards arrivés sous la conduite du nouveau prince de la Montagne et du colonel Omer-Bey. Les troupes européennes de débarquement se composaient de mille quatre cents Anglais commandés par Walcher, et de cent cinquante Autrichiens sous les ordres de Viscowich. Si la troupe de terre ne trouvait pas d obstacles, elle devait s'avancer jusqu'au fleuve de Beyrouth, et attaquer de flanc le camp de Soliman, fort de quatre mille hommes et de vingt-quatre canons, tandis que les autres Européens débarqueraient près de la ville et l'attaqueraient de front.

Mais, le 10 octobre, Soliman ayant reconnu Timpos-

sibilité d'opppser unç plui longue résistaiicg, pB^oya 3oa aiç|er(|e-camp À Tf^wir^il Stopforfl, pour traiter 4e la rpdditipB de |^ ville. L'aide-de-camp pnuQpçait qu'une bonne partie de la trpupe étant inalade et inanquan^ dç provisiona, \^ général ^'était décidé à se reti- |rer, abs^ndonnant U yille et les invalides à la disçrétien des alliés.

SoIÎQiap, ^\eç dei|$ mWp hpmmeSf b:fttait en retraite pour Renforcer ranpéed*lbraliim» qpi se (îoaoïppsait de çipq mjUe hommes, dont quatre mil|p étaient de Haneip. feluircj pccupait une pQsitioq très-avantageuse Bur les montagnes voisines de la pier, entre le fiieuve du Chie^ et U Nahr*el-Beyrofith. Né^ni^t^îi^Sf ^^^ Q^IPP gi)t à sputepif unç alfaqfie gépéralp, ej; les l^arûnites l'ayant pris par derrièr^^ il toipha au iKfuyoir des Turcs. Quiuape ç^nts prjsonniers égypfieu^, yiugt pièce^ d'artillerie, le dfapeaif du ^érf^skier^ une grande quantité 4Vr^^ l^t 4ç Ufi^^uitipps, firent le ^rijit de la yiptpjre.

Ibrahim, ayapj ç^ pomplètemept défsH» prit l^ fuitç, se dfri^ant sur Zahlq, esçpr^ par s^f ^d^le^, ejt poufr

Page 1