UN CAFE. — LE MEDAK OU CONTEUR
Les Turcs ont reçu des Arabes, en héritage, le don de conter, et le don plus rare de savoir écouter. Un conteur est, en Orient, un homme qui jouit d'une haute estime ; il sait une infinité d'histoires et de fables, et quand il a épuisé son riche répertoire, il invente.
Chez nous, le conteur de café n'est pas connu. La conversation est l'ennemie du monologue; chacun veut raconter quelque chose, et personne n'écoute. L'auditeur occidental feint presque toujours d'écouter son interlocuteur; il cherche ce qu'il va dire pendant qu'on parle. Aussi rien de décousu comme presque tous ces entretiens appelés les charmes de la conversation.
Le conteur oriental est poëte, historien, fabuliste, légendaire; il aborde tous les sujets qui sont du domaine de l'imagination. Le métier d'auditeur est plus facile et plus doux : on s'assied mollement, on aspire le moka goutte à goutte, on fume avec une suave indolence; on suit le conteur dans ses voyages, ses arabesques, ses fantaisies; on croit à tous ses mensonges; on ne redoute que les vérités.
Plusieurs musulmans se sont fait un nom célèbre parmi les conteurs. On citait, en 1736, le fameux conteur Ali Ekkim, qui avait eu l'honneur de charmer les loisirs de M. de Villeneuve, ambassadeur de France. Nous donnerons une idée de l'imagination de cet Homère de café, par la traduction libre d'un de ses récits, conservés dans les archives vénitiennes.