COMPLÉMENT DE L'HISTOIRE
Nous avons voulu , eu finissant , réunir dans un chapitre complémentaire et spécial tous les détails qui n'appartiennent pas au corps de l'histoire , mais s'y rattachent toutefois , parce qu'ils donnent une idée des ressorts intérieurs qui ont fait mouvoir et qui constituent encore ce puissant empire dontConstantinople est le cœur. Après avoir donné une large part aux monuments, aux sites, aux légendes et à tout le côté descriptif, nous jugeons convenable de réunir d'autres notions non moins importantes et non moins utiles. En voyant fonctionner un État comme l'empire ottoman, on est bien aise de pénétrer plus avant dans son intérieur, afin de le connaître à fond.
La première imprimerie turque a été établie, sur la côte asiatique, par Achmet 111, dans le voisinage de la mosquée de Sélim, sur une hauteur. Le choix de cette localité nous fait croire que le sultan novateur se méfiait du peuple de Constantinople^ alors si ennemi des innovations, et quïl reléguait prudemment les premières presses de l'autre côté de Teau, sur les hauteurs de Scutari. C'est comme si Louis XI eût rélégué à Mention le premier atelier de Coster et de Guttemberg.
Autre remarque à faire. La première imprimerie avait dans son voisinage les ruines de la ville de Chalcédoine, la patrie de Xénocrate, la ville qui rendait des oracles dans le temple d'Apollon , la ville qui vit confondre dans un célèbre concile les erreurs de
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Nestorius. Les premières presses fonctionnaient à peine en Asie, lorsque tout à coup les copistes, armée nombreuse, firent une émeute, et avec Taide du fanatisme de la populace, ils parvinrent à chasser les premiers, imprimeurs. Mais la presse est tenace ; quand elle s'est clouée quelque part , elle y prend racine pour l'éternité. On laissa passer, à Constantinople, l'ouragan des copistes, et les imprimeurs rentrèrent triomphants à Scutari. Aujourd'hui l'art de Gutenberg est florissant dans la capitale de l'empire j non-seulement on imprime des livres, mais on imprime des journaux français , entre autres le Moniteur ottoman , fondé par notre zélé compatriote M. Blacque. Des collaborateurs sont arrivés ensuite , et défendent avec beaucoup de talent , dans ce journal, les intérêts de l'empire turc. 11 y a aussi un journal spécial de médecine, dont l'influence salutaire modifiera le fatalisme local. Son rédacteur est M. Bulard, très-renommé en Orient par ses études sur la peste, fléau qui s'éteint.
-jt; Les emplois, dans l'empire ottoman, se divisent, comme ceux des autres monarchies , en emplois publics et en emplois de la cour. Les premiers sont divisés en trois classes :
1 » Les emplois de la plume ou du divan (menassibi kalémiyé ou diwaniyé) ;
2° Les emplois du sabre ou de haute administration (menassibi seïûyé ou eyalet, c'est-à-dire gouvernement) j
3** Les emplois des sciences ou de la loi (menassibi ilmiyé ou schériyé.
'ife Le grand vizir est le chef supérieur des employés de la plume, ainsi que des employés du sabre , le chef des employés de la loi est le muphti. Les hauts emplois publics sont seuls sujets à un changement ou à une confirmation annuels ; de ce nombre sont les ministres, les secrétaires d État, les directeurs des chancelleries, les intendants , les inspecteurs , les secrétaires - maîtres aux revues, les grands et les petits mossas, les juges et les muderris. Les employés subalternes, tels que ceux des aides de la chan-
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cellerie, des officiers, des imans, des klatibs, etc., restent à leur poste. -jii.oî-
:/3 Les institutions hiérarchiques de l'empire ottonjan ont été décrites pour la première fois en 1815, dans l'ouvrage intitulé : Constitution et Administration de l'Empire ottoman^ et renfermées plus tard, par Mouradjea-d'Ohsson , dans son excellent ouvrage : Tableau de l'Empire ottoman. C'est d'après ces deux ouvrages que nous donnons l'aperçu de ces institutions, en ayant soin toutefois de les faire concorder avec les changements qui se sont opérés depuis.
i,it Depuis près d'un siècle, l'usage s'est introduit en Turquie de pronmlguer annuellement, après le mois de ramazan et dans les premiers jours du mois schewal, la liste des hauts dignitaires permutés ou confirmés. Cette promulgation est connue sous la dénomination de tewdjihat, c'est-à-dire les grâces. Cette liste présente trois parties distinctes : dans la première sont mentionnées les promotions faites dans les emplois de la Porte, en d'autres termes, les changements opérés dans les ministères de l'extérieur, de l'intérieur et dans les chambres, c'est-à-dire dans le ministère des finances ; la seconde contient les nominations ou mutations des gouverneurs et des sandjaks (les drapeaux) ; la troisième fait connaître les nominations ou mutations faites parmi les dignitaires de la loi, c'est-à-dire les juges et les muderris.
L'Européen emploie souvent, à l'instar de l'Oriental, le mot de maison pour celui de dynastie; mais ce dernier donne au mot de maison un sens bien plus large : car en faisant entrer en considération les diverses parties dont se compose une maison , il étend sur la domination de chacune d'elles les diverses branches de-l'administration. Si l'Européen, en parlant du cabinet, ne pense qu'aux affaires secrètes et diplomatiques qui s'y traitent, l'Oriental distingue la Porte, mot qui lui rappelle que les affaires s'y traitaient autrefois publiquement. L'un et l'autre ont, en fait d'administration, une chambre (la chambre des comptes); mais
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l'Européen s'est arrêté là, tandis que l'Oriental poursuit l'idée et déduit, des diverses parties de la maison , les diverses branches d'administration. Le foyer qui , chez les Perses, était en même temps Tautel, et pour lequel tous les anciens peuples combattaient, représente encore à l'OrientaU'idée de la puissance militaire ; de là les dénominations d'orf/ac/rs, c'est-à-dire le foyer ou ceux qui se rassemblent autour d'un même foyer, que les Ottomans donnent aux armes et aux corps de troupes de nature diverse. Dans la salle de réception des princes et des ministres se trouve le sofa; la place d'honneur (sudri erazem) est occupée par le grand-visir, et les autres places honorifiques (saudour) par les premiers dignitaires de la loi (les juges d'armée). Sur le faîte de la maison flotte l'étendard ; de là la dénomination d'étendard (eyalet), donnée à tous les gouvernements de l'empire. La maison elle-même, c'està-dire le palais du prince, s'appelle sei-aï; l'intérieur porte le nom de harem. D'après cela, on comprend pourquoi les ministères de l'intérieur et de l'extérieur ont reçu le nom de la Porfey le ministère des finances, celui de la chambre, et le ministère de la guerre, celui de foyer. On comprend aussi pourquoi le sofa désigne les dignités législatives; Vétendard, les gouvernements provinciaux; le serai, la cour extérieure^ et le harem, la cour intérieure.
Les troupes régulières ne s'appellent plus, comme sous Soliman m, les troupes du nazanid djedid (de nouvelle organisation); elles portent aujourd'hui le titre d'asakiri mansourei mohammediyé, c'est-à-dire les armées victorieuses de Mohammed. La garde du sultan, pour la distinguer de la troupe de ligne, s'appelle azakiri khazsrï schahané, c'est-à-dire les troupes particulièrement royales ou troupes de la maison impériale. Le généralissime de toute l'armée porte le litre de serasker-pascha. Immédiatement après lui, vient le capitaine des gardes ou heglerbcrg tcczir qui s'intitule mouschiri asakiri khazsa, c'est-à-dire conseil des troupes de la maison impériale;
L'armée est divisée suivant ses armes en piadé (infanterie, en
sowtortn (cavalerie) , topdj i (ariiWerié)^ lagboamdji (mineurs)) kloumharadji (bombardier) el ôa/torf/i (pionniers). La division de l'infan^ terie et de la cavalerie ont reçu le nom de ferik, et les régiments celui dialai. Chaque régiment, commandé par un miri alai ou colonel, est divisé en quatre bataillons (tabour); chaque bataillons en huit compagnies (boulouk); les chasseurs, commandés par un binbàski ou major, forment la quatrième compagnie. La compagiiie^ ^ous les ordi*es d'un yiiszbaschi ou capitaine, est formée sur huit rangs, chacun de dix hommes, qui obéissent à iiri onbaski ou caporal. Les trois dénominations de binbaski (commandant de mille hommes), de yûzbachi (commandant de cent hommes), et de binbaschi (commandant de dix hommes), viennent de l'ancienne organisation des armées mongoles, telle qu'elle existait déjà du temps de Djenghizkhan et deTimour. Les autres officiers sont : les eschaouschs, espèce d'officiers d'ordonnance chargés de porter les ordres des chefs ; chaque compagnie en compte quatre, qui sont commandés par un baschtschaous et deux moiilazims ou lieutenant et un écrivain (bouloukemini) par compagnie. Chaque taboUr Ou bataillon compte deux kolagasi ou adjudants-majors ; celui de l'aile droite s'appelle sagh kolagasi et celui de l'aile gauche sol kolagasi ; un seksenlik kolagasi ou adjudant placé, par son rang audessus du lieutenant, enfin unsandjakdar ou porte-drapeau qui, bien que ne recevant qu'une paye de lieutenant, aie rang de capitaine.
L'état-major d'un régiment se compose du colonel (mir alai)^ du lieutenant-colonel (kaïmakambeg), et du commissaire ou de l'économe du régiment (alaï emini)f c'est-à-dire intendant du régiment. La cavalerie seule a des sous-lieutenants (moulazim wekili) et des vice-caporaux (onbaschiwekili). Les simples soldats "portent le nom de nefer, et la musique du régiment celui de mehterkané.
On ignore encore le montant de la solde que reçoivent le séraskier-pacha , le capitaine ou général de la garde et les ferik pacha ou généraux de division. Quant aux généraux de brigade {miri liwa pascha), qui commandent à deux régiments^ ils reçoi-
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vent une paye mensueHe de deux miUe cinq cents piaslres et trente-deux rations; les colonels (mm-rt/eï6f //s), mille deux cents piastres et seize rations ; les lieutenants-colonels (kaïm-akambegs)f sept cent cinquante piasti-es et huit rations; les adjudants-majofs^ (holagalis), quatre cents piastres et quatre rations; les capitaines (yûzbaschis), cent quatre-vingts piastres et une ration; les chefs d'escadron, deux cents piastres et la ration. Les capitaines en^ second (yiizbaschi-wehili), cent quatre-vingts piastres et une ration; les lieutenants d'infanterie (moulazims), cent vingt piastres et ceux de cavalerie, cent quarante piastres ; les sous-lieutenants de cavalerie, cent vingt piastres; l'adjudant, quatre-vingts piastres ; les baschtschaousehs , ou sergents-major d'infanterie, cinquante piastres ; et ceux de cavalerie, soixante piastres ; les tschaouschs, ou messagers du régiment, cinquante piastres; les fourriers, ou écrivains de la compagnie (baulouk écuini], quarante piastres ; les omhaschis, ou caporaux, trente-cinq piastres; les vice-caporaux delà cavalerie, trente-six piastres; les soldats cavaliers, vingtquatre piastres, et les fantassins, vingt piastres.
Le mouschiri asakiri khazaa, ou général de la garde impériale, tient la première place au sérail, il a sous ses ordres le général de division de la garde, appelé feriki asakiri khazsaï schahané, qui remplace l'ancien bostandji-baschi, le corps des bostandjis ayant été dissous par un katti-schériflF de Mahmoud II. Outre le mouschir de la garde, il y en a un second pour l'artillerie, qui porte le titre de mouschiri topkaneï aamiré, c'est-à-dire conseil de l'artillerie royale. Les places de toparabadji, de laghoumdji-baschiy de hloumbaradji-baschi et de djebedji-baschif ont cessé d'exister, les officiers qui les remplacent aujourd'hui s'appellent nazir. Ainsi la place de l'ancien djebedji-baschi est dévolue à l'inspecteur du matériel de \'A ^ueire (mouhimati liarbiyé îiaziri). La place de l'ancien viiri aletUf ou porteur de l'étendard sacré, a été également abolie.
L'institution militaire la plus récente est celle des milices du puys, espèce de garde nationale qui s'appelle redif, c'est-à-dire,
ceux qui se suivent, nom qui a été pris des légions des anges qui se suivent sans interruption. Les gardes de police du séraskierpacha portent le nom de kawazsess; un supplément très-étendu, joint à la Gazette d'État de Constantinople, nous fait connaître tous les détails de son organisation. Cette garde, composée de cent cinquante hommes est divisée en trois compagnies de chacune cinquante hommes, et commandée par un moulazim ou lieutenant. Chaque troupe de dix hommes est commandée par un baschnéfer (chef de lile). Le tchaousch qui leur est adjoint reçoit une paye mensuelle de quarante piastres; le baschnéfer, de trente piastres; le soldat, de vingt piastres, et le lieutenant, de cent vingt piastres, lis sont chargés de la garde dans la salle du divan et à la porte du séraskier-pacha , qu'ils accompagnent toutes les vingt-quatre heures, en sorte que cinquante hommes sont toujours de service à la porte. Ce sont à proprement parler les trabans du divan, car la garde militaire au palais du séraskier-pacha est composée de troupes de ligne et de seghbans. Ces derniers suivent, ainsi que les khwazses, le séraskier toutes les fois qu'un incendie éclate à Constantinople. Le commissaire rapporteur au prévôt, près la porte du séraskier-pacha , s'appelle tomroukagasi. La prison où sont enfermés ceux qui ont été arrêtés pour une contravention contre les règlements de police s'appelle tomrouk odasi. Un secrétaire (tomrouk kiatibi) rédige le procès-verbal et en reçoit le droit, fixé à dix piastres. Sur la même feuille de ce procès-verbal sont mentionnées la paye du prévôt de police et de ses agents, ainsi que les taxes dues pour l'arrestation et les frais de prison. Ainsi le secrétaire reçoit une paye mensuelle de six cents piastres; son aide, cent cinquante piastres; le premier gardien chargé de signaler les incendies , soit pour le jour, soit pour la nuit, soixante-quinze piastres; ses trente-deux aides, chacun quinze piastres; les sept aides joints aux seghbans, chacun soixante piastres; les gardiens des clefs de la ville, chacun vingt piastres, le gardien des échelles {nerdnbandji) et la femme chargée de la surveillance des filles de
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mauvaise vie (appelée koldji khadoun), cent piastres; l'aide de cette dernière, quatre-vingts piastres ; le prix des chambres pour ceux qu'elle a reçus chez elle est fixé à quarante piastres; les droits du bureau des prisons s'élèvent par mois à cinquante piastres ; les dépenses pour le charbon sont fixées à vingt-cinq piastres; les quarante pains fournis tous les jours à la prison, à cent vingt piastres; les soins donnés aux prisonniers et autres dépenses accidentelles, à sept cent cinquante piastres.
De toutes les réformes opérées par Mahmoud II, celles qui ont eu lieu dans les emplois de la cour sont sans contredit les plus importantes. Il n'y a plus de seigneurs de l'étrier, ni de buslanJjibaschi , ni de salahores; avec eux ont disparu le silihdaraya (premier porteur d'armes), le tschokodaraga^ (premier valet de chambre), le dulbendaga (gardien du turban), l' tôn/ctZaîa^a (gardien de l'aiguière), le binischagasi (seigneur des cavalcades), le kahwedji-baschi (chef des cafetiers), le toufenkdji-baschi (premier gardien du fusil impérial), le berber-baschi (le chef des barbiers), et le serrkialib (le secrétaire du cabinet du sultan); cette dernière place est dévolue au capitaine général de la garde , de même que les fonctions de l'ancien bostandji-baschi sont remplies aujourd'hui par le général divisionnaire de cette même garde. Dans la chambre intérieure, c'est-à-dire dans la première et la seconde chambre du trésor, ont été abolies les places suivantes : celle de Vanakhtaraga (gardien des clefs), du tschantadji (porteur de la bourse impé^ riale), du serghejschdi (gardien des plumes de héron), du kapanidji (gardien de la pelisse d'État), du bûlbûldji-basclii (premier gardien des rossignols), enfin celle du toutoutdji-baschi (chef des gardiens des perroquets). Il n'y a plus aujourd'hui que deux chambres dans le sérail , savoir : la chambre intérieure (khaneïkhassa)f et la chambre du trésor {kha%idéï houmayoun); les deux autres chambres, c'est-à-dire la troisième et la quatrième (/ct/ar odasi et seferli-odasi), ont également été abolies. Ces trente pages de la première chambre, qui obéissent à deux oificiers, sont au-
jourd'hiii chargés de la garde de la salle où est dépose le manteau du prophète [kirkaï scherife odasi) : chacun de ses pages n'est de service que tous les quinze jours. Ils ne s'appellent plus comme autrefois, les seigneurs de la chambre intérieure, mais les serviteurs du vêtement de la félicité (karkaï seadet khadenasi), et leur chef porte le titre de karkaï khassa deri khademé. La place d'écrivain du trésor impérial n'existe plus non plus; le premier secrétaire du trésor s'appelle aujourd'hui baschkati, le second secrétaire, moulazim kiatih (secrétaire adjoint); les chambellans, kapidji-baschi, ont été réduits au nombre de trente; il n'y a parmi eux aucune distinction de rang résultant de leurs années de service. Les eunuques blancs, qui s'appelaient autrefois kapou agalar, portent aujourd'hui le titre à'akagalar, c'est-à-dire, les seigneurs blancs, et leur nombre est de cent. Les baltadjis (les fendeurs de bois ou valets du sérail) ont été conservés, ainsi que les sûlûfîû bal^ tadjis du harem, c'est-à-dire les eunuques blancs à boucles flottantes. La garde des archers, solacks, a été abolie, et celle des féiks (hallebardiers), qui portent des panaches verts, a été réduite à deux cents hommes. Le nombre des cuisiniers du sérail (aschdjisis) se monte à cinq cents hommes. Le corps des begkoz, ou gardiens des noyers, dont le service consistait, ainsi qu'il est dit au n*' 35 de la Gazette d'État, à garder les tapis et à les porter les vendredis ou dans les jours de cavalcade du sultan, à la suite du kislaraga et du trésorier du sérail n'existe plus. Quant aux emplois des eunuques, les noms seuls ont été changés ; ainsi l'ancien kapou khassekisi s'appelle aujourd'hui haremeïn kapou tschokadari, c'està-dire le valet des deux saintes villes de la Mecque et de Médine, accrédité à la Porte; le basch kapou oghlan a conservé son titre.
Il nous reste à donner quelques notions sur l'origine des Turcs, sujet qui a excité de grandes controverses parmi les historiens. Nous croyons avoir trouvé dans nos recherches la version la plus acceptable , puisqu'elle est adoptée par les Osraanlis eux-
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mêmes, et qu'on la trouve dans leur historien lbn-Arahscliah< Ce document est très-curieux, comme on va le voir :
Les Turcs forment un peuple très-nombreux, dont les tribus s'étendent à l'infini. Les uns habitent les villes, les autres les déserts et les steppes voisins des lieux habités. L'une de ces tribus s'appelle les Ghouzea, qui se divisent en dcuix tribus, les Ghouzes proprement dits et les Ourighoures. Quelques autres de ces tribus sont établies sur Skhowarezm et embrassèrent l'islamisme, eti l'honneur duquel elles élevèrent un grand nombre de monuiments. Par la suite, ayant été vaincues par les infidèles, elles quittèrent leur première patrie et vinrent habiter des villes musulmanes. Depuis cette époque, le nom de Turcs leur resta dans toutes les villes. Peu à peu ils se multiplièrent dans les pays habités par les musulmans, au point qu'ils se soulevèrent sous le règne du prince Djaghartekin, et leurs armées prirent possession du monde entier. C'étaient les princes des Serdjouki (Seldjoucides), dont les armées furent invincibles pendant quelque temps. Une partie des Turcs s'appelle Kounes; ils habitaient d'abord un pays stérile, qu'ils quittèrent ensuite à cause de son exiguité et du défaut de pâturages. Ils expulsèrent la grande tribu Kaï, dont ils prirent la place; plus tard, ils se rendirent maîtres du pays de Satif dont les habitants s'établirent dans le pays des Turcs. Les Ghouzea envahirent ensuite le territoire des Petschenègnes, situé aux bords de la mer Noire. Un autre peuple de Turcs s'appelle les Khirkhir (Kirghiz). Les Songeri habitent le territoire compris entre les Meschreks (Medjtereks) et les Pesichenègues. Plus au nord sont les Kimaks (Koumouks), et à l'ouest les Naama et les Sarih. Les Kirghiz ont la coutume de brûler leurs morts, car ils sont tous ignicoles. Il existait chez eux un homme du nom de Maaroufif qui tous les ans, à un jour fixe, assemblait le peuple. On mangeait, on buvait, on chantait au son de la musique, puis au moment où l'assemblée s'échauffait, Maaroun tombait par terre pi'lvéde sentiment. Tout le peuple se pressait alors autour de lui
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pour le questionner sur l'avenir, et s'il y aurait une année d'abondance ou de disette. Maaroun, toujours étendu à terre, répondait à leurs questions, et ils croyaient (que Dieu les ait en pitié! ) qu'il disait vrai.
Il existe dans le pays des Kirghiz quatre vallées arrosées de quatre rivières qui se jettent dans un fleuve. Dans les montagnes inaccessibles, on voit des cavernes sombres. On raconte qu'un Kirghiz, après avoir construit un petit navire, l'avait lancé à l'eau, et que, pour voir où aboutirait le tleuve, il avait navigué pendant trois jours et trois nuits au milieu des ténèbres, sans voir ni les astres, ni la lumière du soleil et de la lune ; qu'enfin, ayant revu le jour, il avait débarqué dans une plaine. Là^ ayant entendu des pas de chevaux, il monta par précaution sur un arbre d'où il pouvait voir ce qui se passait. Après avoir attendu quelque temps, il vit arriver trois cavaliers d'une taille gigantesque , suivis de chiens aussi grands qu'un bœuf. Les cavaliers ayant vu l'homme perché sur l'arbre le prirent pour un petit enfant, à cause de sa taille peu élevée, et en eurent pitié. Ils le descendirent de l'arbre, le mirent sur un cheval, lui donnèrent à manger, et ne purent se lasser de considérer sa petite taille , car ils n'avaient jamais rien vu de semblable. Enfin, l'un d'eux lui montra de loin le chemin qui conduisait au fleuve, où il retrouva son navire. Le Kirghiz y monta, et revint dans sa patrie par le même chemin qu'il avait pris naguère. Il raconta à ses compatriotes ce qu'il avait vu; mais comme nul d'entre eux ne connaissait ce peuple de géants dout il leur avait parlé, ils crurent qu'il leur avait débité un mensonge. Et moi aussi je n'ajoute aucune foi à ce récit. Une autre peuplade des Turcs s'appelle les Houdwidjes, qui habitent au pied de la montagne Burkes (Bours, c'est-à-dire le Caucase). Cette montagne n'est autre que la montagne d'Or (Altountagh ou l'Altaï). Les Houdwidjes s'étant révoltés par la suite contre un de leurs princes, ils passèrent dans le Turkistan et vinrent dans les pays habités par les musulmans. Ils se divisent en neuf classes,
dont trois sont des tschengelis (qui confectionnent des crochets), trois des tsischeklis (peut-être fisc hek lis , artificiers), une de Bedawins (Bédouins), une de kehwaknew (mineurs) et la dernière des kimiakûiis ( mineurs pour l'exploitation de l'or). Ces neuf classes du peuple des Houdwidjes n'ont pas de maisons ; ils établissent leurs tentes dans les forêts et près des rivières. Leurs troupeaux consistent en chevaux, en bêtes à cornes et en moutons. Us n'élèvent pas de chameaux, qui ne peuvent vivre dans leur pays, et ils sont obligés d'acheter à haut prix le sel que leur apportent les négociants étrangers. Durant l'été tous se nourrissent de lait de jument, et pendant l'hiver de viande salée et séchée au soleil. La neige tombe avec abondance dans leur pays, et pour s'en garantir ils dressent des chaumières au milieu des forêts où ils se réfugient pendant l'hiver. Le pays situé à la droite des Houwidjes est habité par /es Kimaks (les Koumouks), qui forment trois tribus distinctes. Lorsque les négociants leur apportent des marchandises , ils ont coutume de ne point leur parler, ni en achetant, ni en vendant. Les négociants déposent leurs marchandises, puis ils se retirent. Aussitôt les Kimaks viennent mettre la valeur à côté des marchandises. A leur retour, lorsqu'ils voient que le prix n'a pas été accepté, ils ajoutent quelque chose et se retirent de nouveau. Ainsi vendeurs et acheteurs viennent et retournent alternativement jusqu'à ce que des deux côtés on soit d'accord sur la conclusion du marché. Ils adorent le feu et l'eau, et sont infidèles. Leur jeûne ne dure qu'un jour dans l'année, et ils brûlent les cadavres de leurs morts. Tout près d'eux sont les Marzarnes, qui vivent sans un chef particulier. Ce sont des nomades qui parcourent tous les pays environnants ; ils préfèrent ceux où il pleut le plus fréquemment. Le territoire qu'ils habitent alternativement a sur un de ses côtés une étendue de trente journées de marche. Ils sont divisés en diverses tribus très-populeuses. Au nord des Marzarnes demeurent \esKifdjaks (Kipdjaks), et à l'ouest les Khazares et les Slaves,
Une tribu de ces derniers s'appelle les Toulas , une autre les 1erghaz. Ils confinent à l'Arménie et habitent les forêts et les broussailles, où le voyageur ne trouve aucune route tracée ; aussi ne peut-il se diriger vers un endroit qu'en consultant les astres. Leur pays est vaste et très-étendu, limité sur un de ses côtés par une grande chaîne de montagnes, le long de laquelle on trouve différentes tribus turques ; l'une d'entre elles s'appelle les Toulers, une autre les Gouz. Lorsque leur prince monte à cheval, dix mille cavaliers le suivent, armés chacun d'une lance en fer, longue de deux aunes. Si le roi descend de cheval , tous descendent et se rangent autour de lui ; chaque cavalier plante sa lance en terre et y suspend son bouclier. Ainsi le roi se trouve en un instant entouré d'un rempart de lances de fer, qui le protège contre les attaques nocturnes de l'ennemi. Une autre tribu des Kifdjaks sont les Berdas. Nedjour est le nom d'une de leurs villes. Ils sont séparés des Tscher par des pays d'une étendue de quinze journées de marche, et reconnaissant pour leur roi celui des Kours, qui peut lever dix mille cavaliers indépendants et ne reconnaissant l'autorité d'aucun autre chef. Dans chacun de leurs villages, il y a un vieillard qui décide de leurs affaires litigieuses et dont les sentences sont sans appel. Les Kours vivent dans une inimitié perpétuelle avec les Bedjnacks, qu'ils combattent sans cesse. Leur pays est riche en miel et s'étend dans toutes les directions à une distance de sept journées de marche. Ils sont divisés en deux castes : l'une a l'habitude d'inhumer les morts, l'autre de les brûler. Presque tous les arbres qui couvrent le territoire sont de l'espèce des Haldj. Les Makrikas (Medjterikes ou Medjtereks), autre tribu turque, habitent un pays qui , d'un bout à l'autre, présente une surface de cent farasanges. Leur roi peut entrer en campagne avec vingt mille cavaliers, et aussitôt qu'il monte à cheval , tous le suivent avec leurs tentes. Leur territoire confine à la mer Grecque (la mer Caspienne), mais leur siège principal se trouve au delà de l'Oxus. Us sont continuellement en guerre avec les Slaves, dont ils sont
toujours vainqueurs ; ils conduisent leurs prisonniers dans le pays de Roum pour les vendre. Les Slaves forment un peuple trèsnombreux, dont le pays est éloigné de treize journées de marche de celui des Bedjnaks ; il n'y a aucune route tracée qui puisse y conduire le voyageur, qui tantôt doit traverser d'immenses déserts, tantôt se frayer un chemin à travers d'immenses forêts. 11$ vivent dans le voisinage des rivières, sous des arbres touffus ^ comme ils sont adorateurs du feu, ils livrent les cadavres dé leurs morts aux flammes. Leurs terres ne produisent que du froment , et leurs boissons se préparent avec du miel. Ils sont armés de couteaux, de lances et de boucliers d'un travail exquis. Leur chef porte le titre de siciat, et son substitut ou lieutenant celui de sandji. Dans leur ville principale, appelée Houraiif se tient une foire tous les ans, pendant trois jours consécutifs, et le peuple y accourt en masse de tous les points. Les Russes habitent une île entourée de quatre côtés par la mer. Cette île s'étend dans toutes les directions à une distance de trente journées de marche. L'intérieur est couvert de forêts et de broussailles. Le brigandage et le vol sont leurs principales occupations; ils vivent de ce qu'ils gagnent à la pointe du sabre. Si l'un d'eux meurt et laisse un fils ou une fille, le fils hérite du sabre et la fille de tout le reste de la fortune du père. Ils disent au fils : Ton père a gagné cette fortune avec le tranchant de son sabre, c'est à toi de l'imiter. Puis on lui remet le sabre, unique héritage des biens du père. En Tannée 300 de l'hégire (912), tous embrassèrent le christianisme; dès lors il leur fut défendu de fairef fortune par les armes, et ils remirent le sabre dans le fourreau ; mais comme ils ne connaissaient aucun métier pour assurer leur existence, la porte du gain se ferma sur eux; ils furent en désarroi; car c'en était fait de leur bien-être. L'envie les prit d'embrasser l'islamisme et de se faire musulmans, afin de combattre les infidèles et de s'enrichir par la vente des prisonniers de guerre, ces ventes étant légitimement autorisées par la loi du prophète. Leur roi s'appelait Pouladmir (Vladimir),
de même que les rois du Turkistan portent le nom de Khavan^ et ceux de Bulgares, Bataltar ; le nom des rois russes est donc Pouladmir. Pouladmir dépêcha quatre ambassadeurs à son parent , le schah Khowarezm , pour le prier de lui envoyer quelques légistes qui l'instruisissent dans la loi du prophète et convertissent tout son peuple à l'islamisme. Lorsque les ambassadeurs eurent exposé l'objet de leur mission , Khowarezm-schah se réjouit beaucoup de la demande des Russes ; il traita les ambassadeurs avec la plus grande distinction , les fit revêtir d'habits d'honneur et envoya des légistes en Russie pour instruire le roi, l'armée et toute la nation dans l'islamisme ; en même temps , il leur permit d'envahir le pays des infidèles et de leur faire la guerre. Les ambassadeurs retournèrent dans leur patrie, et Pouladmir embrassa, avec tout son peuple, l'islamisme. Aussitôt ils ne songèrent plus qu'à envahir par terre et par mer les pays des infidèles : sur mer, ils capturèrent leurs vaisseaux ; sur terre, ils brûlèrent leurs villes et leurs villages. Peu à peu, s'étant fortifiés beaucoup, ils déclarèrent la guerre à toutes les nations voisines, et leur pays devint un des plus puissants parmi ceux des autres peuples. W faut remarquer seulement qu'ils n'ont pas de chevaux et que leurs armées se composent uniquement de fantassins : s'ils avaient des chevaux, ils soumettraient tous les autres pays, car c'est une nation très-brave. Voici l'histoire abrégée du Turkistan ; entrer dans de plus longues explications exigerait trop de paroles. Les mœurs et les usages de ces peuples varient à l'infini : le noble courage, la grandeur, la dignité et la puissance de leurs princes dépassent toutes les bornes de l'imagination.