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I. C. Bayet. Histoire de l'Art Bvyiiitiii. Chap. II

CONSTANTIXOIM.

représentait Jésus-Christ trônant sur un arc-en-ciel en qualité de juge universel. Aux (juatre angles, on aperçoit encore ({uatre séraphins gigantesques à six ailes. Toutes les mosaïques de l'église ne remontent pas, comme on pourrait le croire, à l'époque de Justinien ; le grand ouvrage de mosaïque du narthex est assurément plus moderne. Toujours est-il qu'il ne représente pas Justinien. Nous n'insisterons pas sur les lacunes irréparables que pré-

Saint-Serge.

sente l'ensemble de cette décoration et surtout sur la disparition des mosaïques de la coupole et du chœur. Celles des nefs latérales et des galeries supérieures sont, par endroits, assez bien conservées. On peut distinguer encore, sous les arcades, des saints et des prophètes, bien pauvres restes, il est vrai !... Aux lieux et places des ornements en mosaïque, on contemple aujourd'hui d'énormes cartouches ronds, modèles géants de calligraphie turque — peu esthétique à la vérité ! — où se lisent, sur fond vert, en caractères d'or, les noms d'Allah, de Mahomet et de ses compagnons, des premiers Califes, entourés de formules de bénédiction !

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I^e ]\Iinber, la chaire où, tous les vendredis, on lit maintenant la Klioutba, la prière solennelle, est situé à peu près sur la même ligne que l'ancien Ambon, non cependant au milieu de l'église, mais plus près du pilier sud-est. ly'escalier de cette chaire, quoique raide, est cependant orné de magnifiques balustrades et la chaire elle-même, surmontée d'un toit pointu semblable à celui d'un clocher d'église ; l'orateur, suivant le rite turc, gravit cet escalier l'épée dans une main et le Coran dans l'autre, pour rappeler la manière dont le Prophète a fait part de sa doctrine à ses disciples. Les deux drapeaux, plantés des deux côtés de la chaire, illustrent et glorifient la victoire de la mosquée sur la vSynagogue et l'Eglise. Le Koursi, la chaire proprement dite, qui, comme ici, se trouve également au milieu de chaque mosquée, se distingue du Minber en ce que ce dernier se trouve seulement dans les grandes mosquées où la Khoutba est lue le vendredi.

Le Koursi actuel a été construit par IMourad IV. Il est porté sur quatre colonnes de marbre. C'est de Mourad III (jue proviennent les deux terrasses à colonne nommées Mastaba, placées au milieu de la mosquée, l'une vis-à-vis de l'autre ; l'une est destinée aux lecteurs du Coran, Devr qour'an, qui ont la tâche de lire les saintes écritures en entier dans un ordre et un temps déterminé ; l'autre pour les Muezzins qui, après avoir jeté leur appel du haut des minarets, annoncent ici le commencement de la prière réglementaire. Une troisième tribune, la loge du sultan, Maksoura, érigée par Ahmed III, se trouve du côté gauche de l'ancien sanctuaire, presque en face du Mihrab ; à côté, les tapis du tombeau du prophète ; d'après les plus anciennes descriptions de l'église Sainte-Sophie, la Maksoura doit être à peu près à l'endroit oili, autrefois, les empereurs byzantins avaient leur place lorsqu'ils assistaient au service divin.

Des :nilliers de lampes alternent, sur des lustres en couronne, avec des œufs d'autruche, des fleurs et des bouquets en feuilles d'or. Ces lampes, suivant les traditions orientales, représenteirt les étoiles fixes de la voûte des cieux éclairant les œufs d'autruche qui les entourent comme leurs satellites, cependant que les bouquets de feuilles d'or figurent des comètes. Combien ne regrette-t-on pas les beaux décors d'autrefois en vo3'ant aujourd'hui les oripeaux qui les ont remplacés.

Quelques curiosités sont encore dignes d'un souvenir : la Colonne Transpirante (Yach direk) placée à l'extrémité nord des portes du narthex et dont le marbre suinte toujours par un trou pratiqué dans le revêtement de bronze. Les pèlerins croient que cette exsudation peut procurer des cures merveilleuses. Du même côté, un peu en arrière du plan, non

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loin (le la porte servant au sultan pour passer de la plaee du sérail à la mosquée, se trouve la Fenêtre Froide (Soouk pendjéré) par laquelle un vent frais du Nord arrive constamment d'une petite cour ouverte ; comme, en été, il fait bon s'y asseoir pour faire la lecture, plusieurs lecteurs du Coran s'y sont installés avec le temps, ce qui a fait dire à Evlia que cette fenêtre froide est une bénédiction pour la science. vSur la galerie supé-

Eglise Sainte-Irène, actuellement transiormée en Arsenal

rieure sud, se trouve également une porte de conmumication en larges plaques de marbre et ornée de sculpture ; dans le langage du peuple, le battant gauche est appelé la Porte de l'Enfer (Djehennem kapou) et le battant droit la Porte du Ciel (Djennet kapou). Près d'une fenêtre située vers l'Ouest, on aperçoit aussi la Pierre Luisante qu'on croyait autrefois être une pkuiue d'onyx, mais qui n'est qu'un pur et simple marbre de Perse qui absorbe la lumière du soleil couchant puis la rend en un rayonnement d'autant plus vif (pie la nuit se fait plus épaisse. Les Mahométans montrent comme un fragment du berceau de Jésus un bloc de marbre rouge gisant sur la haute galerie sud-est et, un peu plus loin, un

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bassin qui aurait servi à le baigner ; mais les écrivains byzantins ne mentionnent nulle part cette légende.

Les deux grandes urnes d'albâtre, qui ressemblent à deux œufs gigantesques, ont été placées par Mourad III au bas de la nef, juste entre les deux colonnes de porphyre qui proviennent du temple du Soleil. On croit qu'elles proviennent de Pergame. Chacune d'elles doit contenir i.ooo litrons de blé,

Sarcophage devant Sainte-Irène.

en\'iron 1.250 litres d'eau. L'eau qui les remplit sert aux fidèles dans les grandes cérémonies et elles sont analogues aux bénitiers de nos églises. C'est avec un profond sentiment de tristesse que l'on quitte vSainte- Sophie, en songeant aux profanations sans nombre que lui a fait subir l'Islam. Tout, dans cette admirable basilique, semble devenu froid et inanimé sous la rigide domination d'Allah, de celui que les vieux Byzantins nommaient si expressivement « le Dieu raide «. A peine y sent-on encore quelque vie, grâce à la présence de quelques jeunes novices, lecteurs du Coran, qui répètent machinalement les versets, rangés autour du maître qui prend place sur un sac de laine...

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Dans l'abside, l'iiuposante ligure de Jésus se laisse vagueuient deviner, toujours et toujours, à travers le plâtre qui la recouvre : les bras ouverts, plein d'amour et de compassion, il invite encore. Les spoliateurs n'ont point trouvé moyen de l'exterminer. Est-ce un présage ? La croix remplacera-t-elle un jour le croissant au faîte du vénérable édifice ?

Kahrié. Théodore le Métochite présente au Christ Pantocrator le modèle de l'égUse de la Campagne.

De Sainte-Sophie dérivent, pour ainsi dire, tous les édifices religieux de Constantinople.

Cette basilique est restée un modèle pour tous les peuples de l'Orient. Sauf quelques modifications purement locales, tous bâtissent encore d'après les données de l'époque de Justinien. Sainte-Sophie a créé le type des mosquées. C'est une preuve irrécusable de l'effet unique que provoque Sainte-Sophie au point de vue artistique. Tout y est d'une harmonie, d'un fini que rien ne saurait surpasser.

Tout près de la mer, dans le voisinage de Tchatlade Kapou (la Porte

crevassée), s'élevait le château d'Hormisdas où demeurait Justinien. I^orsqu'il monta sur le trône, il fit bâtir deux églises reliées par un parvis et un portique communs, l'une consacrée aux grands martyrs Serge et Bacchus, l'autre, probablement du côté sud, aux grands apôtres saint Pierre et saint Paul. Cette dernière, consacrée aux apôtres, a disparu sans laisser de traces ; celle des martyrs fut transformée par ^Mahomet II en une mosquée qui reçut plus tard un minaret.

Cette église n'est pas nommée à tort la Kutchuq, la petite, Aya-

Kahrié. Le Christ Pantocrator.

Sofia. Le plan oft're beaucoup de ressemblance avec celui de la grande basilique. Au milieu de l'enceinte, la grande nef, couverte d'une coupole, entourée de portiques, à voûtes et à deux étages. La coupole est soutenue par huit piliers en maçonnerie, placés aux points angulaires d'un octogone inscrit au carré. L,e huit passe aussi pour un symbole divin. Les voûtes en cul-de-four alternent avec les voûtes en berceau. Huit pendentifs aboutissent à la base circulaire de la coupole formée de seize côtés fortement accusés au dehors, ce qui donne au dôme, à l'extérieur, l'aspect d'un énorme melon. Les pièces latérales s'ouvrent dans la nef entre les jDihers par des rangées de colonnes ioniques, reliées par des arceaux. Les colonnes sont en marbre de toutes nuances ; des seize colonnes d'en bas, six sont en marbre tacheté de vert et de blanc, huit des

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SO

dix-huit d'en haut sont toutes vertes, les autres sont rayées de blauc et de rouge.

Ives chapiteaux se rattachent à l'ordre ioni(iue. I,es anciens tableaux

Kahrié. Saint Pierre et saint Paul.

eu mosaïque sont cachés par une couche de plâtre, de grossières arabesques en interrompent quelque peu la monotonie.

I.,e nom de saint Bacchus engagea peut-être l'architecte à mettre tout autour de la corniche, de manière à être vue et remarquée au premier coup d'oeil, cette belle guirlande de feuilles et de raisins qui donne à l'intérieur de l'éghse l'aspect d'un temple de Bacchus Dionysos. Mais cette impression disparaît à la lecture de la longue inscription gravée dans la pierre qu'orne cette môme guirlande ; car cette inscription grecque fait l'éloge

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du martjT et celui de l'empereur Justinien et de l'impératrice Théodora.

Kahrié. Coupole du Narthex.

Saint-Serge est un intermédiaire entre les premières constructions chrétiennes et le style byzantin développé. Au sur^^lus, ce serait une grande

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erreur si l'on croyait ne trouver dans l'Orient ([ue de simples copies de Sainte-Sophie.

Examinons, par exemple, l'église Sainte-Irène. Elle date en partie du règne de Justinien, mais elle impose, bien plus nettement que Sainte-

Kahrié. Coupole du Narthex.

Sophie, le souvenir de la basilique latine : un long rectangle avec absides et narthex faisant saillie et donnant sur l'atrium orné de galeries. Audessus des voûtes en berceau, la grande coupole, percée de vingt fenêtres entrecoupées de contreforts, repose sur un haut tambour. ly'église a trois nefs. I^es vieilles mosaïques dorées des voûtes existent encore, de même qu'une longue inscription. Ne parlons pas de l'affreux badigeon-

nage jaune qui déshonore l'extérieur comme celui de tant d'autres édifices byzantins. L'église Sainte-Irène sert d'ailleurs aux Turcs d'arsenal et l'entrée en est interdite aux étrangers. A l'entrée on peut voir deux canons avec une inscrii^tion latine et les dates 1586 et 1592. A l'intérieur étaient autrefois aussi plusieurs antiquités byzantines, mais qui font maintenant partie de la collection d'Hamdy Bey ; cependant on y peut voir encore quelques armes historiques : un sabre du Conquérant, un autre de Scandebey, la chaîne à longues mailles qui barrait la Corne

Kahrié. Mosaïque : La belle-mcre de saint Pierre.

d'Or lors du siège de 1453, enfin les clefs des villes conquises ! Les gigantesques sarcophages de porphyre qui se trouvent devant l'église, derrière une petite barrière, furent transportés ici du caveau des empereurs qui se trouvait dans l'église des saints Apôtres. Ils sont tous simples et sans distinction aucune, tout au plus une ou deux croix byzantines et le monogramme du Seigneur. Les couvercles représentent, aux côtés étroits, le fronton d'un temple dorique. Ces sarcophages rappellent les grands noms de Constantin, Constance, Julien, Théodose, Arcadius, Marcien, Pulchérie. Le cercueil ovale dit de Julien est long de 4 mètres sur 2 mètres de large. L'obélisque de porphyre provient également du tombeau de Constantin.

Nous trouvons un modèle intéressant de construction postérieure dans la gracieuse église de la Sainte- Vierge, située dans une étroite rue latérale et appelée aujourd'hui Kilissé mesdjid (église-mosquée). Je ne sais pas

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si l'on doit l'identifier, conformément à certains indices, avec l'église de Saint-Théodore le Tyron, si souvent mentionnée par les historiographes de l'ère byzantine et qui fut érigée en 900. Des carrés de marbre et des chaînes de briques lui forment un charmant décor polychrome. Il faut admirer la façade du narthex, avec ses colonnes et ses larges baies. I^'édifice est surmonté, au deuxième plan, de trois coupoles sur leurs tambours. I<a grande coupole est sujiportée par un tambour octogone ; des niches en

Kahrié. Mosaïque : L'annonciation de la Vierge.

berceau, montées sur de petites colonnes de style corinthien, embellissent l'extérieur ; les fenêtres en sont aujourd'hui murées. I,a voûte d'appui est recouverte de toits en dos d'àne qui s'avancent au-dessus des toits de l'édilîce et découvrent bien au dehors le transept qui supporte la coupole. Les toits sont couverts de tuiles. L'abside, avec façade pentagonale est également percée à mi-hauteur de petites colonnes avec arcades. L'église avec ses trois nefs est beaucoup plus large que longue.

La Kahrié djami, située à la Porte d'Andrinople et très endommagée par les tremblements de terre, était autrefois la ij.ovy, TY.;y(o;a^ (le monastère de Chora) bâti, dit-on, par Justinien. Au temps de sa fondation, elle était en dehors des nmrs. Cette église tomljait en ruines, lorsque Marie Ducène

épouse d'Adronic Ducas et belle-mère d'Alexis Comène, la lit reconstruire au xje siècle, ainsi que le couvent. Théodore Métochite la restaura ensuite, la dota du narthex extérieur et de la chapelle servant aux morts. C'est aussi au XIV'' siècle qu'elle fut dotée des mosaïques célèbres qui la décorent encore et des fresques si importantes pour l'histoire de l'art : immédiatement à l'entrée, au-dessus de la porte, le grand chancelier, à genoux, tend au Sauveur sur son trône le modèle de l'éghse. Nicéphore Grégoras écrivit son liistnire byzantine dans ce couvent ([ui servit aussi souvent de lieu de retraite

Kahrié. Mosaïques: Le songe Je Joseph. Le voyage à Bethléem.

forcée pour les membres du clergé. Quarante ans après la conquête, le grand vizir, Atik Ali Pacha, lit brutalement passer cette église à l'Islam. Les peintures magnifiques se trouvent dans une dépendance, voisine de l'église, en dehors de cet édifice proprement dit et qui ne sert pas au culte du prophète d'Allah. Ce qui en reste encore a gardé toute son ancienne beauté et peut être comparé aux meilleurs travaux italiens de ce genre.

Contrairement aux traditions de l'art byzantin, les figures des mosaïques et des peintures de Kahrié sont pleines de vie, de naturel et d'élégance, ly'ensemble est imprégné d'une paix intérieure vraiment divine, d'un calme touchant. Les détails sont consciencieusement exécutés. Tous les sujets se rapportent à la vie de Marie et de Jésus ; au sommet des coupoles du narthex, se trouvent le Seigneur et la Madone ; dans les

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caissons de la voûte, en travail de mosaïque le plus pur, les ancêtres de Jésus d'après la généalogie des Ecritures ; au-dessus des tableaux, on aperçoit des inscriptions. Au-dessus de la porte du parvis intérieur accédant à l'église, le buste en grandeur naturelle du Christ Pantocrator, bénissant de la droite tandis que, de la main gauche, il tient l'Evangile. Un peu plus haut, à gauche, le miracle de Cana, celui de l'eau changée en vin ; à droite, celui de l;i foule nourrie dans le désert, le

Kahrié. Mosaïque : L'arrivée à Bethléem.

miracle de la nmltiplication des pains. De chaque côté de la porte, saint Paul et saint Pierre.

1/6 marbre et la brique sont arrangés, à Kahrié, en couches superposées. Aujourd'hui tout cela est couvert malheureusement d'un simple badigeonnage jaune trop tranchant. ly'ancienne église proprement dite est un rectangle à coupole qui se continue en se rétrécissant vers l'Est et se termine en une abside en forme de conque.

Le centre est dominé d'une coupole s'appuyant sur un tambour cylindrique entouré de fenêtres, aujourd'hui en partie condanmées, que séparent de gracieuses colonnettes. I,' aspect général est heureux et agréable. A l'intérieur, un marbre gris et rouge recouvre les parois

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justiu'à la naissance de la voûte. I^a haute construction de l'ésonarthex est ornée aux ailes de voûtes sphériques, côtelées, semblables à la grande, mais naturellement en plus petites dimensions. Le parvis intérieur a, moyennant un couloir longeant le côté gauche de l'église, une com- ^Sfunication avec une petite chapelle isolée et construite probablement plus tard. D'autre part, l'ésonarthex n'est relié à l'intérieur que par le

Kahrié. Mosaïque : La naissance du Christ.

milieu et, passant à côté du parvis intérieur, il conduit à une longue chapelle funéraire, sorte de carré double avec suite du côté longitudinal qui se termine en une abside. Parmi les plus intéressantes sculptures de Kahrié il faut citer une porte en marbre de cet oratoire, finement ciselée dans tous ses détails. .Sur l'archivolte, le Seigneur, un rouleau dans la main gauche, de la main droite imposant la bénédiction ; à côté quelques reliefs : les archanges Gabriel et Michel. Mais les têtes de ces trois figures sont malheureusement détruites. Au-dessus de la corniche, se trouve encore un reste d'autres reliefs : l'appel de Moïse devant le buisson ardent. En face du portail, s'élève le tombeau du grand connétable IMichel Tornikès, contemporain du Méto-

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chite, avec une inscription métrique et des sculptures remarquables. Dans l'église de Chora, les Byzantins conservaient l'image de la Madone appelée Modéguétria qu'ils croyaient avoir été peinte par saint I.uc et qui, durant la semaine de Pâques, était transportée en grande pompe de l'église au palais et du palais à l'église. I,es Turcs la brisèrent dans les premièrc.rages de la conquête. Les I,atins prétendent cependant avoir envoyé .. Venise le tableau original.

Kahrié. Mosaïque ; Hérode et les trois mages.

Après nous être représenté ces anciennes églises comme modèles de l'art byzantin, il nous sera facile de comprendre les autres. La plus ancienne serait certainement l'église du Couvent qu'en 460, sous Léon le Grand, le boucher, le patricien et consul Stoudios fit construire pour l'ordre des Acémètes, axo'.av-wv (sans sommeil). Des nombreux moines ([u'il y fit venir du couvent Saint-Marcel, toujours un tiers était occupé à la prière : divisés en trois chœurs, ils alternaient entre eux le jour et la luiit pour chanter les louanges de Dieu. Dans l'origine, ce couvent se trou\ait €xtra munis. Après sa dévastation par les Latins, les herbes de toutes sortes en prirent possession et les troupeaux venaient y paître. La fin du

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xiiiï siècle le rétablit, le couvrit â" nouveau et l'entoura d'un mur solide. On y garda plus tard la sainte I,ance qui se trouvait autrefois dans les mains de la statue de Constantin, au forum du même nom. Les trésors du cloître furent heureusement épargnés par les Turcs ; Bajazet II envoya à Innocent cette lance avec l'éponge, le roseau et autres reliques. Sous l'empire, à cause du voisinage de la campagne, on utilisa ce couvent pour l'éducation des princes de la famille impériale et aussi comme lieu de bannissement et

Kahrié. Mosaïque : Guérison du paralyiique.

comme cimetière. L'écuyer instructeur de Bajazet, Mir-akhor Ilias Bey, y établit une mosquée et, plus tard, un prince tartare 3' fit ajouter un cloître mahométan. La prétendue mosquée de l'Ecuyer est encore une basilique à trois nefs et à toiture plate, à deux étages avec douze colonnes. On ne négligea rien pour rendre cette mosquée magnifique. Mais incendies et tremblements de terre l'ont considérablement ravagée ; des tronçons de colonnes, des chapiteaux gisant à terre avec des restes de corniche, accusent suffisamment ces dévastations. D'après une légende populaire, il doit y avoir près de la citerne un passage souterrain allant jusqu'à Tchekmedjé. La Issa Djami, du quartier de Psamatia, est aussi simple dans son plan, petite, également intéressante au point de vue historique, mais malheureusement presque toute en ruine.

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Par contre la l'étyé djanii, autrefois église de la Painniakaristos ou « de la Toute Heureuse Mère de Dieu », située sur une eoUine en haut du l'anar, est une construction à coupole très intéressante au point de vue architectural. C'est là qu'au xi^ siècle, Michel le Tarchaniote, de concert avec Marie Coninène son épouse, sœur de l'empereur Alexis, construisit un couvent de

Kahrié. Mosaïque : Le mariage de la Vierge.

femmes. Ce fut également là qu'Alexis et sa savante fille, l'historienne Anne, furent inhumés.

C'est un édifice singulier que l'ancienne église du Couvent du Tout- Puissant (Pantocrator) , aujourd'hui Zéïrek Klissé djanii, située sur le penchant d'une colline qui tombe d'une pente abrupte, à l'est de la Corne d'Or. Elle est maintenant, comme toutes les autres églises byzantines, affreusement badigeonnée de jaune et entourée de murs. C'est en 1125 qu'Irène, l'épouse de Jean Comnène, fit bâtir cette éghse, la dotant de mosaïques et de reliques ; c'est aussi là que l'image de la Sainte Vierge, attribuée à saint L,uc, résida quelque temps et fut présentée à l'adoration

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(lu peuple. Le tombeau de l'empereur se trouvait à côté de l'église, dans un caveau particulier.

C'est également là ciue se trouvait le lieu de sépulture d'autres Comnènes comme faisant suite aux tombeaux de l'église des Apôtres : c'est là que les fondateurs furent inhumés, mais c'est aussi là que Manuel fit

Kahrié. Mosaïque : Marie reçoit le fil de pourpre.

inhumer son épouse bien-aimée, Berthe, princesse allemande, belle-sœur de l'empereur Conrad, née comtesse de Sulzbach de Bavière, et qui reçut aussi, comme impératrice, le nom d'Irène. Il la rejoignit peu de temps après ; son propre tombeau repré.sente une pyramide à sept degrés en marbre noir. Dans le cloître de l'église, reposaient également en paix quelques princesses de la famille des Paléologues. Ce fut dans ce bâtiment que les Latins établirent leur quartier général, parce qu'il dominait la ville. Mahomet fit de ce couvent un marché à foulon ; aujourd'hui toute trace en a disparu ; et, dans l'église où autrefois les religieuses veillaient même la nuit dans la prière, il fit établir une cordonnerie pour la troupe, de sorte

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([ue les cordonnicTS cousaient et frappaient le cuir au milieu de l'église même. Cet édifice prit d'abord le nom de mosquée de Zéïreck Mehemed Effendi. Il a subi les outrages du feu et des tremblements de terre, ly'ensemble offre un mélange indéterminé, sans style proprement dit. Une grande partie est tombée en ruine, c'est à peine si nous avons devant nous de quoi nous figurer l'ancienne église. Une connaissance approfondie de l'histoire de l'art byzantin n'est pas nécessaire pour deviner au premier

Kahrié. Décoration d'une archivolte.

coup d'œil que nous nous trouvons de\-ant un édifice d'une époque postérieure à Justinien, c'est-à-dire où le goût avait déjà dégénéré.

Près de l'Hippodrome, au nnlieu de groupes d'arbres, s'élève la mosquée de Mehmed Pacha, convertie à l'islam en 1571 par la fille de .^élim II, femme du grand vizir Sokolli Mehmed, célèbre dans l'histoire ; un nnnaret polygonal se trouve à côté. C'est l'ancienne Anastasie. C'est là que Grégoire de Nazianze fit rassembler la petite troupe de la communauté catholique, au temps de la puissance des Ariens, et c'est là qu'il prononça plusieurs de ses plus fameuses homélies. Tout près de là, caché sous un vert feuillage, perce encore le Tekké Et-iémès (le couvent des Végétariens), bâti dans les restes d'une église grecque inconnue, avec une

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citerne alimentée par un ancien A3'asma. C'est ainsi que partout dans nos promenades, nous rencontrons des traces de l'antiquité.

Un peu plus au Nord, se trouve l'oratoire de Hodja Moustafa Pacha,

l'ancienne église d'André fondée par Arcadie, sœur de Théodose le Jeune et restaurée par Basile le Macédonien.

Il s'y trouva une source miraculeuse qu'on estime encore de nos jours. I^e pacha qui la profana était un renégat grec, autrefois barbier à Nal>Ies, où il entra au service du prince Djem ; sur l'ordre de Bajazet, il fit mourir son maître en lui faisant la barbe avec un rasoir empoisonné.

Plus tard, lors d'une révolte avec les janissaires, il fut luimême assassiné.

Tandis cj[ue tout semble avoir souffert de l'outrage des années et des honnnes, la Guldjami, à proximité du port, semble être, par contre, fort bien conservée, mais ne présente, au point de vue architectural, presque aucune importance. Cet édifice était autrefois consacré à sainte Théodosie. Elle s'appelle mosquée des Roses, parce que, diton, lorsque l'ennemi en prit possession, on y organisait une fête en l'honneur de laquelle on l'avait couverte de roses. Plus tard, cet édifice servit d'entrepôt pour l'équipement de la flotte, jusqu'au jour où .Sélim III en fit une mosquée. I,ongtemps encore, on y pouvait voir, sous les voûtes souterraines, des peintures d'une certaine importance ; mais elles furent détruites lors d'une restauration.

Kahrié. Le Christ. Fresque de la chapelle latérale.

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Sur les ruines d'une église inconnue dont ([uel(iues pans de voûtes restent encore, se trou\e la Clieik Mourad Djani ; sur l'emplacement occupé par Pour kouyou se trouvait le couvent d'Isaïe. L'établissement de bienfaisance d'Eski Imaret doit être l'ancien monastère -avî-o-TOj (« visible de toutes parts »), appelé ainsi parce (ju'on le voit de partout à cause de sa

Mosquée Fétiyù.

position élevée : il date aussi d'Anne Uucène et de la fin du xi'^ siècle ; Anne, mère d'Alexis, y finit ses jours. Cet édifice est également venu jusqu'à nous dans un état de conservation relatif et nous réjouit par la grâce du tambour aux angles multiples qui supporte la coupole basse et couverte de tuiles.

Les Arméniens ont encore un lieu saint en leur possession : c'est le monastère Soulou, le couvent de l'Eau, presque impossible à classer au nombre des édifices cités par les auteurs byzantins dans leurs livres. Qui pourrait dire ce que les restaurations du xviii*" siècle ont laissé de l'église primitive ? C'est une chose curieuse pour l'étranger, que d'assister aux

offices du rite arménien. Le service divin a toujours lieu de grand matin, hiver connue été. Les hommes et les fenunes se tiennent dans deux pièces distinctes. Les murs, tout autour de l'autel, sont revêtus de faïence bleue de Kutahia et de Perse. La chaire n'est pas à l'intérieur du sanctuaire, mais à l'extérieur du cloître.

Comme nous le voyons par ce résumé, maints restes permettent de restituer par la pensée la splendeur des églises byzantines ; on ne saurait malheureusement en dire autant des constructions civiles ; il est même impossible de s'en faire une idée générale, car la plupart ont complètement disparu. Et cependant on rencontre des ruines partout. Le quartier ouest de l'Hippodrome, par exemple, ne forme qu'un monceau de décombres. Au Sud, jusqu'à la mer, c'est également sur les ruines de vieilles constructions byzantines ([ue le touriste promène ses pas. Le long de la voie ferrée, des arcs assez remarquables du reste, soutenus par de hauts piliers en briques, apparaissent parmi les hautes demeures turques : ces arceaux ne sont peut-être rien moins que les assises du palais de Justinien ; et, vis-à-vis, au milieu des murs de la rive, on découvre une façade ébréchée avec sept arceaux ; quatre d'entre eux sont fort bien conservés, et trois fenêtres sont entourées de blocs de marbre. Peut-être avons-nous là les derniers témoins du palais de vSophion qui devait toucher à l'église Saint- vSerge ? Enfin des pierres avec inscriptions sont emnuirées partout oîi l'on porte ses pas.

Au nord de la ville, où les murs d'Héraclius commencent, se dresse encore un monument bj'zantin du ix'' siècle au moins, appelé aujourd'hui Tekfour Sérail et qui est peut-être le palais de Constantin Porphyrogénète, que les topographes du xv!*" siècle, sur de fausses suppositions, ont donné pour être le palais de l'Hebdomon. Cet édifice est bâti en briques qui alternent, pour les pans extérieurs, avec des bandes de marbre de couleurs claires. Les points de jonction du bâtiment, les saillies, les cadres des portes et des fenêtres, les colonnes et les chapiteaux sont d'un marbre blanchâtre. Cet édifice à trois étages s'avance d'une manière telle, entre les murs intérieurs et extérieurs de la ville, que les deux premiers étages arrivent à la hauteur de la muraille ; le troisième la surpasse de beaucoup et les frontons reposent sur les deux murs. On y entre du côté de la ville.

Dans le cjuartier du port intérieur .se trouvait le célèbre palais impérial des Blaquernes, la résidence des empereurs durant les derniers

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siècles, après ([ue la cour eut pris possession du fond du port. Les Latins restèrent muets d'étonnement devant l'incomparable magnificence de cette résidence. On serait tenté de croire que les empereurs grecs avaient voulu éclipser le palais des califes de Bagdad. C'est là que Godefroi de Bouillon vint offrir ses hommages à l'empereur Alexis. vSur ses

Ttkfour Scrail.

fondements s'élève aujourd'hui une mosquée. J,es bases qui existent encore donnent une idée de l'étendue première du palais. Balata, le sordide quartier des juifs, doit encore son nom au mot rSi-v-vn qui désignait le palais par excellence de Constantinople.

De l'église Jean Prodromos et vSaint-Nicolas il ne reste nulle trace. Il en est de même de l'église de la Sainte- Vierge, si célèbre autrefois, bâtie en 447 par l'épouse de ^larcien, Pulchérie, et qui fut brûlée en 1434. Au dehors de la porte des Blaquernes, la mosquée Atik Moustafa Pacha doit avoir été l'église de Saint-Pierre et de son disciple Saint-Marc ; c'est un bâtiment rectangulaire dont les nmrs sont construits en briques

et en pierres alternées ; là-dessus une coupole sous un tambour octogonal. Dans un coin de ruelle se trouve encore l'église Sainté-Thècle, datant du Vf siècle, aujourd'hui mosquée de Toclou ; on y voit aussi le tombeau d'un saint turc.

Dans cette partie extrême du port, l'intérêt se trouve tout particulièrement éveillé par deux immenses bâtiments, entourés de blocs de pierres de 5 mètres de haut, tout près l'un de l'autre, et suspendus, pour ainsi dire, aux nmrailles de la ville. Ils sont différents dans leur construction. lyC moins haut, la tour d'Anéma, ne montre extérieurement qu'une fenêtre à arc, qui est maintenant complètement emmurée. Au-dessus de la tour d'Anéma, se dresse celle d'Isaac l'Ange. L,'empereur la ht construire en 1188, afin qu'elle servît de défense au palais des Blaquernes qui s'étendait immédiatement derrière. On parvient à l'intérieur par un passage voûté qui s'ouvre dans le jardin de la mosquée, sur le terrain de l'ancien château impérial. I^e fronton du bâtiment est tourné du côté de la campagne ; ui: groupe de consoles, de ce côté, doit avoir servi de soubassement à un balcon ; au-dessus trois fenêtres à arcs ; un peu plus vers le bas, se dessine encore une ouverture de fenêtre quadrangulaire avec un arceau. lycs autres côtés ne montrent chacun qu'une crevasse : celle du côté du port conduit sur le toit de la tour basse d'Anéma, celle de la façade située vis-à-vis mène à la plate-forme des murs de la ville. Les intérieurs des deux tours ont été reliés plus tard. Il faut encore faire mention des mystérieuses prisons d'Anéma, commençant à ces tours et s'étendant dans la direction du port. Elles furent récemment découvertes et explorées.

De toutes les constructions de Constantinople, les aqueducs ne sont pas les plus remarquables et les plus curieuses, mais les plus importantes connue les plus nécessaires. Le sol rocailleux de la ville ne fournit aucune eau potable, les puits ne produisent qu'un volume d'eau faible et de mauvaise qualité, d'un goût salé à cause du voisinage de la mer sur trois côtés. Or la population fait une énorme consommation d'eau, non seulement pour boire, mais aussi pour les bains et les ablutions que la religion prescrit. Depuis les temps les plus reculés, les aqueducs ont dû suppléer à l'insuffisance des citernes, des puits et des fontaines. Les \-ieux aqueducs éternisent les noms de Valens et de Justinien, quoique ceux-ci n'aient fait, à la vérité, que de continuer ce qui avait été conmencé par Hadrien et Constantin. En dé\'ersant dans d'immenses citernes le trop-plein des aqueducs, on trouva moyen de préserver de la soif les habitants de la ville, même durant les sièges qu'elle eut à soutenir.

CONSTANT! NOPLE 77

Ce que Constantin avait commencé fut continué et augmenté par les empereurs comme par les sultans. Le système est si ancien et si sagement conçu qu'il offre un riche sujet d'études. Le village de Belgrade dont les bois fournissent de l'eau à la ville, doit son nom à une colonie fondée par des prisonniers de guerre serbes. Déjà les Byzantins y avaient creusé des réservoirs qui sont désignés aujourd'hui par le mot perse ; bciid.

Façade du Tckfour Sérail.

Comme c'est de ces bois que toute la ville dépend, ils sont tout particulièrement protégés par les lois locales, sur une étendue de cinq à six lieues à la ronde. C'est à la vérité un bois sacré qu'aucune hache ne doit effleurer : il est défendu d'y abattre le moindre arbrisseau. Et comme les habitants de cette contrée sont libérés de tous impôts, ils ont la charge d'entretenir les bois et de nettoyer les bends.

Quel étonnement saisit cependant le visiteur quand il voit toutes les ordures des hommes comme des bêtes entassées devant les demeures de ces habitants, construites bien au-dessus des bends ! le tout manciue

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de fosses et de canalisation ! Que penser en voyant les pluies emporter tous ces immondices vers les réservoirs où les femmes viennent laver leur linge et les bestiaux s'abreuver ? Ce n'est qu'en envoyant les délinquants aux galères qu'on a pu mettre un frein à cet abus. I^e hêtre et le bouleau, comme le chêne et le châtaignier, le platane, l'orme et le peuplier, l'érable et le pin forment par leurs branches et leur verdure le plus ravissant des ombrages. La superbe fontaine, entourée d'une fine pelouse, jaillissant auprès du village de Belgrade, forme assurément un paysage charmant. Défi gham, dit l'Arménien en parlant de ce coin boisé, et ce mot est synonyme de notre « Sans-vSouci ■>.

On est saisi d'étonnement en présence de ces aqueducs qui, pour passer un torrent, apparaissent à fleur ou hors de terre ! Du sein de la forêt la plus sombre et la plus solitaire, surgissent soudain ces constructions colossales, chefs-d'œuvre de la prévoyance humaine. Une de ces constructions géantes s'appelle l'Arc du Diable ; une autre le Coude, à cause sans doute de sa ressemblance avec le coude du bras. Elle est particulièrement imposante par sa hauteur et sa solidité. Figurez-vous une construction à voûtes de 200 mètres de long, trois rangées d'arcades les unes sur les autres, trois étages enfin, traversant le Barbyzès près de Pj'rgos, les arcs du milieu plus hauts que ceux de dessous, les arcs d'en haut plus élevés que ceux du milieu et percés à jour dans toute leur longueur. I,e I/Ong Aqueduc, datant du temps des Turcs, est plus grand encore, mais non si régulier et si solide. Il a une longueur de 700 mètres, deux rangées d'arcades l'une sur l'autre, en haut soixante-douze.

IvC plus beau monument d'architecture hydrotechnique byzantine est l'ancien Aqueduc de Justinien, qui jette ses quatre grandes arches en deux étages hauts de 36 mètres sur un ravin dont les parois sont éloignées de 140 mètres. Les piliers sont percés de quatre côtés ; l'eau coule tout audessus dans un chenal recouvert d'un toit de pierres. C'est d'une structure si durable, d'une force défiant à tel point toute épreuve, que quinze siècles y ont passé sans presc^ue y laisser de traces. Quelle impression dans ce désert que ce signe de la puissance des temps passés ! Cette construction altière et fière qui relie les deux côtés de la vallée et qui conduit là-haut un torrent dans les airs, semble nous apparaître en ces lieux solitaires comme l'œuvre admirable de quelque génie. Au-dessous, le Cydaris s'en va lentement roulant ses eaux vers le lointain. Depuis que les applications de l'hydraulique moderne ont rendu inutiles ces fastueuses constructions, nous n'y \oyons ])lus que des chefs-d'œuvre d'art <jui s'imposent à l'admiration, par leur grandeur comme par leur force.

CONSTANÏIXOPLK

Le bend d'Aïvat de Moustafa III, bâti en 1766, assura au grand réservoir une abondante provision. Pour les faubourgs cependant, Malinioud fit construire, en 1732, une canalisation toute nouvelle qui peut marcher de pair avec celle des Byzantins. Tandis que ses prédécesseurs n'avaient fait que réj)arer ou restaurer les vieilles constructions, il créa, lui, quelque chose de particulier et de grand, et vérifia le prox-erbe

IiUL-ricur du Tekfour Sérail.

oriental : la meilleure aumône à faire est celle de la fontaine. Pourtant, s'il se fût borné à réparer à fond les anciens aqueducs, c'eût été déjà une amélioration sensible, mais trop simple à la vérité pour sou orgueil.

«Sur le chemin que suivent les conduites d'eau souterraines, les Piliers d'Eau (c'est ainsi qu'on les nomme) apparaissent hors de terre à intervalles réguliers. Cette disposition fut empruntée par les Turcs aux Byzantins. Selon la loi physique des vases communiquants, l'eau monte dans les piliers jusqu'à un petit réservoir situé au point extrême et retombe de l'autre côté. Il est peu probable que la pression et la force de chute

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soient augmentées par ce moyen, comme on l'a souvent prétendu. Ce système n'apporte aucune augmentation à la puissance hydraulique, mais sert plutôt à contrôler le niveau de l'eau. Il sert aussi à l'aération de l'eau, en l'empêchant de se gâter. L'idée n'en est pas neuve. Pline en a fait une description détaillée.

Aqueduc de Mahmoud.

I,a conduite d'eau de Valens traverse Stamboul de part en part. Ses deux rangées d'arcades reliant deux collines, elle passe au-dessus des maisons et des cours, dominant les baraques de bois et les mosquées. Cette robuste construction carrée intéresse déjà de loin les regards de l'observateur. Elle ne perd rien de sa grandeur à l'examiner de plus près. Elle est couverte de plantes grimpantes, d'herbes et d'arbustes sans nombre qui retombent en cascade le long de ses murs.

Cette masse de pierres sombres et mornes, parfois lugubre, est entourée de maisons de tous côtés. Il est assez facile d'en faire l'ascension. On y jouit d'une vue superbe : la ville s'étend à nos pieds comme un jardin

CONSTANTINOPLE 8l

enchanté ! Nous avons ici un des monuments les plus importants de l'ancienne Byzance. Les matériaux (jui servirent à son érection proviennent des murailles rasées de Chalcédoine. I^es constructions furent connnencées par Hadrien et terminées par Valens, mais s'écroulèrent sous Justinien qui ne fit rien pour les relever. L'empereur et son auguste épouse préférèrent jeter pierres et argent dans la mer, pour ériger sur ses rives

Aqueduc de Valens.

de somptueux monuments. Après plusieurs essais pour en réparer les dégradations, vSuléïman fit nettoyer et restaurer le colosse, les arceaux rompus furent de nouveau réunis. De toute l'ancienne canalisation qui parcourait autrefois la ville, il ne reste plus qu'un tronçon de 625 mètres de long, l'arcade supérieure est détruite en grande partie. Mais quoique tombant en ruine, l'aqueduc n'en pourvoit pas moins d'eau toute la partie Est de la ville.

Les citernes byzantines sont pour ainsi dire aujourd'hui presque complètement hors d'usage.

Du temps de Constantin, subsiste encore la soi-disant Citerne des mille et

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une Colonnes qui n'est autre que la célèbre citerne du sénateur Philoxène, l'un des plus grands réservoirs de l'époque des empereurs. C'est une construction souterraine qui excite encore aujourd'hui l'admiration de tous les connaisseurs. L'entrée en est de chétive apparence, on y descend par une escalier délabré, les degrés en pierres en sont rongés par

Citerne des looi Colonnes

le temps. Un air humide et froid saisit l'explorateur à son entrée dans ces profondeurs. L,a chronique du temps raconte qu'autrefois les entrées étaient mystérieusement dissimulées auprès des moulures des socles de statues de marbre et de figures d'animaux en bronze ; mais le piéton pouvait immédiatement reconnaître, aux trépidations du sol, qu'une force peu commune se cachait sous ces profondeurs : un bruit énervant, étourdissant, saluait l'indiscret à son entrée : des roues énormes, fendant l'air avec une vitesse incalculable, mettaient en mouvement d'autres machines à remplir le réservoir d'eau ; le grincement des roues élévatoires, le bruissement de l'eau qui retombait dans l'obscurité, était d'un effet à donner le frisson. I^a lumière du jour ne perce que faiblement jusqu'à l'intérieur et cela par

COXSTAXTIXOL'LE

quelques trous pratiqués dans la voûte. A gauche de la porte d'entrée, entièrement cachée par les ténèbres, se trouve une ouverture murée par laquelle l'eau se déversait à l'intérieur. Deux cent vingt-quatre colonnes s'y trouvent alignées sur (quinze rangées, avec un espace de 3"', 75 les unes des autres. Ces colonnes se composent de trois fûts unis, superposés et réunis entre eux par des linteaux ; là-dessus, des chapiteaux sans ornements recouverts d'initiales. Les colonnes sont reliées en haut par des arceaux. Tout l'espace comprend environ 3.500 mètres cubes.

Iva citerne est maintenant desséchée et en partie comblée.

Tous les fûts inférieurs des colonnes, ainsi que les deux tiers de ceux du nnlieu, sont cachés dans les vases et les décombres, tandis qu'un tiers du milieu , ainsi que la partie supérieure, est à découvert.

Cet espace souterrain sert maintenant d'atelier pour tisser des cordes.

Non loin de là, se trouve la citerne de Théodose (?), avec trente -trois charmantes colonnes

de marbre blanc d'ordre corinthien ; les socles en sont malheureusement recouverts par la vase.

L,a Cisterna Basilica de Justinien est encore pleine d'eau aujourd'hui, c'est une des rares citernes byzantines dont l'usage se soit perpétué jusqu'à nos jours. Au ras du sol, sous le hangar d'une maison particulière, s'ouvre un trou carré fermé par une trapjie. lyà, on se trouve au sommet d'un escalier, et, après avoir descendu une dizaine de marches, on distingue, à la vive lueur d'une torche allumée par le guide, l'intérieur de la citerne. Les Turcs l'appellent le Château de l'Enfer. Elle fut creusée par Justinien sous un des parvis qui entouraient la Basilica, le palais des sénateurs.

Chapiteau d'une colonne de Yéri Batan Sérail.

Au-dessus de cet énorme bassin se trouvent de nombreuses rues et maisons, tout un quartier de la ville. Des ouvertures pratiquées dans la voûte correspondent à chacune des maisons construites au-dessus, de sorte que leurs habitants y i^euvent directement puiser de l'eau comme dans un puits. Gylli, qui parcourut en bateau ce grand réservoir souterrain, mesura la citerne qui avait 112 mètres de long sur 61 mètres de large, il compta 336 colonnes de 13'", 50 de hauteur, éloignées de 4 mètres les unes des autres. La citerne, qui entretient un puits près de la mosquée vSainte-vSophie, est approvisionnée par les eaux des forêts de Belgrade.

A l'ouest de la place du vSéraskiérat, la citerne de Phocas avec soixantedix pilastres, desséchée aujourd'hui.

Nous pourrions énumérer encore une quantité de citernes dans tous les quartiers de la vaste cité, aussi bien eu deçà qu'au delà de la Corne d'Or, offrant toutes plus ou moins d'intérêt. Par exemple, les voûtes sur lesquelles repose l'Hippodrome, servirent de citernes du temps des Byzantins ; on les appelait les Citernes Froides. Ces massives constructions souterraines sont appuyées par des piliers de dimensions géantes.

Nous rencontrons aussi dans la ville d'autres fosses qui se trouvent à une profondeur de 5 mètres, appelées par le peuple Fosses de Jardin, parce que l'on y cultive aujourd'hui des légumes. Il s'y trouve également de vieilles citernes, mais dont les colonnes et les voûtes manquent.

Ces citernes des temps passés n'ont pas été desséchées du temps des Osmans comme on pourrait bien le croire ; l'empereur Héraclius avait déjà fait dessécher et combler la plupart des vieux réservoirs pour les transformer en jardin, lorsque Stéphanus, le mathématicien, lui annonça qu'il mourrait par l'eau. Il est vrai que plusieurs de ces citernes furent remises dans leur premier état par ses successeurs. Malgré tout, on ne saurait s'empêcher d'admirer ces ouvrages souterrains, que le courage comme la hardiesse a trouvé moyen de creuser sur un si long espace.

On trouve encore des vestiges du mur Constantinien près d'Hékim- Oglou. Ce sont quelques débris de l'ancienne porte de Jésus, cachés par les buissons et des murailles plus modernes . Tout près de là, des amas de décombres permettent de reconnaître une des artères principales de l'ancienne ville.

Par contre, le rempart Théodosien subsiste à peu près dans son intégrité. Nous pouvons en voir les portes et les tours, comme à l'époque

loiiitaiiR' où le soc de la charrue tracta l'enceinte depuis la nier jusiju'au port, ha où une porte devait s'ouvrir dans les murailles, on relevait le manche de la charrue et le soc ne recommençait à creuser le sillon qu'après avoir laissé l'espace nécessaire à l'ouverture. Nous nous dirigeons par eau vers la rive de la Propontide et nous nous embarquons au pont. I^a Porte du Jardin, la Porta neorii des Byzantins, et les murs d'enceinte de la Corne d'Or inférieure disparaissent maintenant. Doublons la pointe du sérail : nous sui\-ons maintenant les nuirs du rivage. Ils ont dû, à maints endroits,

Enceinte de la piiioa Je Uioraède.

céder la place au chemin de fer et gisent en partie abattus. Mais nous pouvons encore cependant les voir par intervalles, avec leur série de portes. Voici à peu près intacte la Porte de Fer, Porta Ferrea (aujourd'hui Tchatlade Kapou, la Porte crevassée). vSon premier nom lui venait du fait suivant : Quand on déchargea la Colonne de porphyre de Constantin, destinée à être transportée sur le P'orum, une sorte de chemin de fer y fut établi, aiîn d'empêcher que la masse énorme ne défonçât le sol peu résistant. Nous remarquons, dans ce vieux rempart, d'abord, en bas, les lourdes pierres de taille, le soubassement datant d'une époque grecque très reculée ; au-dessus, la maçonnerie byzantine, des couches alternatives de briques et de moellons. On se servit, pour ce travail, d'une quantité de vieux matériaux, amas énorme de débris antiques, de chapiteaux, de morceaux de corniches, de frises, socles, pou-

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très, autels, pierres tombales, tambours de colonnes, fûts de colonne entiers. De la mer on peut distinguer les pièces de cet amalgame que les maçons n'ont même pas songé à dissimuler.

Nous sommes maintenant arrivés à la hauteur de l'ancien port de guerre ; des amoncellements de blocs le protégeaient contre l'envahissement de la marée montante, disposés de telle manière que, de l'extérieur, personne ne puisse jamais supposer qu'autrefois l'enceinte et le rivage se soient ouverts pour recevoir des vaisseaux.

Nous continuons à voguer, luttant contre les vagues qui se pressent vers le rivage. Ici les siècles ont fait brèches sur brèches dans les murailles : l'œil plonge librement à l'intérieur de la ville. Nous sommes maintenant à la hauteur de la Tour de Marbre octogonale, dont les vagues viennent lécher les assises ; il existe encore des restes d'une digue, allant du pied même de la tour jusque dans la mer ; une inscription indique que les empereurs Basile et Constantin ont placé ce colosse de marbre au bord des flots.

Nous débarquons. Ici commencent les murailles de la terre ; un peu plus loin la Tour de Romain, puis la Tour de Léon et de Constantin, avec inscription, ensuite les pylônes carrés de marbre blanc de la Porte Dorée. En face, le mur du rempart est percé d'une petite porte encadrée de deux colonnes de marbre vert supportant un arceau lourd, datant certainement d'une époque ultérieure. Cette porte est maintenant murée. Derrière elle, s'élèvent les constructions géantes formées de blocs du marbre le plus beau, posés simplement les uns sur les autres, sans ciment, de telle sorte que les joints sont à peine visibles. Ces constructions abritent la Porte Dorée placée entre elles, un peu en arrière-plan. C'était la porte impériale de Byzance, depuis que Théodose le Jeune l'avait désignée spécialement comme Porte Triomphale. Trois entrées conduisaient dans la ville : deux petites portes latérales et une porte monumentale au milieu. Sur les colonnes, on voit encore le monogramme du Christ. Du temps des Byzantins, la porte était richement ornée de reliefs et de sculptures : des demi-reliefs en marbre représentaient les travaux d'Hercule et le supplice de Prométhée. Des itinéraires anciens en indiquaient encore une partie ; ainsi Gylli nous donne la description de ces ornements. Théodose y avait fait sculpter une ^'ictoire dorée en signe de triomphe sur Maxime, en outre sa statue, un quadrige d'éléphants et la croix. Au-dessus de la porte, il existe encore un réservoir d'eau, et il semble que les deux tours latérales ont été flanquées de fontaines. Des ornements architecturaux de l'arc de triomphe sont depuis longtemps

tombés en poussière. Sous sa voûte, passaient les empereurs victorieux lorsqu'ils faisaient leur entrée dans la ville ; c'est par cette porte que Michel Paléologue rentra pour occuper le trône de ses ancêtres ; et, suivant une tradition turque, c'est par cette porte que doit entrer le futur conquérant de la ville. On essaya de prévenir cette prédiction en la murant ; cependant un guichet dissinmlé dans l'arc de la porte permet encore le passage.

I,a tour du'Sud a été, du temps des Turcs, l'impassible témoin du des-

Vue de l'intérieur du Château des Sept Tours.

potisme le plus capricieux et le plus cruel. Au rez-de-chaussée, on exécutait les prisonniers d'Etat et leurs têtes étaient jetées dans le puits qui s'ouvre à fleur de sol et qui est appelé le puits du sang. Deux blocs de pierre en ferment maintenant l'orifice. Mais, encore maintenant, il semble (|ue l'air soit empesté par la déconqjosition des cadavres qu'a engloutis ce gouffre, lorsque, à la lueur vague et tremblante d'une lanterne, nous pénétrons dans les cachots que jamais un rayon de soleil n'a égayés. Contraste surprenant : le toit de la tour nous réserve une vue unique en son genre.

Les nmrs d'enceinte et la Porte Dorée forment ici la limite du château de Yédi-koulé (des sept tours), qui est situé derrière. Ici se trouvait le vieux Cyclobion, la citadelle de Byzance, nommée Pentapyrgon, à cause de ses cinq tours, et, plus tard, Heptapyrgon, lorsque Cantacuzène, en 1350, en eut

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porté le nombre à sept. I^e vieux château a disparu, il n'eu est resté que le nom ; sur ses ruines, Mahomet II fit bâtir une forteresse en 1470. l,e pentagone de ce fort n'est plus flanqué maintenant que de quatre géants de pierre, mais, en souvenir du passé, il porte toujours le nom de Château des Sept Tours. C'était au temps jadis la Bastille de la Propontide, une citadelle imposante, en même temps le trésor des mosquées. Combien de créatures humaines ont ici langui, loin de la lumière et de l'air. Que de supplices et de tortures ont vu les pierres de ces basses-fosses ! Les parents mêmes ne savaient pas avec certitude où. se trouvait celui cpi leur avait été ravi, leur protecteur, leur unique soutien. On croit entendre encore des bruits de chaînes et de sanglots, les voûtes semblent résonner des soupirs des prisonniers, des gémissements des condamnés à mort. lyà, au faîte des créneaux, furent attachées les têtes des vizirs. Ici furent enfermés les sultans j^risonniers des janissaires révoltés. Ici, parfois furent jetés, contre le droit des gens, les envoyés des puissances étrangères, en dernier lieu, en 1798, le Français Ruffin. Ces souvenirs sont rappelés par les inscriptions latines et allemandes, gravées dans la pierre, au coin du château, à gauche de la porte principale, du côté de l'entrée de la tour du coin. Toute évasion était ici impossible, les i^ortes étant en fer, munies de herses. Une forte garnison se tenait dans la double tour ronde de gauche, tour formée de deux masses superposées et iDercées de nombreuses meurtrières. Ce château, autrefois si imposant, n'offre plus qu'une triste image de l'abandon et de l'incurie. De toutes les anciennes constructions intérieures, c'est à peine s'il est resté autre chose que les fondations ; un petit taillis poussé sur des ruines ; une végétation luxuriante dans toute la cour ; quelques cyprès et quelques platanes ombrageant les vestiges misérables d'une mosquée de bois, à gauche du chemin ■dallé de marbre qui traverse toute la citadelle ; des monceaux de granit ; des boulets de pierre s'enfonçant dans la terre, des sycomores à côté de la blancheur du marbre, des lianes grimpant sur les créneaux et les embrasures, des lauriers sauvages s'élevant au-dessus du parapet et cpi semblent se pencher pour regarder vers la terre.

Allons plus loin. Nous entrons de nouveau dans les glacis ; en face de nous, des champs et des jardins. Du côté de l'extérieur, un chemin raboteux, s'élevant et s'abaissant avec la muraille.

I^es nmrs d'enceinte Théodosiens ont, du côté de la terre, une longueur de 5 500 mètres environ jusqu'au quartier des Blaquernes ; la muraille entière comprenant aussi ce quartier jusqu'au port, sur la Corne d'Or, est longue de 6 500 mètres. lye boulevard est une enceinte double dont la partie

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