CHAPITRE XVDL
L'historié
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.Avant de décrire cette longue guerre, qui dura vingtsept ans, entre Athènes et Lacédémone, Thucydide (1 ), si remarquable par son génie et par son amour de la vérité, et qui écrivait dans la quatre-vingt-septième olympiade, environ 430 ans avant J.-d, nous initie à la vraie situation poUtique et morale des différentes peuplades qui vinrent prendre possession des îles de FArchipel, et s'établir dans ces domaines aussi variés et aussi nombreux que les pléiades du ciel.
c Forcé par de nouveaux occupants, toujours de plus en plus nombreux, nous dit-il, chacun se décidait sans peine à émigrer. Il n'existait point de commerce , et on ne pouvait communiquer en sûreté ni par terre ni par mer ; chacun tirait de sa propriété ce qu'il fallait pour vivre et n'avait pas de supemu; on ne faisait point non plus de plantations (dans le doute où Ton était qu'un
(i) Uvre !«•
jour, faute de forteresses, quelque étranger ne vînt s'en emparer), et d'ailleurs chacun croyait trouver partout sa subsistance journalière. C'est pour cela que les Grecs n'étaient puissants ni par la grandeur de leurs villes, ni par d'autres ressources, d
Et c'est bien encore aujourd'hui le même défaut de sûreté et de protection qui fait un immense désert et une muette solitude de tant de riantes contrées, fertiles sous un soleil ardent, et si bien faites pour démentir les lugubres prophéties de Malthus.
« Ce qui ne démontre pas moins la faiblesse des anciens, ajoute-t-il, c'est que, avant la guerre de Troie, on' ne voit pas que la Hillade (la Grèce) ait rien entrepris en commun. Je crois aussi qu'elle n'avait pas encore tout entière ce nom, mais que cette dénomination n'existait même point avant Hellen, fils de Deucalion, et que chaque peuplade, surtout la Pélasgique, se désignait par son propre nom. Cependant depuis qu'Hellèn et ses fils, devenus puissants dans la Phthiotide, se firent suivre par ces peuplades, comme auxiliaires , contre Jes autres villes, chacun alors, dans les entretiens, se donna de préférence le nom d'Hellènes ; mais , pendant longtemps encore, ce nom ne put pas dominer chez nous. Homère surtout en fournit la preuve ; quoique de longtemps postérieur à la guerre de Troie, il n'a donné ♦ nulle part le nom d'Hellènes à tous en général, excepté à ceux de la Phthiotide , qui suivaient Achille , comme étant effectivement les premiers Hellènes. Dans ses vers, il les appelle Danaens, Argiens, Acœens; il ne les a pas non plus nommés Barbares, parce que, à mon avis, le nom d'Hellènes ne se distinguait pas encore comme antithèse de celui de Barbares.
j> Celui qui, le plus anciennement de tous, se créa une marine, fut Minos, nous dit la tradition; il domina longtemps la mer nommée aujourd'hui Hellénique, et s'emparant des îles Cyclades , le premier il en peupla la plupart après en avoir expulsé les Cariens. Il en
institua gouverneurs ses propres enfants ; aussi purgeaitil la mer des pirates, autant qu'il le pouvait, afin que les revenus lui parvinssent plus nombreux.
y> Anciennement les Grecs et ceux des Barbares qui habitaient les côtes ou occupaient des îles, lorsqu'ils eurent commencé à se fréquenter davantage par mer, se livrèrent à la piraterie. Des hommes puissant^ les conduisaient, tant pour leur profit personnel que pour procurer de la nourriture aux faibles. Ils attaquaient des villes non fortifiées, les pillaient, et se procuraient ainsi la majeure partie de leur subsistance; car, à cette époque, la piraterie n'était pas déshonorante ; au contraire, elle était regardée comme rapportant quelque gloire. Cette assertion est prouvée encore aujourd'hui (ne dirait-on pas que Thucydide écrit encore en 4860?) par quelques habitants du continent, qui s'enorgueillissent de la piraterie exercée d'une bonne manière, et par les anciens poètes, qui, dans tous les passages où ils questionnent les nouveaux débarqués, leur demandent indistinctement s'ils sont des pirates : la piraterie n'étant ni désavouable par ceux qu'on interrogeait, ni reprochable par ceux qui étaient intéressés à s'en enquérir. Même par terre on se pillait réciproquement. De cet antique brigandage est resté chez ces peuples continentaux l'usage de se tenir armés. »
Dieu sait s'ils ont jamais changé cette habitude : mais aujourd'hui chaque Arabe qu'on rencontre est comme une panoplie vivante, écrasé sous le poids des armes.
« Autrefois toute la Grèce portait des armes , parce que les habitations étaient sans défense, et les communications sans sûreté. Dans la vie privée, les Grecs s'étaient fait une habitude d'être constamment armés, ainsi que les Barbares. Les Athéniens les premiers quittèrent le fer et passèrent à un régime plus relâché et plus déUcat.
» Les villes les plus récemment habitées, et déjà, par une navigation plus facile , devenues plus riches , s'éle-
valent entourées de murailles sur les rivages de la mer, et occupaient les isthmes, autant pour ravantage du commerce que pour pn'tlominer sur leurs voisins; mais les anciennes villes, tant sur les iles que sur le continent > furent bâties loin de la mer, attendu qu'on se pillait de part et d*autre, et que même on pillait ceux qui, sans être marins, habitaient la plage. Les insulaires, qui étaient Cariens et Phéniciens, n'étaient pas les moins adonnés à la piraterie. Cet état de choses alla toujours croissant jusqu'à l'expédition de Troie. Il me semble quWgamemnon rassembla la flotte de cette expédition, parce qu'il était le plus puissant d'alors, et non parce que les prétendants d'Hélène, engagés par les serments de Tyndare, le mirent à leur tête. Il paraît aussi qu'Âgamemnon vint avec un très-grand nombre de vaisseaux et qu'il en fournit encore aux Ârcadiens, comme le fait voir Homère, si l'on peut s'en rapporter à son témoignage. Par cette expédition il faut se figurer l'état des précédentes. >
Alexandre-le-Grand, au tombeau d'Achille, avait donc cent fois raison : ce héros méritait peu de rencontrer un chantre, un poète comme Homère. Hélas! s'il vivait encore , Thucydide verrait peu de changement dans ces sauvages habitudes, et il serait étonné d'avoir raison même aujourd'hui. On me parla, à Smyme et ailleurs, d'histoires effrayantes dignes d'un recueil fantastique, et qui ranimèrent le souvenir de quelques lectures d'enfance , dont la mauvaise influence peuplait jadis mes songes de poignards, de brigands et de cavernes. En voici une prise au hasard.
Un capitaine de marine marchande, riche possesseur d'un beau navire, et encore jeune, est ébloui, en entrant à Smyrne, par la beauté d'une jeune Arménienne. Sous ce chaud et admirable soleil, il n'est pas rare de rencontrer des femmes dont l'éclat fait pâlir les plus heureux efforts de nos grands artistes pour rappeler les Ësther et les Judith de la Bible. Il suit ses pas»
et , entrant avec elle dans la maison paternelle , il la demande aussitôt en mariage à sa famille. Elle* était pauvre; mais cette pauvreté n*était pas sans attrait aux yeux de l'amoureux armateur; les formalités religieuses, dans ces contrées où il n'en existe point, n'étaient pas non plus un empêchement à la vivacité de ses désirs. Le mariage se fit le jour même. En quelques heures l'heureux capitaine acheta à cette jeune fille toutes les toilettes les plus ravissantes des magasins de Smyrne, et la fit ainsi passer de la misère à un luxe digne du plus beau de ses rêves. Après un jour donné à sa nouvelle famille, qu'il combla aussi de ses dons, il partit, emmenant à son bord sa jeune épouse, tout éblouie par sa bonne fortune et déjà consolée d'une première séparation par l'aisance inespérée où elle laissait sa famille. Mais le capitaine avait compté sans les pirates , à qui il ne fallait pas tant de temps pour méditer un crime. Dès la première nuit, il est attaqué par des forces supérieures : les brigands s'emparent de son vaisseau à la faveur de la nuit et par surprise, égorgent son équipage,
f)illent toutes ses richesses, mettent le feu au navire, et ui-même meurt sous leurs coups, après avoir vu ces scélérats emmener captive sa jeune femme , la seule* proie qu'ils eussent gardée vivante. Au bout de huit jours on retrouva la carcasse du navire brûlé , échouée dans les sables du rivage. L'idylle ou le roman s'arrêta à cette catastrophe, et les journaux ne dirent point comme chez nous : La justice informe. Sous ce soleil de rOrient, la justice aussi se ressent du climat : elle n'aime point les labeurs i
Je me suis trouvé en relations assez fréquentes avec M. le capitaine L..., commandant le Chaptal de la marine française, et chargé, pendant la guerre de Crimée, de purger l'Archipel de tous ces écumeurs de mer, de les poursuivre jusqu'au milieu des terres, et d'assurer ainsi la liberté des transports. Il me parla souvent de ses campagnes, des quatre-vingts et quelques brigands
qu'il avait pris, et dont il avait passé une trentaine par les acmes. Je sais qu'un soldat parle de batailles avec le sang-froid le plus calme, et je comprends qu'un assassin, rusé et lâche, mérite moins de pitié qu'un brave qui^ succombe. Néanmoins ce n était pas toujours sans un frisson involontaire que j'écoutais ce capitaine me parler de ses expéditions, comme s'il eût été question d'une chasse à quelque gibier. Ses matelots façonnés par l'expérience à ce genre de métier, reconnaissaient à merveille les repaires où ces brigands cachaient le fruit de leurs rapines, et leur œil exercé, guidé par l'éclat de leur fustanelle blanche, les suivait à travers les haies et buissons de lauriers roses où ils se cachaient. Ces malheureux, traques de toutes parts, se creusaient un trou au milieu des buissons , et s'y tenaient en embuscade avec le produit de leurs crimes. La fureur des matelots et des soldats était souvent difficile à contenir: ils n'avaient pas seulement à assurer la liberté des transports, mais aussi à venger le sang de leurs- frères immolés de la manière la plus traître et la plus odieuse.
Le plus redoutable des chefs de ces brigands avait pendant longtemps échappé aux recherches et à la vigilance du capitaine, qui ne négligeait de son côté aucune des précautions commandées par la prudence dans les perquisitions de ce genre. Malgré ses crimes , et peutêtre aussi à cause de l'effroi qu'il inspirait, ce chef redouté avait trouvé asile dans un village qui le dérobait, à force de ruses, à toute investigation. Informé avec certitude du lieu de sa retraite, le capitaine se fit conduire, à travers des défilés dangereux, par un guide qui marchait devant lui, tenant constamment le canon de son pistolet à son oreille, et lui répétant à chaque sentier nouveau: « Si tu hésites, si on nous attaque, tu es mort. » On arriva au village, où le brigand se tenait caché avec quelques-uns des siens; mais il fut impossible d'obtenir aucun . renseignement des habitants de cet endroit. Le capitaine, décidé à profiter de l'occasion
et ne Toolant (Hts muMiaer me attsà ùnporUiile capture, fil sorlv de lenr demesB^e fe^ b<!iiD^^ les enfants qm n^araîent |m prandre b Ante^ les âl rauiir sur la place pabbqiie^ les menia^can! de leur hn&ier tout m qu'ils possédaient, de les dépràiUer de lears vêienitiits, et même de les biite mourir^ sUs ne rerélaîent la relnite de celui qa^oo chercliaîl. Tool fol inutile. Alors les matelots irrités commenoènent a ùire sentir i ces malheureux ce que poorait h poôirte de leurs baîonnetles. Piquées au Tif ^ effirayées a la Tue de leur sang^ quelques femmes, vaincufê par b douleur, s^écrièi^nt : Il est là! désignant de b main une maison qui sembbit fermée comme ui^ dtaddle.
n y était en effet; il bllut ai faire le siège et donner Tassant, car les brigands, une fois reconnus, se lésolurent à vendre chèrement leur vie. Enfin le redoutable chef fiit amené, prisonnier et garotte, devant le capitaine, qui, pour obéir aux ordres de Famiral, ordonna de le fusiller. Alors cet homme, jusque-là si redoutable et si , redouté par ses forfaits , se mit à implorer sa grâce et à demander le temps de faire pénitence. Le capitaine lui déclara qu'il n'y avait pour lui aucun espoir, qu'il ne pouvait croire ea rien au prétendu repentir de sa conscience, et lui enjoignit de se préparer à mourir à Fheure même, en présence de cette population qull avait eue pour compUce. Pour élever le châtiment à la hauteur de tant de crimes, au moment où un dernier signal allait commander de faire justice, le capitaine fit relever les armes et ordonna de changer le lieu de l'exécution. Les supphcations du brigand recommencèrent alors de plus belle; mais il lui fsdlut une seconde fois se résigner devant la mort. Ce tf était pourtant qu'une seconde alerte. En un troisième lieu, et loin de là, le capitaine donna enfin le signal tant redouté, tirant ainsi vengeance du sang de nos braves soldats lâchement assassinés. Après cette expédition qui. répandit une terreur salutaire dans toute la contrée, le capitaine et ses ma-
telots revinrent sur le Chaptal continuer dans l'Archipel la chasse aux pirates.
Qu'on ne m'accuse pas de céder au désir de raconter de funèbres histoires, et qu'on se garde bien de croire que les choses vont en s'améliorant d^s cette malheureuse Turquie. De tristes nouvelles viennent confirmer tous les jours les plus fâcheuses appréhensions. Ainsi, au moment môme où nous livrons ces Ugnes à la publicité , nous lisons dans la Presse (TOrient , à l'occasion (lu voyage du sultan à Salonique :
« A moins que le gouvernement impérial ne se hâte d'y porter remède, le désordre sera bientôt à son comble sur tout le sol de la Bulgarie. Le 18 juin, à trois heures de Faitiiilza, dans le village de Kara-Hassan (district de Nicopolis^, une famille entière, dont quatre femmes et jeunes filles , a été massacrée par des brigands de profession (suivent les détails vraiment atroces de cet affreux massacre). Notez que cette famille était l'une des plus honnêtes et des plus considérées du pays. A Monina- Elyssoura (district de Basardjik), une autre bande de brigands s'est saisie de quatre chrétiens et les a conduits dans les montagnes. Parmi eux il y avait un vieillard : il a été impitoyablement massacré. Pour les trois autres, les brigands demandent une rançon de 20,000 piastres.
« A Panagurischté, un jeune homme revenait chez lui d'une locahté voisine , portant quelque argent. Les brigands l'ont saisi et massacré. A Réhovitza, des brigands sont entrés dans une maison où se trouvaient un vieillard et sa femme. Après leur avoir enlevé le peu d'argent qu'ils avaient, ils les ont massacrés l'un et l'autre. A Routchouck, un brigand, bien connu de tous et qui se promène librement, s'est introduit dernièrement dans une maison où il a tué le mari et déshonoré la femme. A Streltza, huit hommes, qui revenaient de leur travail dans une locahté voisine, sont entourés d'une nombreuse bande de brigands et dépouillés du peu d'argent qu'ils venaient de gagner.
« A Maglitch, la femme d'un certaîn Pierre Baraboukofî se trouvait dans son clos, occupée du jardinage; un Turc y est entré , s'est jeté sur elle et l'a déshonorée. On dit qu'elle est morte de la violence qui lui a été faite. Malgré les plaintes des habitants, le coupable est libre, m'assure-t-on. Remarquez que les crimes commis sur les chrétiens restent presque toujours impunis, malgré les instructions formelles de la Porte. Mais les juges n'admettent pas le témoignage des chrétiens contre les musulmans , quoi qu'en dise un récent discours de sir Henry Bulwer. C'est presque assurer l'impunité aux malfaiteurs, car il est difficile de trouver des témoins musulmans, vu que, dans toute la Bulgarie, il n'y a que fort peu de mahométans dans les villages et les bourgs. »
Mais il est temps de laisser là un tel sujet. J'ai voulu seulement indiquer un des tristes symptômes du mal dont se meurt la Turquie. J'en ai dit assez, trop peut-être , pour montrer qu'il n'y a pas de remède à attendre d'un gouvernement qui ne peut que vouloir, mais auquel toutes les ressources manquent à la fois. Je reprends ma course à travers les Sporades.
Le jour parut enfin, et la réalité semblait continuer sous mes yeux les impressions de mes souvenirs et de mes rêves de la nuit. Le pont du Jourdain était peuplé de figures sinistres et peu rassurantes, et elles étaient en grande majorité. A chaque station, et surtout à Dardanelle, nous avions fait une collection d'Arméniens, de Juifs, de Grecs, de pèlerins, partant les uns pour la Mecque, les autres pour Jérusalem; nous les avions recueillis par centaines^ au milieu d'un tapage de vociférations bien propres à modifier ce qu'ont écrit quelques voyageurs sur la nature silencieuse des* peuples de l'Orient. Chacun de ces passagers arrivait avec sa femme, ses enfants, son matelas, ses couvertures, ses provisions de bouche, et surtout avec une redoutabFe panoplie d'armes infiniment variées, depuis le yatagan le plus court jusqu'à la lance la plus longue.
Nous portions donc avec nous les plus redoutables brigands de l'empire; ils étaient en imposante majorité, et la prudence la plus vulgaire eût commandé de les désarmer à leur arrivée, si déjà la mesure n'eût été rendue indispensable par une tentative de révolte arrivée tout récemment en pareille occasion. Le Méandre avait aussi embarqué une grande quantité de ces pèlerins un mois auparavant. Ceux-ci enfoncèrent la cabine où on avait déposé leurs armes et organisèrent une révolte dans laquelle les matelots durent recourir contre ces malheureux à l'emploi de barres de fer rougies au feu de la machine. Les moins rassurants de tous étaient une compagnie de bachi-bouzoucks ; ils avaient été licenciés malgré eux, et ils avaient beaucoup murmuré contre ce désarmement; leurs regards se portaient toujours, par instinct ou par désœuvrement, sur la cabine qui renfermait leur vieux musée. La prudence avait aussi commandé d'enlever toutes les pierres de leurs fusils, attendu que, dans l'aventure Aw Méandre, on n'avait pu les empêcher d'enfoncer la cabine où ieurs armes étaient renfermées.
Le pont était littéralement encombré; et, à part un sentier d'un mètre et demi de large, réservé pour les manœuvres et pour la promenade des premières, il n'y avait pas de quoi poser le pied à terre sans marcher sur quelqu'un. Tout cela faisait un ensemble des plus variés pour la couleur, et des moins attrayants pour la vue et surtout pour l'odorat; et que d'autres dangers je passe ici sous silence! Ils ne sont que trop connus de tous les voyageurs et sont comme le point de contact inévitable entre l'Orient et l'Occident.
Par-ci par-là, dans ce grouillis fantastique, dans ce pêle-mêle humain , on apercevait quelques natures privilégiées contrastant étrangement par le costume, par la nourriture et par les habitudes, avec la malpropreté pittoresque et dégoûtante de tous les autres. Je remarquai un jour une jeune Grecque, au visage mélancolique, au
costume propre et décent; elle assistait, sans y toucher et d'un air distrait, au sale yepas de sa famille. Elle apparaissait au milieu de cette masse humaine comme une de ces fleurs égarées, dont le vent des tempêtes a emporté la semence dans des lieux qui ne l'avaient jamais vue naître. Il reste donc, me disais-je, même au fond des questions les plus désespérées, une lueur, une espérance d'avenir!