CHAPITRE XXI
Le mirage. — Seandarouna oa Alexandrette. — Le cbemio de PEuphrate. — Le charbon du Uoyd. — Alcp. — La caravane pillée. — Antioche cl ses souvenirs. — Lalakieh ou Laodicée. — Tripoli. — Spectacle majestueux. — Les khans ou maisons orientales. — Le château de Baudouin. — Les Maronites. — Vertus de la première église. — Les Drnses du farouche Hakem. — Concile tenu dans les montagnes.
En quittant Mersina, je fus témoin, pour la première fois, d'un charmant effet de mirage. C'est un spectacle véritablement curieux et solennel que cette illusion de la nature. L'horizon était inondé d'une lumière chaude et dorée; le promontoire qui était devant nous, au sudest, semblait se prolonger indéfiniment dans la mer, comme une terre fertile et habitée , et je voyais distinctement des arbres plantés au milieu des flots , sur la route que notre vaisseau allait parcourir.
Le 40 octobre, nous arrivons à Seandarouna ou Alexandrette. Les mots français, Alexandre, Alexandrie et Alexandrette, rendent parfaitement, avec leurs nuances les trois mots arabes destinés à rappeler, dans le langage du pays, le grand héros et les lieux qu'il a illustrés ou fondés. On dit ici: Skander, Skandarié, Skandarouna. Nous sommes à l'entrée de la vallée où doit aboutir le fameux chemin de fer de l'Euphrate, destiné à relier' la Méditerranée à la Perse. Il a fallu
iTie jf i»*r reiudn: Le "jsnrTTtf Sf Siiiz is:?{îrit une bien jnmy iLnrr?ir i ii.;? i»ms "7T>?n> fe Ai2^bîs. pour les iur* ~-t*:-.*irT i inê •• mL:irr:>rs. it .irs?^ excentrique et lUiEs. -iin:»::E?±irr. Li z"i^i^iz îrî iicT ticales les nations, ■X siTiniE a ♦:t[u:-> ir.cLtc fm lâa&in qui abrégerait iiis iiîTCi Zï^cr i^ iin::ries^ -fî îe^ ^sêaits de la longue rrnr^ >:? r^irr^, j?ir i iai: t^^t laae immense liene îe ir 1 zrt^^i^ in zd^ ô*5-fct ^ 2;£rï^ eau. où il fiiudrait •ffLC^&fmr mît Lmsn^ itfrrmm^fsiii- a^^sà indispensable
Mi:s jUïS-CLs— !a. :>r!î^ rr'î^ 3f ffïiLentr ^rordiale, et 'xcîci^ji.cs-z^.r^ în ^icT ^c r-C3±jrir fc^ ch^i^es plus sérrtfiûïfr^ ^ >:cc >:iiî=^ x«:s Tc-six. L^ chaleur ne permet i:>:îi^f €i:îirs>.iL. -fc iLhifié :Tf«e tfmpaature qui nous ijX'arôf , î*.T25^ fi.TTTt^ Tii ih^îî 5cs vaste et magnifique ±<i?o5f : ioL nijt : cr^fs i5f ^'harton, appartenant a^ LT/^'/ i~;:i-it:cif c^ >:c: A fa âu&mes sur le rivage et rcùifc: itfcds r;::^.ri ;«:rir>: .c issuT^e que le feu a enxrf un y rresi: scfi^Li-: pr^iir pK^k-n^er d^'aulant ce liri&i sçe^^Cihiir:. Li rc^^rœ iji simple événement iait rxiu^ir^ ifs rj->~«rs i- f^iys. A deux pas de Feau, sous < y fcx c ur>r ;vçcj:ir:£ -^^ji ptrail . quoique Orientale, ci:sic:ï^«r à éia^ê^^ 3>ciqutîS piastres, on na rien fait cl on fipc iiîi rjin \*:<r disputer au feu une partie de Criir fcv-îf ç^^xii ki c^ir entière : je serais presque tenté de prvitr roc^fiie aux mauvaises langues que j'enteiuls autour dr niti. Scus vette fonne brutale et expéditive se caohtL dit-on, une lif^Uaiion.
Alep, la vilie o^ri^iitale par excellence, est là, à trois jour^ de disîaïKv: et màLiié les jolies merveilles qu'on en raconte, il me ùut renc.nier à cette visite. D'ailleurs de lugubres nvits, au sujet dune caravane pillée, nous Y engOiieiit peu et \ont jusqu^à rendre intéressants les nouveaux pas^gers qui nous arrivent; par malheur pour leur^ l^aux avantages de touristes, un bon père Lazariste^ procureur de la maison de Beyix)ut, qm était avec eux, re^luit à leurs justes pnî>poilions leurs frayeurs et
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les daii^^eïs <pi"âs «d pu cconr. Cb BOciâeiA foi ^ meure oulbauQrensesiËDl beaiicoiig:* «enz& éèaîimti^^ c'esl que^ disrsxit ^m Brt^ qû a en Ëea Iikùs josars auparaTint^ i Sâeocie. im navire sr^^ y Ji £&â oaaifirage, et que doq peETSMaoes oœft été œk^toôês. O dffnBier orage a âé un TièrîisMe dèsaf^re pxr ces oonfréfê dl pour les côtes de la Hiaïkâe: (m a^ure que sc^s sou- Tenir Tnra longtemps panm les mauvais jours da piys. La grêle a tué des ezifasis €i d^ l>fêliau&: les torrents ont entraîné les ienes <ef les maisons €i <mi cassé bien des ravages.
Je ne sois pastcnn d^Antiocfae (A malbeupeuSiOiient je ne puis lui asvayer aussi qu^un souvenir. Ce Ait là le premier trône ou la première chaire du vkaire de Jésus- Christ sur la terne, et c'est là aosB que^ pour la première fois on aj^la ckritiem les sujets du vaste <»npiT>e qui allait réaliser les promesses faites à Abraham. Que de souvaiirs encore 1^ Croises ont laissés sur cette fceire ravissante ! Mais que (aire? iraîlleurs tous les souvenirs d'Antioche, racontés par Micbaud^ l'historien des Croisades, ne sont pas de nature à flatter un chanoine de Metz; et' j'ai si peu de temp^ à donner à la Palestine, qu'au moment d y aborder je ne puis songer à aucune distraction. L'air, devenu moins chaud, semble aussi nous inviter à hâter notre course.
Le 11, à huit heures du matin, nous arrivons à Latakieh^ l'ancienne Laodicée. Les coteaux, sépai^s de la mer par des plaines de verdure , nous comient inutilement à les visiter. J'aurais aussi grand plaisir à aller serrer la main aux Pères Jésuites qui, ici encore à la hauteur de leur mission, rendent senice aux chefs de Êimille et apprennent à tous à bénir la Religion du Christ et le nom de la France; mais je sens qu'une légitime impatience me gagne à mesure que j'approche du but de mon voyage, et que je deviens toujours plus indifférent à toute autre pensée.
Enfin, dans la même journée, à quatre heures du
soir, nous sommes à Tripoli. Je renonce à rendre le spectacle que nous avons là sous les yeux. Nous jetons Tancre dans une eau tellement transparente et tranquille que le fond nous apparaît à plus de trente pieds de profondeur. Le Liban est devant nous , allongeant ses contreforts jusqu'au rivage. Il ferme majestueusement un horizon doré par les derniers "feux du jour, malgré un orage qui éôlate à l'instant même sur son front soucieux. Sa crête porte des nuaees de pourpre qui lancent la foudre dans toutes les directions. Ce rideau de feu va couvrir les fameux cèdres du Liban, qui sont là dans la montagne, à sept heures de marche devant nous. Je salue en passant ces antiques rois des forêts, ainsi que les populations si intéressantes qui les vénèrent et les entourent. La tempête n'arrive point jusqu'à nous et le ciel est pur au-dessus de nos têtes ; nous sommes enveloppés dans un feu et dans un horizon de pourpre qui semble se ranimer dans le cristal des flots et dans lequel les éclairs du Liban viennent lutter contre les derniers rayons du jour,
La ville de Tripoli repose sous nos yeux au bord de ce rivage, abritée par la montagne et défendue du côté des flots par une chaîne d'îlots ou de rochers disposés en forme de ceinture comme des sentinelles avancées. Une plaine d'orangers l'entoure de tous côtés et je n'ai jamais vu rien de plus ravissant. Le vieux Tripoli surtout, avec ses tours ruinées, ses khans, ses maisons orientales, offre un spectacle des plus pittoresques. Le château de Baudouin domine tout cet ensemble et en rappelant le vainqueur de ces contrées, reporte mes souvenirs et mes regrets à une époque bien glorieuse pour la France. Jamais je n'éprouvai un plus grand désir de mettre pied à terre pour entrer dans la vie intime d'un pays. Nous étions entourés de barques remplies de jeunes gens parlant le français avec une facilité remarquable, résultat précieux dû aux efibrts et à la persévérance de deux ordres religieux qui se
recrutent principalement en Fronce , les Jésuites et les Lazaristes. Il me semblait voir les Maronites dont parle l'historien Michaud dans son livre des croisades € accourant pour visiter leurs frères d'Occident, leur apportant des vivres et les conduisant dans leur route. »
Deux cent mille Maronites habitent aujourd'hui dans ces montagnes et y vivent inconnus du monde, dans une heureuse ignorance et une primitive simplicité. Entourés d'ennemis, sans communication avec leurs frères les chrétiens d'Occident , ils pratiquent les vertus de la première Eglise et sont l'édification des voyageurs qui pénètrent dans leurs montagnes. Je les croirais volontiers descendus de ces premiers chrétiens de Jérusalem qui, pour se conformer aux recommandations du divin maître, se réfugièrent, à Pella, dans les montagnes de la Syrie, à la première nouvelle de l'arrivée des légions de Titus. L'origine des Maronites remonte , en enet, aux premiers siècles de l'Eglise ; mais il est diifi-cile de recueillir quelque chose de certain sur un tel sujet.
Quoiqu'ils aient rendu plusieurs fois des services aux empereurs de Byzance , menacés par les Arabes ; quoiqu'ils aient été très-utiles aux croisés et aux rois de Jérusalem, ils nous sont plus connus par leurs désastres que par leur prépondérance. L'unique cause de tous leurs malheurs fut l'introduction, dans leurs montâmes, des Druses, de ces &rouches sectateurs du féroce Hakem. Combien de fois, au moment du danger, les regards de ce pauvre peuple se sont tournés avec larmes du côté de la France ! La diplomatie et les flottes européennes vinrent bien quelquefois à leur secours; mais il est si rare que ces deux choses se dérangent pour des intérêts purement humanitaires ou chrétiens.
Autant est grande la bonne foi de ces tribus , autant est grande leur ignorance des choses et des événements
3ui s'accomplissent en dehors de leurs montages. Le éfaut de contact avec les autres peuples, ainsi que
Tétat de leurs chemins , les prive de bien des ressources ; mais je suis loin de reçretler pour eux ces facilités de communications qui auraient infailliblement amené la destruction de cette ravissante oasis, et j'aime cet heureux défaut qui les protège contre tant de dangers. On trouve là une hospitalité chrétienne d'autant f)lus ravissante que la pauvreté, la modestie, la confiance, a naïveté, l'abandon en font tout le chai-me. Leurs prêtres ne sont point exposés à la teiitation de changer cet état des choses; ils sont intimement immiscés aux mœurs du pays. On en voit jusqu'à vingt dans un seul village; quelques-uns, mariés avant la prêtrise, vivent dans l'état du mariage , même après leur entrée dans les ordres sacrés, suivant en ceci les coutumes de l'Eglise grecque, dans laquelle on a toléré cet usage sans l'étendre toutefois, comme on sait, jusqu'aux évêques et aux religieux. Ceux-ci en effet ne doivent jamais user de cette condescendance. L'Eglise romaine pourtant n'a jamais fait de cet usage un obstacle à la rentrée des schismatiques dans son sein; autant elle est sage et forte dans l'esprit de ses lois , autant elle est prudente et charitable dans leur application. D'ailleurs "sa discipline ecclésiastique du céUbat, tant calomniée et combattue par les impies , est aujourd'hui plus que jamais indispensable à son zèle, et plus que jamais sa plus belle couronne.
Mes regards enveloppent avec amour ce pays catholique qui s'étend jusqu'à Beyrout, et j'apprends avec bien de la joie que, cette année même, un concile, tenu dans ces montagnes, a décrété l'union de tous les Maronites avec l'Eglise de Rome. Elle vivra donc encore longtemps cette Eglise si intéressante du Liban,>puisque le rameau n'a de vigueur qu'à la condition de rester attaché à l'arbre qui le nourrit de sa sève et de sa vie. En dehors de ce pays si intéressant et si pittoresque des Maronites , le reste des montagnes est habité par des tribus indépendantes, comme il y en a tant dans ce
fameux empire ottoman. Celles-ci ne payent aucun impôt et ne reconnaissent à aucune puissance le droit de les commander.
Il y a près d'ici , sur le chemin de Damas , une vallée de deux lieues, impossible à franchir à cause du danger d'être pillé et qui fait l'effroi de tous les voyageurs. Les voleurs donnent une escorte , moyennant finances, bien entendu ; c'est, comme on le sait, la manière d'être honnête et vertueux dans ce beau pays.