‹ Constantinople, Jerusalem et Rome (volume 2)Chapitre 3 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

CoDleors orieoUax. — Rêves d^eofance. — Bonhear inespéré. — Pays ptvcoaras. — Charme particulier et ioalteoda de ce Toyage. — Eglise Sulfite- Anne doonée à S. M. l*Einpereur des Français. — Les sanclaalres de Marie ea Fraoee. — Lyon et N.-D. de Foarrières. — Lyon et Epfaèse. -^ L'jéglîse d' Aioay. — La Reioe des Vierges et la femme ea OrieoU — La cité gaaloisc et les disciples de S. Jean rÉvaogéliste. — Justice et miséricorde. — Les rives da Rbôoe et les flots de la Méditerraoée. — Marseille et ses desti* oées. — Le vaisseau de Lazare et de ses compagnons. — Grande fête k Marseille. — N.-D. de la Garde. — Les litanies des marins. — Préparatifs de départ. -^ Le Sinaî.

Le voyageur que son étoile conduit en Orient n'a pas assez d'yeux ni d'oreilles pour toutes les merveilles qui l'y attendent. Tout ne répondra pas peut-être à ce que son imagination a rêvé d'avance, et quelques déceptions l'y attendent aussi; mais ces déceptions feront bien souvent place à des réalités surprenantes, à des étonnements qui dureront longtemps encore après le voyage. Transporté au sein de ces populations sans souci de la veille ni du lendemain, dans ces champs fertiles sans culture, il rencontrera d'heureux oisifs, richement décorés à la peau par un soleil magnifique et illuminés dans l'âme du feu sacré de cette poésie orientale, si douce, si nonchalante, si féconde. Au Caire, à Àlep, à Damas, ou dans toute autre ville de l'Orient, à laquelle le soleil a prodigué la même puissance de séduction, il

est une surprise qui n'a pas manqué d'impiessionner singulièrement le voyageur. Des Arabes, dont la figure douce et intelligente est en rapport avec la simplicité et l'enthousiasme, se tiennent assis, dans les carrefours et sur les places publiques, au milieu de ce peuple d'enfants, attendant quelques pièces de monnaie pour devenir, sans aucun effort, des poètes, des conteurs par excellence* Pour répondre à votre désir et se rendre dignes de vos bienfaits, ils commencent immédiatement une histoire bâtie sur un thème que vous leur donnez ou qu'ils inventent sur place, et dont les péripéties vont se dérouler chemin faisant devant vous, sans qu'ils en sachent dès le début le premier mot.

Eh bien! tout aussi merveilleuse et tout aussi inattendue est la réalité que je vais essayer de décrire, et à laquelle j'avais si peu le droit de m'attendre. Ce n'est point le fruit d'une imagination orientale, c'est 1q rêve de mon enfance, de toute ma vie, qui se trouve aujourd'hui un fait accompli, un souvenir qui a effacé la vie tout entière.

En lisant les récits de la Bible, la vie des Patriarches, l'enfance de Joseph, mon imagination d'enfant s'était créé les délicieuses vallées d'Hébron, du Jourdain et \ei riches coteaux de la terre de^Chanaan; plus tard elle avait cru entendre les accents des prophètes sur lu Carmel et dans le désert; et enfin, quand j'eus l'honneur d'entrer dans les rangs du sacerdoce, l'habitude d'étudier et de méditer la vie de Jésus dans la Galilée, daiis la Judée et à Jérusalem, m'avait fait désirer cent fois le bonheur de ceux qu'une cause quelconque avait' amenés à visiter les Lieux-Saints. Ce désir de ma vie tout entière, quelle âme chrétienne n'en a pas été parfois tourmentée? Cependant, rien ne m'annonçait qu'une telle espérance pût devenir un jour pour moi une réâlitil; tout semblait au contraire la reléguer à tout jamais dàrrs le domaine des rêves et des impossibilités. Quels ne furent donc pas mon bonheur et ma surprise, lorsqui^

dans Tété de Tannée 1856, la satisfaction déjà bien douce pour moi de rendre service à de bons et anciens amis, devint en même temps l'occasion mille fois plus heureuse encore de voir Jérusalem et de parcourir les lieux à jamais illustrés par la présence du divin Sauveur des hommes.

Après la guerre de Crimée , les nécessités de la politique avaient séparé de sa famille M. Thouvenel, alors ambassadeur de France à Constantinople. Cette séparation, que des embarras de toute nature semblaient devoir prolonger encore, était devenue une constante et pénible préoccupation pour une famille où les devoirs les plus saints ont toujours tenu la première place. C'est dans ce moment que je pris la résolution de conduire moi-même à son mari Madame Thouvenel, habituée à retrouver chez moi, dès les jours les plus tendres de son enfance, l'intérêt et la sollicitude que son père m'avaient légués en mourant. C'est ainsi que j'en suis venu, mpi, pauvre prêtre, si peu habitué aux pérégrinations lointaines, à réaliser un rêve qui ne devait jamais sortir de mon imagination.

Une fois devenu le compagnon de voyage et le protecteur momentané d'une partie de cette famille, les portes de l'Orient s'ouvrent comme par enchantement devant moL Transporté d'abord à Constantinople, je vois de mes yeux toutes ses merveilles; je pénètre dans ses «losquées et jusque dans les trésors du vieux sérail; de là j'aborde par un temps admirable les côtes de la Phénicie, je traverse les champs de la Galilée et j'arrive à Jérusalem. Dans ces lieux si riches en souvenirs divins, toutes les barrières élevées par le fanatisme contre les çfhrétiens, et jusqu'à celles de la c>élèbre mosquée d'Omar, j^ahaissent devant moi, pour se refermer, hélas! après mon /départ plus impitoyables que jamais. L'Egypte, Malte, l'Italie, Rome enfin, viennent couronner ce voyage aussi ravissant qu'inattendu; et, en indiquant tant de merveilles, je n'ai pas dit encore le charme le plus inespéré, le plus émouvant de tout ce beau voyage.

En elVet, la Pruvijenco voulut ajouter à tant de bienfaits si peu mérités, la plus ravissante de toutes les grâces pour le cœur d'un prêtre. Voici rintpressîon qu'elle produisit dans mon àme, et comment j'en pariai pour la première fois, le 20 septembre d856, le jour mime où le ministre turc Fuad-Pacha signa la donation de l'église Sainte-Anne de Jérusalem à S. M. l'Empereur des Français. J'écrivis ce jour même à trois sœurs de St-Vincent de 'Paul en France l'heureuse, nouvelle qui me faisait alors battre le cœur et qui devait prêter à ce voyage une facilité de nature sans doute à enlever beaucoup de mérite à mon pieux pèlerinage , mais en revanche de nature aussi à lui prêter une bien douce consolation qui ne fit que s'accroître jusqu'au dernier jour."

« Je vais maintenant, leur disais-je, comme les anges à Noël , vous annoncer une grande nouvelle. Je porte à Jérusalem un ordre du Grand-Seigneur qui donne à S. M. l'Empereur des Français, pour être restitué au culte latin et à Monseigneur Valerga, un sanctuaire de plus, au grand déplaisir des Grecs et autres qui en auraient eu bien envie. Et quel sanctuaire? Devinez. Il vous touchera au cœur aussi bien que moi qui eu ai été profondément ému à la première communication que m'en fit M. Thouvenel, l'habile négociateur de toute cette affaire. Il s'agit d'une éghse bâtie sur la maison de sainte Anne, dans ce lieu si cher où a été élevée la tige de Jessé. Quelle belle ambassade au nom de la Reine du Ciel ! Ce heu va désormais appartenir aux Français, et deviendra l'égUse du Palriarchat latin. D'ici au départ je tremble que mon indignité ne me prive de ce grand bonheur. Et pourtant s'il en est beaucoup qui servent mieux que moi cette bonne Mère, il en est peu qui l'aiment davantage. L'enfance prophétique et bénie de la Sainte Vierge m'a toujours particulièrement occupéi Quelle joie ce sera pour moi d aller visiter ce sanctuaire en compagnie de vos pieux désirs qui me suivent dans

ce voyage! Ne vous semble-t-il pas que cette pieuse enfant, destinée au grand honneur de devenir la Mère de Dieu sur la terre, verra de nouveau, avec joie pour elle et pitié pour nous, rendre au culte de son divin Fils ces lieux si chers à son cœur, ces souvenirs d'enfance qui ne s'effacent pas même chez les mortels! »

De là vint sans doute que, dès les premiers pas de ce grand voyage, un attrait, un doux pressentiment intérieur m'attirait vers les sanctuaires de Notre-Dame de Lyon et de Marseille, encore inconnus pour moi qui avais déjà éprouvé tant de bonheur à visiter quelquesuns des pieux pèlerinages consacrés par la France à la Reine du Ciel, et me réconfortait abondamment contre toute appréhension fâcheuse au sujet des intérêts si chers dont j'allais répondre durant ce long et périlleux trajet. Le nom de Marie, si noblement porté par M™e Thouvenel, et sa pieuse confiance en la puissance de Celle qu'elle a toujours honorée et invoquée €omme son auguste patronne, ajoutaient encore à cette sécurité. Son fils surtout, âgé seulement de trois ans, et qui venait si jeune rejoindre son père, était bien encore la plus touchante prière constamment élevée pour nous vers le cieL

Aussi, le 29 septembre, quand nous fîmes notre entrée dans Lyon, cette antique et pittoresque cité, posée si majestueusement sur les deux puissants fleuves qu'elle commande, le soleil qui se levait pur et radieux sur ces riantes collines, me semblait inaugurer le plus heureux de tous les voyages; et, dans cet éclat apparaissait un rayon plus éblouissant que les autres, dominant mon regard et appelant mon cœur: c'était l'imposante statue de N.-D. de Fourvières, élevée par la piété d'un peuple, son heureux esclave, au sommet de la plus belle de ses collines; de ce sommet elle plane comme l'ange des miséricordes sur la ville et les campagnes, sur les fleuves et leurs charmants contours. Du salon de l'hôtel où nous prenions notre repos, je voyais cette ravissante image de

la Reine du Ciel. Il me semblait que la France tout entière était à ses pieds, et j'entendais dans mon âme le murmure d'un cantique à l'honneur de son nom. Aussi , malgré le soleil et la fatigue, je lui donnai en toute hâte et avec bonheur ma première visite.

Lorsque Je parvins au sommet de cette colline, la matinée était déjà bien avancée, et plusieurs prêtres, ayant sans doute aussi comme moi un voyage ou une anaire importante à mettre sous ses auspices, attendaient encore pour célébrer les saints mystères. Un de ces bons prêtres, touché de mes regrets, et apprenant (jue je partais le lendemain, me céda son tour : je pus ainsi dire la sainte Messe dans ce sanctuaire privilégié. Jamais faveur ne fut acceptée avec plus de reconnaissance. Puisse cet ami inconnu dont la charité m'a cédé ce privilège, rencontrer ces lignes quelque part et apprendre que ma reconnaissance dure encore !

L'église d'Ainay, le plus antique monument chrétien de cette ville, puisque Constantin l'enleva au culte de Jupiter pour le donner à Jésus-Christ, contient aussi le

f)remier autel qui ait été consacré dès le XII^ siècle, à 'Immaculée-Conception, dans l'église de France. Aussi, au jour de la proclamation nouvelle de cette vieille croyance, la joie de Lyon fit oublier celle d'Ephèse; et, tous les ans encore, ses collines illuminées de torrents et de guirlandes de feu, dont l'éclat magique surpasse et déconcerte toute imagination, publient hautement son ancien et durable dévouement à la Vierge pure et immaculée. A mon retour d'Orient, j'allai plusieurs fois dans ce lieu y célébrer les saints mystères. Un devoir de reconnaissance m'y appelait alors. En effet, à mon départ, quoiqu'en ayant souvent entendu parler, je pouvais ignorer encore la situation misérable de la femme en Orient; mais à mon retour, j'avais vu et j'avais ressenti avec une profonde douleur de l'âme le sort abject que lui fait la loi de l'Islam, et je pus alors déposer, en toute connaissance de cause, au pied d'un des plus an-

tiques et des plus respectables autels.élevés par la France à la vénération de la Vierge des Vierges, l'hommage bien senti de ma reconnaissance. Si, dans ma patrie, la femme chrétienne a été élevée et maintenue à cette haute convenance et dignité que chacun se plaît à recon-^ naître; si le titre de mère,, d'épouse, de fille, de sœur commande le respect; à qui la société chrétienne estelle redevable .de cette heureuse transformatioa de la femme, sinon au culte de* cette créature merveilleuse que Dieu voulut honorer à la fois du titre de Vierge et de Mère. Pour rencontrer au sein des nations chrétiennes une femme qui ait oublié le culte de Marie, il faut des-: cendre jusqu'à celle qui a perdu toute raison ou toute pudeur.

Je ne me lassai point d'admirer, au coucher du soleil, cçtte vieille cité gauloise des Irénée et des martyrs^ rajeunie par la foi qu'y ont semée les premiers disciple;? de Jean l'évangéliste, l'heureux et dévoué dépositaire du trésor légué aux hommes par Jésus mourant sur la croix, Je voyais la, accuraulés sur ces deux belles rivières,, qui arrosent le quai des Célestins et celui de la Charité, tous les éléments de la ville la plus florissante et la plu^ belle. Hélas! des traces de justice étaient là toutes saignantes encore à côté de celles de la miséricorde; l'humide quartier des Brotteaux, couvert des tristes débris d'une inondation terrible et récente, attestait de quelle importance est, en face de la justice d'un Dieu tous les jours ofTensé , la puissante intercession de la Mère des miséricordes.

Le lendemain, la vapeur nous emportait sur les rives (du Rhône, vers les flots de la Méditerranée; et, si nos regards n'eussent été trop souvent attristés par le spectacle des ruines causées par l'eff'rayante inondation que je viens de dire, la vue des Alpes à l'horizon, un ciel magnifique, des habitations variées, des villes riantes, de riches coteaux, nous eussent fait regretter la rapidité de notre course. Quelque rapide que fût le train qui nous.

enlevait sur cette voie ferrée, il ne I était pas eneore autant que le vent chaud du midi qui soufflait d'une violence à ai rêter notre convoi, et qui nous enleva plusieurs fois, de l'intérieur même de notre wagon, à la grande joie et aux ébahissements de notre petite société, (fivers objets de toilette dont on pouvait d'ailleurs se passer en Orient.

Bientôt les flots bleus de la Méditerranée, tranquilles et resplendissants sous les feux du ciel, nous apparaissent eomme une vaste plaine et semblent nous inviter à mitter la patrie pour visiter les beaux climats de ^Orient. le soleil était encore à une grande hauteur au-dessus de rborizon, que déjà nous entrions dans Marseille, cette cité reine des eaux, dont le nom grandit tous les jours, crae toutes les nations maritimes nous envient, et que les destinées de Fisthme de Suez doivent élever à un rang inconnu jusqu'ici. Aujourd'hui déjà la cité des Riocéaas bdsse bien loin derrière elle ses vieux souvenirs; ses. nouveaux ports, construits avec tant d'empressement, sont k peine ouverts, que déjà ils ne suffisent plus. Quatre mille vaisseaux les encombrent, et des centaines d'autres, sdnîtés dans la petite île du Frioul, attendent qu'un signal les appelle. En vain, pour les recevoir, MarsàDe ouvre les bras; il faut songer, quelque gigantesque que soit l'entreprise, à relier le Frioul à la terre, pour avoir un port digne de ses glorieuses et vastes destinées.

(l'est ainsi que Dieu féconde le rivage qui reçut, il y a dix-huit siècles, la sainte colonie des disciples bien-aimés de Jésus, Lazare, Marie-Magdelaine et leurs compagnons, abandonnés pour y périr sur les flots inhospitaliers de ' la mer de Judée, et transportés par la main de Dieu sur ' les côtes de la Provence, que le ciel voulait bénir. J'arrive même à temps pour célébrer le lendemain, di- : manche 34 août, en compagnie de ce fervent et boit' peuple, la fête de saint Lazare, premier évêque de cette cité, et pour être témoin de la procession magnifique à ' J'aide de laquelle il rappelle tous les ans l'antique ioû^^

venir de ces heureux naufragés. Comme j'irais avec joie sw ces montagnes rechercher, dans les solitudes de la Sainte-Baume, les traces de cette âme pénitente, amoureuse si passionnée du divin Jésus, si je ne devais monter à Notre-Dame de la Garde, et mettre notre voyage sous les auspices de la Reine du ciel. Dès le matin, en effets notre petite caravane gravissait la blanche colline, et j'avais le bonheur d'y donner la sainte cbramunion à mes compagnons de voyage ; c'est ainsi que nous saluâmes ensepnble avec une fervente prière celte Etoile de la mer, dont l'éclat domine la ville, le port et l'étendue des flots. L'affluence des fidèles à ce sanctuaire était telle, au jour de notre visite, que je n'avais point la liberté de mes mouveiments à l'autel, entouré et pressé que pétais par la foule des pèlerins qui désiraient entendre la messe et recevoir la sainte communion.

Combien a de charme cette vive foi du matelot qui remplit'les sanctuaires consacrés à la douce et puissante Mère de bien, depuis le rivage de Notre-Dame de Boulogne jusqu'à la blanche et imposante colline de Marseille! Je ressentis une émotioo pieuse et profonde en écoutant ces bons marins chanter en chœur, dans un mode mineur et mélancolique, bien doux à l'âme de ceux qui l'écoulaient, les glorieuses litanies de Celle que je venais invoquer avec eux, et pour moi et pour les intérêts si chers qui m'étaient confiés. Nulle. part la salutation catholique de Y Ave maris Stella! ne m'a fait une pareille impression.

En descendant de cette colline sainte , dont le gros bourdon annonçait la fêle de Marseille et de son premier évêque, je me mis à parcourir cette antique cité, qui se rajeunit tous les jours. Ici les collines s'abaissent comme par enchantement; là, les ports se succèdent et s'ajoutent sans fin.; une cathédrale, digne des plus beaux jours de la. foi, commence à sortir d'un sol qui vient.de naître, et dont les montagnes se sont abaissées comoie par enchantement; un peuple robuste et catholique aborde

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avec audace et confiance toutes ces gigantesques créations, el en même temps un nouveau sanctuaire de Notre-Dame de la Garde se réédifie au sommet de cette haute colline, vers laquelle se tournent les mélancoliques adieux du voyageur.

Nos préparatifs de départ, rendus d'ailleurs singulièrement faciles par le dévouement et le concours des autorités maritimes , diplomatiques et militaires de Marseille , étant terminés, nous quittâmes Thôtel d'Orient, le 1 er septembre , à trois heures de l'après-midi, accompagnés des principaux fonctionnaires de la ville et de la marine, pour monter sur le Sinaï, un des meilleurs bâtiments de la compagnie française, qui nous avait été préparé' et qui nous attendait depuis plusieurs semaines. Il était commandé par M. de Sardi, capitaine aussi distingué par sa valeur et son mérite personnel, que par les attentions exquises et dévouées dont il savait entourer les voyageurs qui lui étaient confiés. Son vaisseau , son pont et ses cabines allaient remplacer pendant huit jours le sol de la France à laquelle nous venions de faire nos adieux.

A quatre heures, le Sindi fait ouvrir devant nous cette forêt de mâts qui nous enveloppe comme des captifs,, et il nous emporte sur les flots azurés de la mer, par un soleil et un temps admirables. Nous passons devant le Frioul où des centaines de navires se sont réfugiés, attendant chacun avec des yeux d'envie la place que nous venons de quitter. En passant devant la colline de Notre- Dame de la Garde, tous saluent la Reine des cieux, et mon âme et mes lèvres murmurent avec amour la prière et le chant de VAve maris Stella! La nuit vient ensuite nous envelopper de ses voiles, et chacun se prépare en silence aux impressions et aux événements de lajtraversée.

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