CHAPITRE XXIX
Halle aux earoabiers. — La caravane el le pacha. — Les champs de Zabulon.
— Le champ det épit el les Pharisiens. — Les plaines de Tibériade el les anciens chevaliers. — L% chute do royaume lalin. — Le monl i/altin ou les Béaliludes. — Le plaleau de la multiplication des pains. — La vue du lac de Tibériade. — Vaste panorama. — Ses merveilles. — Descente à Tibériade. — La terrasse el la prière. — Le muezzin» •^Le chanteur Zulbano.
— Le poisson de saint Pierre. — L'eau et la nuit. — Les souvenirs du lac.
Nous traversâmes à la hâte ces tristes ruines de Cana, et nous refîmes notre halte un peu plus loin , à Tombre de quelques caroubiers. Pendant que nous étions à déjeuner , une caravane vint à passer : c'étaient des cavaliers qui escortaient un pacha. Nous ne pûmes refuser à celui-ci l'entrevue qu'il s'empressa de solliciter, ainsi que l'honneur d'entrer avec nous dans une de ces interminables conversations orientales, qui, quoi qu'on fasse , n'ont d'autre but que de les instruire des moyens les plus utiles ou d'obtenir quelque chose,. ou de se faire recommander. Je m'empresse d'en finir, et bientôt, nous remettant en selle , nous arrivons à un plateau fertile qui s'étend sur une assez grande longueur entre deux collines.
Nous voici encore dans un de ces admirables champs de Zabulon, si rem^ârquables par leur fécondité. Poujoulat, rappelant dans son voyage en Asie mineure
— su--
ce que rhistorien Joseph nous raconte de cette belle contrée, nous dit que, au temps des Romains, les [daines de cette province, les montagnes, les vallons étaient si bien plantés de vignes, d'oliviers, de figuiers, de palmiers, que leur abonilance invitait à la culture les honunes les moins portés aux travaux agricoles On ne trouvait pas un pouce de terre qui ne fût labouré ; hélas! Quantum muiatus ab illof Les torrents qui descendaient des monts et les sources naturelles de la Galilée arrosaient ce vaste jardin, qui faisait songer à la première demeure des ancêtres du genre humain. Les habitants de la haute et basse Galilée étaient braves, actifs, laborieux, instruits de bonne heure dans les sciences et les arts et dans les exercices de la guerre. Indépendamment d'un grand nombre de villes, dont la moindre renfermait quatorze mille habitants, il y avait en Galilée deux cent quatre gros villages. C'est dans le champ où nous sommes, et qu'on appelle le champ des épisj que se passa, entre Jésus et les Pharisiens, la scène dont parle saint Luc au commencement de son chapitre sixième.
Ces hommes hypocrites et orgueilleux, afin de mieux
[)erdre Jésus dans la pensée et l'aflfection dû peuple, e présentaient en toute occasion comme un ennemi de la loi de Moïse ; au lieu de voir dans ses miracles un signe de sa mission et de sa puissance, ils allaient jusqu'à lui reprocher les guérisons et les miracles qu'il opérait le jour du sabbat, ne permettant pas pour un enfant de Dieu, ainsi que le divin maître le leur reprochait, ce qu'ils n'eussent point manqué de faire pour leur bœuf ou pour leur âne. On est étonné de l'inique persévérance avec laquelle ces hommes répètent une telle accusation , affectant toujours , en présence du peuple qu'ils trompent, de voir un crime plutôt qu'un miracle. Aussi la réponse de Jésus est-elle de nature à réduire au silence et à confondre ses accusateurs, si connus par leur mauvaise foi et par leur
attachement aux biens de la terre. « Si votre âne ou votre bœuf , leur dit-il , vient à tomber dans une fosse le jour du sabbat, attendrez-vous au lendemain pour l'en * retirer? Cet enfant d'Abraham est-il donc moins à vos yeux? y>
Dans le champ où nous sommes, ces hypocrites docteurs se scandalisent de voir les disciples du Sauveur E rendre, pour apaiser leur faim, des épis de blé, les royer dans leurs mains et en manger lés grains. Ce n'est point un vol qu'ils leur reprochent, mais un travail défendu le jour du Seigneur. Et Jésus leur rappelant ce que fit David quand il mangea, lui et les siens, les douze pains de proposition que les douze tribus déposaient dans le temple, le jour du sabbat, ajoute: « Sachez que le fils de l'homme dispose à son gré même du jour du sabbat. » Or ceci se passait le second des quatre principaux jours de saboat, précisément dans ce champ que nous foulons aux pieds. En mémoire du divin Maître et de cette leçon, je recueille quelques herbes et quelques chaumes des épis moissonnés pendant la dernière récolte.
Parlerai-je ici des combats qui ont ensanglanté ces plaines et ces collines, depuis Nazareth jusqu'à Tibériade, des efforts héroïques des chevaliers latins, poignée de braves luttant avec l'énergie de la foi et du désespoir contre le nombre et l'avidité des" Sarrasins? Pourquoi écrire après des plumes fidèles et inspirées, comme celles de Michaud, de Poujoulat et d'autres, qui ont révélé au monde et illustré des héros tels que Jacquelin de Maillé et Guy de Lusignan , ces vrais , ces sublimes braves de la vieille France, dont les noms immortels reviennent à ma mémoire dans ces champs où ils ont succombé. J'éprouve une bien grande tristesse à me rappeler sur ce champ de bataille que le royaume Latin de Jérusalem a péri à la fin du douzième siècle , bien pHis sous le poids des dissensions et de l'ambition des chevaliers chargés de sa défense, que par l'épée de
Saladin, et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet 1487, 33 jours après l'extermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple , mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tombeau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que les victoires et les discours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic oui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solituaes: c'est la chaire de vérité d'où est . descendue cette admirable parole, ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes de Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti, à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils de Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande nviltitude. C'est ici que, 'en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à Test le lac de Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un collier grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses discipljes, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parlj pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un ÏDieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban : c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (4) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda ; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : a: Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie ! j> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tête du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre do Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(i) Je dois dire qae toas les autears ne soat pas d'accord sur remplacement de celle ville.
Saladin, et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet i4Ô7, 33 jours après l'extermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple , mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tombeau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que lea victoires et les discours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic oui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solituaes: c'est la chaire de vérité d'où est . descendue cette admirable parole, ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes de Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti, à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils (le Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande nviltitude. C'est ici que, 'en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à l'est le lac de Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un collier grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses discipljes, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parlj pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un ÏDieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban: c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (4) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda ; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : a: Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie ! y> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tête du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre do Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(i) Je dois dire qae toas les autears ne soat pas d'accord sur remplacement de celle ville.
Saladin, et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet 1487, 33 jours après l'extermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple , mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tombeau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que le& victoires et les discours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic oui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solituaes: c'est la chaire de vérité d'où est . descendue cette admirable parole, ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes Ae Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti , à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils (le Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande nviltitude. C'est ici que,*en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à Test le lac de Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un colHer grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses discipks, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parlj pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un ÏDieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban : c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (4) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : « Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie ! j> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tête du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre do Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(i) Je dois dire qae toas les autears ne soat pas d'accord sar remplacement de celle ville.
Saladin, et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet 4487, 33 jours après Textermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple , mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tombeau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que les victoires et les discours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic oui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solituaes: c'est la chaire de vérité d'où est descendue cette admirable parole, ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes de Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti, à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils (le Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et Je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande multitude. C'est ici que, 'en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à l'est le lac àe Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un collier grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses disciples, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parl^ pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un JDieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban : c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (i) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : o: Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie ! y> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tète du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre de Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(1) Je dois dire qae loas les autears ne soat pas d'accord sur remplacement de cette ville.
Saladin, et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet 1487, 33 jours après Textermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple , mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tombeau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que les victoires et les discours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic oui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solituaes: c'est la chaire de vérité d'où est . descendue cette admirable parole, ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes de Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti , à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils de Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande nuiHitude. C'est ici que, 'en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à l'est le lac de Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un collier grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses disciples, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parl^ pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un Dieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban: c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (i) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : o: Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie ! i> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tête du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre de Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(1) Je dois dire qae loas les autears ne soat pas d'accord sur remplacement de celte ville.
Saladin, et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet 1487, 33 jours après Textermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple, mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tombeau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que les victoires et les aiscours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic qui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solituaes : c'est la chaire de vérité d'où est . descendue cette admirable parole, ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes de Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti , à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils de Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande iitultitude. C'est ici que, 'en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à l'est le lac de Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un collier grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses disciples, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parl^ pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un Dieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban: c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (i) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : « Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie ! y> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tète du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre de Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(1) Je dois dire qae loas les autears ne soat pas d'accord sur remplacement de cette ville.
Saladin, et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet 1487, 33 jours après Textermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple , mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tomlDcau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que les victoires et les discours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic oui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solituaes: c'est la chaire de vérité d'où est . descendue cette admirable parole, ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes de Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti , à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils (le Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande nuillitude. C'est ici que, 'en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à l'est le lac de Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un collier grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses discipljes, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parl^ pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un Dieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban: c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (i) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : « Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie ! i> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tête du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre de Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(1) Je dois dire qae loas les autears ne soat pas d'accord sur l'emplacement de celle ville.
Saladin y et que c'est dans ces champs funestes que les chrétiens perdirent, le 4 juillet 1487, 33 jours après rextermination des Templiers à El-Mahed, la vraie croix et le royaume de Jérusalem. Et aujourd'hui que j'ai vu Jérusalem et son temple, mon âme s'attriste plus vivement quand je songe que tant de sang répandu, depuis les chevaliers du Temple et de l'Hôpital, jusqu'à Junot et Kléber, depuis ces derniers héros jusqu'à ceux de la Crimée, n'a profité en rien ni à la paix ni à l'honneur du tombeau ae Jésus-Christ, encore souillé à cette heure par tant de fanatisme et de profanations...
Ici on ne saurait perdre de vue les traces du divin Maître; tout parle de lui à chaque pas et à chaque colline, et, il faut le proclamer bien haut, chacun de ses actes, chacune de ses paroles fait plus pour le bonheur de l'humanité que les victoires et les discours de tous les héros et de tous les sages de la terre.
Voyez ce pic qui s'élève à votre gauche et domine toutes ces solitudes : c'est la chaire de vérité d'où est . descendue cette admirable parole , ce fécond et céleste discours rapporté par saint Matthieu , au chapitre V, et qu'on appelle le discours sur la montagne. Il s'appelle le mont ou les cornes de Hattin, à cause de ses deux flèches élancées, des deux pics qui le dominent. Hattin signifie le mont des Béatitudes; il est ainsi nommé parce que c'est là que le Maître par excellence a donné au monde un suprême démenti, à propos de tout ce qu'il appelle, lui, les heureux de la terre. C'est là que le Fils (le Dieu passait les nuits en prière; c'est de là que sont sorties ses admirables leçons.
J'avance encore quelques pas et je me trouve à l'extrémité d'un plateau vraiment merveilleux par tout ce qu'il offre aux regards; il se termine, du côté du nord, par des rochers taillés à pic, au-dessous desquels s'étend un vaste amphithéâtre d'où la voix peut facilement dominer une grande nuillitude. C'est ici que, 'en face de milliers d'hommes affamés, Jésus opéra la multi-
plication des pains, touchante figure de la multiplication du pain eucharistique dans l'Eglise. Aussi voyez comme toutes les pensées, toutes les images se rattachent autour de nous à ce grand mystère. vaste temple de l'Eternel! comment peindre ici ce que vous déployez sous mes yeux de magnificence et de grandeurs !
Voilà à l'est le lac de Tibériade, traversé par le Jourdain, et gracieusement encadré dans une ceinture de collines. On dirait un camée d'argent enchâssé dans un collier grisâtre de lave volcanique; je sens qu'il attire à lui mon âme tout entière. C'est là que Jésus rencontra ses discipljes, qu'il les choisit, qu'il les ramena et disposa, au dernier jour, les fondements de son Eglise. Voilà Capharnaûm, à l'entrée du fleuve dans le lac: c'est à Capharnaûm que Jésus parl^ pour la première fois de cette manne céleste, plus vivante que celle de Moïse, de ce pain et de ce breuvage, qui sont la chair . et le sang d'un Dieu. Voilà le grand Hermon qui finit la chaîne du Liban : c'est de là que le Cantique appelle l'amour de l'âme chrétienne pour répondre à l'amour de Jésus, mort par l'excès de ce même amour. Voilà Béthulie (i) à l'entrée de ces gorges qui conduisent à la vallée du Jourdain et aux montagnes de Juda; c'est de là que sortit une femme pour écraser un orgueilleux vainqueur, et c'est dans cette ville que le pontife de Jérusalem la ramena en triomphe, lui chantant ces paroles que l'Eglise adresse à celle qui donna au monde le pain de vie : o: Vous êtes l'honneur de votre peuple , la gloire de votre patrie! j> Image saisissante de la gloire de cette Eve nouvelle, choisie pour écraser la tête du serpent et pour triompher sur ses autels du génie et de la puissance du mal. Voilà au loin la terre de Hus, la patrie de Job , qui a tant soupiré après la résurrection dont le pain eucharistique est le gage. Mon âme trans-
(1) Je dois dire qae loas les autears ne soat pas d'accord sur l'emplacement de celle ville*
poitée par les souvenirs qu'on lui montre, à tous les |)oints de cet horizon de merveilles, tombe anéantie aux pieds de ce doux Sauveur qu'elle croit revoir et entendre; elle lui demande en suppliant de goûter au moins quelques-unes des miettes qui tombent de sa table délicieuse, et elle demeure anéantie dans un profond silence...
Mais il faut, avant la nuit, descendre à Tibériade. Je joins à mes épis quelques pierres détachées des rochers où je viens de me reposer, pendant qu'on me nommait tant de choses ravissantes, et je continue ma route sans
f)ouvoir détourner mes regards du lac, des coteaux dont es ombres commencent à se plonger dans les eaux.
Déjà j'aperçois les ruines de l'antique demeure des Tibère. Tioériade en effet est moins une ville qu'un amas de ruines. Ravagée par Vespasien, qui se fit construire une flotte pour détruire dans ses eaux jusqu'aux dernières traces du peuple juif; renversée presque à chaque siècle par des ébranlements volcaniques, elle rappelle pourtant de bien beaux souvenirs. C'est là que saint Jérôme choisit ses maîtres dans l'étude de la langue hébraïque; c'est là qu'on trouva l'évangile de saint Matthieu, de saint Jean, les actes des Apôtres; c'est là que furent écrites les premières pages du fameux Talmud, et que se rattachent tant d'autres origines. Grâce aux bonnes recommandations du supérieur Angelo, il ne nous faudra pas dresser notre tente en dehors des murs , ou nous résigner à coucher à la belle étoile ou dans quelque réduit offert par l'hospitalité toujours si intéressée des habitants; notre place est prête chez les trois ou quatre pauvres Franciscains qui ^ont internés , comme des prisonniers , au sein de cette population musulmane.
Après avoir salué les religieux, peu habitués, nous en eûmes bientôt la preuve, à recevoir des visites, je monte sur la terrasse de la maison, d'où ma vue domine tout le lac et ses alentours. Ce lac, qui porte aussi dans les Evangiles le nom de mer de Galilée ou de Geneza-
reth, et qui est d'une forme presque ovale, a environ vingt kilomètres de long sur sept ou huit dans sa plus grande largeur. Au bruit des flots qui viennent se briser sur le rivage et rafraîchir l'ardente chaleur du jour, mon âme livrée à une foule de pensées se prépare à la prière. Il me faut profiter des derniers rayons du jour pour la récitation de Toffice de Matines, dont je ne pourrai m'occuper pendant la nuit. Oh! qu'il fait bon prier à côté de Jésus, sur la trace de ses pas, avec ceux qu'il a choisis sur ce rivage, au milieu de ces collines si souvent les témoins de sa prière !
Je suis bientôt distrait par la voix d'un muezzin, appelant du haut de son minaret les musulmans à la prière ; mais , au lieu de suspendre la mienne , ce que j'entends vient ranimer plutôt qu'arrêter l'élan de mon âme vers Dieu. Je vois tous ces hommes se prosterner sur le sable du rivage, et, le front incliné jusqu'à terre dans la direction de la Mecque , adorer le Dieu qui est Dieu, comme ils disent et appellent Celui qu'ils connaissent si mal. Mais, hâtons-nous de le dire à leur louange , où sont en France, en Europe, les provinces catholiques dont les fidèles s'arrêtent et se prosternent ainsi à la cloche de la prière, à l'invitation de VAve Maria? Je demande de toute mon âme à Celle qui a le pouvoir d'anéantir et d'étouffer toute hérésie, de prendre en pitié ce pauvre peuple , et de l'amener bientôt à la connaissance de la vérité. Ce chant du muezzin, quoiqu'il soit plus souvent vociféré que chanté, m'a toujours impressionné sérieusement : l'homme qui prie de bonne foi est toujours plus près de Dieu que l'orgueilleux qui croit se suffire. J'avais, dans la troupe qui m'accompagnait, un certain Zulbano , Arabe chrétien à la voix retentissante , qui me chantait, chaque fois que je le lui demandais, l'invitation du muezzin. Un jour un pacha turc le fit monter, au minaret pour remplacer un chanteur qui lui semblait mal s'acquitter de son office et qiCil en fit descendre, parce que sa voix lui déplaisait.
Nous avions formé le projet de prendre une barque et de nous promener sur ce beau lac. Mais il n'y avait que deui bateaui dans tout Tibériade et dans le parcours du lac; or les pécheurs, partis dès Faube du jour, n'étaient pas encore de retour et ne paraissaient à aucun point de lliorizon. Nous nous en consolâmes dans la pensée
Îu'ils allaient nous rapporter un de cesfameux poissons ont Jésus se servit pour payer Tinipôt aux coUecteurs (Matth. 17), et qui porte encore aujourd'hui le nom de poisson de saint Pierre.
Je remarquai ici un usage, qui, je le sais, est employé avec succès au Brésil et ailleurs pour rafiraîchir l'eau du lac qui est bonne à boire; on la met dans des vases poreux et bien fermés, et on la laisse ainsi exposée aux rayons du soleil et à la chaleur du jour. Elle descend par ce moyen à une température quelquefois très-basse. Dans cette ville de Tibériade, les nuits n'ont pas, comme à Nazareth par exemple, une fraîcheur dangereuse; malgré le voisinage de l'eau, chaque famille couche sur la terrasse de la maison. Aussi, après notre modeste repas et notre bonsoir aux religieux, nous passâmes un agréable instant sur cette terrasse , à causer de tout ce qui pouvait m'intéresser en ce pays. Mon chef d'escorte et mon drogman, qui s'y étaient déjà installés pour passer la nuit, firent tous les frais de la conversation. Mohammed Aga el-Soffadi m'apprit son histoire, le dévouement des siens à la cause de la France et les persécutions qui en avaient été la suite ; il me raconta ses premières relations avec M. de Saulcy, les dangers qu^ils avaient courus ensemble,- me montra la décoration et les armes qu'il avait reçues de S. M. l'Empereur des Français. Antoine, de son côté, me parla de son père Fatallah, illustré par les récits de Lamartine, et dont la fidélité avait consolé le dernier des Lascaris dans le désert.
Enfin la nuit est complètement venue. La lune monte éclatante et silencieuse au firmament, et je me retire dans la chambre qui m'est assignée, avec la pensée qu'il
me sera bien difiicile de fermer les yeux en présence de tant de souvenirs, en face de tant de merveilles. En effet, c'est en vain que, jeté tout habillé sur un lit , j'essaye de dormir. D'une part les récits de l'Evangile me poursuivent de leurs images bien-aimées; de l'autre, la chaleur suffocante de l'appartement; le bruit des chiens qui ne cessent pas un instant d'aboyer; le cri des enfants que les chants de leurs mères veulent apaiser et qui se répète de terrasse en terrasse; nos chevaux qui ont trouvé moyen de se livrer combat au pieà de notre tour, font un concert hostile à mon sommeil. Je prends donc le parti de me lever et de respirer, appuyé sur ma fenêtre, la fraîcheur et les souvenirs de ces eaux enchantées.
lac ! ô beau lac ! comment dire ce qu'ont vu tes flots! Tous les textes de l'Evangile m'entourent et me reviennent comme une foule qui m'assiège, et je ne sais auquel m'arrêter. Je vois Jésus marcher sur les eaux ; je vois chavirer la barque où il dort; j'entends les cris de ses disciples. C'est là , sur ces flots argentés, que le divin Sauveur du monde choisit quelques pauvres ouvriers destinés à opérer le plus grand des prodiges, quelques pêcheurs envoyés à la conquête de toutes les nations de la terre, pom* confondre la vaine sagesse des hommes qui prétendent tout expUquer; c'est là qu'il les charme par sa grâce, qu'il fortifie par des prodiges leur foi ébranlée ; c'est là que, pour anéantir l'impiété et l'idolâtrie, il les transforme en vainqueurs plus redoutables que tous les conquérants et que tous les vainqueurs de la terre. C'est là que ces hommes, simples mais dévoués, ont abandonné tout ce qu'ils possédaient, leurs barques , leurs filets , leurs familles , leurs demeures, tout ce qui fait le bonheur du pauvre, pour suivre à la conquête des âmes ce Jésus qui les avait séduits, qui les avait ravis. Ecce nos reliquimus ornnia! Je sens la rougeur qui me monte au front, en voyant tous les liens qui me retiennent encore loin de ce bon Maître, dont il me semble entendre les reproches. Oh!
qu*ils sont heureux ceux qui peuvent lui dire , avec la confiance de Pierre : Voilà que nous avons tout quitté pour vous!
C'est encore sur ce rivage qu'est donné le céleste rendez-vous des apôtres par Fange de la résurrection, c Allez, leur dit-il, allez en Galilée; c'est là que Jésus vous précède et vous attend. » heureux disciples! pendant Quarante jours, ils ont vu ce bon maître en ces lieux ; ils l'ont touché ; ils ont conversé avec lui ; ils ont gravé dans leurs cœurs ses admirables consolations, ses sages préceptes ; ils en ont reçu le don des langues et des prodiges ; ils ont puisé dans son âme 6et amour plus fort que la mort, qui ne pourra même s'éteindre avec la vie ; ils se sont habitués au prodige de sa résurrection ; ils en ont médité les féconds enseignements, afin d'être les martjTS, les témoins convaincus d'un dogme qui allait demander le sacrifice de leur vie.
Ce fut dans ces pensées que s'écoula pour moi cette nuit, la plus belle de ma vie, comme le jour précédent venait d'en être le plus beau.
Si tant de souvenirs religieux n'étaient pour moi d'un si puissant attrait , d'autres images viendraient encore animer ces rivages et ces eaux que mes yeux contemplent à la douce lueur de l'astre des nuits. C'est ici qu'Hérode-Antipas, nommé par Auguste tétrarque de la Galilée, songea à bâtir une ville qui porterait le nom du césar Tibère dont il voulait capter la faveur ; c'est dans ces palais, dont je ne vois plus que les ruines, que l'incestueux mari de l'impudique femme d'Hérode-Philippe, le meurtrier de Jean-Baptiste, venait oublier ses crimes et tant de somptueuses demeures qu'il s'était bâties, depuis Sephoris jusqu'à Machéronte. Comment oublier, en voyant ces eaux , l'un des plus étranges stratagèmes de guerre que l'histoire ait mentionnés ? C'est l'historien Joseph lui-même qui nous raconte comment il put s'emparer de cette ville à l'aide de sept soldats. Il avait fortiné cette place importante du temps où la Galilée
se souleva contre les Romains, et il eut plusieurs fois à la soumettre. Il vint un jour de Tarichée, avec deux cent trente barques vides et sept soldats. Il laissa les barques à une grande distance du rivage, pour laisser croire à la présence d'une armée formidable, et s'avança avec ses sept soldats. Les habitants, croyant que ces barques qu'ils voyaient dans le lointain étaient remplies d'hommes armés , firent leur soumission et envoyèrent des otages en nombre considérable.
Ils furent d'ailleurs bien rapides les précieux instants que je passai dans la contemplation de ces eaux de Tibériade, et, quoique j'attendisse avec une certaine impatience les premières lueurs du jour qui allait se lever derrière les montagnes de la Décapole et en face de moi , je me plaisais dans la méditation et le charme de cette solitude, au point d'envier le bonheur du religieux qui m'avait cédé la cellule qu'il habitait, cellule que j'allais quitter pour toujours.