‹ Constantinople, Jerusalem et Rome (volume 2)Chapitre 7 sur 79 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Pi'omenade en Asie. — Vire impression. — Deux préoccapations orieolalei : la femme el le Coran ; les popalalions* et le schisme. — Photias et les empereurs. — Destinées de Byzance. — Splendeur d'autrefois, misères d'aujourd'hui. — Ressources et incapacité. — Les Turcs et les Grecs. — Probité et mensonge. — Étrange imposture. — Retour aux vieux souvenirs. — Poésie chrétienne. — Promenade à Buyuk-Déré. — Potamièoe et Basilide.

Dès le second jour de mon arrivée, j'allai, en compagnie de M. Thouvenel, mettre le pied pour la première fois sur la côte d'Asie , et apprendre comment, au lieu de retourner en France par le même chemin, il allait m'être donné de partir bientôt pour Jérusalem. Mais pour laisser tout son charme à la partie la plus intéressante de mon voyage, el garder en même temps leur intérêt à toutes les choses que je pourrai dire de la Turquie et de l'Eglise d'Orient, j'attendrai, pour parler de cette vive impression, le moment même de mon départ. Deux choses surtout m'ont vivement préoccupé pendant mon séjour dans le Bosphore, et il faudra bien me pardonner si j'en parle avec trop d'insistance : c'est d'abord la situation faite à la femme par la loi de Mahomet; situation dont le vice est tel qu'on cherche en vain un remède à la chute prochaine de cet empire ; c'est ensuite l'impuissance stérile de l'Eglise schismatique d'Orient à

instiuire et à vivifier des peuples qui attendent la vie et la lumière. Le premier de ces maux tend à livrer l'empire ottoman à la convoitise de toutes les nations^ et le second à rejeter les. populations chrétiennes danâ^ les bras de la Russie. Les causes qui pourront différer le premier de ces deux malheurs seniront aussi à ramener tous ces peuples dans le giron de l'Eglise catholique. Le monde a été enfanté à la vie par l'Eglise à qui le divin Maître a dit: « Allez, instruisez, baptisez! > et c'est Rome qui a recueilli, avec le sang des apôtre» Pierre et Paul, ce glorieux privilège. Elle seule a pu instruire, civiliser et gouverner les nations., leur im-«

[)osant le seul joug qu'elles puissent admettre, celui de a prédication et de la foi ; et , quand elle vient de pro** clamer à la face du monde son dernier décret dogma* tique, non-seulement le monde s'est soumis, mais il à poussé des cris de joie, dont les portes de l'Enfer ont dak frémir. Pourquoi l'Eglise d'Orient, soumise en grande partie au sceptre des czars, était-elle la seule 2d)seixte de Rome au grand jour de cette sainte et heureuse prô*^ clamation? Hélas! c'est que Photius, en posant Oonstaii^ tinople comme la rivale de Rome, a précipité cette Eglise dans la servitude , et que les empereurs ont dû et voultl régner en despotes là où les peuples ne voyaient plus régner les lois de la conscience et les droits de l'hun^a-*. nité, tels que TEghse catholique seule a su les défendre toujours et en tous lieux. Je n'ai pu voir sans un vif déchirement de l'âme la foi vive et la piété sans respect humain de ces populations chrétiennes de l'Orient, aban-données à l'ignorance et aux misères profondes de Vinr telligence. Je n'aurai que trop souvent l'occasion de îe dire pendant les jours que je vais passer à Constantinopler et dans les environs. •' .

En luttant contre Rome, Byzance perdit à la fois le sceptre des intelligences et le titre de Reine du monde, que Constantin avait voulu lui léguer avec son nom. Je ne sais pas s'il est une ville qui ait jamais autant que

celle-ci • occupé le monde de ses destinjées. Qui pourra jamais dire les luttes terribles et sanglantes livrées dans ces magnifiques contrées, depuis la guerre de Troie, Xénophon et ses dix mille, Darius envahissant la Thrace, jusqu'à la multitude innombrable des Croisés qui vinrent périr dans les défilés du Taurus, et jusqu'|iux armées plus heureuses qui triomphèrent à Sébastopol? D'après le peu que je viens de dire du Bosphore et de la Corned'Or, il est facile de comprendre qu'un tel paradis ter* restraait été convoité partons les peuples. Aussi, depuis les mégariens , qui s'en emparent sous la conduite de Byzas et lui donnent un nom, nous voyons cette Corned'Or passer successivement aux mains de Darius, des Ioniens, de Xerxès, des Lacédémoniens et des Athéniens. Sous le prétexte qu'ils ne savaient pas se gouverner, Vespaaen installe chez eux un gouverneur romain. Après Bn siège ' de trois ans , Septimie-Sévère passe au fil de Tépée toute la garnison et rase ses murailles. Sous le rè^ie de Constantin , elle change de nom , aspire aux plus grandes destinées et agrandit ses murailles. Justîmen donne son nom à sa belle enceinte, et y pose audessus de tous les autres monuments le magnifique temple chrétien consacré à la gloire de la sagesse éternelle et qui porte encore aujourd'hui le nom de sainte Sophie, Ayux Scfcpta. Plus tard elle tombe au pouvoir des Croisés, passe sous le joug des Grecs, des Comnènefe, des Paléologues, et résiste aux hordes ottomanes, aux efforts de Bajazet. Enfin, en 4453, Mohammed ou Mahomet II se fM^ésente avec ses janissaires et une armée formidable, enchaîne le Bosphore, lance dans les eaux de la Cornëd'Or une flotte par dessus les collines, bat en brèche ses murailles à l'aide de sa fameuse pièce de canon traînée par trois cents bœufs et lançant des boulets de six quintaux ; et voilà que depuis ce temps elle n'a plus que ce que les Turcs lui ont donné ou plutôt laissé^ une misère qui augmente tous les jours. Si le panorama de Constantinople et du Bosphore a quelque chose de ravissant.

ce n^st pas que les Turcs aient fait quelque chose pour l'embellir; c*esi que la nature a résisté à Fiiidolence et à l'incurie de cette nation qui semble déjà dormir de son sommeil de mort. On ne se fait pas une idée du dénûment et de Tinsouciance de ce peuple, tant qu'on n'a pas hasardé un voyage à travers les mes de sa capitale. Qu'est devenue la magnificence orientale de tant de sultans? Gomment rapprocher les splendeurs d'autrefois des besoins d'aujourd'hui? On a pu adnûrer les magnificences du palais de Béchick - Tach , bâti par Selim III, à qui ses goûts européens coûtèrent la vie; on a pu s'étonner de voir tant d'argent dépensé en pure perte et pour les projets les plus futiles, comme, par exemple, pour faire entrer les eaux de la mer dans des^ appartements où le sultan et ses sultanes se donnaient rinutile et étrange plaisir de la pêche ; on a pu exalter avec plus d'imagination que de raison une multitude de frivolités de ce genre ; hélas ! à quoi cela a-t-il abouti? Il n'en est pas moins vrai que le sultan Âbdul-Medjid habite de nos jours un palais, Dolma-Batchi, dont une partie seulement a été terminée, dont la façade sur le Bosphore a seule quelque apparence , dont les jardins n'ont pu encore être ni dessinés ni plantés, et qu'il lui a fallu, chose douloureuse, renoncer cette année, par le conseil de ses ministres les plus dévoués, à passeï^ quelques mois dans sa campagne d'Asie , attendu qu'il ne saurait payer aux sultanes et aux divers employés les gratifications qu'il est d'usage de leur octroyer en pareille occasion.

Donc, si l'argent est toujours demeuré le nerf de la guerre, on peut être assuré que de longtemps la Turquie ne déclarera la guerre à personne. Il est impossible de visiter un empire plus étendu, plus riche,, plus fertile, plus varié, sans même tenir compte des trésors que peuvent receler les entrailles de la terre; et il est impos^ sible d'en trouver un plus pauvre , plus dépouillé , plus improductif, plus mal administré. Des forêts admirables

recouvrent ses montagnes ; mais il faut les chercher loin de toute population, parce qu'un malheureux qui a besoin^ de charbon pour la valeur de deux piastres , se croit le droit d'incendier une montagne tout entière, et cela dans les environs mêmes de la capitale. N'allez pas croire qu'une telle faute puisse trouver un châtiment. Il est aussi difficile que le coupable rencontre un juge en état de punir son méfait, qu'A lui a été impossible de trouver à acheter le charbon dont il a pu avoir besoin.

Dans cet empire, de riches vallées nourrissent l'homme presque sans culture; aussi la terre est-elle à peu près partout à l'état de repos. Des populations tout entières échappent aux obligations de l'impôt, et le trésor public, toujours vide, suffit à peine aux folles dépenses des harems et des sultanes. Dans une de ses meilleures provinces, j'ai vu le sultan solliciter, par l'intermédiaire de ses ministres, le consul français de Beyrout pour qu'il amenât par son influence des sujets qui s'y refusaient à payer l'impôt. Une autre fois ce même consul fut supplié de prendre sous sa protection 800 soldats turcs envoyés pour punir le meurtre d'un pacha. Que pouvait donc faire, dans la plus dispendieuse et la plus foripidable de toutes les guerres, ce pauvre peuple, s'il n'eût été secouru? Trompé par les Grecs, écrasé par les Russes, il eût été en un jour la proie infaiUible de son redoutable voisin , et le schisme de l'Orient menacerait le monde civilisé et catholique d'un règne plus impitoyable et plus tyrannique que jamais. Et pourtant ce peuple turc , que ses vices ont fait mépriser en Europe, a des qualités capables de séduire, et il n'est pas rare de voir des hommes de cœur se dévouer à le défendre.

J'ai souvent admiré les efforts de M. Thouvenel cherchant à relever les hommes les plus honorables de la Turquie par l'estime et la confiance qu'il savait à propos leur témoigner. Comme il est impossible au czar moscovite, l'héritier le plus naturel de toutes ces provinces, de laisser jamais à ses peuples la liberté de conscience,

je crois que Ton doit iléi>irei\ dans riiitéièt de l'Eglise catholique, que la dynastie ottomane vive encore asseï longtemps pour qu'une transformation religieuse paisse s'opérer. Je ne tarderai pas à faire voir que c'est la seule transformation possible.

Quoiqu'il tienne de la férocité, le peuple turc a la bravoure en partage; il est sobre, hospitalier, sensible aux œuvres de la chanté, a horreur du mensonge, qui ne coûte rien aux Grecs ; il est plein de coofiance et de naïveté, et montre une probité à toute épreuve. J'ai vu, dans les montagnes de la Syrie, la soie et le coton se payer d'avance, et bien avant la récolte, à des marchands, des ouvriers à peu près inconnus qui s-en allaient pour six mois dans l'intérieur du pays, sans garantie pour le retour, ou pour la marchandise qu^ds ne devaient peut-être pas rencontrer et rapporter. Qui doit-on admu*er le plus ou du commettant qui a tant de sécurité, ou de celui qui est honoré d'une telle confiance?

Quand il est question des Grecs, il faut bien^ ipom être juste, tenir un tout autre langage. On les croirait encore sous le prestige de la célèbre éducation quô Sparte donnait à ses enfants. Chez eux le mensonge et la rapine -sont toujours en honneur et tiennent la première place parmi les vertus sociales et domestiques^ Sans anticiper sur ce que j'en dirai plus tard, je puis en citer ici deux exemples. Malgré la prudence et l'habileté des intendants militaires de l'armée françaiac^^ la ruse des Grecs a presque toujours triomphé de te bonne foi (ce n'est certes pas là le nom qu'ils lui donnent) de cette administration. Des sommes, d^ énormes et indispensables, ont été multipliées d'une façon étonnante, et il serait curieux de voir à combien^ se fût élevé le chiffre des réductions s'il eût été pos-é sible de confier les achats et les affaires à des homnoieâ plus au courant des ressources du pays et du- peu de probité de ceux que nous allions secourir. Les- caloida

- Ab —

qui me furent donnés sont tels que je ne me sens point le courage de les rapporter ici. D'autre part, je fus t&moin, sur les lieux mêmes, d'un mensonge qui laisse bien loin derrière lui les plus belles inventions de ce genre. Nous étions entrés à Constantinople , ainsi qu'on l'a vu, le jour même anniversaire de la prise de Sébastopol , et le lendemain , à l'heure même où nous étions à table pour le déjeuner, passait sous nos fenêtres dans le Bosphore le premier pavillon rasse qui eût osé se montrer depuis la guerre de Crimée. Encore c'était un vaisseau marchand. Eh bienl les principaux personnages giPècs", dont toutes les espérances en tout temps ont reposé 9ur la Russie, avaient su persuader au peuple que cette puissance était loin d'être vaincue; que la prise de Sébastopol était une invention française, et que le czar^ toujours grand et magnanime, après avoir écrasé ses enneipis, avait permis aux Français de se retirer sains et saufs dans leur patrie. Quelles preuves, de* mandez-vous, pouvait-on donner à l'appui d'une pareille histQiré^î' Je^suls loin de les pouvoir deviner; mais en voici une qui fera comprendre la fécondité de leurs ressources et le génie de leurs inventions.

Pendant là guerre d'Orient, le palais de l'ambassade Russe à Péra, se trouvant inhabité, la France s'en était servi ôommie d'un hôpital , et y avait fait entrer ses blessés et ses malades. Après le traité de Paris, il eût âuffî à bien des nations aussi polies et aussi civilisées que la nôtre de-rendre ce palais, dans l'état un peu étrange où l'avaient mis la force majeure des événements et les nécessités de la guerre. Mais la France, toujours as^ez riche pour payer sa gloire, comme l'a dit un mot devenu célèbre, qui ne sera pas de sitôt compréhensible pour les Grecs du Bosphore, ne fit point les choses à demi'; elle consacra une somme de cinquante mille francs à faire remettre ce palais dans un état convenable. Or, au moment même où l'ambassadeur de Russie venait-^ au nom de son souverain, complimenter

M. Thouvenel et le remercier d'un tel procédé, les Grecs, partisans du czar, affirmaient tout haut au peuple, qui s*étonnait un peu de cette réparation, que c'était là une humiliation imposée à la France par la Russie vie* torieuse, et la preuve qu'elle n'avait pas été vaincue. Que répondre à de tels ai^uments? Et cependant Gonstantinoplc avait tressailli la première aux cris de joie de Malakoff; et cependant chacun avait pu voir passer dans le Bosphore les trophées de la victoire; et tous les jours, dans mes promenades à Thérapia, je foulais aux pieds un escalier de pierres blanches d'une soixantaine de marches, transporté de la ville môme de Sébastopol dans les jardins de Tambassade française , par les soins de Son Exe. M. Thouvenel.

Il arriva cependant un moment où la croyance des

f)lus robustes fut ébranlée. Voici l'argument qui porta e plus rude coup à cette sotte incréduHté. Ce fut quand on vit entier dans le Bosphore le nouvel ambassades* russe amené non plus comme autrefois sur un magnifique vaisseau de guerre , mais sur un simple bateau de la marine marchande.

Attristé par toutes les misères morales qui se pressent ici en foule sous les pas du voyageur, j'éprouvai souvent le besoin de me recueillir , de rechercher quelque pro-; meuade solitaire, afin d'y songer en toute liberté aux anciens souvenirs si glorieux et si chrétiens de ce beau pays. Alors ma pensée, franchissant les âges accomplis, croyait les voir revivre. Il est peu de contrées aussi riches en souvenirs et en poésie chrétienne que ces beaux rivages, si resplendissants jadis de l'éclat du génie chrétien et des plus touchantes vertus de l'Eglise de Jésus-Christ.

Dans mes promenades quotidiennes je me sens à tout instant comme enivré de ce parfum de poésie. Le soi que je foule aux pieds, l'air que je respire, les horisonià que je vois, tout me parle des héros chrétiens antérieurs au schisme de Photius , des vertus qui ont édifié «es

contrées et les ont rendues, jusqu'au neuvième siècle, sa fertiles pour le del. Tantôt je crois entendre la parole d'or de saint Jean Ghrysostôme, la mâle éloquence de saint Basile, les savants et pieux accents de saint Grégoire de Nazianze, et je repasse dans mon âme les glorieux combats livrés par ^es grands génies pour la cause de Dieu et de son Église ; les cîmes du mont Olympe ajppellent mes regard» et ma pensée au fond du golfe de Bithynie, et me montrent la ville de Nicée où se tint, contre les ennemis de la divinité du Christ, la première et glorieuse assemblée des évêques chrétiens, de ces martyrs portant sur leur risage et sur leurs membres les nobles cicatrices imprimées par la persécution et que, dans ses pieux transports, Constantin embrassait avec tant de joie et de vénération. Tantôt je sens sous mes pieds la terre qu'ont foulée les vaillants guerriers des croisades; et voÛà que, pai- une heureuse coïncidence, tandis que, le 14 septembre, mes lèvres murmurent les chants et les prières de la délivrance ou de l'Exaltation de la sainte Croix, mes pieds parcourent comme eux les mêmes rivages ; et voilà que je viens me reposer sous le feuillage de Tarbre qui porte encore aujourd'hui le nom de Godefroid de Bouillon, de ce géant des platanes dont les vastes flancs, creusés par les siècles^ peuvent abriter hommes et chevaux, et que les équipages des armées européennes ont vénéré en ces derniers jours, à l'égal du plus respectable des monuments.

Qui donc révélera au monde ce qu'il y a de poésie dans l'histoire des chrétiens, de grandeur dans les scènes de la foi , d'amour et de dévouement dans leurs mystères, de force, de consolation et d'espérance dans le sang de leurs martyrs? Pourquoi une âme aussi poétique t{ue celle de Châleaubriant a-t-elle cni devoir appeler à son secours toutes les inventions du génie d'Homère pour chanter nos martyrs ? Combien je préfère les pieuses et simples aspirations d'un autre génie chrétien.

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• le, liilioMs païennes et «les tables sans dignité, tandis

• |u ils laissaient de côté les vertus «le nos ancêtres, ia j|*»utî lie nos niailvi-s, île «hs vrais «lél'enseurs de la liJM rtiî di» conscience, et tant dactions héroïques de hîiuuics, «reniants, de vieillards rehaussant du plus pur i-iUt lu vraie dignité de riionime!

.In sentais ces pensées se presser en foule dans mon •iniiî, un jour que je parcourais seul, le bi'éviaire à la uiiun, les hauteurs du village de Buvuk-Déré, en face «liî rentrée de la mer >'oire. J'avais sous les veux un irthhîau bien fait pour éveiller de tels regrets. Je voyais .1 mes pieds la vallée que coupe à une de ses extrémités le magnifique aqueduc qui conduit les eaux de lii^l|4rade à Constantinople et qui, de l'autre part, s'ouvre pirs du platane de Godefroid de Bouillon, sur la rive (lu Hosphore; en face de moi, entre les deux côtes d'Kurope et d'Asie, s'ouvTait la mer ^'oire, couverte de vjiisseaux amenés en ce moment par le vent du nord, et du milieu desquels on voyait s'élancer la fumée des viqxîurs, comme dans une ibrèt dévorée par l'incendie; \\\ vent soufflait avec force dans ces parages dangereux, ri par cette gorge étroite je voyais les vagues furieuses ne briser en gerbes rebondissantes sur le rivage euro- |M''en.

Or, un horizon lointain me révélait les . campagnes de Nicomédie , et c'était le 25 septembre , jour où la légende romaine me racontait le martyre de Justine et i\e Cyprion, soulTerl à Nicoinédio mômo. Je me sentais

i rqporté aux plus beam^ jours de l'Eglise^ qui compte tant de saints et de martyrs dans ces belles contrées. L'impression fut vive et me rappela un do ces touchants ^isodes de la fin du troisième siècle, qu'on me pardimn^ra de citer à l'appui de ce que }e viens de dire et de ce que j'ai à dire encore.

Parmi les chrétiens d'Egypte et les disciples d'Origène, se trouvait une esclave d'une rare beauté , nommée Potamiène. Son maître, ayant tenté inutilement de la eorrom{»re, et voulant se venger, l'accusa d'être chrétîeniie et la livra au préfet Âquila, lui promettant une forte somme d'argent s'il parvenait, en n'employant toutefois que des menaces, à la faire condescendre à ses désirs, et lui recommandant, si elle demeurait inébranlable dans sa résolution, de la faire mourir. Âqoila, désespérant de faire triompher ce complot de l'enfer, ^pekt à son secours les plus terribles menaces, et finit par ordonner qu'on préparât une énorme chaudière de poix en ébullition.

Quand les apprôts du supplice furent terminés , il la fit paraître, et la menaçant de cette mort affreuse, il hû dit: € Va ^ obéis à ton maître ou je te fais mourir dws ce feulj» Mais elle lui répondit: <l â Dieu ne plaise qu'il y ait un juge assez injuste pour me condamner à subir une infôme passion. :» En voyant cette horreur du péché', Âquila la menaça de l'exposer à être déshonorée par les gladiateurs ; mais comme cette menace né produisit pas son effet, il ordonna qu'elle fût dépouillée de ses vêtements et précipitée dans la poix bouillante. Alors la vierge chrértienne lui dit: < Je vous conjure, par la vie de l'empereur, de ne point m'exposer aux regards du public, y Et, pour que sa prière ne parût point une lâcheté , elle ajouta : c Commandez plutôt que je sois descendue lentement et peu à peu dans cette chaudière, et' vous verrez vous-même quelle patience m'a donnée <!e ^sus que vous ne eotmaissez pas. >

Aquila y consentit , et , après avoir prononcé la sen-*

tence, il remit cette généreuse martyre entre les mains de Basilide , un de ses gardes , qu'il chargea de Texécution de ses ordres.

Comme tout le peuple s'empressait à insulter Potamiène et à l'accabler d'outrages , Basilide repoussa la foule et traita la sainte fille avec beaucoup d'égards et un grand respect. Alors elle se tourna vers lui pour lui témoigner sa reconnaissance, lui recommandant de prendre courage et l'assurant qu'aussitôt qu'elle serait sortie de cette vie elle demanderait grâce pour lui à son Dieu et qu'il ne tarderait pas à ressentir les bons effets de sa reconnaissance. Un instant après on commença à exécuter la sentence : ainsi qu'elle l'avait demandé , on lui mit d'abord les pieds dans la poix bouillante , puis on la laissa descendre lentement jusqu'au sommet de la tête.

Tel fut l'héroïque sacrifice de cette sainte et généreuse fille. Sa mère Marcelle fut brûlée avec elle.

Quelques jours après, Basilide, préoccupé de la promesse que cette sainte martyre lui avait faite , se trouvait au milieu des gardes, ses compagnons. Ceux-ci voulurent le contraindre à une cérémonie païenne et impie ; mais quel ne fut pas leur étonnement quand . il leur répondit qu'il ne le ferait pas el qu'il ne pouvait le faire, parce qu'il était chrétien. Ses compagnons crurent d'abord à une raillerie ; mais voyant qu'il était sérieux et qu'il persistait dans sa résolution, ils le conduisirent au préfet, qui ordonna de le jeter en prison, espérant sans doute que le temps et la réflexion feraient plus que les menaces. Les chrétiens eux-mêmes ne pouvaient croire à une conversion aussi inattendue et aussi prompte. Quelques-uns vinrent dans sa prison lui en demander la cause, et il leur dit : Potamiène m'a apparu la nuit, trois jours après son martyre; elle m'a posé une couronne sur la tête et m'a dit: « J'ai demandé grâce pour vous au Seigneur et j'ai été exaucée; dans peu de jours il vous recevra dans sa gloire. »

Alors ses frères en Jésus-Christ lui donnèrent le Baptême, le sceau du Seigneur, et le lendemain il eut la tête tranchée.

Où sont donc les drames, les récits, les inventions de nos jours qui approchent de cette simple , de cette gracieuse, de cette émouvante réalité?

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