‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 11 sur 63 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

L*historien Nicéphore et la nouyelle Jérasalem. — Constraction de l'église da Saint-Sépalcre. — Easèbe de Césarée. — Comment les profanatioas des païens avaient marqaé le lien da Calvaire. — Lettre de Constanlin à Maeaire> évèqae de Jérusalem. -^ Ordres exécutés. — Riehesses de ce noDTeaa temple. — Sainte Hélène et la vraie croix.

« Hélène, mère de l'empereur Constantin, bâtit sur le Calvaire et au lieu de la résurrection, un temple qui ne le cédait à nul autre en grandeur et en magnificence, auquel elle donna le nom de Nouvelle- Jérusalem.

i> Elle construisit aussi à ses frais deux autres églises magnifiques, l'une à Beethlehem, renfermant dans l'enceinte du sanctuaire la crèche et la grotte sacrée où est né Jésus-Christ; l'autre au sommet du mont des Oliviers, à l'endroit où il est monté au ciel. Elle éleva, à Gethsémani, un temple admirable à la Mère de Dieu, dont le sépulci^e fut soigneusement renfermé dans le sanctuaire ; et comme ce lieu est une pente, elle y fit faire un escalier en marbre du côté de l'Orient. Elle bâtit en outre, à l'endroit ou l'ange annonça aux bergers l'heureuse 4 nouvelle, une église dédiée aux saints anges, une autre à la mère du Verbe, une autre à Joseph, époux de Marie.

D De là passant à Béthanie elle en construisit une très*remarquable en l'honneur de Lazare, l'ami de Jésus- Christ, à deux mille pas de Jérusalem, Ensuite se diri-

géant vers le fleuve sacré du Jourdain , au lieu où se trouve la grotte qui servit de demeure à Jean-Baptiste, elle éleva au saint Précurseur un temple superbe, et vers le penchant de la montagne , un autre à Elie de Thesbé. De là, ayant franchi une distance de quatre journées, elle vint près de Tibériade, et bâtit le temple des Douze- Trônes, là où Jésus-Christ nourrit les cinq mille hommes. Dans celte contrée se trouve Capharnaûm où arriva le miracle du centenier, celui du paralytique descendu paf le toit et guéri sur-le-champ , et celui de la femme au flux de sang; elle s'arrêta aussi dans un endroit appelé les Sept-Sources, où le Seigneur fît le grand miracle de la multiplication des sept pains et des quelques poissons.

» Elle vint ensuite à la pêche de Tibériade et au heu où Madeleine fut guérie.

» En divers endroits elle bâtit des églises en l'honneur des apôtres. Dans la ville de Tibériade, trouvant la maison de la belle-mère de Pierre, elle y éleva un beau temple à ce saint. Elle en fit autant au mont Thabor où l'on prétend que Melchisédech bénit Abraham. Au lieu même de la Transfiguration , elle érigea une magnifique égUse aux trois apôtres témoins de la gloire du Sauveur, et elle y laissa une somme considérable en faveur de ceux qui voudraient y demeurer. De là , descendant vers l'Occident, elle vint à Nazareth, et ayant trouvé la maison où Marie fut saluée par l'ange, elle y éleva un très-beau temple en l'honneur de la mère de Dieu. Elle en bâtit encore un autre à Cana, en Galilée, où furent célébrées les noces de Simon le Cananéen, auxquelles on servit du vin d'une origine mystérieuse.

-» Ensuite, retournant dans la ville sainte, elle construisit à Sion un temple immense, dans lequel se trouvait la maison où les apôtres s'étaient enfermés par la^ crainte des juifs; où avait eu Heu la Sainte-Cène, le lavement des pieds, la descente du Saint-Esprit; où Jacques avait été nommé premier évêque de Jérusalem. On y voyait aussi la colonne de marbre à laquelle le

Sauveur fut attaché pendant la flagellation. Du côté gauche était placé, à une assez grande élévation audessus du sol, le sépulcre de David, dont on admirait la magnificence. Elle dédia aussi, dans le jardin de Caïphe, un autre temple au prince des apôtres. Elle fit décorer la fosse de Jérémie et la fontaine de Siloë d'ouvrages merveilleux. A l'instigation de son fils Constantin, elle bâtit, sur les ruines de l'idolâtrie grecque, une grande et magnifique église près du temple de Térébinthe de Mambré, à quinze stades au nord d'Hébron, et à environ deux cent cinquante stades de Jérusalem.

3) C'est là qu'on croit avec raison qu'Abraham donna l'hospitalité au Fils de Dieu en même temps qu'aux anges qui allaient vers'Sodome; c'est là que lui fut annoncée la naissance d'Isaac. Enfin, cette sainte impératrice fit encore construire dans ces Saints-Lieux diverses autres églises, en sorte que ïe nombre s'ea éleva à plus de trente ; après quoi elle alla rejoindre son fils en Occident.

» Constantin, de son côté, fit bâtir un temple à Héliopolis en Phénicie, et plusieurs autres en différents endroits. »

Mais ce fut surtout l'église bâtie sur le Saint-Sépulcre qui attira l'attention du monde chrétien. Eusèbe , évêque de Césarée, né au troisième siècle, et témoin oculaire de toutes ces merveilles , assista à la dédicace de ce précieux temple. Ses remarquables écrits l'ont placé au rang des plus illustres écrivains de l'Eglise, et son enthousiasme, en face des merveilles opérées par la piété d'Hélène et de Constantin , nous rend encore plus chers les précieux détails qu'il nous a laissés sur les premiers travaux commencés au Calvaire. Après avoir Jdéploré les premières profanations des païens , et montré comment l'enfer s'était servi des mains des impies pour abolir le monument dont un ange éclatant de lumière avait roulé la pierre qui en fermait l'entrée, il ajoute que ce même ange de la résurrection avait, par ce même

miracle, levé la pierre de l'incrédulité de dessus les cœurs les plus durs et les plus insensibles. Il pouvait ajouter encore que, dans leur fol aveuglement, ces insensés avaient à tout jamais marqué la place que le Fils de Dieu avait sanctifiée. Puis il dit :

« Ces impies et ces profanes s'étaient follement imaginé qu'ils enseveliraient la vérité de ce mystère sous le monceau de terre et de pierres dont ils allaient combler ce saint Tombeau. Ils y en apportèrent donc une prodigieuse quantité, pavèrent la surface et élevèrent audessus un tombeau, non pour y recevoir les corps, mais pour y perdre les âmes. Je veux parler d'une obscure caverne qu'ils y bâtirent en l'honneur du démon de l'impureté, sous le nom de Vénus. Depuis ils y offrirent de détestables sacrifices. Ces malheureux n'avaient pas assez de sens pour comprendre que quand le soleil accomplit sa révolution dans le ciel , il faut bien que ses rayons parviennent jusqu'à la terre. La gloire du Sauveur, bien qu'elle n'éclairât que les esprits, tandis que le soleil n'éclaire que les corps, avait déjà inondé la terre de son puissant éclat. Pourtant les projets des profanateurs et des impies avaient pendant quelque temps triomphé de la vérité, qui n'avait pour elle ni gouverneur de province, ni général d'armée, ni empereur.

» Enfin Constantin seul s'est trouvé capable de lever ce scandale et d'abolir cette abomination. Ce prince, si agréable à Dieu et si rempli de son esprit, ne pouvant supporter plus longtemps qu'un lieu si saint eût été couvert d'ordures et comme enseveli dans l'oubli par les artifices des ennemis de la foi, ordonna d'enlever ces immondices, afin de le rendre le plus magnifique et le plus éclatant qu'il y eût sous le soleil. Il n'eut pas plus tôt donné l'ordre de raser ces édifices , élevés par le mensonge et consacrés à l'enfer par la superstition , que ce culte abominable disparut.

» L'empereur ne fit pas seulement abattre le sanctuaire consacré à l'idole de l'impureté; il en fit jeter au.

loin les démolitions, ordonna de creuser la terre souillée par ces sacrifices impurs et de la transporter en d'auti^s lieux. >

C'est ainsi que , sans le vouloir, Timpiété avait ellemême fixé à tout jamais la place des lieux qu'elle voulait anéantir. « Depuis les temps d'Adrien jusqu'à l'avènement de Constantin , dit saint Jérôme , venu un demisiècle après ces événements {Ep. ad Paulin.)^ c'est-àdire dans un intervalle de 480 ans, un temple de Jupiter et une statue de Vénus, au lieu même de la Résurrection et sur le rocher du Calvaire, recevait les adorations des païens et des fauteurs de la persécution , qui s'imaginaient par là détruire la cropnce à la Résurrection et à la Croix du Sauveur, s'ils parvenaient à polluer ces saints lieux à l'aide de leurs idoles. »

La lettre de Constantin à Macaire , évêque de Jérusalem , est une preuve remarquable de ce que j'avance et un monument trop précieux pour qu'elle ne trouve point sa place parmi les documents rapportés ici. Voici ce qu'il dit :

« La grâce que le Seigneur nous a faite est si extraordinaire et si belle qu'il n'y a point de paroles qui la puissent dignement exprimer. En effet , rien est-il plus admirable que l'ordre de la Providence par lequel il a caché sous terre, durant un si long espace de temps, le monument de sa Passion, jusqu'à ce que l'ennemi de la piété eût été vaincu et que ses serviteurs eussent été mis en liberté? Il me semble que quand on réunirait tout ce qu'il y a de savants et d'orateurs dans le monde, ils ne pourraient jamais rien dire qui approchât de la grandeur de ce miracle, parce qu'il est autant au-dessusde toute créance que la sagesse éternelle est au-dessus de la raison.

3> Aussi ai-je excité tous les peuples à embrasser la religion avec une ardeur égale à l'éclat des événements merveilleux par lesquels la vérité et la foi sont confirmées de jour en jour. Comme ce projet est connu du monde

entier, vous serez facilement persuadé que je n'ai point de plus grand désir que d'embellir par de magnifiques bâtiments ce lieu qui, étant déjà saint, a été encore sanctifié par les vestiges de la Passion du Sauveur, et qui a été déchargé par la volonté de Dieu , et par mes soins, du poids d'une idole dont il avait été chargé.

> Je remets à votre prudence de prendre les soins nécessaires pour faire en sorte que les édifices surpassent en grandeur et en beauté tout ce qu'il y a de beau et de grand au reste du monde. J'ai donné charge à notre très-cher Dracilion , vicaire des préfets du prétoire et

S;ouverneur de la province, d'employer suivant vos ordres es plus excellents ouvriers à élever des murailles. Mandezmoi quels marbres et quelles colonnes vous désirez, afin que je les fasse conduire.

3> Je serai bien aise de savoir si vous jugez à propos que l'église doive être lambrissée ou non; car si elle doit être lambrissée , on y pourra mettre de l'or. Faites savoir au plus tôt aux officiers. que je vous ai nommés, le nombre des ouvriers et les sommes d'argent qui seront nécessaires, et les marbres, et les colonnes, et les ornements qui seront les plus beaux et les plus riches , afin que j'en sois promptement informé.

» Je prie Dieu, mon très-cher père, qu'il vous conserve. ï>

Cet ordre fut bientôt suivi d'une prompte exécution, et une autre Jérusalem s'éleva autour de ce nouvel édifice, à côté du sol désert et sacrilège que la vengeance de Dieu avait rasé en punition de son crime. Quand on entre à Jérusalem par la porte Sitti-Mariam et les ruines du palais de Pilate , et qu'on s'arrête sous l'arcade de \Ecce-HomOj on a devant soi cette ville nouvelle qui entoure le Golgotha, tandis qu'autour de soi le regard ne repose que sur des murs renversés et sur des lieux déserts.

Quant à raconter les magnificences de ce tpmple admirable , dont la construction dura six ans , et la joie

des chrétiens qui n'en pouvaient croire leurs yeux, nous renvoyons le lecteur aux récits naïfs et enthousiastes des auteurs contemporains et surtout à celui d'Eusèbe, tout impressionné de l'admiration des populations orientales et chrétiennes. Gomment , en contemplant la piété de ces milliers de fidèles accourus dans la Ville-Sainte, n'être pas touché des larmes et des prières de la pieuse reine envoyée par Constantin, s'humiliant d'être sur le trône et dans un palais, tandis que la Croix, l'instrument du salut et du triomphe, était encore cachée à tous les regards , enfouie dans les profondeurs du Golgotha et ensevelie sous tant.de ruines? L'histoire nous a gardé sa touchante et naïve prière : « Démon , esprit misérable, s'écria-t-elle, c'est toi qui caches lâ puissante épée qui t'a frappé ! Comment me croirais-je rachetée, si le signe de la Rédemption est caché à tous les yeux? » En lisant ce récit d'Eusèbe, on assiste à toutes les émotions, à toutes les inquiétudes de cette sainte reine ; on se réjouit, jorsque, parvenus au fond du puits des suppliciés, les ouvriers ont retrouvé ces croix dérobées, par les païens et les juifs, à l'amour et aux respects des premiers fidèles ; on s'épouvante avec la foule à l'idée de ne pouvoir distinguer parmi ces gibets quel est l'arbre qui a porté le fruit de vie. On se sent ému de la joie de sainte Hélène et de celle de tous ces pieux fidèles, lorsque d'éclatants miracles viennent révéler à la foule émerveillée quelle est, dans ces trois croix retrouvées au fond des. entrailles du Calvaire, celle qui a été l'instrument du salut ! 0 saintes émotions, ô pieuses angoisses ! puissent les chrétiens de notre siècle, agités par tant de misérables intérêts , retrouver de telles impressions de foi et de salut !

Je termine ici ce que j'ai cru devoir dire d'un temple qui ne saurait avoir son égal dans le monde et qui, par cela même qu'il renferme le rocher du Calvaire , appartient au sang de Jésus-Christ et par conséquent à son Eglise, ie renonce à faire comprendre mes larmes et

mon désefiDoir, quand je vis la prière des catholiques repoussée au rocher dans lequel la croix avait été plantée, ainsi que de la pierre qui recouvre le tombeau de Jésus-Christ Que sont -donc, à côté d'un tel scandale, les questions qui mettent aujourd'hui le monde en feu?

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