CHAPITRE L
Les Maronites et les Syriens, — Le chemin du désert. — Li fontaine de Saint- Philippe. — La lecture de la Bible. — Maisons de bone. — L'ancienne terre de Ghanaan. — Le désert de saint Jean-Baptiste. — L'arbre du Pa<fi-de-> Saint'Jtan. — La foix dn lion dans le désert. — La grotte de saint Jean- Baptiste. — 5otiif-/0afi dei Mantagnei on l'ancienne iiffi. — La maison do sainte Elisabeth et la Viiitation. —Le Magnificat et le eolte de Marie.
Si j'avais besoin d'appuyer cette opinion d'autres témoignages encore, je pourrais ajouter à ces détails la coutume et l'exemple des Maronites et des Syriens, chez lesquels vivent leurs propres patriarches , en dehors de la juridiction de Jérusalem et suffisant à leurs propres besoins spirituels.
Les Maronites , c'est-à-dire ces admirables chrétiens omanisés par saint Maron , et q[ui depuis cette é{)oque OOTont le spectacle de la primitive Eglise, au sein de leurs ravissantes et inaccessibles montagnes, ne sont autre chose que des Syriens devenus Arabes. Ils suivent dans leur liturgie la langue syrienne ou syriac|ue, langue que tout le peuple parlait encore il y a deux siècles, et à laquelle il a renoncé pour se servir de la langue arabe, le syrien n'étant plus compris que du clergé seul , Cfui ofScie encore dans cette dernière langue. L'instruction du peuple, les catéchismes et les prédications se font en arabe.
L'origine de cette population si naïve , si chrétienne et si attachée à la France, remonte aux temps de Chosroës , où les invasions .des Perses contraignirent les habitants de la plaine à se réfugier dans les montagnes. Les invasions arabes, les exactions et les cruautés des Mahométans, toujours d'accord dans leur haine avec les instincts féroces des Druses , les maintinrent forcément dans ces retraites. En Europe ne voyons-nous, pas quelques populations suisses, isolées par leurs montagnes du monde entier et de ses révolutions , présenter aussi le même spectacle et des phénomènes analogues? Quand on les a visitées une fois, un charme secret vous y rappelle toujours et vous répète sans cesse que c'est là que vous voudriez vivre et mourir. Les Maronites sont au nombre de cent cinquante mille. Leur patriarche fait sa résidence au mont Liban et s'itititule patriarche' d'Afh tioche pour les Maronites (1).
(!) II n*e8t paa hors de propos de dire ici an mot des Drases, qui, dans le moment où je livre ces lignes à la publicité, viennent d'épouvanter le monde par les assassinats et les incendies dont ils ont sonillé le Liban , et par de^ . actes sauvages qui ont enfin provoqué l'heureux retour de la protection fran» çaise en Orient.
* Ainsi que je Tai dit dans le premier volumoi les Druses descendent da féroce Hakem, et leur arrivée dans ces montagnes date des premiers instante de l'Hégire. Leur religion n'est pourtant point celle de Mahomet, pas plus que celle des Métnalis, qui n'est autre chose qu'une scission, une secte protestante au sein du Coran. Cette race s'est fait à elle-même un culte dans lequel ou trouve à la fois des traces des religions chrétienne, mahométane, juive el païenne. Ils fêtent le sabbat, considèrent Mahomet comme un grand prophète, sacrifient à des idoles qu'ils portent avec eux et se transmettent de génération en génération, s'abstiennent de la chair du porc et honorent quelques-uns des saints de l'Église chrétienne. Cette sorte de panthéisme leur sert k merveille. Essentiellement voleurs et cruels , ils ne fréquentent dUutres peuplades que pour satisfaire nn de ces deux iristincts , se servant alors des pratiques religieuses qui peuvent leur être de quelque utilité dans leurs projets. Gomtne lit sont avec les Maronites les deux populations les plus imporlantes de la chaîne du Liban, ils ont toujours rêvé et tenté l'anéantissement de cette tribu rivale^ et cette fois Toccasion, préparée de longue main, leur a semblé favorable. Croyant trouver de la sympathie chez les Anglais, dont les missionnaires
Les eatholiques de la Syrie sont aussi une race syrienne devenue arabe. Excepté dans deux ou trois villes de l'anti-Liban, aux environs de Damas » le peuple ne
décrient la religion cttholiqiiey ils se sont empressés de se placer sont lenr proleetioa, el e'est ainsi que, tandis que le drapeau calholiqae de la France vient d'être traîné dans la boue, ancnn Anglais, k moins d'accident fortuit» n*a eo à souffrir de la rage farouche de cette tribn féroce et fanatique. J'ai déjk raconté, à l'occasion de mon passage k Beyrouth et pendant moq séjour à Constantinople, par quels moyens odienx des Anglais avaient cherché à mettre ce pays sons le protectorat de lenr nation. Cet horrible calcul se trouve d'accord malheareosement avec les efforts que l'Angleterre vient de tenter , à Paris, an sein de la conférence, pour empêcher l'intervention en Syrie. Indignée d'entendre une voix s'élever en faveur des assassins, l'opinion publique, dans tonte l'Europe , s'est prononcée avec une telle énergie et une telle unanimité pour une intervention prompte et efificace, qu'on a dû craindre un instant de voir sortir une guerre européenne de la nécessité où se trouvait la France d'agir sans le consentement de l'Angleterre. Si les Druses , qui déjk sans doute sont rentrés sous terre , viennent à rencontrer un soldat anglais dans l'expéditon de Syrie, il sera curieux d'entendre les reproches qu'ils croiront devoir lui adresser.
La eomplicité des Tnres avec les Druses dans ces derniers massacres s'explique par. la haine que tout bon musulman doit porter aux chrétiens. Cette fois le Tore pouvait affecter des dehors de civilisation : il ne massaerait pas ouvertement, et revêtu de son uniforme, comme les Druses et les fanatiques, il se contentait de repousser les victimes^ dans les flammes. Abd-el- KLader seul a joué sa vie pour défendre un sentiment qui partout honore l'humanité.
Ceux qui doutent de la douceur inoffensive des Maronites ont été suffisamment éclairés en voyant ces malheureux rendre leurs armes aux Turcs qui devaient les protéger, lorsque ceux-ci , au lieu d'imposer à leurs ennemis la paix qu'on faisait espérer dans le camp des chrétiens, ont livré les victimes aux bourreaux. Cette population, si renommée par la douceur.de ses mœurs, est bien la même qui, l'année dernière, abandonna à ses méchants voisins la vallée de Bibloi, le plus fertile de tous ses pâturages, afin d'éviter l'effusion du sang. Sans doute les Maronites n'ont aucune sympathie pour les Druses, et qui osera leur en faire un reproche ? Mais en aucune occasion on n'a osé les accuser d'avoir provoqué leurs ennemis, et tant qne pe>sonne n'est intervenu dans leurs querelles, ils ont su se défendre. Ce n'est point le courage qui leur fait défaut. Qui n'a admiré cette jeUne fille maronite qui n'a succombé qu'après avoir immolé dix-hnit Druses de sa propre main?
La cause première de tous ces malheurs, il faut bien le répéter , c*est que.
parle pluà que Tarabe. Ils sont au ttombre ée^ six mille, et leur liturgie se fait dans la langue syriaque. Leur patriarche a sa résidence à Mardin, mais le plus habituellement au Mont-Liban.
En résumé, les populations catholiques de la Syrie et de la Palestine ont chacune leur patriarche, et leur ensemble se compose comme il suit : Maronites, 150,000; Syriens cathoUques, 6,000; Grecs catholiques, 4,000; Latins, 40,000. Ce qui donne, en laissant de côté les Arméniens cathoUques de l'Asie-Mineure , un total de 206,000 catholiques.
Telles sont les réflexions que firent naître en moi l'église et la solitude de Beit-Djala. Je les trouvai confirmées par de nombreux et précieux renseignements, et entre autres par ceux que je dois à l'obligeance et aux connaissances pratiques de M. le consul de Barrère,
dans le Liban comme en général dans toutes Tes provinces de la Tarqnie, il n'y a pas d'antorité en état de faire respecter aucune loi, et que les gouyernenrs milittires el civils, dépouillés même de Tespoir de toocber jamais aacmie'Solde, ont trop de motife pour sympathiser avec lespillards.
On se tromperait grossièrement si on ne voyait dans les affreux massacres de nos jours que la haine des Druses contre les Maronites. La peur causée par le nom chrétien et surtout par le nom français, ainsi que la pensée du démembrement de l'empire turc, voilà les deux puissantes causes d'un si grand mal; les Droses n'en sont que Toccasion qui a tout provoqué. Depuis le mois de jnai^ partout les chrétiens sont massacrés par les Métnalis, Jes Arabes nomades, les Druses à qui les Turcs sont venns en aide \ et depuis plos d'un an, on fait circuler dans toute la Turquie ces prcjets de sang et de vengeance soas la forme d'une lettre intitulée Epitre de la menace^ adressé^ à tous les ennemis du nom chrétien^ Des brochures traduites dans tous les idiomes do paysy el répandues par miniers, ont annoncé ta fin de la Turquie et ta dominaiian des Franes. On assure même que iles. écrits réeents, que l'opinion en Europe ne regarde point eomine sérieux, ont été employés à cet usage et ont produit un immense effet. Nous connaitrons bientôt, par le témoignage des victimes échappées à cette boucherie, ce qu'il y a de vrai dans ces tentatives coupables et les intérêts à qui elles devaient profiter. Une fois de plus, les ennemis 4e la Pr»nce seront éonv^ipcus d'être les ennemis deThu* manité; ; - r ^ ^ • - . . ; .
fort au courant, depuis tant d'années de résidence à Jérusalem et dans la Syrie, de tout ce qui intéresse ces populations. Ce n'est pas que j'invoque ici le témoignagne d'un homme distingué pour me mettre à l'abri derrière son jugement, dans une opinion qui, je le répète, m'est tout à fait personnelle, et que je soumets à l'appréciation de qui de droit ; je ne fais ici que relater, comme un voyageur, les impressions rappelées par le souvenir des lieux qu'il a visités.
Quelque pénibles que soient, pour moi et pour tout chrétien, les pensées que fait naître la vue de cette Judée désolée, de cette terre stérile et maudite, elles ne sont point en état pourtant -de vous distraire au point d'oublier les horribles chemins que nous foulons aux pieds de nos chevaux. Une fois qu'on a quitté les apparences de route qui font encore quelque illusion au voyageur depuis Jérusalem jusqu'à Hébron, on escalade ou on descend sans repos ni trêve -des pierres cassées ou des roches glissantes. Gomme je n'ai dans mes habitudes de voyage rien qui ressemble à un talent d'éqûitation, je laisse à mon cheval le soin de me tirer d'affaire, et il se trouve , par reconnaissance sans doute pour cette attention délicate de ma part, qu'il m'amène au bout de ma journée sans accident, tandis que, dans cette même course, j'ai vu rouler près de moi, de manière à se briser tous les membres , le plus fringant de nos cavifas et le cheval le plus solide de notre escorte.
Bientôt, en descendant un coteau à pente abrupte, nous arrivons à une fontaine entourée de ruines et qui coule en assez grande abondance. C'est là que l'apôtre Philippe, revenant de la Samarie et descendant le chemin appelé chemin du Désert, qui menait alors de Jérusalem à Gaza, baptisa le puissant eunuque, intendant général des trésors de la reine de Candas. Cette fontaine, à laquelle je m'attendais peu, me fit une impression d'autant plus vive. C'est là que Philippe avait rencontré cet officier assis dans son char et lisant Isaïe le prophète.
Poussé par l'Esprit de Dieu, Philippe lui demandô s'il est bien assuré de comprendre ce qu'il lit, et Feunuque lui répond : « Gomment le pourrai-je, si quelqu'un ne vient me l'expliquer? Et aussitôt il demande à Philippe de monter et de s'asseoir à ses côtés. Le passage du prophète était celui-ci : a: Il a été conduit à la mort, comme la brebis qu'on traîne à la boucherie, comme l'agneau qui se laisse tondre , sans jeter un cri et sans ouvrir la bouche {Is. 53). » De qui veut donc parier le prophète? dit l'eunuque. Est-ce de lui ou d'un autre? Alors Philippe , prenant aussitôt la parole et choisissant pour point de départ le passage en question , lui évangéhsa Jésus. Tandis qu'ils parlaient et avançaient sur ce chemin, ils arrivèrent à une fontaine, et l'eunuque dit: Voilà de l'eau : qui empêche donc que je.ne sois baptisé? Et Philippe lui dit : Si vous croyez de tout votre cœur, cela est possible, — Je crois, dit Feunuque, que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Il fit arrêter son char ; ils descendirent tous deux dans l'eau, Feunuque et Philippe , et l'apôtre le baptisa. Tel est le simple récit du huitième chapitre des actes des apôtre, et me voilà à cette fontaine , qui n'a pas plus tari que la miséricorde elle-même qui se révèle dans le baptême chrétien.
Etes-vous bien sûr, me dira quelqu'un de. ces touristes hbres penseurs qui font métier de remuer la cendre des ruines pour s'aveugler eux-mêmes et qui sont heureux de contester aux autres ce qu'ils ont toujours vénéré, êtes-vous bien sûr que ce soit là la fontaine de l'apôtre Philippe? Je suis en possession de cette tradition, lui dirai-je, et je la garde jusqu'à preuve du contraire. Je n'ignore pas que le protestant qui fait usage de sa raison et de sa liberté pour douter de tout et pour tout remettre en question , peut me dire : Prouvez-moi que c'est bien là la fontaine dont parle le VIII« chapitre des Actes des Apôtres. Mais il est trop facile de demander des preuves quand soi-même on devrait les donner ; en tout cas, comme cette fontaine de Philif^e a dû,
même de Faveu de mon interlocuteur, exister quelque part, je garde ma foi en celle-ci jusqu'à preuve du contraire, et, pour poser à môntourune question besuicoup plus grave, je demande à cet enfant de Luther comment il accorde cette page de notre Evangile, qui est aussi le sien et que nous venons de lire, avec la foi qu'il professe.
Chaque chrétien , me dit-il , doit lire la Bible et y trouver lui-même, aidé par FEsprit-Saint, les vérités nécessaires à sa foi et à son salut. Est-ce bien là cette page que nous venons de parcourir ensemble? Sans parler des désastreux résultats de ce fameux principe qui a fait autant de symboles que d'individus, je lui demande si ce grand principe qu'il invoque est d'accord avec la pratique constante du Christ, de ses apôtres et de la primitive Eglise. « Comment pourrai-je comprendre, dit l'officier à Philippe, si personne n'est là pour me l'expliquer? > En effet, Jésus n'a pas dit: Allez, semez le monde de manuscrits; invitez chacun à les lire et à les étudier. Mais il a dit: Allez, instruisez! Celui qui vous écoute, m'écoute! posant ainsi le principe de la foi dans l'autorité et dans l'obéissance, qui font la vie et la force du troupeau, et non dans le libre exa^ men de chacun, qui ne tend et ne réussit que trop à pulvériser l'œuvre de Dieu.
Voilà comment Jésus institue cette Eglise enseignante avec laquelle il affirme qu'il sera toujours. N'avons-nous
f)as en effet, dans ce chapitre des Actes des Apôtres, un ecteur plein de bonne volonté, qui, la Bible en main, s'occupe sérieusement et avec droiture de cœur à comprendre Isaïe? Il a le bonheur d'assister au grand jour de la manifestation de Dieu aux Gentijs; il foule aux pieds la terre des prophètes; il a peut-être, puisqu'il vient de Jérusalem, entendu le vent qui ébranla la montagne de Sion, quand l'Esprit-Paraclet descendit, le cinquantième jour , dans le cénacle ; et pourtant il dit : c Comment pmrrai-je comprendre si quelauun ne vient me l'ecùpliquerf "» Assurément il était digne ae connaître et
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djB posséder la lumière, puisque Dieu fait un prodige pour la lui communiquer; et pourtant c'est sur les ordres de l'Esprit-Saint que Philippe court après ce char et monte à côté du lecteur. Or, je le demande à tout homme de bonne foi: les Apôtres, sans exception, ontils jamais fait autre chose que Philippe? L'Eglise a-télle jamais fait autre chose que les Apôtres? Les missionnaires de nos jours font-ils autre chose que ce qu'ont fait les Apôtres, que ce qu'a toujours fait l'Eglise?
« Allez, dit Jésus à ses disciples; vous ne vous êtes point choisis vous-mêmes, mais c'est moi qui vous ai choisis! Enseignez aux peuples ce que je vous ai enseigné moi-même. Et je suis avec vous jusqu'à Ig, consommation des siècles. » Qu'on me passe cette petite digression en faveur des lecteurs de bonne foi qui ressemblent à l'officier de la reine Candace. Nulle part le libre examen et ses fameux disciples les libres penseurs Ae sont plus déplacés que sur ce sol de la Palestine.
Nous avançons péniblement. Les atroces chemins qui nous ont amenés ici n'ont pas encore dit leur dernier mot et n'ont pas épuisé jusqu'au bout les jouissances qu'ils nous ont déjà procurées et celles plus désagréables encore qu'ils nous destinent. Quelques villages nous apparaissent: ils sont dignes des abords qui j conduisent, et il n'est pas en France un cantonnier qui ne préférât à ces masures basses, infectes et construites avec de la boue, l'abri ou l'auvent qu'il se bâtit dans les fossés, le long de nos grandes routes.
Ces coteaux et ces ravins désolés furent pourtant autrefois des paysages riants et fertiles ; les jardins , abondant en toute sorte de végétation et de fruits, ornaient cette partie de la terre de Chanaan. C'est de là que les guerriers de Josue rapportèrent ces fruits délicieux et ces grappes énormes qui soulevèrent des cris d'admiration chez les enfants disraêl. C'est là aussi, dans ces mêmes lieux où nous sommes, que Samson, énervé dans le repos, trahit le secret de sa force aux pieds d'une femme menteuse et perfide.
Enfin nous arrivons à ce qu'on appelle le Désert de saint Jean, et qui mérite plutôt le nom de solitude que celui de désert. L'imagination se représente volontiers un désert comme une Thébaïde, sans horizon, accidenté tout au plus par un rocher ou par une fontaine ; tandis que ,' dans ce qu'on appelle le Désert de saint Jean^ on ne voit que ravins et collines y compris même des villages bien pauvres , il est vrai , mais pourtant non dépourvus de quelques arbres et de plusieurs sources assez abondantes.
Le caroubier se rencontre fréquemment dans ces terrains rocailleux : le fruit de cet arbre est appelé par les Arabes d'un nom que j'ai oublié, mais qui signifie également la sauterelle grosse et commune, dont on prétend que les misérables habitants de ce pays font encore aujourd'hui leur nourriture. De là l'opinion de quelquesuns qui pensent devoir expliquer par le fruit du caroubier la no4irriture sauvage et étrange, locu^tœ, dont il est parlé au premier chapitre de saint Marc. Dans le langage du peuple, le caroubier porte aussi le nom d'arbre du pain de saint Jean. En sorte qu'il en serait de ce passage de XY^sm^^ absolument comme de celui où Jésus-Christ parle des difficultés que rencontrent les riches pour arriver au ciel , et dans lequel un simple changement de voyelle brève en voyelle longue, dans le même nom, a substitué en grec le mot chameau à celui de câble^ qui semble si naturel.
Quoiqu'il en soit de cette nourriture sauvage, celui dont le souvenir nous attire en ces lieux n'en fut pas moins un grand homme, et même, d'après le témoignage du Verbe de Dieu, de la Vérité descendue sur la terre, le plus g'' and d'entre tous les hommes. Il était convenable qu'il en fût ainsi du dernier des prophètes, de celui qui devait non pas prédire la venue du Christ, mais dire aux Juifs qui ne voulaient point 1« connéiître : « Le. voilà! Il est aU nailieii de vous;* et, malgré votre adni.iratioa pour* moi , je ne suis point drgne, de toucher à sa chaus-
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à Tavance la gloire dont les siècles futurs Tout entourée et dans lequel elle, a révélé au monde les miséricordes de son divin Fils à l'égard de son humble servante.
Dans ce sol rocailleux, foulé aux pieds de nos chevaux , je remarquai de temps à autre d'énoimes ceps de vigne roulés dans la poussière et dont les grappes naguères récoltées avaient dû bien souffrir d'un tel abandon. Je ne me lasserai point de le répéter et de le demander à toutes les âmes qui ont conservé quelque espérance : une terre jadis si heureuse est-elle donc condamnée pour toujours à ne plus donner que des souvenirs ?
Nous arrivons enfin à un détour de la colline qui est sur notre droite, et là, à mi-côte, sur un petit plateau ombragé, se présente une jolie maison de campagne, à peu près neuve, et. appartenant au frère d'un Arabe nommé Hanna-*Garlo , drogman du consulat français à Jérusalem. A côté de cette maison, dans un rentrant de la colline, s'élevait, au temps de Jésus , la maison de campagne du prêtre Zacharie, père de saint Jean*Baptiste, Ce n'est plus aujourd'hui qu'un monceau de ruines autour duquel sont encore entassées d'autres ruines provenant d'une grande église bâtie autrefois en ce lieu, en l'honneur de la Visitation, ou de l'événement miraculeux qui réunit la mère du saint Précurseur et la mère du divin Sauveur des hommes, dans ce vallon que l'Evangile appelle in montana^ là où était, dit-on, l'ancienne vilte d'Ain. D'après ce qui reste de ces ruines du temple et de la maison, on croit que l'église renfermait la demeure de sainte Elisabeth. De grandes colonnes s'y tiennent encore debout^ et il faudrait peu d'efforts pour retrouver le plan d'un lieu aussi cher aux chrétiens, à l'époque où ils couvraient la Palestine de tant de beaux monuments. Une petite cour plantée de quelques oliviers sépare ces ruines de l'habitation moderne.
Avant de songer à aucune espèce de r^os, je me dirigeai à la gauche de la cour de cette maison, vers l'entrée de ces ruines, et je pénétrai dans un petit carré
de murailles presque entièrement démolies, mais dont une petite portion en face de la porte , appuyée contre les rochers et contre le terrain de la montagne, laisse ènéôre assez bien deviner la forine d'une des chambres de celte antique demeure. C'est là que Marie fut reçue par sainte Elisabeth et vécut avec elle l'espace de trois mois. Les trois autres murailles n'existent plus; les pierres des pans écroulés ont été relevées avec soin et sont empilées sur la droite en entrant.
Yoilà donc, m'écriai-je, le lieu où retentit pour la première fois cette parole qui court aujourd'hui d'un pôle a l'autre pôle, de l'Orient à l'Occident: a: Vous êtes bénie entre toutes les femmes! » Quand le roi des prophètes et le dernier de ceux qui ont eu l'insigne honneur d'annoncer le Messie furent ici présents, dans le sein de leurs mères, un rayon de lumière parti de ces montagnes illumina l'obscurité des siècles futurs; de grandes merveilles furent révélées et la bouche inspirée de Marie proclama cet admirable cantique Magnificat! Mon âme chante les maanificences du Seigneur! récité pour la premère fois en iface de ces murailles si éloquentes encore dans leurs ruines et, depuis ce jour, devenu un chant de triomphe dans toute l'étendue du mondç chrétien. Je tombai à genoux; je baisai cette terre mille fois bénie, tandis que mes lèvres murmuraient ce cantique de la Reine de^ cieux , et que mon cœur savourait avec amour rheureuse expansion de cette sainte, de cette douce joie, ûu^il me soit permis de le redire ici :
<i: Mon âme chante les magnificences du Seigneur ;
]» Et ma pensée a tressailh de joie dans le Dieu qui est mon Sauveur.
> Parce qu'il a laissé tomber un regard sur sa pauvre servante : voilà que toutes jes nations de la terre vont me proclamer bienheureuse.
:» Il a fait de grande^ choses po^ur moi Celui dont la puissance est redoutfibl(S et dont le nom est saint. ]»
Aussi à peine cette parole d'Elisabeth a-l-elle retenti
en ce lieu : Vous êtes bénie entre toutes les femmes f que , malgré sa profonde humilité , cette femme pauvre et ignorée, venue à pied des champs de la Galilée, à travers les montagnes d'Ephraïm et de Juda, Marie, voit dans les siècles futurs ses autels placés à côté et sous la protection de ceux de son divin Fils; elle voit dans Tavenir toutes les générations à ses pieds. Elle a déjà la conscience de ce pouvoir immense que Dieu va accorder à son intercession. Dans cette extase, le del s'ouvre devant ses yeux , et en même temps que l'Esprit saint lui révèle les grandeurs fiitures de ce beau ropume dont elle sera la Reine , son âme , exaltée par la joie , ne peut taire sa reconnaissance. Elle ajoute :
< Sa miséricorde, visible de génération en génération , s'est toujours manifestée sur tous ceux qui portent sa crainte dans leur cœur.
» Son bras puissant s'est rendu redoutable : il a fait les superbes s'évanouir dans l'orgueil de leurs pensées.
^ Il a ordonné aux puissants de la terre de descendre de leur trône, et il y a fait monter ceux que le monde méprisait.
:^ Il a rempli de ses biens ceux qui étaient dans la misère, et il a congédié les riches entièrement dépouillés. » *
Elle suit dans les âges la promesse toute miséricordieuse d'un Dieu sauveur, espérance portée dans le cœur de tous les élus. Elle entrevoit les fureurs des méchants, les efforts de l'enfer, les combats de l'ÉgHso, les injures des ennemis de la foi ; mais die les voit se confondant eux-mêm^ dans leurs projets insensés. Ceux qui possèdent les richesses et les honneurs dé la terre descendront de leur trône , parce qu'ils ne peuvent rien pour le bonheur de l'humanité; ils feront place à ce qu'il y a de plus faible, à ce que Dieu a choisi pour confondre ce qu'il y a de plus. fort. Le Seigneur va appeler à lui ceux que le monde repousse de son sein et proclamer bienheureux tous ceux qui souffrent pour sa sainte cause. 10
c Voilà comment le Seigneur a pris en main la défense d'Israël , son fils, se ressouvenant de la miséricorde qu'il lui avait promise.
» Ainsi qu'il l'avait toujours dit à nos pères, à Abraham et à sa race dans tous les siècles. j>
Elle voit du même coup-d'œil les grandeurs futures de l'Eglise, son beau domaine, la promesse de ce merveilleux royaume annoncé aux patriarches et aux prophètes , et la Divinité du Christ , son Fils , la pierre angulaire qui sert de lien entre ces deux édifices.
Quels magnifiques éclairs ont jailli de cette première rencontre du Messie et de son dernier prophète ! Oh ! que le symbole (Chrétien est plein de ravissements ; qu^il a de riches enseignements, de saintes et fécondes aspirations, et surtout qu'il est admirable dans son ensemUe quand il est complété par le dogme éclatant de la Vierge* Mère !
Il n'est pas rare de surprendre , hélas ! chez de prétendus esprits forts qui ne se doutent même pas de leur ignorance , quelque signe de pitié ou quelque geste de dédain au sujet du culte rendu par l'Eglise à cette nouvelle Eve, bànie entre toutes les femmes. Dieu me garde d'abaisser la majesté de la Reine du ciel jusqu'à paraître tenter une justification en face de ceux qoi devraient la bénir et qui lui devront peut-être un jour leur salut* Mais il n'est pas hors de propos, même pour ses serviteurs les plus dévoués , de rappeler ici ce que la raison vient dire à l'appui des témoignages de la foi.
En me trouvant seul au milieu des ruines de cette chambre , et assistant par la pensée à cette rencontre si simple de deux femmes ignorées du monde entieiT, je contemplai ce point de départ du culte de Marie et sesdéveloppements, ce culte d'amour dmnenu un vrai triomphe dans toute l'Eglise et quî^ commencé ici dans cette salki« tatirni d'Elisabeth: « Vm& ét^ bénie entre toutes le'»' femmes! i> Voici, tne disais^je, te point du globe eu retentit pour la première fois cette acclamation répétée
— Ul —
par tous les peuples dans la suile des siècles. Eh bien ! je mets au défi la raison de Thomme, abandonnée par la foi , de donner une explication rais(Hmable et Ic^que d'un tel phénomène.
Ou bien il admettra avec le peuple chrétien Tintervention et la volonté manifeste de Dieu dans l'institution d\in culte aussi cher aux anges qu aux hommes ; ou bien il restera seul, sans raison comme sans foi, en face du fait le plus inexplicable et en même temps du fait le mieux établi , le culte d'une femme pauvre et inconnue, que rien ne désignait alors et que rien ne justifie aujo«u^hui.
Quel ébaiX donc dans l'humanité le besoin de ce culte que l'imphe cherche à écraser de ses sarcasmes? Qui a osé le réclamer? Et s'il fallait, pour établir ce culte, songer à une femme, d'où vient que, au heu de choisir une des illustrations de l'antiquité , oubliées aujourd'hui, on. a: eu recours à une femme pauvre, ignorée,, et que rien œ devait et ne pouvait indiquer à l'attention des hoonnes? Je ne voudrais, pour ma foi, d'autre argumaat que ce prodige , d'autre preuve de la divinité du Christ !
Quoi ! ce s^ait une inspiration naturelle qui aurait entravé uae femme pauvre , timide , ignorée , à s'écrier : Bmtam me dicent omnes generationes I TotUes les ffénératims me proclameront bienheureuse! Et toutes les géoérat^ms de la terre , obéissant à un ordre parti d'une pau'vre bourgade de la Judée, se seraient empressées d'accomplir cet oracle! Où trouver la raison, l'exemide d'une telle folie? L'esprit de Dieu seul a pu dicter à Marie tine inspiration, une parole qui eût été dans la bouche de toute autre femme le phis insensé de tous les orgueils.
Osera-t-on, pour maintenir une objection que rien ne peut défendre, invoquer un préjugé, parler d'ignorance? Mais qui osera accuser d'ignorancle le gdiira humain tout eoAier? Le Christ et ses Apôtres, les pr-etfriers âges et leurs eonciles , les fidèles et les docteurs qui 1^ ensei^
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gnent, tous proclament à Tenvi la grandeur, Tuniversalité de ce culte, ses titres, ses enseignements, sa fécondité, son éloge; tous lui érigent des sanctuaires, propagent sa gloire, s'inscrivent sous sa bannière, chantent ses cantiques.
Oserez-vous parler^ de superstition? Les plus grands génies qui aient honoré l'humanité se dresseront devant vous pour vous écraser de tout le poids de leur gloire et vous montrer comment on adore Jésus en honorant la Reine des cieux ; les plus saints de tous les martyrs vous enseigneront comment elle a fécondé tous les dévouements utiles à la terre et au ciel; tous ceux qui souffrent vous conduiront au pied de ses autels pour exalter devant vous leur reconnaissance et ses bienfaits.
Et ne le voyez-vous pas de vos yeux tous les jours? La mère qui veut remplir son devoir dans la famille, prend Marie pour modèle de son amour; la femme qui veut rester fidèle , l'invoque et pour elle et pour celui à qui elle a donné sa foi ; la fille qui veut passer saintement les jours de son enfance, s'étudie à retracer, dans son cœur et dans ses actes, la douce piété qui éclaira sa vie aa temple et à Nazareth. Si Jésus-Christ se révèle comme Dieu , rien que par l'amour qu'il sait inâpirer à ses élus, amour plus fort que la mort, amour qui inonde l'âme de la plus grande, de la plus suave de toutes tes joies; on peut dire aussi du culte de Marie qu'il est divin par les merveilles et les dévouements qu'il enfante chaque jour, par les vertus dont il est le soutien et Taliment, et, chose prodigieuse, par les hérésîeè qu'il a confondues.
Parmi tes louanges que l'EgHse chante en l'honneur de la mère de Jésus, nous trouvons celle-ci: « Réjouissez-vous, Vierge Marie, c'est vous qui avez mis fin à toutes les hérésies qui ont désolé ce monde. y> De même que ce culte se rattache par les liens les plus forts à l'admirable ensemble du dogme chrétien , de même il tend à détruire tout venjn d'hérésie. Telle était la mission annoncée dès le premier jour, telle était la puissance de
cette nouvelle Eve qui devait écraser la tète du serpent. Si vous pouviez en douter, voyez ce qui se passe aujourd'hui , même en laissant de côté les grandes choses accompliqs dans les âges précédents.
Les ennemis de notre sainte Religion publient et ont publié à tous les échos , depuis un demi-siècle , les funérailles de notre Foi: le cathoUcisme, à les entendre, est une lettre morte, qui n'a plus de raison d'être, plus de racines dans les cœurs, et la raison individuelle, dégagée de ses vieilles, de ses inutiles entraves, la raison soutenue par la science et par le progrès, est toute prête à secouer le joug de la Foi. Hélas! jamais en effet l'orgueil de la raison humaine n'a été plus grand que de nos jours; jamais ses victoires n'ont été chantées avec plus de Ijrisme , avec plus de confiance. Or , dans cette tempête, que fait Dieu pour sauver son Eglise? Que fait le bras puissant dont Marie a dit : « Fecit potentiani in ' bracAiosuo: dispersit super bas mente cor dis suif Son bras puissant . s' est rendu redoutable: Il a fait les superbes s'évanouir dans V orgueil de leurs pensées. i> Il place encore une fois son Eglise sous l'égide de Marie.
Un faible vieillard, assis sur le roc inébranlable de saint Pierre, et revêtu de l'autorité du Christ dont il est le vicaire, fait entendre sa voix à tous les chrétiens de l'univers; il proclame non pas une vérité nouvelle, il n'en est point dans l'Eglise , mais il enseigne comme un dogme des premiers âges , comme un principe de foi , une vérité inscrite jusque-là dans les cœurs des fidèles , mais non encore dans la lettre de leur symbole ; et aussitôt toute3 les intelligences, humiliées sous le joug de la Foi , se prosternent devant cet oracle du vieillard , dont l'impie demande la mort, mais à qui le Christ a dit quand il était sur la terre : « Je vous donne les clefs du royaume des cieux. » Et afin qu'il soit bien eijtendu que, en face de cette décision , il n'y a ni surprise ni indifférence , le monde chrétien fait éclater sa joie et son obéissance comme aux beaux jours du concile d'Ephèse , et cette
proclamation du dogme de Tlmmaciilée Conceplion est un long triomphe qui dure encore aujourd'hui, qui confond les incrédules et raffermit les âmes dans la foi. « Réjouissez-vous, Vierge Marie, vous avez encore une fois écrasé la tête du serpent infernal; c'est vous seule qui mettez fin à toutes les hérésies de la terre. »
Et la France, l'épée de la cause de Dieu et la plus belle couronne de Marie, recevra, en récompense de sa valeur et de sa foi , un des sanctuaires les plus chers au monde chrétien , celui où est née la fille d'Anne et de Joachim , joyau précieux donné à cette nation militaire et chrétienne, en récompense d'une belle victoire remportée le 8 septembre 1855, jour de cette glorieuse Nativité.
Puisse cette faveur du ciel annoncer enfin à Jérusalem coupable et tant de fois anéantie, son pardon tanfr^ésiré, et assigner à la France une nouvelle place et un rôle glorieux dans les desseins de Dieu sur des contrées qui furent le berceau de l'humanité et de l'Evangile.
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CILVPITRE Lï.
L'olivier de U Visitatioa. — Le déjenoer et les armes de Napoléon. — La foDlaine des agneaux. — Le Tillage de Saint-Jean. — La grotte dn «tint Précnrsear. — L'inspiration de Zacbarie. — Les portes de Jéroaalem et U sécurité de ses chemiDS. — La vallée de Térébinthe. — Le coovent de Samte^Craix* — La fome de U Traie Croix* — Rentrée à Jértsalem.
Je n'avais point le courage de m'arradier à ces ruines et il fallut que mes compagnons de voyage, dont j'étais si heureux d'être oublié en ce moment, vinssent rompre par leurs instances le doux charme qui m'enchaînait en ce lieu. Je jetai un regard d'adieu sur ces ruines et je m'arrêtai au seuil de ce pauvre mais noble réduit, près d'un jeune olivier, cherchant avec une certaine hésitation à y cueillir une branche en souvenir de mon passage en ce lieu. Le maître de la maison, qui venait de détacher pour moi une pierre de ce sanctuaire , me prévint dans mes désirs en me disant de m'en rapporter à lui pour ce soin. Le lendemain matin, en effet, quelles ne furent pas ma surprise et ma joie en voyant l'arbre tout entier coupé à sa racine et entièrement destiné à ma personne, entrer dans la cour du consulat français à Jérusalem , porté par le propriétaire lui-même de ce précieux domaine. Ma première pensée fut un regret pour ce quasi-sacrilége si inattendu; mais il fallut bien m'en consoler, dans la pensée que cet arbre, si jeune
4'9illews i 4€vait., comme tous les oUviers , renaître de ses racipes, sinon de ses cendres, et au même lieu.
Pendant le déjeuner , nous nous, témoignâmes mu^ tueUement nos regrets qu'un lieu ai cher, un. site aussi agréable et une maison aussi comnoode, ne fussent pas employés-à une œuvre utile au pays et à la rdigîon. M; le cpnsul Hme fit alors part d'une idée qu'il médîtait en ce moment, c'est-à-dire d'un projet qui amènerait dai» ce pays des frères de la doctrine chrétienne, qui fei^aient tant de bien dans la population musulmane de ces con^ trées et que j'avais déjà vu si bien réussir à G(»^tantiaciple. Je souhaitais de tous mes vœux le succès d-nn tel proje^ et d^à j'entrevoyais, comme une sainte pépinière dam qette vallée, ces Bons frères de la Visitation se pr^jarant, par le travail et par la prière, à leur belle missi^né.En même temps le propriétaire, dont la fine intellig^Ge^ca^ çhée sous la grosse enveloppe d'un Turc d^ plus solides et sous des membres énormes, avait deviné nos Toeiai: sans entendre notre langage, nous apportait, daas .sasi bras d'Hercule, une grosse pierre blanche, déjàatouée sculptée' aux armes de Napoléon et taillée dé manièceià' faire la clef d'un fronton à ce nouvel édifice. Nous ftHoes ébahis de l'à-propos , comme si la pierre elle-même nous était tombée sur la tête , et .nous admirâmes use fois de plus encore comment , sous des apparences àe bonhomie patriarehale qui sont fort loin de leur nuicer quand ils veulent tromper, ces Arabes dominent par lai ruse et par leur esprit de prévision les plus fins de 4ous nos Européens.
En quittant la maison de Zacharie pour nous rendre^au village de Saint-Jean, qui est assis sur la colline en faee et qui est séparé de la maison de campagne deZadiarie^qoe nous quittons par le vallon dont nous venons de parler, nous passâmes près d'une fontaine où une grande troupe de femmes et d'enfants étaient occupés à puiser de l'eaii. Le tout était entouré d'une grande flaque d'eau. qui en rendait l'approche difficile. Cet endroit s'appelle la Fon--
taine de la Vierge; elle est la seule aux envinms doat Mario ait pu se servir en effet. Les Arabes Kappelleirt aussi la Fontaine des' Agneaux. Elle forme un ruisseau et un long ruban de tigoureuse végétation qeî court à la vallée de Sorrec et' embellit singulièrement ce lieu, un des sites les plus féconds de la Palestine. Je ne voulais point passer si près de cette eau , qui me rappelait un si précieux souvenir, sans la toucher de mes lèvres ; mais, chose vraiment étonnante , à côté de ce village où nous i^tendait la plus brillante réception , ces Rebecca mo« dénies se refusèrent opiniâtrement à nous présenter un peu d'eau. Par les ordres du consul , les cawas se préparaient k entrer dans l'eau et à exiger de force ce qui avait ^ demandé avec trop de politesse. Frapper une femme, fût^elle coupable, dans ce lieu illustré par la présrace de Celle qui a été bénie entre toutes les femmes, me ^asbla une monstruosité. J'empêchai donc cette violence , qui ne pouvait être approuvée par Celle qui timt dans ses augustes mains la défense et l'honneur de ^n sexe, et je hâtai le pas pour entrer au plus vite àbns ce pauvre village de Saint-Jean. Il était là devant BOos, sur le flanc de la colline, comme abrité par une eîtadelle, et sous la protection du couvent des religieux âfluos lequel nous allions nous rendre. On dit que ce monastère, sauvent ruiné et souvent restauré, comme tant. d'autres, a été construit en 1641 , par les dons et la munilicence de Louis XIV. Partout la population tétait, rendue sur notre passage , et de tous côtés les hommes tiraient des coups de fusil en notre honneur. C'est ainsi <][ue nous fîmes notre entrée chez les bons pères Franciscains de Saint-Jean , qui s'empressèrent autour de nous et nous conduisirent tout droit à la grotte de la Nativité du prophète.
Cette grotte est dans Féglîse et on 7 descend par un escalier de marbre de sept à huit degrés, à gauche du maitre-autel de l'église^ Six lampes entourent l'autel qui est élevé sur le lieu même où naquit le fils deZacharie,
ainsi qae le rappelé une inscription gravée sur une table de maxbve et posée sur le sol en face de cet autel. L'église est belle et spacieuse, et ses pincipaux ornements sont dus à la piété et à la mùmiicence des rois de Naples et d'EM)agne.
On ne peut se défendre d'une sainte joie et d'un pieux frémissement quand on songe à l'esprit prophétique qui vint inonder cette vallée merveilleuse à l'époque de la naissance du Christ-Sauveur. Pendant que Jérusalem méprise ou ignore les oracles dont elle a le dépôt sacré, ici, comme dans la maison des champs d'Elisabeth , un saint vieillard inspiré, révèle^ dan& le le cantique Benedictus^ le plan des justices et des. miséricordes de Dieu dans les plus beaux jours de l'ancien et du nouveau Testament. Il recouvre miraculeusement l'usage de la parole pour retracer l'alliance et le serment . que Dieu avait fait avec Abraham , puis , s'adressant à ce petit enfant qui vient de naître et qu'il appelle le Prophète du Tt^s-Hûut, il déclare comment il vatnarcher devant le Seigneur pour pi;éparer les âmes, par la pénitence, à la rémission des péchés. Âh! si le péuf^e de Jérusalem avait compris de la sorte les oracles de œtte sainte alliance , si son orgueil avait pu se dépouiller de ses prétentions à gouverner le monde et à dominer ses ennemis, il n'eût point, au jour de son déicide j appdé sur lui la vengeance du ciel et demandé à gramls cris que le sang de l'Homme-Juste retombât à jamais^: sur lui et sur sa postérité.
Lés bons religieux^ qui s'apprêtaient à nous garder plusieurs jours dans leur demeure, furent bien afflligés quand ils apprirent que nous allions y passer un temps si court et qae nous partions* le jour même. En effet, il me fallait à toute force rentrer à Jérusalem où bien des choses me restaient, encore à visiter et à étudier. La distance qui sépare le village de Saint- Jean de la ville de Jérusalem est assez courte, et nous avions , en raison des grandes* fatigues de cette longue journée,
demandé et obtenu le privilège qu'on nous ouvrirait les portes, même après le coueher du soleil^ dans le cas où noos sefrions retardes par quelque événement imprévu. Toutefois nous tendons peu à user de ce privilège, attendu que la prudence , la première de toutes les qualités du pèlerin dans la Terre-Sainte , commandait de ne point s'attarder dans ces chemins et d'arriver au plufi vite; nous itions tous de cet avis.
Il me revint involontairement et plus d'une fois en pensée, durant mon séjour dans la Terre-Sainte, une corieuse réponse d'un de nos premiers et de nos plus puissants alliés arabes de l'Algérie , au commencement de notre domination en ce pays. On l'avait amené à Paris, pensant l'émerveiller- ou tout au moins l'instruire en lui montrant les magnificences de la civilisation européenne qui devaient, pensait*-on, lui donner une granae idée de la France ; et » à son retour en Afrique, on lui demanda quelle était la chcise qiii, parmi toutes les merveilles qu'il avait vues, l'avait surpris tkvantage^t 11 répondit, au grand ^ahissemenli de tous, que deux • choses seulement l'avaient frappé > p^emièrevnent l'agilité et l'adresse des écuyers du cirque aux Cbamps**Elysées, et ensuite la sécurité des voyageurs qui osaient s'aventurer seuls sur les grandes routes. Je ne puis m'empècher de penser que ce sont là précisément les deux choses qui me manquent le plus dans le pays où dles me seraient le plus utiles, et je suis fortement d'avis de ne pas fournir aux Arabes pillards l'occasion de nous prouver que notre allié algérien avait, raison dans ses goûts et dans ses préférences.
Nous allons donc quitter cettei vallée de Térébiûthe, dont le souvenir me sera toujours cher par ce dernier hommage que )e viens de rendre à laMère de mon Dieu, cette vallée dans laquelle vint si^étaindre le dernier souffle des prophètes, recueilli avec tant d'éclat et de poésie dans ces deux admirables cantiques que je viens do dire. Aussi parce que tout se lie dans l'œuvre de Dieu et comme
pour montrer, malgré les interprétations judaïques » le véritable enc^ainement des profÂiètes , les destinées spirituelles de la famille de David et les erreurs dû peuple juif ^ cherchant dans son ambition aveugle une domimtion matérielle, j'ai là sous les jeux le vallon où le jeune Dand renversa Goliath, le géant des Philistins^ «n même temps que les ruines de Modin, le théâtre et je tombeau des vaillants Machabées; en d'autres teroies^ j^f vois d'un seul coup^'œil le commencement et la fin du règne de Juda, annoncé par Jacob ^ à son lit de mort sur la. terre de l'Egypte, J'aime ces derniers soldats de Modia qui moururent comme héros en défendant la cause condamnée et perdue du royaume de Juda, et je 1^ préfôre dô beaucoup à ces forcenés défenseurs de la fic^r** Wesse de Massada, sur les rives de la mer Morte, les^ quels s'entr'^oif èrent au nombre de près d'un «milte , y compris les femmes et les enfants , et jusqu'au dôrniar>
tilutôt que de livrer aux Romains leur dernier réduît él eur dénier soldat. Le vrai courage ne tient pas du fanatisme et ne ressemble point à la rage. M Bientôt «iQus arrivâmes au couvent grec de Sidiite^ Cnmy II: est occupé par des religieuses grecques schia^ iQAtiq'uesi, et ne ressemble pas mal à, une forteresse^ ^vanl9<gegrandei3Q«nt apprécié, malgré le voisinage -(te la vilte,, au' fiqilieu de ce désert peuplé de voleurs. G'^ ^î diçenfcles tradilion&, qu!a été coupé Farbre dont. on s'est sçtrvi. pour construire la Croix sur laquelle est nciort le diivia èa[uv€ur. >de^ homm^s^ Nous sommes en effet à uifte très-Tf)^ite^dèstaj}iCarâe' Jérusalem et rien ne s'oppose à ce qu'une tQlte.cpoyanc«e soH' ai^joeptée, ,. Cette droiK^/do^ les> saintes parcelles se sont répan^ dues d&nsle^fmodKJIi^iiC^pétieas, «cette Croix, chantée pw les hymnes^ de r£glise v> et «qui a ^ubi les vicissitudes de l'Arche du Soigiîiieui^^ioetteiCroix doat l'image est devenue la récompefi&etidu'satngideârbravési^ la sainte protection des chaumières: ! et) l'arn6meni> des trôoes, était alom un misérable • . gibet ;, i luna i infâme potence . : réservée aux
esclaves condainnés à ce genre de mort, le plus igno* minieux de totts . H a fallu la puissance et la divinité du Christ pour opérer une pareille transformation.
On a beaucoup discuté sur la forme de la vraie Croix. En effet, les anciens se servaient de croix de différentes formes, quelquefois même de cadres en bois sur lesquels ils attachaient les malheureuses victimes, les clouant ou les liant simplement avec des cordes, selon qu'ils voulaient les faire mourir plus vite ou les laisser périr de faim. C'est ainsi que sur le Calvaire, afin que les victimes ne demeurassent point exposées aux regards pendant le promis de tous les sabbats , on ordonna de leur briser les os. Tantôt ils étaient suspendus aux branches d'un arbre, pour y être déchirés par les oiseaux de proie j tantôt ils étaielit liés au tronc , pour y être dévorés par les bêtes féroces. André, frère de Simon Pierre, put évangéliser la foule, pendant plusieurs heures, du haut de sa croix. Justin Lipse est un des auteurs qui a recueilli les plus précieux renseignements sur ce genre de supplice et un des plus utiles à consulter.
€ La Croix du Seigneur, dit Innocent dans son pre* mier discours sur les martyrs, se composait de quatre morceaux de bois, une tige droite, une branche tran&^ versale, un tronc pour soutenir le tout, et le titre on inscription que l'on posait au-dessus. » On doit ajouter encore à ces détails une petite table ou support, attachée avec des chevilles et destinée à porter les pieds du mourant afin de l'aider à soutenir le poids de son corps. Une pièce d'or, envoyée de Constantinople à un couvent d'Allemagne, sans aucun millésime, mais remontant à la plus haute antiquité , représente la croix faite ainsi que je viens de dire, et lui donne complètement la forme de la lettre grecque T , rappelant ainsi ce passage d'Ezéchiel et de l'Apocalypse : € Imprimez le T (Thau) sur leurs fronts, p C'est l'érection du titre superposé au milieu de la branche transversale qui en fait une croix latine, telle que nous la connaissons. Celle dont je parie
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