CHAPITRE XLI
Les Tombeaux des Rois, — Lear entrée. — DeseripUon de M. de Saaley. -^ Ses sopposilions. — Plusieurs sépultures royales. — Ou était le tombeau de David? — Témoignage de la Bible et de l'histoire. — Les tombeaux de la Judée et ceux des catacombes. — Les Tombeaux des Juges.
Vers midi nous montâmes à cheval pour explorer la partie nord-ouest et extérieure de l'enceinte de Jérusalem. Assez d'autres ont décrit la tour de David ou Hippicus^ les tours Phasaël et Mariamne , rangées toutes trois au sud et en face du Calvaire ; le premier campement de Titus et les traces de sa redoutable enceinte, flanquée de quatorze tours menaçantes; assez d'autres ont fait remarquer le tombeau des Hérodes; celui d'Hélène, reine des Adiabènes; les portes de la ville, devenues presque innombrables, tant la même porte a été appelée de noms différents ; les citernes et aqueducs ; la grotte de Jérémie ; les vieilles enceintes ; la ville neuve de* Bezetha, qui mourut avant de naître et que les Romains franchirent d'un saut pour battre en brèche la vieille enceinte de l'Akra. Un autre intérêt nous appelle.
Nous allons droit par la porte et la route de Damas jusqu'aux limites les plus reculées de l'enceinte et des agrandissements projetés par Hérode-Agrippa, aux ruines qu'on appelle Tombeau des Rois , Kbour-el-MolouL Là,
après avoir mis pied à terre, nous franchissons une énorme quantité de décombres et nous nous trouvons dans une lar^e cour carrée dont le sol se compose de ruines. Dans la muraille du fond on distingue très-bien encore, dans le roc où il a été taillé, un vestibule dont les colonnes sont brisées. Une frise sculptée dans le rocher même , et qui paraît encore fort belle , ornait le dessus de ce portique. Elle ne contient aucune inscription , et ses ornements se composent d'une grappe de raisin qui occupe le milieu , et de palmes , couronnes , triglyphes ou triangles, de canelures placées symétriquement de chaque côté. Des guirlandes de fruits et de feuillages retombent à droite et à gauche de rentrée. Cette dernière partie est en assez mauvais état. Dans l'angle à gauche on aperçoit l'entrée des caveaux : c'est une porte fort basse, sous laquelle on ne peut passer qu'en rampant. On ne saurait s'empêcher d'admirer encore ici les restes d'un ancien système de clôture, conçu avec une profonde habileté, unique en son genre et savamment décrit par M. de Saulcy.
L'entrée de ces tombeaux a quelque chose d'effrayant; mais nous n'étions point venus jusque-là pour reculer devant la besogne que nous imposait notre curiosité. Nous étions en tout six personnes, M. le consul et son
{)remier drogman, les deux auditeurs du conseil d'Etat, e P. des Thévenins et moi. Nous avions apporté avec nous le livre de M. de Saulcy , qui donne avec exactitude la description de ces tombeaux ; nous avions tous un grand désir de connaître et de vérifier cette description, et nous nous étions pourvus d'une grande provision de flambeaux.
Une fois entrés dans ces sombres réduits, dont nous trouvâmes le sol parfaitement sec et l'air passablement respirable, nous commençâmes l'examen de ces lieux avec l'attention la plus scrupuleuse. L'un de nous lisait lentement et à haute voix la description faite par le savant officier français, et s'arrétant chaque fois que
Tobservation des choses décrites demandait une attention plus grande, les autres vérifiaient sur place les mesures et les détails donnés d'une manière si technique et si lucide. Répéter ici ce qu'a écrit le savant académicien serait un plaisir que je ne me crois ni permis ni utile, et assurément je me garderai bien d'essayer de faire mieux ou autrement que lui. Je ne puis donc que renvoyer à la lecture de son ouvrage ceux qui auraient quelque désir de connaître ces funèbres galeries, cette étrange nécropole. Il est impossible, nous l'avons déjà dit quelques pages plus haut, de peindre avec plus de vérité; c'est de la véritable photographie, même pour ceux qui, préoccupés des exigences de la critique la plus sévère, ont osé pénétrer jusqu'au fond de ces sombres demeures.
Malheureusement ce travail si consciencieux a un côté poétique et d'imagination, qui ne commande pas la conviction avec autant d'autorité. M. de Saulcy , la Bible à la main, donne à chaque four ou tombe sépulcrale taillée dans le pourtour de ces salles et de ces caveaux, aujourd'hui complètement vides et dénués de de tout signe extérieur, un nom en rapport avec les dépouilles royales qu'ils ont dû contenir. Il fait coïncider les récits de la Bible, sur la mort et l'inhumation des rois, avec les places jadis occupées ou vides de ces mêmes caveaux, et croit arriver ainsi à donner à chacun de ces rois une sépulture et à chacun de ses lecteurs une conviction. Ses arguments paraissent spécieux, mais ils sont de ceux auxquels on n'accorde pas davantage en vraie et bonne logique. C'est un brillant travail d'imagination qui ne saurait être établi par des documents péremptoires qui n'existent pas; ajoutons bien vite, pour être juste envers le savant académicien, que son travail ne saurait être attaqué non plus par des preuves valables qui, du moins je le crois, n'existent pas davantage.
Chacun avoue dans le pays que ce sont bien là les tombeaux des rois, qu'ils méritent le nom qu'ils portent,
et on ne soulève aucun doute à cet égard. À qui , sinon à des rois, pouvait en effet convenir une demeure aussi spacieuse, aussi variée et aussi fastueuse? Mais n'était-il point d'autres sépulcres? quels sont ces rois et qui pourra le dire? Une fois qu'il s'agit de désigner plus intimement la place occupée par chacun d'eux, alors surgit une besogne ardue, impossible, qu^aucun document, aucune inscription , aucun titre ne viennent appuyer , j'ajouterai même une besogne d'un bien minime intérêt pour le plus ^and nombre des lecteurs.
D'ailleurs, hâtons-nous de le dire en commençant, il devient difficile, pour ne pas dire impossible, de ne point admettre plusieurs sépultures royales, les unes dans la ville même et jusque dans les jardins du palais des jois, les autres dans des champs ou campagnes en dehors de la ville. Ainsi il est écrit au IV^ Livre des Rois, ch. xxi: € Manassès s'endormit du sommeil de ses pères et fut enseveli dans le jardin de sa maison , qui est le jardin d'Oza, et Amon, son fils, lui succéda sur le trône. ^ Ainsi il est dit, au 11^ Livre des Rois, ch, xxi, que, à la mort de l'impie Joram, maudit par le prophète Elie et frappé d'une mort honteuse, on l'ensevelit dans la cité de David, mais pas cependant dans le sépulcre des rois. Ainsi il est dit au \h Livre des Chroniques ou Paralipomènes, ch. xxiv, que le pontife Joïada fut enseveli dans la cité de David et dans le sépulcre des rois, parce qu'il avait toujours pratiqué le bien, tandis que Joas au contraire, assassiné dans son fit , en punition du sang du prêtre Zacharie, fils de Joïada, son précepteur, fut aussi enseveU dans la cité de David , mais non pas dans les sépulcres des roiSy dont il s'était rendu indigne. Voilà donc une distinction bien nette et qui ne laisse aucun doute dans l'esprit : il y avait, dans la ville de Jérusalem, plusieurs tombeaux, plusieurs sépultures royales.
Au IJe Livre des Paralipomènes , chap. xxvi, v. 23, on voit qu'une infirmité corporelle, la lèpre, prive Ozias
de la sépulture royale, comme elle Vavait exclu du
temple du Seigneur pendant sa vie. « Ozias s'endormit avec ses pères, et, parce qu'il était lépreux, il fut enseveli dans le champ des sépulcres des rois. i> Comme sans doute ce champ , par mesure de prudence , devait être à une certaine distance de la ville , j'ai bien peur qu'il ne soit celui-là même que nous foulons aux pieds , et que les ingénieuses précautions prises pour le fermer n'aient quelque rapport avec les impuretés physiques et morales qu'il renfermait, tout aussi bien qu'avec la distance et l'isolement qui séparaient ces tombeaux de toute habitation.
Si, parmi tant de rois dont ou ne saurait assigner avec quelque certitude la sépulture , on veut savoir quel fut le tombeau qui eut l'insigne honneur de garder la dépouille du plus illustre d'entre eux , de David , le chef et la souche de la race du Messie, alors des témoignages qui semblent contradictoires viennent rendre bien plus difficiles encore toutes les recherches qu'on pourrait faire, sur un pareil sujet, et cela en dépit des ingénieuses combinaisons de M. de Saulcy.
Il est dit au III« Livre des Rois , chap. ii , que David s'endormit du sommeil de ses pères et fut enseveU dans la cité de David, « et son tomneau, s'écrie saint Pierr'e dans la première allocution qui décida, à Jérusalem même, trois mille juifs à demander le baptême, son tombeau est encore aujourd'hui parmi nous. j> Quelle est cette cité de David , ôt comment le Livre des Rois est-il si sobre de détails sur un sépulcre aussi important? Sans dbute , dira M. de Saulcy avec une grande apparence de vérité, la cité de David peut s'entendre de tout ce qui a rapport à la ville, c'est-à-dire de Jérusalem même et de ses environs ; mais voilà que ce même Ille Livre, au chap. xi, veut bien nous expUquer lui-même le sens qu'il attache à cette dénomination. Ainsi, en parlant de la rébellion d'Adad , Razon et Jéroboam , il est dit au v. 27 : « Voici ce qui fut la cause de cette révolte : c'est que Salomon avait bâti Mello et comblé le
;ouffre à la hauteur de la cité de David , son père. » l'est là en effet que Salomon avait bâti le palais de la fille de Pharaon , qu'il n'osait plus garder dans sa demeure et qui scandalisait tant les vrais fidèles , indignés de voir une femme idolâtre dans le lieu même où David avait (Ule Reg. ix; 24. 11^ Paral.yiii; 44.) placé l'arche du Seigneur. Ces passages , tout en révélant l'antiquité des constructions de Mello , du Xistus et du pont tant admiré, malgré le peu qui en reste aujourd'hui, par MM. Robinson et de Saulcy, nous disent assez clairement que la dté de David, celle du moins dont il est question dans ce passage , n'est autre que la cité de la montagne de Sion.
Au 1er Livre des Paralipomènes, ch. ii, il est rapporté que David, ayant été sacré roi, fut contraint de s'emparer par force de la ville des Jébuséens qui lui avaient dit : Vous n'entrerez pas ici. Or, David prit la citadelle de Sion, et c'est là, dit le même écrivain, la cité de David. En effet, David établit sa résidence dans la citadelle, et c'est pour cette raison qu'on l'appela la cité de David. Il bâtit autour une ville qui s'étendait jusqu'à Mello, et ce fut Joab qui construisit le reste de la ville. Il n'est donc pas permis d'étendre au-delà les limites de cette cité, puisque les auteurs sacrés nous en tracent eux-mêmes les contours.
S'ensuit-il que je donne gain de cause, sans examen, aux traditions musulmanes qui placent le tombeau de David sur la montagne de Sion? Assurément je ne saurais oublier que ces mêmes Turcs , contrairement à ce que nous en dit la sainte Ecriture, ont placé le tombeau de Moïse à quelques heues de Jérusalem, et j'aurai recours à d'autres arguments si je crois de mon devoir de regarder comme respectable une telle tradition. Mais voici bien d'autres embarras. Des témoignages bibliques et assez nombreux nous apprennent avec quelle religieuse fidélité on portait les morts dans les sépulcres qui contenaient la cendre de leurs aïeux ; des indices fort plau-
sibles, un texte de saint Jérôme, rapporté par M. de Saulcy lui-même , et d'autres témoignages qui méritent d'être examinés , semblent dire que Beethlehem aussi a eu des droits à donner la sépulture à son enfant, au fils d'Isaï, le Beethlehemite, au type, au chantre du Messie. Jetons donc un coup-d'œil sur cette probabilité , qui se changerait bientôt en certitude si l'on pouvait admettre que Beethlehem, qui est le berceau de David et du Messie, mérite d'être appelée la cité de David aussi bien que la citadelle emportée d'assaut sur les Jébuséens par les coalisés d'Hébron , ou , ce qui serait plus facile encore , si l'on veut admettre que des circonstances graves ont pu déplacer ce tombeau avant le troisième siècle.
Au II« Livre des Rois, chap. xvii, on voit que, pendant que David s'enfuit de l'autre côté du Jourdain, Achitophel, effrayé de voir. son complot découvert, se pend dans sa propre maison et qu'on l'ensevelit aussitôt , malgré son crime , dans le sépulcre de ses pères.
Dans le même livre, ch. xxi, on voit David, qui a épargné le fils de Jonathas à cause de son amour pour son père et à cause des anciens serments qu'il lui a faits , recueillir avec une tendre piété chez les habitants de Jabès les os de Saûl et de Jonathas , pour les rapporter dans la terre de Benjamin et les placer dans la tombeau de Cis, leur père. Quand ce devoir est rempli, la justice de Dieu pardonne.
Au Ile Livre des Paralipomènes , ch. xxv, Amasias, fils de Joas , voyant son règne affermi , fait mourir les assassins de son père ; il écoute les conseils du prophète ^t remporte de brillantes victoires sur les Iduméens. Encouragé par ses succès , il oublie ses devoirs envers Dieu et brave Joas, roi d'Israël, qui lui renvoie ses députés et sa proposition , avec l'insultante comparaison que chacun connsdt, du cèdre apostrophé par le chardon du Liban; il le bat, le fait prisonnier, le traîne dans Jérusalem , renverse les murailles de la ville depuis la porte d'Ephraïm jusqu'à la porte de l'Angle, sur une
étendue de quatre cents coudées, pille les trésors du temple , de la maison du roi , de celle d'Obededom , et emporte le tout avec des otages dans la Samarie.
Après la mort de ce vainqueur, Âmasias vécut encore quinze années , eut à souffrir une révolte dans Jérusalem et s'enfuit à Lachis où il fut poursuivi et tué. Malgré cette série de malheurs qui l'avaient si longtemps frappé, et malgré la haine qui venait de le poursuivre, le respect pour le tombeau des ancêtres est néanmoins encore si grand que le même chapitre ajoute en terminant : € Et ces assassins le plaçant sur leurs chevaux le rapportèrent pour l'ensevelir dans la cité de David, » et cela parce qu elle était la cité de ses aïeux.
Les victoires de David, la fondation de la ville de Sion, l'arche du Seigneur, ont-elles donné à cette cité un caractère de nature à faire entièrement oublier Beethlehem, à faire méconnaître cette coutume, qui semble si respectée, d'ensevelir surtout les dépouilles les plus précieuses dans le tombeau qui a servi à leurs ancêtres? En un mot, la dépouille mortelle du roi-prophète a-t-elle été portée à Beethlehem au moment de sa mort, ou seulement plus tard , dans une autre occasion ? Voilà les seules questions qui me semblent dignes d'être examinées ici. Disons sur un tel sujet ce qui nous paraît être plausible et le mieux appuyé.
D'après les textes que nous venons de rapporter, le nom de cité de David ne peut convenir qu'à la partie de la ville que David bâtit sur le mont Sion , à la place de la citadelle des Jébuséens. C'est là, est-il dit au ne Livre des Rois, ch. iv, v. 9, que David vint habiter dans la citadelle, à laquelle il donna le nom de dté de David, et qu'il remplit de constructions , à partir de Mello et des lieux intermédiaires. L'historien profite de cette occasion pour donner l'origine du proverbe populaire, qui était à la honte des Jébuséens, chassés, malgré leur jactance, d'une forteresse que des aveugles et des boiteux, avaient-ils dit, auraient pu défendre. Rien n'était bâti
au nord sur le Calvaire même au temps de Jésus-Christ; rien au sud ne dépassait la vallée de la Géhenne, et le texte dit positivement que du côté de l'est, c'est-àdire du reste de la ville et du mont Moriah, la cité s'arrêtait au faubourg de Mello, twré aux constructions de Joab.
Lorsque , à l'invasion de Sennacherib , Ezechias vint mettre la ville en état de défense , il prend conseil des hommes les plus sages et les plus vaillants, rassemble une énorme multitude, détruit les canaux, bâtit un mur intérieur, et on ne manque pas de faire remarquer que, parmi ces travaux , il fait entrer, pour la première fois , la vallée de Mello dans la cité de David (II^ ParaL xxxii). Cette adjonction était en eflfet. digne, de remarque. Chaque fois qu'on touche ou qu'on ajoute à la cité de David , le texte sacré prend soin de le dire. (II« Parai. xxxiii, 14).
Sans être militaire, on comprend que ce nouveau mur devait relier les fortifications de la ville à celles du Temple. La cité de David n'est donc autre que la cité de Sion , de civitate David j id est de Sion (111© Reg. viii ; 1).
Une sépulture était-elle convenable dans un lieu voisin d'une demeure? Nous ne jugerons pas par nos habitudes de convenance et de mœurs si loin de nous ; prenons les usages et les textes tek qu'ils nous sont donnés.
Nous avons déjà dit (IV^ Rois, xxi, d8.) que le jardin de la demeuré d'Oza servit de sépulture à Manassès, et à tout instant il est question de sépulture, même dans les plus petits centres de population, sans que cela éveille aucune susceptibilité. Quand donc il est dit que David fut inhumé dans la cité qui porte son nom, nous n'avons pas le droit de nous inscrire en faux contre cette sépulture , par la raison que cette sépulture eût été trop voisine de sa demeure.
Au Livre de Néhémie, qui est le 11^ Livre d'Esdras, cet officier d'Artaxerxès se prend d'une douleur amère quand Hanani, un de ses frères de Juda, vient lui racon-
ter ce qu'il a vu des ruines de la Ville-Sainte. Il obtient des lettre^ de son roi, arrive dans Jérusalennr, et pendant la nuit, seul, sur sa monture, il sort par la porte de la vallée de Josaphat, passe devant la fontaine de Siloë, qui porte aussi le nom de fontaine du Dragon, à cause de la fable populaire que j'ai déjà rapportée et qui dit que c'est un dragon qui rend ses eaux intermittentes, arrive à la porte du fumier du mont Ophel, aujourd'hui porte Sterquiline, et, dans les ombres et le silence de la nuit, son âme se brise de douleur à la vue de tant de ruines et en face de ce mur anéanti murvm Jérusalem dissipatum. Parvenu aux eaux et à l'aqueduc du grand roi , sa monture ne trouve plus uue place pour y poser le pied, et il revient par le torrent regagner la porte par laquelle il est sorti. Voilà assurément des lieux bien connus, une enceinte bien définie. Or, voici la résolution qui succède à ce désespoir.
Néhémie parvient à réunir dans un même but les ressources et les efforts des principaux habitants, et aussitôt il se met à l'œuvre pour rebâtir Jérusalem. Il distribue à chacun sa part dans ce grand travail, et parmi ces intéressants détails qui nous apprennent , par exemple, qu'il y avait mille coudées depuis la porte de la vallée jusqu'à la porte Sterquiline , qui nous désignent les choses adjacentes aux principaux monuments, voilà qu'il est encore question du tombeau de David (ch. iii, V; 16). A côté des travaux de Sellum, chef du faubourg Maspha , dont le lot est de rebâtir la porte de la fontaine, ainsi que les murs de la piscine de Siloë, près du jardin du roi, jusqu'aux degrés qui descendent de la cité de David, un autre Néhémias , fils d'Azboc , chef de la moitié du faubourg Bethshur, est chargé des travaux qui s'étendent à partir du tombeau de David jusqu'à la piscine . et jusqu'à la maison des forts. On savait donc encore, sous le règne d'Artaxerxès, ce qu'on devait entendre par le tombeau de David, toujours existant dans la même cité de Sion , et Néhémie, qui connaissait assez tous ces
lieux pour les visiter pendant la nuit, n'élève aucun doute au sujet de ce tombeau.
Si nous avions le loisir de sortir des textes de la Bible pour rechercher ce qu'ont pu dire sur une telle question des auteurs plus rapprochés de nous, nous ne manquerions pas sans doute de témoignages à rapprocher de ceux que je viens de dire. En parlant du temple immense bâti par sainte Hélène sur la montagne de Sion, l'historien Nicéphore dit : « Du côté, gauche était placé, à une assez grande élévation au-dessus du sol, le sépulcre de David, dont on admirait la magnificence. »
Je regrette bien vivement de me trouver ici en désaccord avec un compatriote que j'estime et que je respecte autant que M. de Saulcy. La préoccupation qui le portait à confondre la cause de la sépulture de David avec celle des autres rois , ne lui a pas permis de voir assez sérieusement la valeur des témoignages que je viens d'indiquer et a aussi détourné son attention des autres remarques que je vais ajouter. Le scepticisme protestant en a profité pour contester même ses descriptions et pour insulter au témoignage d'un homme aussi compétent, parce qu'il avait, aux yeux de bien des incrédules, l'immense tort de respecter les traditions chrétiennes. On n'a pas oublié et on lui a encore bien moins pardonné d'avoir osé avouer les impressions de foi et de piété qu'il avait ressenties à Nazareth et à Beethlehem , et on a tenté d'accuser de légèreté le plus consciencieux et le plus scientifique de tous les travaux entrepris et publiés sur la Terre-Sainte. La vérité se fera jour et en rendant à chacun ses droits elle montrera que si M. de Saulcy a
1)u tomber dans une erreur, à propos de ces sépultures , e protestant, lui qui n'a plus la foi, qui en est venu à nier la divinité de Jésus-Christ, n'a rien à visiter ni à Jérusalem, ni dans ses environs; qu'il n'y a là pour lui que la poussière maudite des Lieux-Saints , laquelle ne peut que l'aveugler encore davantage, et que le Grec et l'Arménien, même fanatiques, sont plus près que lui de
rencontrer et d*adorer parmi ces saintes ruines le divin Sauveur des hommes.
Ajoutons encore un dernier mot sur cette question du tombeau de David, et abordons sans détour une dernière difficulté. En visitant Beethlehem, j'ai dit que plusieurs itinéraires font mention du tombeau de David comme étant à Beethlehem , ainsi que d'une église qui jadis recouvrait ce tombeau. Je ne fais qu'indiquer ici, en parlant de ce sépulcre et de cette église, l'itinéraire d'Arculphe, celui de Bordeaux, celui d'Antonin, qui placent cette église au nord , dans une vallée continue au mont sur lequel est encore assise la patrie de David, et j'arrive de suite à ce que nous en dit, au quatrième siècle, saint Jérôme lui-même.
On sait, et je l'ai déjà dit à propos de ma visite en ce lieu, que ce docteur choisit Beethlehem pour sa résidence; que c'est dans cette pieuse et poétique solitude qu'il chercha à oubHer le truit de Rome , de ses injustices et de ses vanités ; que c'est là qu'il continua ses études de la langue hébraïque et nous donna la traduction des Livres saints , traduction dont l'Eglise a fait sa Vulgate ; que c'est de là qu'il appelait à lui toutes les âmes pieuses que l'amour des Lieux-Saints avait touchées du désir de suivre son exemple; que c'est de là qu'il combattait les hérétiques, recevait les honorables consultations des papes, et des docteurs ; que c'est là enfin qu'il mourut et reçut sa première sépulture que chacun vénère aujourd'hui. Qui osera accuser un tel personnage d'ignorance ou de légèreté sur les questions géographiques de la Palestine, lui, la lumière et l'oracle de tous ceux qui avaient formé le dessein de la parcourir? Eh bien , dans sa xlvi^ lettre , où Paula et sa fille , que ce saint docteur fait parler, exhortent Marcelle à quitter Rome pour venir à Beethlehem, on trouve tout tracé un rapide et intéressant itinéraire adressé par ces deux dames à celle qui fut jadis leur docteur et leur maîtresse, magistram cupimus docere discipulœ^ et qu'elles appellent
en Palestine avec l'ardeur de la foi et la touchante réserve de l'humilité. Elles lui disent: « Vous qui avez allumé en nous la première étincelle delà charité; vous qui nous avez réunies sous vos ailes , comme l'oiseau rassemble ses petits; allez-vous donc nous laisser courir de nos propres forcés sans le secours de notre mère, trembler à l'apparition du cruel vautour, redouter jusqu'à l'ombre du premier oiseau qui passera sur nos tètes? » Après le tendre préambule de ces femmes que saint Jérôme, en dépit des jugements du monde, déclarait ses sœurs en Jésus- Christ (Lettre xlv), velit nolit mundm, in Christo meas, elles tracent à Marcelle un itinéraire qui comprend tous les sanctuaires de la Palestine qu'elles visiteront ensemble et qui donne gain de cause à la vieille tradition, à l'antique et patriarchal usage d'ensevelir les morts dans le tombeau de leurs aïeux, à la supposition par conséquent que Beethlehem devint un jour aussi, on ne sait à quelle époque, le sépulcre de David. « Notre amour pour vous, Jui disentelles, ne connaît que l'impatience et cette impatience est sans frein; le désir de vous avoir ne supporte pas même la pensée d'un délai... Quand donc un messager hors d'haleine nous apportera-t-il la nouvelle que notre chère Marcelle a enfin touché la plage de la Palestine ! 1 Vos mains alors seront dans nos mains ; nos yeux ne pourront se détourner de votre visage et nos bras se séparer de vos embrassements... Quand donc viendra le jour où il nous sera donné d'entrer ensemble dans le rocher du Sauveur , de pleurer sur son Tombeau avec Marie de Cléophas, avec Marie, Mère de Jésus! Là nous couvrirons de nos baisers le bois de la croix; nous irons sur le mont des Oliviers avec le Seigneur qui monte au ciel, et vous nous direz si vous ne sentez pas vos désirs et votre âme s'envoler avec lui ! De là nous, irons voir Lazare sortant d^g son tombeau et de ses langes , puis les flots du Jourdain devenus plus purs par. le baptême du Seigneur, De là nous nqus hâteroos d'arriver au village
f . i,.-/,-/, ouf ..:. Lrc---^ M,: invités à la naksance du -:.-'.<. cf ji-i^r ai '.^mj. r^ t, hov^± I^là nous verrons ^ ?: o!i-u Aiîi-. ' ^^..- ,-:; êî^t 5ur son rocher, K.MiLi : ..î.r/.- «w, .u^: : :^ ^, ^^ L-oispe de berger. Delà !■ .u. r,v^, r-Duriîrf liui ;-:.-? c- cj moins aux souver.^'f : .U»'L!.Lx, :. i^i^a: t- if J^rb, ei de leurs illustres r^.MijT.ef. > .:,f ^'I"^ ''^ ^ i:cu-ie où l'eunuque fut .'i:.:.^ :»;.- . ij» --f i»:,:çe. I15 i^ nous irons droit sur il >L.T.Lnf T^T..:.. iK^ tii-iL^^ £ui c^Ddres de Jeani..,c^:f, :L:.^.f f4 cAM,i:5- \:us irons à Nazareth r>,;-, ci:.::,. ^ c li.n ^^i^r^r. /^ /7.>vrde la Galilée. 3 V^s ii.LL-1 r.L:.ii, je T:.^o.% ie lac de Tibériade, >L.-5. P lel;: hf nr.:.r: . ir ti.-r-i f EDior, Capharnaûm « l:-ie ii Ol^ '^. r./i-v r^-.v Lszanim fasciis collifc:f //,. /•; /T/*^'/.;/? J r-àof.u cà hiscrum Ihymini puriot'a! hùi (^ pr.^:r4i,h ('Qi.:as pryerf: is Datto orare mauf.>L£-*! J/A /? ir..jJu:om <:,am n^hc Inccinâ pastarali té» f:i.n jiTo^j.^r^e n^j^ chr^çnurm. La lettre finit en ces t^rnrjfîs : c Alors aceonipa^^^ par le Christ lui-même, rj-ï^ reiirDirons à noU-e caverne, en passant par Silo, Br-^v:î et les autres heu\ où des édîses s élèvent comme auLjit d L't^n Jàids des victoires du Seigneur; nous chanteroDs souvent , nous pleurerons plus souvent encore ; TOUS prierons sans cesse et nous rentrerons le cœur Liesse d'un trait daniour du Sauveur, disant ensemble c<:-îte parole du cantique : c Jai trouvé celui que mon cœur cherchait; je le tiendrai et ne le quitterai plus. > Oh : qu'elles sont belles et qu'elles sont mille fois heureuses les âmes que la pensée et la \'ue des Lieux- Saints Ciit parler ainsi et chez lesquelles elle développe tant d'amour et de poésie î Mais voyons notre conclusion.
Que celui qui a voyagé sur les traces du Christ et de ses prophètes rappelle ses souvenirs, que celui qui n'a pas eu ce bonheur prenne sa carte de laPalestine et suive en détail ce pieux itinéraire , il ne lui viendra pas l'ombre d'un doute sur l'existence d'un tombeau de David à
Beethlehem , près de ce vallon des Bergers mentionné dans la même lettre et dans la même phrase. S'il fallait, au sortir de ce vallon, retourner au nord et à deux lieues de là, à Jérusalem, à qui on a déjà fait les honneurs de la première visite, abandonner en un mot le terrain où on se trouve, pour y revenir aussitôt et voir le rocher d'Amos, au midi de Beethlehem et sur le chemin d'Hébron où Ton va visiter la terre des Patriarches, ce serait faire au tombeau de David un hommage plus grand qu'au Tombeau de Jésus-Christ ; ce serait bien des fatigues en pure perte et un désordre d'idées et de connaissances géographiques à n'y rien reconnaître. Ne faisons ni cette injure au saint docteur, auteur du pieux itinéraire de ces illustres dames romaines, ni cette violence à son texte si coulant et si intelligible .d'ailleurs.
Quand donc ce sépulcre, qui était dans la cité de Sion, a-t-il été abandonné? Quand ces précieux restes ont-ils passé de la cité de David à la cité qui avait eu l'insigne honneur d'être sa patrie? Pourquoi le texte sacré est-il muet à cet endroit? Où trouver des indices certains de l'époque d'une telle translation ? Je ne saurais le dire , ni même espérer qu'un jour on aura des éléments suffisants pour le juger avec quelque certitude. Toutefois on ne doit pas être au dépourvu quand il s'agit d'indiquer quelques époques assez solennelles de malheurs, de pro- Kinations et de bouleversements, à la suite desquels des hommes dévoués au culte de leurs pères auront jugé à propos de transporter à Beethlehem, dans le même tombeau que ses aïeux , les cendres du plus glorieux de tous les Beethlehemites , pour les mettre à l'aori de nouvelles injures. Il n'est pas nécessaire d'invoquer et d'attendre les catastrophes de la Ville-Sainte foulée aux pieds des légions de Titus ou d'Adrien. Déjà du temps des impiétés et des sacrilèges des Héliodore ou des Hérode , racontés dans tous les auteurs, les vrais fidèles pouvaient bien avoir eu la pensée raisonnable et pieuse d'abandonner les trésors des tombeaux de Sion à la rapacité de
leurs injustes vainqueurs et de transporter à Beethlehem , dans quelque église, sans pompe et sans aucun éclat, à l'abri des rapines et de la profanation, un tombeau qui ne serait plus désormais protégé que par sa pauvreté. Et pour une telle translation était-il même besoin d'une raison aussi plausible ? Ne voyons-nous pas les restes de saint Jérôme, mort à Beethlehem, transportés à Rome par la piété des fidèles ?
Ainsi s'expliquerait laprésafice à Beethlehem, au temps de saint Jérôme, du tombeau de David, fait qui ne serait nullement en opposition avec la croyance et les textes que j'ai rapportés. Je vais dire bientôt ce que j'ai appris, le lendemain même, de la bouche des Turcs à qui est confiée la garde de ce tombeau.
Ce fut en visitant ces tombeaux des rois que je remarquai pour la première fois, en passant devant quelques sépultures des environs, la ressemblance parfaite qui existe entre le tombeau de Jésus -Christ, tel qu'il est encore dans le rocher du Saint-Sépulcre , et les autres tombeaux juifs des Kbour-el-Molouk et des lieux voisins. Plus tard ce même rapprochement me frappa encore bien plus quand je visitai les tombeaux des martyrs dans les catacombes de Rome.
En sortant des Kbour-el-Molouk nous allâmes près de là visiter les Tombeaux des Juges , avec le même soin que les précédents. Mais comme je ne trouvai plus ici le môme intérêt, et que d'autre part j'étais fatigué de ramper à plat-ventre dans ces chambres sépulcrales , je reculai, au grand scandale de mes compagnons, devant la dernière descente. La simple inspection de cette étroite ouverture m'avait d'ailleurs laissé douter fort sérieumenl que le diamètre de ma personne pût s'y engager.