‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 21 sur 63 · CHAPITRE LYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LYIII

Le Mekkewuk el h fbalaîae bjxaalîae. — Kbail-PiMha, S^wrencar. — Le noirs do saioC pams. — L'eaplacemeal da Temple. — la Bosqaëe d^Oaar. — Descriplioa inlérieare el exiérîeare. — Pdae de M»rt. — La roche SQspendae. — Le eieenme H les Benreilles de la mos^ée.

Enfin nous arrivons au Mehkemeh , c'est ainsi qu'on nomme chez les Turcs le tribunal religieux qui décide toutes les questions touchant à la propriété. On comprend que dans un pays où Ton fait si peu usage de titres de propriété, un tel tribunal ne soit pas, sinon sans utiUté et sans pouvoirs, au moins sans occupation. £n franchissant le seuil de ce palais , nous admirons une magnifique fontaine de marbre, que M. le consul reconnaît pour être du style byzantin le plus élégant et le plus pur. Aussitôt nous entrons dans l'enceinte du temple , et notre vue s'étend à l'aise sur un espace à perte de vue, sur une plate-forme régulière, aussi étendue en quelque sorte que Jérusalem. Nous nous arrêtons involontairement en face de ce nouveau désert , d'où ressortent, comme deux oasis, la mosquée d'Omar devant nous, et à droite dans lé fond l'église d'el-Aksa ou de la Présentation. Cet immense parvis, visité jadis et tour à tour par les nations de ia terre, illùc enim ascenr derunt tribus^ tribus Damini, aujourd'hui nu, désolé et

X . "^ -:- i ^T r. • : .r- t'i Li i>.l l\izi H poudreux, ••* :'.- .'jT-r :*.r::.r '-. ci.il.i x...::^ j-s siLles de Moab,

..- ■■*i-\* " j ^ '^..1 h "^x-^-.zLfiî iiTS l'épaisv-ir ..X u :: i -**.:. * ii:^. : i . :-^j -'^j^.-rzi-rnl distante i '^i "•= rr *•• «1 II- •: ..iit ui ^.- c f'. i- ..: ôj torrent de ••-«:i'-:.a« ri :/«*a ^-rr :;ji :•? . ir-ci-;.: ie Salomon. .': — I r.îî ; -=i î»*r -;'i^ x^ic-^^-^e. crnsacrée aux >:• -"Ui -> .-î .' ;.:• -'.i-i»* j - : . -\L:fi: l-i les sacrifices ; ♦.>! . .r A.- • :..---.&- .1. :* -—'i^* in. -e;*:-; ea sorte que ■'^ i»*»! 1 i .cjiu.i' ''L r>t lit-^ ^.1.:^ rt des tLrures du «in:i i .-—1 ifî ••rtrii^s-.jiji.rc ,"T.>r s:jr le Golaotha, ; u j? û HiL^tr- A.j-*./: - i-h^c '*:; Jr-j^rrt qui attend ^ •-'vriiT :•••? -îi:»;:iis : l^^r. 1 j^-l: p^iiiit-re oL^eissance, i-'>r.it H.'^ ^A 'xc .«. -n r.ijis izf ii-roie fji le cœur des •iii^iLizs il >A\L itt jf^'S ZK:rs. Miliih. ; dernier chap.) A '1J.Û Lt z*ir..i^j: :>z.i.z rZ'T^:e, ii conxient de pré- 5^c--fr xt-s : inir.f^fîS ii «.u"^ erreur de Jérusalem et •i»f ^ r i.îs:.''*, A i*ir'-.-ÎÀ:hi. «pi nous en a ouvert ifs o.v^rrSw Lis -.:-5-jrrs tL;r::s qu'il a placés à Tenlrée z«:'-r »»:«2S rf*:>r^::r z:-is coci-^iisect dans sa, demeure, C'Ji fîï< c-TS rin^-r î ^iu:Le, près des ruines de là tour Ân:c-c:i2. ii cû e:^î ie r^^ de Pîiate, c'est-à-^ire au ii-:ri ôe li pl^e-fcruie- La piscine Bethsaida ou probali- <r:e avrc i-rs nànes de s-es cinq portiques, ainsi que la Voie d<-uIjunBiise, n-i'US séparent de l'église Sainte-Anne. Les deçres qui conduisent aux appaitemenls du gou- Temeur sc-nt couronnés sur deux rangs par les officiers turcs et les fonctionnaires schérife ou religieux des mosquées contenues dans lenceinte.

Le pacha, homme d'un âge mûr et d'une stature imposante, nous reçut avec la bonté la plus affable; il me fit présent d'une grande croix de nacre, à laquelle les ouvriers chrétiens de Beetblahem travaillaient depuis un mois , et me remit aussi des présents pour M. et Mme ThouveneL Je le remerciai de l'indigne honneur qu'il me faisait de m'admettra dans cette enceinte

interdite à tous les étrangers, et il me répondit qu'il avait donné cet ordre aux gardiens de. la mosquée en leur disant : « Votre Dieu n'est-il pas le Dieu de 'tous les peuples? Et de quel droit voulez-tous empêcher un de ses enfants d'entrer dans son temple? >,Je'iûe hâtai d'approuver cette doctrine sur l'unité de Dieu, avant qu'il n'en vînt sur le compte du prophète à des aveux dont heureusement il ne fut pas question, et nous- prîmes congé du gouverneur pour nous rendre à la mosquée- •

Ce fut le scheik principal de la mosquée d'Omar qui se chargea lui-même de nous conduire, et une troupe assez considérable de personnes attachées au service religieux de ces établissements nous suivait. Par mesure de prudence, on avait mis sous clef ks vingt-dnq.à trente esclaves ou noirs fanatiques dont la mission est de faire la police des Lieux -Saints et eût été infailliblement dé nous assommer sur le parvis que nous venions profaner si on les eût laissés dans l'exercice de leurs fonctions et en toute liberté* La prudence et l'énergie du pacha, homme de caractère et de mérite, me rassuraient complètement contre les stupides fureurs

' dé ces molosses ou boule-dogues à figure humaine^ i > L'imiiiense plan forme un carré bng de deux oçnt Cinquante mètres environ de largeur, sur presque. «ifûq cents mètres de longueur, dirigé, en oe dernier sens,^ à

'' peu' près exactement du nord au midi. On croit i(|ue le Temple de Salomon, aussi grand a lui seul que- ktiers de cette enceinte , était placé dans la partie 5Ud de la plate-forme. Lalîêu occupé parla mosquée d'Omar, qui se trouve au milieu de ce vaste parvis, devait donc être jadis en avant du Tempfe, très-tàpproohé deioedernipr; nous aurons à le constater' tout à l'heure. • j

Il est dit au in« Livre des Rois, ch. vi, avec quel art et dans quêltes dimensions fut «onstruit le célèbre Temple bâti par Salbmdn/ TJn' portique de 20 coudées de largeur et s'avànçânt de *0 dorudéesy précédait l'entrée de là maison du Seigneur. L'es lOÔ coudées hébraïques

ont été évaluées à 475 pieds romailis; elles dépassaient en longueur les coudées ordinaires. Le Temple , depuis rentrée de TOracle ou du Saint des Saints, avait 40 coudéeè; c'était donc 20 coudées que cet oracle occupait, et cela dans tous les sens, étant aussi de tous cotés entièrement revêtu d'or. Salomon donna à ce Temple des fenêtres obliques, taillées en biseau à Tintérieur et dans l'épaisseur du mur. Outre un parvis intérieur, formé de trois assises de pierres polies et lambrissées de cèdre, il y avait près du Temple le parvis des prêtres, et contre celui-ci l'immense parvis où venait prier le peuple. Salomon fit aussi construire une galerie où était son tribunal^ et une galerie où était son lit de justice. Biens des dessins et des plans de ce glorieux Temple, plus ou moins hasardés, ont été donnés depuis le commencement de l'ère chrétienne. Il faudrait, pour faire à cet égard un travail consciencieux , d'abord chasser de ces ruines les g^uxliens fanatiques qui en défendent l'entrée, et procéder à des fouilles qui en mettant à nu la racine de, quelques murailles, révéleraient les anciens contours et continueraient le service que rend aujourd'hui la roche sainte , le seul débris- des anciens temps qui soit resté à la surface du sol. On comprendra mieux l'intérêt de ces révélations quand j'aurai dit ce que j'ai retrouvé de la belle porte de Salomon, appelée Porta Speciosa. Hélas! qui osera jamais se vanter d'avoir reconnu avec certitude la trace de quelques-unes de ces choses sur un sol aussi nu et au^si complètement rasé que celui-ci?

C'est en avant de la place occujpée jadis par ces constructions , vers le milieu de la plate-forme et dans la partie la plus occidentale, que se trouve l'édifice octon gonal qu'on appelle la mosquée d'Omar, elSakhra (la Roche). Ce temple, élevé sur une plate-forme, est aujourd'hui , pour tous les Musulmans , la chose la plus sainte de l'ensemble de tous ces lieux qu'ils appellent el-Harâm-eUSchérif. La plate-forme qui supporte le temple s'élève d'environ 4 mètres au-dessus du sol;

on l'appelle le Haut-Parvis, On y monte par une wmpe de huit degrés qui en faille tour. Cette mosquée îforme un octogone régulier , dont chaque côté a 20 mètres de longueur; sa hauteur . est de ,30 mètres environ. Une coupole revêtue de plomb et terminée par un croissant et une petite lanterne, surmonte le tout. Le pourtour de son parvis, pavé en caniveau et recouvert de larges dalles polies et brillantes , reçoit les eaux du ciel qui tombent sur la mosquée et que l'on recueille avec soin pour les faire servir aux cérémonies religieuses; elles sont réputées saintes par le fait qu'elles, ont coulé sur la mosquée. On voit encore à l'extérieur de fort belles mosaïques incrustées dans les murailles. La mosquée a quatre portes ornées de huit portiques élégants et avancés, de colonnes et de reliefs ; elles correspon* dent assez exactement aux quatre points cardinaux de Thoriaon: celle de l'orient se nomme Porte de David; celle du nord s'appelle Porte du Ciel; entre celle-ci et la porte de l'Ouest on montre le lieu où Fatime, la fille de Mahomet, fit sa prière; son nom est le seul que je connaisse à cette porte; la porte du sud se nomme Porte de la Prière.

Ea face de la porte de David, on me montra quatre colonnes de marbre d'un vert antique et très-beau, qu't)n appelle Trône ou Tribunal de David. ■

On attribue la première construction de cette mosquée à Omar, qui, s'étant emparé de Jérusalem en 636, demanda à voir la pierre où s'était reposé Jacob quand il eut sa vision merveilleuse. La trouvant encombrée d'iûamondices , il donna lui-même l'exemple du déblaie- Hient et emporta dans le pan de sa robe , bien loin de là , autant de terre que celle-ci pouvait en contenir. La roche une fois déblayée, ce lieu s'appela El-Sachrah.

Les Musulmans ont ce lieu en grande vénération et il ne faut pas oublier qu'Omar fit construire cette mosquée à une époque où il avait intérêt à empêcher le pèlerinage de la Mecque. Aussi disent-ils que ce temple

est tellement saint que > toutes les prières qui y sont faites sont exaucées et que celui qui vient à y mourir entre de droit dans le Paradis. De là le soin avec lequel ils éoarteiit tous les infidèles. Avant de pénétrer dans ceite ntosqiiée, nous revêtîmes des pantouffles par dessus nos chaussures, parce que nous ne voulions pas y entrer led pieds nus, et qu'il ne nous était pas permis de fouler de nos pieds chaussés le lieu sacré. Nous passâmes par la Porte de David.

Ma surprise fut grande: l'intérieur était loinderé^ pondre à ce que m'avait promis la forme eitérieurè- et gracieuse du monument et 'surtout à ce que mon: idiargination avait espéré et bâti à l'avance, d'après les mille récits que j'avais entendus. Les murs, comme dans les mosquées de Gonstantinople, sont complètement bus, et ce qui offusque en entrant, ce qui de prime abord occupe le regard, c'est un bloc de rocher gigantesqfue et informe qui ne permet pas de voir * autre chose ; il s'élève au milieu delà mosquée, dérobe la vue de l'ensemble et a donné son nom, la Rùohe, k tout: le monument.

La grande coupole qui recouvre ce sanctuaire' et repose sur quatre piliers et sur douze colonnes, a une hauteurrde 40 mètres environ, sur une- base onouver* ture de 43 à 45 mètres de diamètre. Ges douze coion^ nés, disposées trois par trois entre les quatre' piliers, forment une enceinte cnreulaire qui occupe le milieu même de la mosquée et enferme le rocher. Autonarde cette enceinlc^ se développe un autre cercle formé par huit piliers, coiTOspondant aux angles de l'octogone régulier, qui est la figure intérieure et extérieure du bâtiment. Ces derniers piliers, avec les couples de colonnes qu'ils enferment deux à deux , forment aussi une figure octogone parfaitement concentrique avec l'extérieur. Ib sont composés de deux pilastres carrés rentrant l'un daias l'autre de manière à- opposer les deux angles" formés au milieu par leur acbouplemeût auk angles extérieurs dei la

mosquée. Hs correspondent aux. intervalles on ^difitabcea qui séparent les quatre pilastres^ complétemeQtiOaFrésv dont se compose la première ou plus petite eoeeinte' demi j'ai parlé. Ces trois enceintes sont séparées îintérieur'e- ' ment par deux nefs cîrculak^^ d'une largeur de 3'à 4 mètres entre les deux grandes, et de 8 mètres- environ autoiUT delà plus petite. Les quatre portes eorpespondent au centre des quatre' interralles compris entre les .pili^^ < de la plus petite enceinte, et par conséquent Vis^à-vis fes * cotonoes de marbre, antiques et corinthiennes, dont TetisMable,'à part rimpression que produit la Roche en entraot^ plaît à Fœil d'une façon gracieuse.

La petite enceinte circulaire qui occupe à elle seule la moitié du diamètre du monument, est entièrement reinpiie par la Roche, c'est-à-dire par un roc calcaire dé forme irrégulière^ un peu convexe et allongé, et s'élevaot au-^dessus du sol d'une hauteur qui varie de 1 à^ mètres. Elle est surmontée d'un baldaquin et entourée d'une balustrade de mauvais goût. L'intérieur de ce moniiment est assez éclairé par de petites fenêtres:, trèsenfoncées en raison de l'épaisseur des murailles , d'une hauteur de 9 mètres environ sur une largeur de 1 mèt*e, et placées à la moitié de l'élévation entre le sol. et teschapiteaux des colonnes qui n'ont que 7; mètres 'de hautkur. < • ^

Veilà donc, me disais-je, le lieu'*saint où moi^ infidèle, je ne devais jamais pénétrer. Les Musuhnans sont con-^ vsdncDS^ ainsi que je viens de le dire, que Dieu est teou d'exaucer la prière, même celle d'Un infidèle, quand elle a été &ite dans ce lieu; je n'avais pas attendu cet avis, aussitôt en entrant, pour recueillir' ma pensée et demander à Dieu d^envoyer saluniièreà tous ces malheureux. On va juger, par le langage du scheick ou haut dignitaire chargé de nous accompagner, s'ils eq ont réellement besoin. Commençons, en sa compagnie et aidés par ses explications, notre intéressante visite. *

Yoici donc une construction qui date du septièqM^

iî- «« j' .::.— «1 • -♦ M •!i > IL':. H T-L D*en déplaise

1 r---.:i.:> ti' ::- .. -l.— t "-^ r.hTS ^.:îi iraètres, aussi 1^- l'CHt- r.r ri! »: mi^-j: ^ :.f i:r>i> lumiestes rfov"-- ~-::' i'»".!— :: :** *^. --*:•:: -^ TT.f'r â la clef de » . * :ti 14. .-:. :* :' iii»t a ■•• iii»^ : :. seaibîe le pr^ x:»-r ■:;:> > .i :-*.:-• :• l e^ *^ r rrtiii <i':re et logive. »:!it.c:f i^- ^... -* ;.LJS .\:.L:=:^:^* :^ Il muraille, de

.•-•r.«i:' Hi »:;: -< -:/«: ■; :*i -fM*:* r ir plâtre qui en i* ■ •I:::^ fs '-J' C'^. : j^scnl des vitraux Of '^^li'ir. T.- • i-:-'*!:. IL :■ u: If «^-fs «raîssoDS de l,^.-.*^ •;.:: r-— >•* i-i"':^ £jl -»ts : cà.:-nnt allentiver v*^:. »f \< : ^^« • : : i-^ *c It^i^e ^k tiiarre super- : > --H . »f rf'riL";:!!^ li z'ni' i «.cu-.'^ ie •'-*§ Terres, et

rr^-- '-il ;. iTe -•-. *:? r~L:> n'^zt :*i i uo jvjoier huilé <*v ir ::• ♦:•;? .t.;;: f :. -^f j- a "rLTri^. Lrt? mars sont en iwirc:»^ : L'i:. ; ^ ^-j. : > : ..:^ î^r*:é; ce double r4i\: .:-f i»^-. -< •:•: -c ' i^ i- ^m"!."^ jc:kr «H s*3utieDt avec rl-rçiu-:^ l •!-•:?. ec .•'S j:r-fv^ r— correspondent à i""i:uj: i-e I- i.-^?^ •; ^i .f< j :f::: éti»:. re à cet eflel. ic> o,I ::ht<. r.';*: Iifc^ :n frr^rîiis. m':^l paru de la lu^rLV cjl: j^ -h : î ci-ir::^ r -t zu-f" ccIies qui ornent lr> pn::y:-'f< ■i:^ chi:.:e iccui^i âertrâ*. Le pavé luiui^Li-d se o:rL':c<<? C: ^rii::£s àx^^fs de marbre de diver- N?s oo::Iri:rs et pr>i-:i au^iH un Irè^-tiei e Jet.

li est triste de p«r35èr «rie ies Tan^ ont composé tout ce:i avec i•tt^ onaeiiie:i:s et les niAtêriaux que sainte H-iène et les crémiers chrétiens avaient employés à la constiuctioa des t^uliies de Id Palestine. Pendant près d'un sitriie^ avant la coaqucte de Jérusalem par Saladin, le Temple où je suis a eu Theuneur d'élre une église chrétienne, et lorsque^ en liST, les vainqueurs renversèrent la grande croix d'or qui brillait sur sa coupole, le ciel de la Judée retentit loniitemps des cris que poussaient ensemble, et la joie îles Sarrazius vainqueurs, £l la douleur des chrétiens vaincus. Alors, et comme

pour insulter à cette chute, ces marbres , ces lambris, ces colonnes , le pavé lui-même, furent lavés avec de l'eau de rose par les princes et les premiers personnages de la famille du vainqueur et rendus au culte de Mahomet. On vit Saladin, comme on avait déjà vu Omar cinq siècles auparavant, donner l'exemple du travail le plus rebutant et , tandis qu'il respectait le Saint-Sépul* cre, commander qu'on fît de cette mosquée la plus grande Caaba, la mosquée la plus sainte de l'Islamisme. C'est depuis ce jour, hélas! qu'il est défendu à tout chrétien, sous peine de mort , de chercher à y pénétrer.

La roche énorme qui occupe le milieu de ce Temple ne paraît pas de la même teinte que les pierres blanches ou grisâtres de la Judée. Elle est plus brune et plus foncée. Au temps des latins elle avait été recouverte de marbre ; on assure même qu'on en a détaché plusieurs fois des morceaux considérables; les nouveaux vainqueurs l'ont entièrement découverte , et ils y ont entassé dans la poussière- tous les objets les plus précieux de leur culte. On me fit remarquer, appendu à un des piliers du baldaquin qui recouvre la roche, le vieil étendard de Mahomet ou d'Omar , d'un bleu fort sale et déchiré, mais bien vénérable sans doute par le nombre des siècles et des événements qu'il rappelle. Que n'est-il plutôt, chaque chrétien le demandera ainsi que je l'ai déjà demandé une fois plus haut, que n'est-il plutôt dans quelque musée de Rome ou sous la coupole des Invalides ! Je vis aussi la pierre détachée de la montagne des Oliviers , et sur laquelle on voit encore l'empreinte d'un des pieds de Jésus-Christ, et à côté d'elle, chose bien honteuse à avouer, se trouvent les salles de bois de la fameuse EUBorak^ la jument de Mahomet. La plus petite de ces selles me semble bien mal faite , peu digne et surtout peu commode pour avoir fait avec le prophète le voyage du ciel.

J'avais entendu dans mon enfance , comme bien d'autres sans doute l'ont entendu aussi, parler de la

roche célèbre de Mahoaiet» qui restait suspendue en l'air dans son temple et que quelques-uns» par erreur^ placent dans la caaba de son tombeau de la Mecque. Yoici la vérité sur ce sujet.

yanlique vénération dont jouit cette roche remonte aux premiers temps bibliques du patriarche Jacob. Les rabbins la considèrent comme le lieu où le fils d'Isaac reposa sa tête {Gen. xxvui), et les Arabes en font ajssî une roche suspendue du paradis, au-dessous de laquelle les quatre fleuves prenaient leurs sources. A^ dirç des fidèles musulmans^ ce rocher, dont la saillie à la surface du sol mesure huit à dix mètres de ionguei^r sur /une largeur irréguHère et moindre de 'trois mètres, ne tient en rien au sol et se trouve miraculeusement suspendu à celte hauteur. Une grotte souterraine, à. peu de ctiose près aussi grande, est creusée par la nature siu^dçssous de la roche; on y descend par un escalier de qiûi^ze ou seize marches, appuyé à la face sud du gros pilier carré de la petite enceinte, entre la porte de David et jia porte de la Prière. La grotte et le rocher qui surplombeu^, sont dans les mêmes conditions d'équilibre que toutes, les gr<Ates ou cavernes que l'on trouve dans les raQntagijiçs; le passage qui descend à la grotte ^ et qui se trouve être le seul: endroit où le rocher ne touche point la rpoqtagne, est mêmie très-étroit. Mais écoutons ce quou va nofus. dire.» : •.

' Je demandai des explications à notre cicérone^ ^ notre scheik»; grand homme seo et loquace, qui nous montrait /toutes ces choses» avec un zèle et une volubilité étonnantes: il nousi ad&rma avee un air hautain d'autorjité ,que laroche était vraiment suspendue, ainsi que je le disais. Pour nous en donner. la preuve, il nous invita à descendre, pajr [l'escalier, rde pierre^ à. l'intérieur même de la mosquée!, dans Ip eaveau* au-dessous de ce rocher. Une - fois, arrivés jdans c^tte ' grotte > où Tor .peut à peine tenir debout et, qui a$t]Copi|fnp toutes les grottes creusçcs par la nature )^. la «ro^ustàiorpyamt me..fit.re][](iarquer qye

la roche se soutenait sans appui au-dessus de notre tête, et ajouta que ce prodige constant était 6péré par soixante* dix mille anges invisibles se relevant d'heure e«i heure, pour honorer par ce miracle la mémoire du prophète qui de cette roche s'était élancé dans le ciel. Ce scheîk' avait l'air si convaincu et si inspiré ,en me parlant ainsi ^ que je ne me sentis pas le courage de lui dire, chose bien simple, qu^il n'était aucune voûte, aucune grotte de. montagne qui ne fût dans les mêmes conditions. Aussi ma docilité lui fit-elle redoubler de' zèle. Il me pria de ï'emarqtrer qiie vers le miUeu de la grotte l'espèce de fchâmbre où nous étions* se terminait par une cloison de plâtre verticale et très-mince, incapable de soutenir un poids aussi énorme, et frappa du doigt sur cette cloisort pour m'en donner la preuve irrécusable. Cette cloiéoii, dit-îl, n'est pas en état de soutenir la roche énorme que vous aiez vue dans la mosquée et- qui est. sur notre tête ; mais elle a été placée là par prudence, pour rassurer fes fidèles dont la foi n'est pas assez forte et qui, en venant prier ici, tremblaient de la peur d^être écrasé par sa chute. Cette précaution a été jugée bonne, ajotrtat-il, à la suite d'une grande frayeur qui détermina i'accôuchement d'une femme enceinte, au moment tnême bii elle était venue ici pour prier. Depuis que cette cloison est bâtie, les fidèles croient que c'est un mur, et cela suffit pour les rassurer. La foi des musulmans, il fattt en convenir, a recours à de singuliers eicpédients. Je gardai de nouveau le silence*, mais je ne pus m'empôcher de penser que la fameuse cloison, aussi bien ici qu'au célèbre Tombeau de David, devait avoir pour ces imposteurs un autre but d'utilité, que le' leeteuir comprendra sans qifil soit besoin de le hii dire. ■ '

n me fallut encore apprendre que, au moment où Mahomet s'élançait de ce t^her vers le ciel, monté sur sa célèbre jument, la roche attachée aux pieds de l'animal allait se renverser, selon le témoignage des uns, ou selon le témoignage dés autres-, nionler aviec le Pro-

phète , si l'ange Gabriel ne l'avait saisie pour la retenir. Et pour preuve il me montra quelques trous dans la pierre : c'est la place où les doigts de l'ange se sont imprimés dans le rocher.

Vers la porte d'entrée de ce souterrain , le scheik me fit encore remarquer un autre prodige dont les traces sont imprimées dans la voûte; en cet endroit la hauteur de la caverne est irrégulière et n'atteint pas la taille d'un homme debout. Là, me dit-il, Mahomet était un jour en prière et à genoux. Quand il eut fini sa prière et que, absorbé dans la contemplation de Dieu, il se releva, sans plus songer à la voûte, il allait se briser le crâne contre le rocher, parce que, vous le voyez , me dit-il, la voûte de la roche , en cet endroit , ne permet pas à un homme de se tenir debout. Mais Dieu ne voulut pas la mort de son prophète , et le rocher , moins distrait que celui qui venait de prier, se retira en forme de calotte de la quantité nécessaire pour que Mahomet pût se tenir debout. En effet, une petite excavation ou renfoncement dans la voûte atteste, aux yeux des musulmans, le respect de la Roche, elSakhra^ pour le prophète.

Décidément j'étais bien au centre des merveilles de l'Islamisme et il était impossible de parler avec plus de con^viction et de feu que ce grand scheick qui avait l'air de travailler à notre conversion, pour se consoler de l'ordre impie qu'il avait reçu de nous laisser voir tant de merveilles. Un de ses fils, garçon de quinze ans environ, jugeant sans doute que le moment était venu de faire porter ses fruits à notre admiration , s'approcha de moi à la dérobée et me tendit la main pour avoir un batchick; son père s'en aperçut et le foudroya d'un regard à le faire rentrer sous terre.

Après cela on me désigna sur le sol de la caverne les lieux où avaient prié Abraham, Elie,i Salomon, et encore, je crois, un ou deux autres. Pourquoi rendre à ces patriarches un tel honneur? A quoi sert-il à celui qui ne connaît pas Jésu^-Christ d'invoquer le témoi-gnage des prophètes ?

Au douzième siècle, après la conquête de Jérusalem, Fan 1436, Innocent II avait» jugé à propos d'envoyer de Rome à Jérusalem un légat pour faire la dédicace solennelle de ce lieu et le convertir en église chrétienne. A cette époque l'auguste sacrifice de la messe fut , pendant près d'un siècle, célébré dans ce temple.

Si on me permet maintenant de dire mon opinion particulière, appuyée du sentiment de plusieurs personnes dont je vénère le savoir et le caractère, sur la destination primitive de ce rocher qui fait une saillie aussi prononcée au milieu du vaste sol ou grande esplanade consacrée à l'ancien temple de Salomon, je dirai que je vois dans cette pierre le carractère et les conditions de l'autel des holocaustes du temple de Salomon, supposition que vient justifier encore la couleur noirâtre de cette roche brunie par l'action du feu. L'airain de l'autel, supporté par le rocher, résistait au poids des victimes et au feu qui les dévorait. Nous avons déjà parlé de ce grand atrium qui précédait le temple, et dans lequel on brûlait les holocaustes. Dans la magnifique consécration du temple, racontée au III^ Livre des Rois, il est dit, ch. vm, 64: € En ce jour-là Salomon sanctifia V atrium du milieu , qui est en avant de la mifison du Seigneur; c'est là qu'il fit l'holocauste, parce que l'autel d'airain, qui était devant le Seigneur , était trop petit pour tant de graisse ei de victimes. -» En effet, il s'agit, dans cette dédicace à laquelle assistent toutes les nations, de vingt-deux mille bœuiis, de cent vingt mille brebis inimolés par le grand roi. La place indiquée devant le temple et consacrée à cet autel des holocaustes, l'emplacement de la magnifique mer d'airain décrite au chapitre vu, à la droite du temple et à l'orient, justifient parfaitement la supposition que c'était là l'autel des holocaustes (1). Pendant

(1) Sanclificavît qooqoe médium alrii , anlè templam. . . . quîà allare «iieam> qaod foerati non polerat sastiaere holocaastai et sacrilicia, «t adipet. (Para/, 7.)

que je sortais de celte caverne pour revoir VeUSakhra^ un Arabe et sa femme y entraient et priaient avec la plus grande dévotion, sans s'occuper de nous.

Pour compléter par la comparaison les renseignements que j'ai cru devoir donner sur cette intéressante mosquée d'Omar, j'ajoute ici les noms de quelques-uns des voyageurs qui ont eu le rare bonheur d'y pénétrer. Richardson, Domingo Badia, Catherwood et Bonomi y sont entrés dans le courant de ce siècle. Le P. Roger et Mgr Mislin ont eu aussi ce privilège; mais jan'ai trouvé dans leur récit aucun autre objet digne d'intérêt en dehors de ceux que j'ai mentionnés.

Bien des pèlerins ont regretté de n'avoir pu visiter ce monument ; il me semble que ce qui est beaucoup plus regrettable, c'est que ce lieu soit profané encore aujourd'hui par tant de superstition. C'est là le pavillon le plus vénéré des sectateurs dé Mahomet, ces Philistins modernes qui n'ont respecté que l'unité de Dieu. Voici comment Michaud, dans son cinquième volume de la correspondance d'Orient, nous parle de ses regrets au sujet de cette mosquée: «Personne, dit-il, n'ignore l'impossibilité où se trouve le voyageur chrétien de pénétrer dans ce monument ; il ne s'agit rien moins que de la mort ou de l'apostasie ; je n'ai pu en voir que l'extérieur dont il existe de nombreuses descriptions. J'ai contemplé souvent et durant des heures entières la mosquée d'Omar, le plus beau monument de Jérusalem , et le parvis qui l'environne; pour échapper aux regards soupçonneux des Musulmans , je me plaçai sur la montagne des Oliviers ou sur la terrasse du couvent de Saint- Sauveur; il m'est arrivé plusieurs fois, afin d^ voir les choses de plus près, de m'approcher de la petite porte, voisine de la piscine probatique , qui donne sur le vaste parvis du temple ; la solitude et l'abandon de ce quartier étaient pour moi des garanties de sécurité. Je ne vous répéterai ï)oint ce que disent les rayas de Jérusalem touchant l'intérieur de la mosquée d'Omar, je craindrais

de vous donner un conte oriental ; nul doute qu'elle ne renferme des choses curieuses, et je donnerais tout, excepté mon noble titre de chrétien , pour la visiter. » Le lecteur jugera s'il avait raison.

Page 1