‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 22 sur 63 · CHAPITRE LIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX

Saile des merveilles contenues dans Tenceinle du Temple. — Le Irène de Piman. — El Aksa, — Les deux églises de Juslinien. — Visite aux flambeao][. — Les pressentiments d« M. de Sauley« — La porte de Salomon. — Les foQilles da Temple. — Le pont des Ames. — Le trône de Salomon. — L'inlérieur de la porte Dorée, — La prophétie de Daniel. — Le pacha el les fanatiques.

Au sortir de la mosquée, on nous fit admirer, du côté de l'Orient, un portique ogival à quatre arceaux, entièrement dégagé de toute espèce de monument et d'une structure assez élégante. Mais aussitôt le scheick, qui ne nous ménageait aucune de ses croyances, appela notre attention au point culminant de l'ogive où Dieu; nous dit-il, devait suspendre, au jour de sa justice, la balance dans laquelle il pèserait les âmes. Près de là est la chaire ou trône de l'iman. Tout ceci me paraît un souvenir défiguré des choses que la Bible nous raconte des justices de David et de Salomon, du grand jour de Josaphat , et du trône d'or et d'ivoire devant lequel vint s'humilier la reine deSaba{nie Reg. x; 18, etc). Ce trône de l'iman dDit être aussi cette merveille préparée par Nourredin, dans la prévision de la conquête de Jérusalem, vingt ans avant qu'elle fût accomplie ; Saladin, ainsi que l'histoire le raconte, l'envoya chercher à Alep où on l avait déposé ; on dit qu'il n'est rien de si beau

dâfns rislàmisme; Il en est de celte assertion totmaéi de taftt d^autres. Je ne saurais même y trouver une beauté comparable à celle de la chaire de saint Jefi^n^Chrysoslômeï qui me donna tant d'éfmotion dans l'église grecque du Partar,'à Conslantinople-

' Une autre église , dans cette même enceinte , a été aussi convertie en mosquée par le vainqueur Saladiû : c'est Yéglke de la Présentation. On l'appelle Ei-Aksa^ c'est-àwiire Vélmgnée. Cette grande basilique, d'une longueur de 90 mètres environ, se trouve à l'extrémité dé l^ngle à droite de la plate-forme du Temple, dans •la partie la plus méridionale, un peu rapprochée de Fangle sud^ouest, et à cent cinquante mètres environ au sud de la mosquée d'Omar. En entrant dans cdLte basilique, je fus émerveillé de ses proportions, de son '^égance, de sa beauté. Elle est l'œuvre de Justinien, en 590, et rappelle l'inimitable construction de cet &aiptTQ}jT^S<iiÂnte^ophie à Constantinople, dont le.0ab est pourtant d'une tout autre nature. Il en est' peu rtême "qui lui ressemblent : elle a sept nefs , trofe petites de chaque côté de la grande. C'est une basilique ogivale, avec des vitraux peints qui ont résisté, je ne sais comment, ainsi que les mosaïques ^xtérieuresv à Fesprit iconoclaste des Ottomans. A Sainte- Sc^kie^ ësft saisi par la douce majesté de ces grandes courbes •qui' enlacent le visiteur et le transportent comme - en •'àUtsint 'de sphères célestes; ici les lignes sont droites, 'les nefs parallèles, les angles droits, et pourtant l'effet est presque aussi séduisant. Hélas! deux siècles s'étaient à'pëiftè écoulés que le vainqueur Omar la consacrait aussi' au culte de Mahomet, et après les croisades, Saladin en a fait ce qu'elle est aujourd'hui ;

' Gomment un semblable lieu n'eût-il pas été cher aux premieW chrétiens? Ici Marie fut présentée et offertd-au service du Temple; ici elle présenta elle-même son .divin Fils à qui on donna le nom de Jésus; ici elle fut baptisée de son nom de Mère de douleurs; ici encorer'un saint

vieiilard^ dernier rejetoa de la foi. des Piatriaroheç,; attiré au pied des autels par la lumière qui .venait éclairer Israël, prit dans ses bras ce pain de vie, .cette, .Qffriaflde piire^ sainte et sans tache, et demandai Dieu de mpurir en paix, puisqu'il avait vu le salut envoyé de Dijçu, 0 admirable association du Créateur et de la Yii^rge qu'il choisit pour Mère! c'est ici qu'il^ fut doublé à. h tevr^o de contempler ce prodige des Écritures., cette itoison merveilleuse de Gédéon portant seule la rosée :du>. eiel > ce buisson de Moïse toujours brûlé et jamais consumé i, cette tige forte et verdoyante de Jessé , cette étoile sortie de Jacob. On voit que Justinien, qui avait élevé; ua temple immortel au Verbe de Dieu, avait voulu asBQÇjier à la même magnificence la Vierge par qui ce don magnifique a été fait à la terre. ...

Pour que . la pensée de la Mère de Dieu ait inspiré une oeuvre, une création aussi belle, au temps ,de Jutstinien, qui consacra cette église à la Sainte Vierge, en. mémoire de tous ces mystères et en l'honneur, dé la Présentation, il faut bien avouer, en dépit des protestant^, que les premiers âges chrétiens ne le cédaient pas à flotre siècle en respect, en poésie, en hommages et en 'ameiftr à l'égard de la^ Reine des anges. Consacrée par ioachim et Anne au service du Temple, dès l'âge de 4Fois ans, la jeune Halmah, c'est le nom qu'on doiipait à> toutes ces vierges , n'était pas éloignée de la maison qui l'avait vue naître, et attendit ainsi l'âge de i quinze ans, c'est-à-dire l'époque où elle fut fiancée à rsaiïjt : Joseph-, qui était de Beethlehem et aussi de la tribju. de Juda. 0 douces joies d'une telle enfance,, soyez toujours l'exemple et la consolation des vierges chrétienp.es, ^es pieuses filles de l'Église !

.Nous fdmes invités à descendre au-desgous.^dç oette église pour visiter des constructions souterraines fort reiharquables et qu'on nous désigna comme ùisant partie d'une ancienne entrée du Temple, bâtie ,par Salomon. La chose certes en valait bien la peine, et nous

filno^s bientôt décidés. Nous allions voir jusque dans se$. entrailles ce terrain précieux, caché avec tant rfé spîn b,\x^ regards e^ aux investigations des chrétiens et depuis i\ lontenïps )ivr4 Ma superstition et à l'ignorance. Aussitôt qup les flamneaux furent allumés, nous descendîmes.. Je ne . saurais dire la stupéfaction que j'éprouvai en trouvajot îj une. telle profondeur au-dessous de la terre un escalier ou plutôt une rampe, large, commode et roagnifîquej^.à degrés fort larges et peu élevés ; entourée de chaque côté de colonnes monolithes ornées ellesmêmes de larges piédestaux et de corniches surchargée^ de feuillages el.de dessins. Il me senciblait voir, à la lueur de nos torches, des géants se tenant debout dans leurs sépulcres et s'agitant comme des ombres a la pâle et vacillante lumière de nos flambeaux ,\comme pour nous demander de quel droit nous venions troubjér leur solitude. ' ,

Cette rampe part du pied de l'ancienne niuraïUe, au fond de la vallée du Tyropœon, au sud du Temple, et monte ainsi par une pente très-douce dans l'intérieur de l'enceinte. Autant que je pus en juger par le secours imparfait de mes yeux, dénué de tout instrument, cette raippe devait se prolonger sur une étendue de 50 |. 60 mètres avant d'atteindre le sol du parvis. Combien j'eusse désiré en ce moment avoir à mes côtés mon saysfnt compatriote M. de Saulcy , qui eût été lui aussi bien beuteux de pénétrer ici à la place de visiteurs

3ui ne pouvaient être d'une grande utilité pour la escription de ces lieux. Notre discrétion même nous paraissait la mesure de notre reconnaissance : en effet npus; nous iStions promis , pour répondre convenablement .à. la politesse du pacha et des Turcs, de ne pas npu§ .poser en inquisiteurs, et surtout de ne pas nous donnei: , durant iiotre visite , des airs de géomètres ou de dessinateurs. qui eussent offensé ces braves Ottomans et peut-être. excité| des soupçons dans leur esprit. Mais un des^sinatéur .aussi habitué à lever des plans et à

raisonn^ architecture q[ue M. de Saulcy, eût certaioement tiré un meilleur parti que moi dé la côntémjplatîoh' même rapide. dé* telles merveilles. Il eût bàrfaîtémêrit détaillé, puisau*il Teût vu enfin, ce qull avajt si bien et si savamoient deviné lorsqu'il lui avait été imp9g$ib|e de le voir. On va juger si je le flatte, quand j'aurai rapporté' ce qu'il a dit de celte partie de'l'encèiifite, le jour où il s'en est approché, à la partie extérieure seulement et près du jardin de rJE'Mfoa.

«. Le mur de clôture du jardin d'el-Akêci cotipe 4 pei^ près par le milieu , ainsique je l'ai déjà dit, une j;ioi;te antique à demi-enterrée , d'un style architecturajl à^sez' étirange, et phargée d'ornementation végétale cdmpléteinènt analogue à celle 4e la pçrte Dorée, Evidemment nous ayons là sous les yeux les' restes d'une belle porté antjgue, enclavée dans la maçbîinerie beaucoup plus récente. De celte porte on voit un arc surbaissé formé d'un large cordon couvert de rinceaux de feuillage auqiiel est langent un encadrement rectilîgnç,' compose de deux larges bandes à rinceaux semblables séparés parun cordon d'oves. La portion supérieure du cadre est taiigente, non

E'as à la partie extérieure de l'arc orné de rinceaux, mais ien à la courbe inférieure de cet arc , ce qui est àii moins fort étrange et bien loin de ce qu'aurait exigé Varl grec ou romain. Au-dessus du cadre paraît d'abord une assise de blocs très-grands, que surmonte une assise de voussoirs dont rien absolument ne justifie la présence ; au-dessus de ceux-ci règne une corniche assez élégante formée d'un beau rinceau qui court au-dessiks d'uncj ligne de modillons et que surmonte une moulure sîmpléi Toute la portion de droite de cette corniche manque au* jourd'hui, de sorte qu'il serait impossible de deviner où elle se terminait. L'arc inférieur ne repose d'aplomb sut* aucun système de piédroit ; il en existebien un , formé de gros blocs superposés, mais il est dévié et rejeté en dedans de la porte, de façon à ne pouvoir servir de support à la portion inférieure du cadre, portion que

l!on «ferait tenté ^ mais à tÀrt , âe pvetHktei peutirafaiorcé d'an ch^^iteaù de pilastre. En réBomé^ le «style de* oeffae porte, certainement contemporaine de la* porte Dorée ^ est des pins singuliers et appartient à tin système àrehifkectural tout àÊiit'en dehors des principes classique^; .Une; fenêtre grillée est percée dans le mur au-dessbui de Tardade; j'ai' essayé de voir quelque chose par cette ieciétre qui donùe sur les substructions de la mosquée ^^bi-Âhsay et il ne m'a pas été possible de discerae^r quoi que ce fût, tant robscurité était ' épaisse dans ce souterrain i

p On a beaucoup écrit déjà sur l'âge probable de dette porte., ^e^ les uns ont crue bysantine et les autres romaine.; à mon avis , elle n'appartient ni à l'une fli à . l'autre dé ces deux époques. C'est Jitôtinien, ainsi que nous le savons par Procope, qui a fàH bàtif l'église de Sainte-Marie de la Présentation , devenue' là mosquée d'èl-Aksal Notre porte est énormément' eti coutre-^bas du sol de cette église; elle n'a donc pafsk moindre relation avec elle. Mais les architectes !de Justinien trouvant debout ce débris vénérable du temple d'Hénode, l'auront respecté et foit entrer dans < leur pbil de reconstruction en l enclavant dans la maçonnerie qtii devaiti soutenir la platci-forme sur laquelle ils voutâîekit bâtir leur église. Ce qui ne contribue pas peu à me îlp fedre croire, c'est la présence, dans la maçonnerie qui encadiie la porte antique, d'une inscription eneàistrée, sens dessus dessous, dans le mur, et qui très-Certaine^ ment a été renversée à dessein et mise là pour constater le k'enversement des idées qui en avaient dicté la teneur / Yoioi i cette inscription :

TITO ML. HADRIANO ANTONINO AVG. PIO P. P. PONTIF. AYGVR. ' -

fi v^)fiH Titus i^IàBiHadrïeji Ablonm (Auguste ilei'SieuK^ père dé lat^mtiiey peintifev tugupe.^ par déoli3|;rd8S(!d'é^

i > Nul doute que cette iiiscriptk)n^-D-iiit étéiqncflsU^e dans k base d'une statue élevée à Tempeiteuir Anixlnih le Pieux. Krafft a conclu de sa présence!,' jquef^Iai'purtfe antique dont je m'occupe était du règnfe d'Hadrleat; sàais Williams a fait justice de cette bieatrre i cpndtisâDh tirée de la présence d'une inscription é!viden3mèilt-\d'é^ placée, puisqu'elle est sens des$ui5'dessoès^ebîi}»a'«ci|i devoir conclure que la porte en question était du rtttnps de Justinien. J'ai déjà dit pourquoi je ne >p«âs. admettre cette lopimoïk^ Pour moi, comme pour le savant Williams, l'îiiscription a été mise là' à l'époque où Justinienia or^ doimé la construction de l'église de la Vierge; maisvoilà tout; Hû'y a aucune analogie entre la naturede la pierm dbnt on s'est servi pour construire là porte, et' celle de la pierre qui porte l'inscription. Il y !a pliis : un des v6i^<^irs primitifs, dont j'ai parié, a été ' entariîé |)Out servir d'encastrement au côté gauche et à l'angle mféricMr de finscription. Celle-ci a donc été encastrée danâ leicrur, postérieurement à l'existence de la porte àntiqilé.' Pc^r suite, îl est logique, s'il est vrai que cette inscriptioti ait 'élè placée là à l'époque de Justinien, de oorïoiuFë qlie la porte inférieure est bien antérieure à celte époqUeJ Aussi n'hteitai-^jp pas, plus que pour la porte Dorée, à ià considérer comme un fragment d'une porte de Fenceinie du temple reconstruit par Hérode. 3> - - i» ^î- '^

On le voit, M. de Saulcy n'était pas homme à seâaissen égarer^ el sa science architectonique l'a'servi à merveilie*! Je reconnais bien là le savant collecteur des By^otines/ à qui nous nous plaisions autrefois à poser les problèmes les plus ardus de la lifiguistiquë et de< lai numismatique, et qui s'en tirait toujours si bien à son honneur. Seulement les colonnes de Yel-Ak$a ne me semblent pas devoir être comparées^à celles de la porte Dorée, qui , .au moins deux sur quatre, appartiennent au temps d'Hérode.

M. de Barràre, ayant pu , dans un autre moment , faire entrer dans ses substructions de Vel-Aksa \m peintre' habile, se procura un dessin exact de ces constructions, ainsi que toutes les mesures de ces colonnes. Il me remit le tout au moment de mon départ; et, à mon retour en France, je le portai à M. de Saulcy, qui fut ravi de posséder une chose aussi rare et déclara lui-même aussitôt que ces colonnes remontaient certainement à l'époque des rois, qu'il appelle ^o/owônê^wn^.

Quand nous revînmes au jour, on me conduisit près de VeUAksa, visiter le lieu qu'on appelle le Baptistère j^ et dans lequel on conserve une fort jolie petite cuve ovale de marbre blanc, où Jésus fut placé au jour ^e, la Cir-^ concision.

J'ajouterai seulement, comme complément à tout ce que je viens da rapporter au sujet de cette entrée magnifique du Temple , que cette porte est bien dans les conditiops de celle dont il est parlé au III^ chapitre dBs Actes des Apôtres, que saint Luc appelle ûpawt, Speciosa, et près de laquelle s'accomplit le célèbre miracle que saint Pierre opère au nom de Jésus-Christ ressuscité, en prononçant ces paroles: c Je n'ai ni or ni argent; mais, au nom de Jésus de Nazareth, levez-vous et marchez. » Les deux apôtres montaient à l'heure de la prière, et quittaient leur demeure d'Ophel ou de Mello pour entrer dans le Temple. Il n'est pas un seul côté de la ville autre que celui-là par où l'on dût monter ^oxxv entrer dans le Temple. La porte Dorée était loin de toute habitation et communiquait avec la campagne de Gethsemani, des Oliviers et de Betphagé. Et d'ailleurs on n'eût point porté tous les jours , à une entrée aussi éloignée de toute habitation et presque toujours déserte, pour y vivre d'aumônes, un homme paralysé ou estropié dès le sein de sa mère. C'est cette porte (4), à laquelle tout le peuple accourut, qu'on

(1) Ad porUm lempli, qii» dicUar 5jpflcio4a.... cucurrii ornais pop«las «d eo8 ftd portiçum qq« app«llaUir Salomonit, (Act. UI.)

appelait jadis jpor/j^ rf^ Salomon, et son nom de Specmà me paraît admirablement mérité.

ïji se promenant sur le sol dénudé du panis, oh rie peut s'empêcher de songer à toutes les ruines précieuses qui y sont enfouies et d'appeler le jour ou îl sera permis de les mettre en lumière et de les étudier. Le désir de les connaître n'est certes pas à blâmer chez celui (jui a le plus grand respect pour les oracles de Jésus et des prophètes. Si les travaux de Julien l'Apostat ont été un crime, c'est parce qu'il tentait de faire mentir la parole qui çst la vérité et la sainteté éternelles; jnais il ne saurait en être de même du chrétien fidèle qui cherche les traces du Temple de la loi mosaïque, tout en adorant et respectant la puissance de la parole qui a dit : ce Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. 3) "^ •

Le Temple, on le sait, fut détruit, malgré les ordres de Titus. En vain celui qui était le général et le représentant du plus grand pouvoir qui fût au monde se précipita lui-même au milieu des flammes pour encourager par son exemple ceux qui travaillaient au salut de cette merveille de l architecture : un soldat désobéissant suffit pour donner raison au Fils de Dieu ; et si Titus eût été chrétien , il eût compris une fois de plus ce qu'il disait avec tant de vérité, que la victoire n'était point son fait et que Dieu avait combattu pour lui. La puissance inébranlable de la Tour de David n'eût pas fait sur Juî plus d'impression que l'accompHssement de la prophétie de Jésus, dont les larmes et la menace étaient tombées sur la ville à la fois sainte et coupable, et il eût compris

Ïu'il était plus impossible de faire mentir la parole de ieu que de chasser les Juifs de ces tours <c dont aucune machine ou aucune force humaine, disait-il, n'était capable de les déloger. » C'était en effet pour obéir à la voix de Dieu que ce Temple, élevé par Salomon plus (fun millier M'années auparavant, tombait et ne devait jamais plus se relever. C'était cette même voix de Dieu,

cette voix que Julien voulait faire metit(r en ap|[)â)anl à lui toutes les ressources de sa puissance, de ses trésôl'â et de la haine des Juife, qui fut encore confirmée par seé travaux et par ses efforts. Après les tentatives impies de Julien, le Temple en effet était encore bien plus qu'auparavant un amas de destruction et de ruines. Le irem* nlement de terre qui renversa les ouvrages commencés, les flammés qui dévorèrent les matériaux, liquéfièrent les outils et les ferrures et brûlèrent une partie des ouvriers, furent pour la cause du Christ ou du Galiléen, comme l'appelait l'empereur, un miracle de plus, avoué et raconté par les païens eux-mêmes. Et si aujourd'hui quelque juif riche et puissant tentait de faire mentir la parole du Christ en ressuscitant sur le mont Moriah le culte de l'ancienne loi , il ne serait pas plus heureux dans cette tentative impie que le tyran lui-mênale ou qu'Alypius d'Anlioche quittant, par ordre de Julien^ le commandement de la Grande-Bretagne pour activer ces travaux. Ainsi, sur le sol môme du Temple, Justinien nut élever au Christ et à sa sainte Mère la belle- église de la Présentation que je viens de voir; mais un apo^M ne pouvait pas être plus puissant que Dieu.

Les Turcs qui nous accompagnaient m'assurèrent qu'ils avaient connaissance d'un grand nombre dé sotitérrains qui se développaient en tous sens eous' nfôs pieds dans le sous-sol du parvis, mais qu'ils n'en savaient pas davantage, attendu que tous les ouvriers musulmans refusaient même d'y entrer. D'où leur vient cette terreur?... •

; On me fit voir aussi la place où se tiendra Mahomet pour Juger les âmes dans la vallée de Josaphat. C'est à 80 mètres environ de l'angle sud-est de la terrasse. Eh quelques endroits Ifi muraille s'élève à trente mètres audesus delà vallée, et des pentes assez raides descendent encore du pied du mur au fond du torrent. En ce moment la figure du scheik s'illumina comme d'une colère divine et, en me montrant dans la riiuraille une embrà-

guw ! qui resçembla à celle i'wi canon.;» <c C'est fô^ine dUril^ qm .sera le pont Cimtl pour le pas$(ige lies ornes, :& jCepont, effigie .comme I0 tranchant d'un glaiife ( disent les Musulmans), les enfants de Mahoniet le traverseront coDQime. l'éclair; les chrétiens et les. juifs ne povtrfpnt le faire : ils tomberont dans le feu éternel. \

A peu près à la même distance de l'angle npfd-e^tj, près du même mur et à côté de la porte Corée., on raè désigna, la place où était le trône de Salomon, jEn en*trant par cette porte merveilleuse , les nations du npi;^ trouvaient donc . aussitôt une chose plus merveilleuse ^ncoT^, / . .

. Voiçii ce qu'en dit le III^ Livre des Rois, cb. x : « Si^lomon éleva aussi un grand trône d'ivoire , . et il le re- • couvrit de l'or le plus jaune et le plus éclatant. Il avait 3ix degrés et était recouvert par une demi-sphère ou denai-coupole taillée verticalement et servant de dossier i>\k de niche à ce trône ; deux mains, une. de chaque côté, soutenaient le siège et deux lions se tenaient devant chaque main. Douze lionceaux, six de chaque côté^ étaient pliaeés sur les degrés du trône. Jamais dans aucu^ royaume on n'avait fait un semblable ouvrage» » L'or, Ofi le: sait, n'avait été, à aucune époque» ménagé dan^ le Temple, et les historiens, à l'occasion de la prise de Jérusalem par Titus, nous parlent d'une dépréciation de ce prêtai , semblable à celle que nous devons aujourd'hui aux: mines de la Californie. , '

Aujourd'hui il ne reste aucune trace d'un trôna aussi merveilleux. Ldi pierre noire , que quelques-uns cqnsidè^ jent comme le tombeau de Salomon, est daçis le sol. du rparyis , à l'angle nord-ouest. Elle n'a pas un mètre c^apré. C'est le marche-pied des prophètes quand ils despèndant 4u ciel dans la mosquée. On y compte vingt-trois trous opérés par miracle et destinés à rappeler les événements importants de l'Islamisme.

Nous descendîmes ensuite dans l'intérieur de la Porte- Dorée, murée parles raisons que j'ai indiquées à mon

passage dans la vallée de Josaphal. Qu^nd q^ est,s9,v^ cet adnurable portique, les souvenirs des tripas qyi montaient au Temple du Seigneur, des croisés qui rOjqt donné leur sang pour renverser ces murailles, des Turc;s dont la frayeur voit sans cesse la croix rentrer par celtie porte, comme au temps du triomphe d'Héraclius, vîeanent en foule se presser dans l'âme du pèlerin. Ici les colonnes sont plus admirables encore qu'à YEl-Aha; paais toutes ne remontent pas à l'époque des rois. On m'affirme que les deux plus grosses sont de l'époque hérodienne, et en effet elles ont des formes et des proportions d'une tout autre nature- La superstition musulmane l'a remarqué elle-même, puisau'ella publie qu'elles ne se tiennent debout qu'à l'aide d'un ange qui les soutient sans cesse.

Là je laissai notre grand scheick parler de ses milliers d'anges invisibles, aussi bien que mes compagnons discourir à leur aise sur l'âge et l'époque de ces colonies; pour moi, une pensée m'absorbait tout entier. C^est par là qu'était entré le Sauveur. Je croyais voir Jésus passer sous cette porte, au jour de son triomphe, et les enfants accourir au-devant de lui en chantant, malgré les Pharisiens : « Hosanna au Fils de David ! y> Je ressentais la douce et vive émotion des disciples et des amis de ce bon Maître lorsqu'ils virent la foiile à ses pieds; il nae semblait que j'assistais à ce triomphe et que , sous ces magnifiques colonnes, un de ses regards pénétrants et miséricordieux tombait sur moi... et je me trouvais ço ce moment si heureux de l'aimer, . . Hélas ! qui osera répondre de soi?.. En me retournant je vois les ruines du palais de Pilate, où aussitôt après un tel triomphe, ce même peuple, ameuté par les ennemis de Jésus, va demander sa mort et la délivrance de Barabbas! Et il rie faudra pour sanctionner une telle iniquité qu'un juge faible et coupable qui se contentera d'un peu d'eau pour se croire et se déclarer innocent 1

Notre visite au Temple était terminée. Près d'un pal-

rhiér je remarquai' quelques fleurs sur une planté courte eft desséchée qui avait, comme un autre Picciola^ trouvé le moyen de croître sur ces ruines. Je les emportai avec moi,' en songeant à tant de générations et à tant d'événements passés. De toutes les merveilles dé cet Eden , tant vanté chez les Musulmans, je ne crois pas en avoir oublié aucune, ni avoir rien exagéré. Ici Mahomet a pris la place de Jésus-Christ, niais pour y apporter et y maintenir la désolation prédite par Daniel et par le Messie.

C'est au sortir de cette enceinte que l'âme se resserre et s'épouvante , en pensant à la malédiction des saintes Ecritures... Qui osera espérer encore pour Jérusalem des jours meilleurs? J'entends la voix de Daniel qui s'écrie: « Sachez: et comprenez: A partir de Tédit qui per^let de rebâtir Jérusalem jusqu'au Christ-Roi, vous compterez sept semaines et soixante-deux semaines... Le Christ sera mis à mort, et le peuple qui doit le faire mourir ne sera plus mon peuple. Une armée et son chef viendront ruiner la ville et le sanctuaire... Les hosties et les sacrifices seront abolis; Tabomination de la désolation sera dans le Temple, et cette désolation durera jusqu'à la consommation et jusqu'à la fin. (Dan. ix). »

Comment espérer qu'un jour ces nouveaux Philistins

laisseront là le Temple et ses ruines ? 0 mon Dieu!

quand donc un tel opprobre touchera-t-il à sa fin !

Dans la journée , le pacha me fit l'honneur de me rendre ma visite. Il savait que je quittais Jérusalem le lendemain. Il me parla de ses efforts pour adoucir le caractère et les mœurs, dissiper l'ignorance et conjurer le fanatisme de ces hommes que j'avais vus de si près dans la matinée et m'avoua le peu de succès qu'il avait obtenu jusque-là.- « Je ne les ménage pas, me disait-il : aujourd'hui encore je leur ai dit, à propos de leurs colères : Vous vous croyez quelque chose devant Dieu! Vous êtes au dehors comme des cassettes de parfums, mais au dedans vous êtes rempUs de scorpions. » Je fus frappé de la ressemblance de ce langage avec les reproches

çiie J'.sQf ftà-eâsait am fihansâeBS. Les mors de Jéni*

s«.ifir s^.iii: i.»ni:»t^: Jt^ iiîiark^ens sont demeurés delN>uL tj:-.i:> ' toî r/:*:, >.n àtr temjis aprfes mon départ de iai l'iut^uiH. 1j^ fiui: chaii^zé: les fanatiques avaient eu ^ilj. at c'iius( : l£î^ iKiTitts àt 11 mosquée étaient plus ft^mirtï^ jjf ;c^..Li-« t*: (*-?? bjmmes méchants avaient

iC»:t*i:u ir ri.;»:»t\ at k^an-ii-Pacba Puisse ma recon-

tAii^àiî/t k- :vi:jj^t*r ml j«.»ur! I^iis>e surtout le Christ, u.»ul il n'a 5 -r^itr I\:!:.a^e, lui faire comprendre qu*il c ) a jiiis û: c:^.^>â:j:ii p:siài*)6 €» dehors des lois de ja>u.Y fi 3* SL-Lît»:^ zù A a données aux hommes et o.ct il a c.-ii-r k àr^'.»: à K*n Eglise!

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