‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 25 sur 63 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

Regrets et consolatioo. — L*Orieol et TOccident. — LMsthme de Saez et les Anglais. — Rencontre. — Réflexions. — Ce qa'il faut faire poar les Lienx* Saints. — A qm reviendra cet honneur. — Importance d'une telle question.

En quittant la terre des patriarches et des prophètes , je sentais mon cœur se serrer à la pensée de tout ce que je ne verrais plus, au souvenir de Nazareth, de Beethlehem, de Jérusalem, qui avaient fait en moi une si vive impression. Images bien-aimées et profondément gravées dans mon âme, rien désormais ne pourra me séparer de vous!

J'emporte cependant avec moi un espoir et un désir de nature à faire diversion à cette pénible séparation : je vais visiter Rome, la Ville-Eternelle; je vais voir dans leur accomplissement les glorieuses destinées de la barque du pécheur de la Galilée , et contempler de mes yeux la réalité de ces paroles du Christ, prononcées sur le rivage de Tibériade ; « Voiis êtes Pierre ^ et sur cette pierre je poserai les fondements de mon Eglise, i^ D'ici là un assez long -séjour sur mer va me donner le temps de préparer mon âme à l'étude de ces autres merveilles, de recueillir mes dernières pensées et de méditer à loisir sur tant de choses que j'ai vues.

Et n'est-ce pas Dieu lui-même qui a tracé encore les

destinées nouvelles que je vais comtempler dans leur éclat, Lui qui a abandonné l'Orient déicide, Lui dont le dernier soupir sur la Croix s'est touraé vers les peuples de rOccident? Jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ, TOrient gardait le dépôt de la vérité révélée ; les sages de la terre accouraient s'y instruire; le Messie devait y paraître. Depuis le déicide de Jérusalem, Dieu a transporté dans l'Occident la lumière du monde; de Rome, capitale païenne de toutes les nations, il a fait la capitale du nouveau royaume spirituel des âmes, la ville éternelle, le salut des peuples, l'arche de son Église. L'Orient n'a gardé du Christ que son sépulcre vide et profané; des promesses faites à Juda , qu'une terre maudite, souillée

Ear la peste et par des hordes barbares. A l'Eglise de lome au contraire revient l'honneur de la civilisation des peuples qu'elle a enfantés à la luiliière de l'Evangile , dans le sang de ses martyrs, et qu'elle gardera jusqu'au jour où l'antechrist viendra tenter de les lui ravir; à elle tout ce qui fait la vie, la force et lé salut des peuples civilisés.

Une fois à bord je me trouve au milieu de pereonnes occupées de toutes sortes d'intérêts et pour qui Jérusalem est un nom vénérable sans doute, mais un nom aussi étranger que si nous en étions éloignés de trois mille lieues. Quelques-uns témoignent bien le regret de passer si près d'elle sans pouvoir y monter, mais la majorité des causeurs est occupée d'autre chose. Je n'entends parler que de l'isthme de Suez, qui est là sous nos yeux et que nous touchons ; des efforts tantôt heureux, tantôt découragés de M. Ferdinand de Lesseps, cousin de M. Edmond de Lesseps que je viens de quitter; des résistances opposées par les Anglais à ce grand travail. Déjà même, me dit-on, à cette époque de l'année 1856, quoique cette question soit grosse de tempêtes , un canal a été mis en état d'apporter de l'eau douce aux travailleurs jusque dans les sables de l'isthme, où ce manque d'eau suffirait à lui seul pour empêcher tout essai de travail.

Plus on examine les avantages d'un tel canal destiné à la réunion des deux mers, plus on voit le désir qu'en ont toutes les nations commerçantes, plus on comprend facilement que la frayeur de voir les puissances riveraines de la Méditerranée, et surtout Marseille et la France, profiter de ce magnifique et gigantesque ouvrage, a pu seule convaincre les Anglais que le chemin du cap est le plus expéditif et le plus rassurant des chemins de rinde. Une telle conviction cependant ne pouvait être et n'était pas inébranlable. Ainsi quand la révolte inattendue des Indiens apporta quelque doute à John Bull sur la valeur de son raisonnement; quand il eut hâte de faire arriver dans l'Oude les bourreaux qui attachèrent ses bienheureux sujets les cipayes à la gueule des canons qu'ils n'avaient su défendre ; alors il transporta de l'air le plus indifférent et le plus sournois du monde son Gibraltar, qui commençait à n'être plus de mise, dans l'île de Périm ; là , sous le prétexte bien innocent d'y faire un petit dépôt de charbon , il attend avec patience les événements. Si le léopard anglais était encore le maître du monde, la génération présente ne toucherait pas ainsi à l'œuvre du Créateur, et n'oserait tenter de séparer ce que Dieu a uni. Mais le sultan de Constantinople , habitué, jusqu'à l'arrivée de M. Thouvenel, à trembler devant les volontés anglaises , n'est pas en état de mettre un veto sérieux sur un tel travail , et celui du Caire , son vassal , a peu souci, dit-on, des volontés de son auguste maître. On va jusqu'à dire, et j'en ai eu plusieurs fois la preuve, que ce vassal affecte même en toute occasion de prendre un parti contraire aux usages et aux désirs du chef de l'Islam. Et il faut bien avouer ici que , dans presque toutes les occasions, ce mépris du vassal pour son maître a pour lui le sens , la raison et l'approbation des nations civilisées. Sous sa domination , ainsi que je l'ai raconté en passant au lac de Tibériade, on n'eût point massacré les chrétiens de la Syrie.

Aussi les Anglais, qui n'ont aucune confiance dans un

tel prince ; ces alliés que nous avons sauvés de la honte d'être anéantis par les Russes, mais que nous n'avons pas guéris du désir de profiter de nos revers, avaient-ils songé à un projet qui avait le double avantage de nous être désagréables et d'empêcher le canal. Nous croyant sans doute aussi compromis en Italie qu'ils l'avaient été à Inkermann, ils avaient imaginé l'enlèvement de ce vassal désobéissant qui se permettait d'approuver de tels projets. Ils étaient arrivés à Alexandrie avec une flotte formidable, quand éclata, comme un coup de tonnerre, la victoire de Solferino et la paix de Villafranca. Contraints de donner une raison à un tel déploiement de forces, ils supposèrent qu'ils étaient venus là, comme à Périm , pour faire du charbon et pour saluer le sultan qui devait visiter l'Egypte et qui y était attendu. Si la première de ces deux excuses n'était pas heureuse, au moins la seconde était pohe.

On devine aisément ce qu'il adviendra d'une telle situation. Londres, pas plus que Constantinople, n'empêchera le percement de l'isthme, et si ce rapprochement des distances continue à déplaire aux Anglais, il se fera malgré eux; il leur restera, pour se consoler, la possibiUté de profiter du bien que cela fera à d'autres, et le jugement peut-être indulgent de la postérité qui ne pouvant croire à une telle opposition finira par l'oublier. Assez longtemps ils ont interposé les bénéfices de leur commerce, comme obstacle à ménager, dans les affaires de ce monde, et on s'est trop habitué à les consulter, à les craindre. Ils refusent, en 1860, aux Espagnols le droit d'inscrire leur patrie au rang des grandes puissances ; ils le leur reconnaîtront le jour où l'Espagne, reprenant Gibraltar, les jettera à la mer. En tout ceci il faudra bien reconnaître le doigt de Dieu qui accorde aux peuples la liberté des mers, à l'heure où l'Orient appelle, plus qu'à tout autre époque, le zèle des missionnaires et la lumière de l'Evangile. ' Il est dans la destinée d'un aumônier de collège de

rencontrer çà et là dans le monde quelques-uns de ces jeunes gens avec lesquels il a passé plusieurs années de sa vie, et qui, d'écoliers turbulents qu'ils étaient, sont devenus des hommes sérieux, quelquefois même des personnages et des fonctionnaires considérés. Ces sortes d'incidents , tout en disant à l'un qu'il commence sa carrière et à l'autre qu'il va la terminer , ont pourtant un charme commun , parce qu'ils rappellent à tous deux la maison où se sont établis de bons et premiers rapports, que les meilleurs élèves tiennent à conserver ou à renouer. Comment aurais-je pensé toutefois qu'étant parti des régions du nord de la France, pour prier un mstant à Jérusalem , pareille chose allait m'arriver dans les eaux de l'isthme de Suez? Ce fut donc pour moi une surprise réelle et en même temps agréable de rencontrer ici M. Blondeau , élève, il y a quelques années, au lycée de Metz, et aujourd'hui sous-intendant militaire, déjà assez estimé pour être chargé par le gouvernement français de l'honorable mission de terminer , sur le littoral de la Syrie et de l'Egypte, les dernières difficultés financières qui pouvaient se rattacher à la campagne de Crimée. C'était un compagnon de plus pour aborder les eifnuis d'une traversée de plusieurs jours.

C'est bien ici, avant d'aller plus loin, le moment et le lieu le plus convenable, pendant que je suis seul entre le ciel et les eaux, pour méditer sans distraction sur les pensées, les espérances, les impressions, les regrets, les désirs qu'a fait naître en moi le parcours des Saints- Lieux de la Palestine. J'ai juré, au pied des autels, de leur consacrer le faible tribut de mes efforts : je commence donc en ce moment par me recueillir, afin de soumettre en toute humilité mes impressions à des juges plus compétents que moi, trop heureux pour ma part si je puis faire naître un seul regret sérieux, une seule résolution efficace dans l'âme de ceux dont les désirs sont [)our leurs semblables des ordres à exécuter. Peut-être e temps est-il venu de fléchir enfin la justice de Dieu

et d'établir dans la Palestine un ordre de choses plus durable que celui qui a été inauffuré par les croisades et qui a été suivi d'une si lamentable série de malheurs? N'est-il pas temps enfin que la foi, qui semble se réveiller chez les nations de l'Occident, amène en toute sécurité sur les chemins de la Judée les âmes pieuses de tous les pays et que ceux dont le devoir est de maintenir l'ordre dans les choses temporelles leur offrent partout un inviolable asile ?

Chacun convient sans peine, après avoir passé quelques heures en Palestine, qu'il ne faudrait pas, pour pacifier et régulariser le pays , la douzième partie des lorces que la France emploie en Algérie pour garder sa conquête. Quelques-uns même des hommps politiques les plus consommes pensent que, une fois la paix établie en ces contrées, une troupe régulière, comme un escadron de chasseufô d'Afrique, serait plus que suffisante pour un tel résultat. Il faut donc que la politique européenne, que je n'ose pas accuser d'indifférence à propos d'une satisfaction aussi légitime, soit cruellement hérissée de difficultés pour qu'on ait jusqu'ici abandonné ce malheureux pays à la rapacité des Turcs, au fanatisme des Arabes, à l'orgueil des Grecs, aux prétentions de la Russie!

Appeler ici toutes les nations pour exercer ensemble le protectorat de ces malheureuses contrées , c'est augmenter le désordre et la confusion , c'est mettre en conflit, sous le voile de la religion, des passions déj'à trop irritées, c'est amener sur le Jourdain les quiproquo de la Babel de Sennaar, et diviser pour toujours ce qu'on voudrait réunir (4). Pour que ce royaume divisé ne

(1) Les fâcheux embarras qu'une de ces puissances vient de susciter, au sein de la conférence tenue à Paris k Toccasion des massacres de la Syrie, fgnt ressortir encore la vérité de cette observation.

{Note de l'auteur).

vienne pas à périr, une seule autorité doit donc y présider.

Bien des gens assurément, à la première inspection des choses, seraient tentés de dire qu'ils ne voient rien de mieux que de demander au sultan de gouverner lui-même les provinces qui ressortent de son empire. Hélas ! Je mot historique de Tempereur Nicolas , de schismatique mémoire, est plus vrai que jamais : Le malade est bien malade, et peu en état d'empêcher et même de savoir ce qui se passe chez lui. On connaît, par ce que j'ai raconté de mon voyage et par bien d'autres événements encore, ce qu'il en est d'une vérité que l'expérience confirme tous les jours.

Cela étant ainsi, reste donc, et dans la nature des choses et dans l'affection des- peuples, l'antique et saint protectorat de la France, non pas dans son intérêt à elle, puisqu'elle n'a que des sacrifices et des dépenses à redouter dans un tel patronage, mais dans l'intérêt de toutes les nations chrétiennes auxquelles elle convient mieux que tout autre pour garantir à tous la sécurité. On sait depuis longtemps, par l'exemple de la Russie et de l'Angleterre, s'il est possible à une nation schismatique de faire autre chose que de contraindre, à l'aide de la violence, ceux qui se refusent à devenir ses enfants. Voilà bientôt trente ans que la France étudie en Afrique le rôle qu'elle remplirait ici à merveille, et ses armées, que la nécessité seule maintient en Italie, ont-elles fait autre chose que de respecter partout ce qu'elles ont été chargées de protéger.

Nous l'avons dit souvent, l'espoir des chrétiens de la Palestine est sans cesse tourné vers la France, et Rome a toujours déclaré, dans toutes les occasions, que c'était à elle seule que les anciens traités accordaient l'honneur de protéger les Lieux -Saints. Ses légions, aguerries au soleil d'Afrique et bénies par le vicaire de Jésus-Christ, semblent donc préparées par la Providence à cette noble mission. Et si la France a-

toujours et partout été reconnue assez riche pour payer sa gloire, elle le sera à plus forte raison encore assez pour s'acquitter d*un devoir aussi humanitaire, aussi chrétien, aussi glorieux*

A quelle autre nation pourrait donc revenir ce devoir? J'ai déjà dit, en parlant des violences d'Ibrahim qui terrifièrent ce pauvre pays, mais le laissèrent toujours aussi malheureux, les moyens qu'on avait employés pour gouverner ces populations, pour amener la sécurité dans ces contrées où les crimes abondent parce qu'il n'y a pas d'autorité. Voyez ce qu'ont fait, en tous temps, les nations chrétiennes pour ces peuples infortunés , et demandez-vous si quelque chose a jamais changé pour elles.

Après avoir écouté les gémissements des chrétiens de Nazareth, qui doutaient que la France connût l'abîme d^ns lequel ils étaient tombés , Poujoulat écrivait : « La voix suppliante de ce pauvre peuple qui nous est dévoué, sera-t-elle entendue dans mon pays? Tout ce qui est violent, brutal, arbitraire, ne peut avoir un long règne; un jour viendra, et ce jour n'est pas loin peut-être, où sera brisé l'effroyable pouvoir du pacha des rivages du Nil; alors les nations de l'Europe viendront régler les destinées de la Syrie et de la Palestine; fasse le ciel que la France ait sa grande part dans cette question orientale qui touche à l'avenir du monde ! Fasse le ciel que les chrétiens des bords de l'Oronte et du Jourdain n'aient pas à se repentir d'avoir donné leur amour à la France, d'avoir compté sur elle pour les arracher à la servitude! » Je ne chercherai point, pour exprimer ma pensée, d'accent plus vrai et mieux senti.

On sait aujourd'hui si le ciel a voulu faire une grande part à la France dans la question d'Orient, et comment sa gloire , depuis la Crimée jusqu'à l'extrême Orient , se trouve au niveau de son désintéressement et de ses sacrifices. Où est donc la nation qui ait jamais fait moins pour elle-même et plus pour la cause de Dieu? Voilà

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trente ans que l'Europe a réalisé une idée qui semblait d'abord bien étrange et dont l'utilité est encore contestée aujourd'hui: c'était d'enlever la Grèce aux. Turcs pour la déclarer indépendante. Il en coûterait bien moins de sacrifices pour faire de la Palestine un royaume chrétien, cher à tous les peuples de la terre, et le moindre échange, la moindre compensation , le moindre tribut deviendrait un ample dédommagement pour le gouvernement turc à j}ui la Judée ne cause que des embarras sans aucun profit sérieux.

Ressusciter un royaume juif serait la tentative la plus impie, la plus impossible, la plus impopulaire. Il n'appartient à personne de ressusciter le passé : le Christ est venu et ne saurait plus mourir. Julien l'apostat l'a tenté quand il était le maître du monde, quand il avait à sa disposition l'argent et le concours de tous les juifs de la terre. A cette nouvelle, on verrait se lever comme un seul homme, avec le même instinct de résistance et de. répulsion, l'Eglise catholique dans le monde entier, l'Islamisme de l'Orient et de l'Occident, le schisme moscovite et toutes les sectes chrétiennes. « Ce n'est ni aux juifs ni aux musulmans, écrit encore le même auteur que je viens de citer, qu'est réservé le pays de Syrie , berceau et tombeau de Celui qui a des autels partout où il y a des hommes : la Syrie appartient au christianisme , et lorsqu'il s'agira sérieusement de faire de cette contrée une principauté indépendante, les intérêts de la politique européenne et de la civilisation orientale nous commanderont d'y établir un royaume chrétien. Tôt ou tard , par la seule force des idées vraies, par la seule puissance de la logique et de la raison éternelle , Jérusalem et la Palestine sortiront de leurs ténèbres et de leur servitude ; les Heux qui parlent si vivement au cœur de toutes les nations de l'Europe seront remis en honneur ; un large foyer de civilisation se rallumera sur cette terre d'où la croix a projeté ses rayons lumineux vers tous les points de l'univers ; un

royaume en Palestine , sous la garde des puissances de l'Occident, destiné non-seulement à rester neutre dans les questions politiques qui peuvent agiter le monde, mais encore à porter toujours bien haut la croix, drapeau de gloire, de lumière et de liberté, serait un facile et merveilleux moyen de civilisation au milieu de cet Orient dont on veut renouveler la face. La génération qui aurait eu l'honneur de participer à cette œuvre serait réputée grande parmi les générations des âges modernes. » Ajoutons: La France, qui aura donné son sang pour une cause aussi sainte, sera, par la reconnaissance de tous, le premier de tous les peuples, et aujourd'hui encore, plus qu'à tout autre époque, chacun n'a-t-il pas les yeux sur elle comme pour lui rappeler son devoir et implorer son secours ?

Cette pensée, ce désir, c'est l'aspiration de toutes les âmes chrétiennes par toute la terre, et une mesquine rivalité de peuples n'a pas le droit d'anéantir cette précieuse espérance, Dès lors donc qu'on ne peut, dans une telle question, mettre en avant aucune autre nécessité que le sentiment religieux et ses convenances, il semble naturel de s'adresser au pouvoir du chef de l'Eglise pour régler une telle organisation. Un seul obstacle se dressait naguère en face de ce désir et cherche encore à se relever aujourd'hui: c'est la fatale et redoutable influence du schisme moscovite en Orient. Or, Dieu, en appelant l'attention de tous les peuples de la terre sous les murs du plus puissant arsenal de la Russie, pour en montrer l'impuissance et la fragilité, quand il s'agit des intérêts chrétiens, ne semble-t-il pas nous avoir indiqué que le temps est venu de tenter quelque chose dans l'intérêt catholique et de passer outre, même quand l'Angleterre s'y oppose? J'ai eu soin , chaque fois que l'occasion s'en est présentée, de montrer les incidents de mon voyage qui révèlent un changement dans l'opinion des fanatiques grecs et musulmans de la Syrie: à leurs yeux la France a grandi de tout ce que la Russie a perdu.

Donc puisque c'est à la puissance pontificale que revient sinon l'initiative au moins le droit de conseil, dans l'organisation de la Palestine comme contrée accessible à toutes les nations de la terre, il est bien juste qu'elle songe à la France avant tout autre, ainsi qu'elle l'a toujours reconnu dans ses décisions. Tôt ou tard et quoi qu'on fasse, le Souverain Pontife deviendra l'arbitre choisi par tous les peuples pour mettre fin à leurs différends, même non religieux. Déjà en ce jour il est écouté avec respect par deux cents millions de catholiques répandus par toute la terre, et le grain de sénevé planté sur le Calvaire a bien d'autres développements encore à produire. Les frémissements insensés des révolutionnaires, propres à détruire mais non à édifier, hâteront ce résultat, bien loin de l'empêcher. C'est de Rome que partait, au temps des croisades, l'impulsion donnée à l'Europe; c'est le Pontife suprême qui bénissait les ordres à la fois militaires et religieux, dont l'épée protégeait les saints lieux. C'est donc le successeur du prince des Apôtres qui délivrera Jérusalem de la honte du schisme, comme la piété do sainte Hélène l'a délivrée des souillures de l'idolâtrie.

Le nouveau Constantin, s'il en fait choisir un parmi les rois et les empereurs chrétiens, ne sera pas difficile à désigner parmi ceux qui tiennent le sceptre de nos jours: ce sera celui dont l'épée a relevé et soutient la chaire de saint Pierre; celui dont le nom grandit tous les jours dans les conseils des empires et chez les populations de l'Orient; celui dont la sage influence tend à calmer les profondes agitations de l'Europe et de l'Asie. La France, reconnaissante et rassurée contre les redoutables ennemis du désordre , a tous les jours plus de confiance dans le génie réparateur de Napoléon III; mais, quelque grande que soit son admiration, quelque reconnaissants que soient chez nous les hommes non passionnés, notre patrie, dans ses éloges, n'est pas encore à la hauteur de ce que j'ai entendu dire dans les églises

et dans les populations que j'ai parcourues. La victoire que Dieu lui- a donnée sur la Russie Ta grandi jusqu'au ciel en Orient. Les autres peuples admirent plus que nous cette sagesse si calme qui impose; ce noble et antique langage qui se respecte et se possède; ce conseil qui ne s'inspire que du salut et des intérêts de tous; cette résolution énergique qui commença la guerre de Crimée sans attendre TAngleterre, et qui la termina en dépit des réclamations de l'amour-propre si peu satisfait de cette grande alliée. Qui a montré plus que lui sa foi dans la Providence et son respect aux pieds des autels? Sera-t-il si étrange, puisque cela a déjà été fait, qu'il soit pris pour ai bitre par les rois et les peuples ? C'est donc autant par sa foi et par son mérite personnel que par les antiques traditions de Rome et de la Palestine , que cet auguste Empereur se trouve désigné au choix du Souverain Pontife pour organiser une force militaire en état de faire respecter Jérusalem et ses contrées si riches en précieux souvenirs. Nous bénirons une fois de plus le bras de Dieu se servant, pour une grande cause, de l'épée de la France; nous ajouterons un chapitre au célèbre Gesta Dci per Francos, et Napoléon III, plus heureux que saint Louis, ne mourra pas avant d'avoir vu se réaliser cette grande espérance des nations

chrétiennes

En terminant son quatrième volume de l'histoire des croisades, Michaud, qui ne connaissait rien des événements modernes , confond dans un môme ^mour et dans une même prière et la France , sa patrie , et Jérusalem abandonnée. Il écoutait il y a trente ans , dans l'église du Saint-Sépulcre, les religieux franciscains chantant le psaume Exandiat pour le roi de France. « En d'autres temps, dit-il, ce psaume et cette prière pour ma patrie, à la porte du saint Tombeau, eussent fait battce mon cœur d'une noble joie, d'un pieux orgueil; mais aujourd'hui tous ces chants m'ont attristé en me rappelant nos derniers malheurs. Pauvre France! que

les noirs destins entraînent, à genoux au pied de ce Tombeau du Sauveur du monde, je demande pour toi un sauveur, homme ou Dieu....'. »

Cet homme, ce sauveur, que depuis longtemps la société demande. Dieu nous l'a donné à l'heure du plus grand péril, et tout nous porte à croire que, tandis qu'il envoie ses flottes et ses soldats jusqu'aux extrémités du monde venger le sang de nos missionnaires; tandis qu'il est encore aujourd'hui le seul espoir de la couronne temporelle du Vicaire de Jésus-Christ, il ne dédaignera pas la Palestine qui l'appelle pour venger le sang du Christ et de ses frères, pour exaucer la prière faite si souvent à son saint Tombeau. Ce n'est plus la voix d'un seul homme qui parle, c'est le sang de milliers de chrétiens,, ce sont les larmes d'une multitude d'orphelins, c'est la honte des pauvres esclaves qu'on n'a pas épargnées dans le sang de leurs familles pour les réserver aux sales passions des disciples du Coran, c'est l'indignation de TEurope qui crie, comme la grande voix des martyrs de l'Apocalypse: a: Jusques à quand. Dieu saint et véritable, attendrez-vous pour venger notre sang de la haine de ces méchants qui habitent la même terre que nous? d (Apoc. vi, 10.)

Que fallut-il, à l'heure des croisades, pour ébranler l'occident et le précipiter tout entier sur les rivages de la Palestine? la voix d'un simple religieux, d'un pauvre ermite qui, plus heureux que tant de milliers de pèlerins tombés entre les mains des voleurs ou morts de faim au pied des murailles de Jérusalem sans pouvoir y pénétrer, a: entra dans la Ville-Sainte ^ dit la chronique de Brabant, sans autre mauvaise rencontre^ et ayant payé un écu (ï entrée^ alla se loger chez un chré-tien, qui s'y était habitué (1) et qui souffrait avec les autres pour la cause de Dieu, »

(I) Qui y habitait.

« Là, nous écrit Dom Grenier, ce nelU homme (Tun visage peu agréable, qui portait une longue barbe et un habit pauvre » entendit de la bouche de ce chrétien le récit de tous leurs malheurs et des cruautés de leurs ennemis. Un désir aussitôt s'empara de son âme, c'était d'intéresser et d'appeler au secours de Jérusalem tous les cœurs généreux de TOccident. Etant tombé de fatigue sur le pavé même du Saint-Sépulcre, il vit en songe Jésus qui encourageait et bénissait cette sainte résolution. Dès lors sa mission fut décidée.

Que serait-ce donc si pareille pensée d'être utile i\ Jérusalem, si un tel désir s'emparait d'un empereur aussi puissant que Napoléon III? que serait-ce donc pour les chrétiens de la Palestine, si son auguste compagne, déjà attendue et aimée dans les champs de la Galilée, ainsi que je Tai fait remarquer en. y passant, formait le sérieux projet d'un tel pèlerinage et y apparaissait comme une nouvelle Hélène, comblant les chrétiens de ses pieuses largesses?

Quand Pierre l'ermite se trouva en face de Jérusalem, nous dit l'histoire des Croisades, « il fut plus ému que tous les autres pèlerins; mille sentiments contraires vinrent agiter son âme exaltée. Dans cette ville, qui conservait partout les marques de la miséricorde et de la colère de Dieu, tout enflamma sa piété , irrita sa dévotion et son zèle, le remplit tour à tour de respect, de terreur et d'indignation. Après avoir suivi ses frères sur le Calvaire, au tombeau de Jésus-Christ, il ise rendit auprès du patriarche de Jérusalem. Les cheveux blancs de Siméon, sa figure vénérable, et surtout la persécution qu'il avait éprouvée, lui méritèrent toute la confiance de Pierre: ils pleurèrent ensemble sur les maux des chrétiens. L'ermite, le cœur ulcéré, le visage baigné 'de larmes , demanda s'il n'était point dé terme , point de remède à tant de calamités. « 0 le plus fidèle des chrétiens! lui dit alors le patriarche, ne voyez-vous pas que nos iniquités nous ont fermé l'accès de la

miséricorde du Seigneur? L'Asie est au pouvoir des Musulmans; tout l'Orient est tombé dans la servitude; aucune puissance de la terre ne peut nous secourir. i> A ces paroles, Pierre interrompit Siméon, et lui fit entendre que les guerriers de TOccident pourraient être un jour les libérateurs de Jérusalem. « Oui, sans doute, répliqua le patriarche; quand la source de nos afflictions sera comblée, quand Dieu sera touché de nos misères, il amollira le cœur des princes de l'Occident et les enverra au secours de la Ville-Sainte. y> A ces mots, Pierre et Siméon ouvrirent leur âme à l'espérance et s'embrassèrent en versant des larmes de joie. Le patriarche résolut d'implorer par ses lettres le secours du pape et des princes de l'Europe; l'ermite jura d'être l'interprète des chrétiens d'Orient et d'armer l'Occident pour leur délivrance. y>

On sait les événements qui furent la conséquence de ces larmes et de ces serments. Les âmes chrétiennes seront-elles plus difficiles à ébranler aujourd'hui? Tous les chrétiens ne sont-ils pas hgués, du fond du cœur et pour toujours , dans une sainte croisade contre Satan et conti-e son royaume, contre. Mahomet et son Coran sacrilège, eux dont le cœur et les lèvres disent à Dieu tous les jours: « Que votre règne arrive! »

Est-ce à dire qu'il faudra remuer le monde entier, comme au temps des croisades, pour une telle délivrance, pour ouvrir à tous les chrétiens le chemin de Jérusalem? Mais , on le sait bien , nous ne sommes pas en guerre avec les Turcs, dont le gouvernenient ne demande pas mieux que de faire régner l'ordre et la liberté dans la Palestine, comme dans les autres parties de son trop vaste empire ; seulement les moyens de le faire ne sont pas en son pouvoir, et la Terre-Sainte n'est plus , grâce à cet abandon , qu'un indigne théâtre où l'or, l'astuce et la corruption ont seuls le droit d'entrer en ligne; où le fanatisme musulman se croit appelé à régénéreidans le sang la race abâtardie gui a fait les concessions

du hatti-humayoun. Est*il donc impossible à tout jamais de faire cesser un tel état de choses qui est une honte pour tous? Que ceux qui le défendent et à qui il profite osent le dire tout haut! Les peuples, aujourd'hui civilisés et chrétiens, peuvent-ils avoir un intérêt quelconque à maintenir de tels désordres, à provoquer, à attendre des massacres comme ceux de Djeddah , du Liban, à empêcher la restauration dont je parle? Est-ce donc une chose si nouvelle que je propose? Non-seulement ce que je demande n'est pas impossible, mais cela a déjà été proposé, accepté et accompli, même au milieu de difficultés pour le moins aussi grandes. Voyez ce tableau tracé de la main de l'historien des Croisades (tome V, livre xu) :

« Cependant Jérusalem , au nom de laquelle on avait entrepris tant d'expéditions lointaines, n'était point tout à fait oubliée en Occident. Pendant qu'on s'occupait d'arrêter les invasions des Turcs, des pèlerins, portant le bourdon et la panetière, ne cessaient point de visiter la Terre-Sainte. Parmi les hommes pieux qui depuis le quinzième siècle s'étaient rendus sur les bords du Jourdain et sur les ruines de Sion , on remarque le célèbre Ignace de Loyola. Il visita deux fois la Palestine, et comme saint Jérôme, il y aurait terminé ses jours, si les pères Latins ne l'avaient obligé de revenir en Europe, où il fonda à son retour la société de Jésus. Comme avant les croisades, on vit alors les princes se mêler à la foule des chrétiens qui allaient à Jérusalem. Frédéric III, avant de monter sur le trône impérial, était allé en pèlerinage à la Terre-Sainte. Il nous reste une relation des voyages que firent successivement dans la sainte Cité un prince de Radziwil, un duc de Bavière, un duc d'Autriche, et trois électeurs de Saxe, parmi lesquels se trouve celui qui fut le protecteur de Luther.

» La plupart des souverains de la chrétienté, à l'exemple de Charlemagne, mettaient leur gloire, non plus à délivrer, mais à protéger la ville de Jésus-Christ

contre les violences des Musulmans. Les capitulations de François 1er, renouvelées par la plupart de ses successeurs, renferment plusieurs dispositions qui tendent à assurer la paix des chrétiens et le libre exercice de la religion chrétienne dans l'Orient. Sous le règne de Henri IV, Deshayes, ambassadeur de France à Constantinople, alla visiter les fidèles de Jérusalem, et leur porta les consolations et les secours d'une charité toute royale. Le comte de Nointel, qui représentait Louis XIV auprès du sultan des Turcs, se rendit ^ussi dans la Terre-Sainte, et Jérusalem reçut en triomphe l'envoyé du puissant monarque dont le crédit et la renommée aHaient protéger les chrétiens jusqu'au-delà des mers. Après le traité de Passarowitz, la Porte envoya une ambassade solennelle à Louis XV. Cette ambassade était chargée de présenter au roi très-chrétien un firman du Grand-Seigneur, qui accordait aux catholiques de Jérusalem l'entière possession du Saint-Sépulcre et la liberté de réparer leurs églises. Les princes de la chrétienté envoyaient chaque année leurs tributs à la Ville-Sainte, et , dans les cérémonies solennelles , l'église de la Résurrection étalait les trésors des rois de l'Occident; les pèlerins n'étaient plus reçus à Jérusalem par les chevaliers de Saint -Jean, mais par les gardiens du Sépulcre, qui appartenaient à la règle de Saint-François d'Assise. Conservant les mœurs hospitalières des temps anciens , le supérieur lavait lui-même les pieds des voyageurs et leur donnait tous les secours nécessaires pour leur pèlerinage. Par une espèce de miracle sans cesse renaissant, les monuments sacrés de la religion chrétienne j longtemps défenBus par les armées de l'Europe, n'ayant plus pour défense que les souvenirs religieux se conservaient au milieu des barbares sectateurs de l'Islamisme. »

Aujourd'hui, hélas! qui prend le chemin de Jérusalem? Où sont les pèlerins qui couronnent les montagnes de la Judée? L'Occident n'y envoie plus qu'à de rares

intervalles quelques timides pèlerins, toujours exposés à quelque avanie; tandis que les schismatiques de toute secte y abondent par milliers. Il me semble qu'un tel scandale a fait son temps et que la foi qui se réveille demande un autre état de choses. Eh quoi ! les gouvernements de l'Occident croiront devoir faciliter aux Arabes le chemin de la Mecque, pour qu'ils ne meurent pas sans avoir baisé au moins une fois le tombeau de leur prophète, et ils tiendraient fermés les chemins qui

mènent au Tombeau du divin Sauveur des hommes!

Encore une fois , un tel scandale , s'il vient à durer , serait la honte de nos jours.

Qu'on ne m'accuse pas de créer une jalouse rivalité entre les nations chrétiennes. Faut-il empêcher un bien que tous réclament, quand un seul est , de l'aveu de tous, plus que tout autre en état de le procurer? Je ne propose et ne demande aucun avantage matériel au profit de la France; je ne demande pour elle que la plus large part d'abnégation et de dévouement. Et si plus tard Dieu juge à propos de la récompenser pour ce noble sacrifice , les âmes chrétiennes comprendront une fois de plus cette parole: « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît. » Tout en pensant devoir coinpter sur la générosité de la France pour oser réclamer d'elle un si généreux appui, c'est un appel que je fais à toutes les nations catholiques pour les inviter à s'entendre et à réaliser une fois de plus cette parole du Prophète: Son sépulcre sera couvert de gloire! Songeons à ce que la foi de nos pères a produit à toutes les époques, et voyons dans quel état d'abaissement et dans quelle dépendance du schisme oriental notre indifférence et nos troubles politiques ont plongé cette terre chantée par les prophètes, arrosée par le sang d'un Dieu, désirée et ainiée par les âmes ferventes du monde entier.

Je n'exclus personne de cet appel; mais il en est qui s'excluent d'eux-mêmes. L'Angleterre peut -elle être

touchée d'autres intérêts que de ceux de son commerce? Sa religion d'Etat, repoussée comme une monstruosité du fond de toutes les consciences qui ont gardé encore un peu de foi , n'a rien à faire dans un pays que Dieu a donné pour héritage au père des croyants. Pour qu'un Arabe vienne à comprendre les nécessités d'un gouvernement constitutionnel présidé par une femme, comme celui de la reine Victoria, il faudrait d'abord lui faire comprendre qu'il n'y a plus, dans un tel royaume, un seul homme en état de commander. L'esprit de réforme, dont la mission est de détruire et non d'édifier, n'a .rien à voir dans un pays où il ne reste plus rien à renverser, aucun négoce à opérer. Que font aux Anglais les malheurs d'autrui quand leur commerce n'y est pas intéressé? Qui n'a été révolté des efforts qu'ils viennent de faire pour empêcher une intervention en Syrie , à l'heure où le sang coulait par torrents? Ces hommes qui préconisent si haut la nécessité d'empêcher la traite des noirs ^ parce qu'ils trouvent leur avantage maritime à exercer cette surveillance, disaient bien haut que la paix était faite entre les Druses et les Maronites, à l'heure où des femmes et des jeunes filles chrétiennes étaient vendues pour quelques piastres aux bourreaux encore souillés du sang de leurs familles.

En dépit de sa haine contre Rome et contre l'Eglise de Jésus-Christ, l'Angleterre est tourmentée de l'heureux besoin de rentrer dans le giron de l'Eglise, et sa vieille aristocratie frémit d'indignation tous les jours en comptant les conversions qui s'opèrent et les victoires du cathohcisme sur le schisme d'Henri VIII. Oh! qui sait ce qu'un avenir prochain nous réserve? En humiliant l'orgueil britannique, et à Sébastopol et dans les Indes, Dieu a peut-être, plus qu'on ne pense, rapproché de lui un peuple dont les nobles instincts se réveilleront un jour et lui feront dire, comme au loi-piophète (ps. 118): c: L'humiUation dont vous m'avez couvert, ô mon Dieu, a été un bien pour moi : elle m'a enseigné l'amour de

vos pstices. » En voyant pour la première fois les enfants de cette île, un grand pape les admira, nous dit l'histoire, et, par un jeu de mots que chacun a retenu, les appelant Angeli au lieu de Angliy il annonça les belles espérances que lui donnait cette île des saints. Aujourd'hui encore il faudrait changer bien peu de chose peut-être pour faire de ce même peuple les anges et les messagers de la piété et du salut du monde.

Ce peu de chose est sans doute loin encore et, en attendant, il faut bien se dire : que ne fait-il d'abord chez lui ce qu'il prêche partout? Un peu plus de hberté pour le peuple irlandais, même quand il aurait le tort d'être cathohque ; un peu moins d'honneurs et de privilèges pour X église établie , même quand elle en sentirait vivement le besoin; cela une fois accordé, l'échafaudage impur et sanglant d'Elisabeth sera bientôt renversé et incapable de jamais revoir le jour. Mais, hélas! tel qu'il est aujourd'hui, le nom anglais ne peut être que redouté ou détesté par toute la terre. L'égoïsme de ce peuple de marchands, qui choisit lui-même ses acheteurs et leur impose ou son commerce ou la mort * quelquefois même les deux ensemble , détache de lui tous les peuples de la terre. Cet égoïsme est tel qu'il le rend msensible à la honte du rôle qu'il s'est ijuposé et lui ôte le sentiment de sa propre dignité : ainsi il ne s'aperçoit pas qu'il est terrible et sans pitié pour les faibles, tandis qu'il se courbe devant l'insolence de ceux qui sont forts, des Etats-Unis, par exemple, dont les coups et les injures sont toujours amortis par un produit américain devenu, pour l'Anglais, la plus indispensable de toutes les marchandises.

Si Dieu semble oublier ce tort de l'Angleterre et lui faire encore en ce moment l'honneur de l'appeler à coopérer avec la France à la destruction de la superstition et du paganisme aux extrémités de l'Orient , c'est à cause des nombreux fidèles catholiques qui sont dans son sein , et qui déjà composent une grande partie de

ses armées; c'est à cause des prières de Thumble et chrétienne Irlande, martyre de sa foi. Les millions qu'elle a arrachés aux sueurs et au sang des Indiens et qu'elle a dépensés pour la propagation de ses bibles serviront à la cause non pas de son église, mais à la cause de Dieu. Nos livres saints, quoique défigurés par l'hérésie, ne seront pas sans influence sur ces nations qu'ils aideront à sortir des ténèbres de l'idolâtrie; et le démon, qui a été l'âme de Luther et de la révolte, aura travaillé sans le savoir à la propagation de la vérité catholique.

Un phis grand malheur, mais qui n'est pas sans remède, c'est la jalouse rivahté de l'Autriche dans les questions de prépondérance catholique. On a vu ses hésitations durant la guerre de Crimée : sa politique , habituée aux voies tortueuses, n'a su que pâlir et trembler à côté des franches allures des nations de l'Occident. Son traité du 2 décembre a tout promis et n'a rien tenu. Après la victoire, elle a prétendu recueillir, toujours sans oser l'avouer et par des moyens insidieux, les meilleurs bénéfices de la guerre pour laquelle elle n'avait rien fait. Elle a failli plusieurs fois ramener le trouble et les combats après le traité de Paris, et a enfin abouti à la guerre d'Italie et à la perte de la Lombardie.

Le seul espoir catholique et politique de ce pays est dans son empereur, jeune et sincèrement cathoHque, à qui, nous devons le désirer, il sera donné peut-être de ramener sa patrie dans une voie meilleure, et de coopérer au salut du monde chrétien en se palliant franchement à la politique généreuse et catholique dont l'empereur des Français lui donne l'exemple et lui facilite les voies. Puisse la Providence, qui apprend aux rois pour qui et par qui ils gouvernent, faire comprendre à ces deux empereurs qu'ils ne doivent jamais séparer leur cause de celle de l'Eglise , seule vie et seul soutien des peuples! Le pouvoir temporel de l'Eglise, sauvé déjà plusieurs fois de la fureur des révolutionnaires italiens, deviendrait inébranlable s'il était franchement

SOUS la sauve-garde de ces deux nations chrétiennes; au lieu de cela malheureusement n'est-il pas à tout instant Toccasion d'uno lutte redoutable? Or, un conflit pareil, entre ces deux puissances catholiques, n'est-il pas un grand malheur qui tend sans cesse à faire intervenir dans la cause de la civilisation ou la prépondé-^ rance do la secte anglicane ou la violence du schisme moscovite ?

Oui pourra au contraire dire de quel poids ces deux op/'os catholiques seraient dans la balance de la paix et de la guerre ? Ces deux nations qui par leur culte, par leur valeur, par leur langage tendent à réunir en un faisceau les forces de TOccident, auraient dans les questions européennes et asiatiques une prépondérance qui rattacherait successivement à la même" cause et en trèspeu de temps tous^ les peuples de la terre. Déjà sœurs par la foi et filles aînées de TEgUse, elles appelleraient à elles toutes les nations chrétiennes et les entraîneraient au Tombeau de Jésus-Christ, orneraient de leurs présents et du touchant spectacle de leur piété les sanctuaires restaurés de la PalestinCj et prêteraient le concours de leurs vaisseaux aux pèlerins de toutes les langues de l'Occident. Le saint Tombeau du divin Sauveur des hommes, abandonné aujourd'hui, n'aurait plus rien à envier à celui de Mahomet, à qui, nous chrétiens, nous envoyons les pèlerins de l'Algérie; Chypre et Alexandrie serviraient de station aux vaisseaux de ces deux peuples unig par les mêmes intérêts, et nos braves marins jouiraient encore de temps en temps de la consolation d'accompagner à Jérusalem ceux qui, devenus leurs frères Sur leurs vaisseaux , auraient partagé avec eux les périls du voyage.

Hélas ! pourquoi cela n'est-il pas dès aujourd'hui !

Le Pape, assure -t- on, songe à rétabhr l'ancien ordre de Malte en Palestine. Qui n'applaudirait à une telle pensée et ne verrait avec joie rentrer dans Jérusalem ces nobles chevahers chassés successivement des

Lieux-Saints, de l'île de Rhodes et de l'île de Malte? Une poignée«de ces hommes de fer suffisait jadis pour arrêter la barbarie et imposer silence à l'Orient. Le voyageur n'a jamais foulé aux pieds, sans émotion et sans respect pour leurs cendres-, la rue des Chevaliers dans l'île de Rhodes, ou leurs blasons dans l'égHse de Malte, ni contemplé leurs images dans les salons de leur Grand -Maître. Tout porte donc à croire que ce grand nom, se réveillçint dans la poussière où il dort, rendrait d'immenses services à la cause de Dieu. Mais au milieu des orages qui bouleversent le monde, la voix du Pontife sera-t-elle entendue? Pourra-t-il pour d'autres, quand il ne le peut pour lui, choisir, organiser, protéger et faire vivre une semblable force? Là reparaît la question tout entière , l'obligation solidaire des peuples catholiques , dont je viens de dire quelques mots. La noblesse des âges passés n'est plus : ses croyances sont mortes et sa robuste épée est d'une bien grande taille pour les pygmees de nos jours, pour les chevaliers modernes.

Mais peut-être n'y a-t-il que la forme de changée. En effet, nous avons des soldats agiles, forts, disciplinés, courageux, pleins de générosité, respectueux pour les choses saintes, déjà habitués par le soleil d'Afrique à celui de la Palestine. Ne- voilà-l-il pas des éléments plus qu'il n'en faut pour organiser à Jérusalem une force en état de maintenir Tordre et la sécurité sur tous les chemins de la Palestine? Combien de nos vieux soldats qui gardent le céHbat par goût ou par nécessité seraient honorés par un tel choix et propres à accepter ce noble service? Et comme, en définitive, il ne faiidrait pas un nombre considérable de ces soldats, une telle légion se recruterait facilement parmi les hommes de bonne conduite et de bonne volonté des armées cathohques et surtout de notre armée d'Afrique. Choisis dans de telles conditions, ces hommes formeraient une garde d'honneur au Tombeau de Jésus-Christ, comme il serait à désirer que ces mêmes nations en fissent une au Vicaire

de Jésus-Christ, dans la Ville-Eternelle. Un tel projet n'est-il pas de nature à sourire à tous les peuples catholiques, à réunir en un seul faisceau leurs efforts, leurs armées, leurs trésors?

Et en supposant que tous s'entendent, pour laisser à la France seule le soin d'une telle dépense, comment croire que la France qui a su former , dans des conditions détestables, une légion étrangère sur le sol de l'Algérie, ne réussirait pas à former de magnifiques légions tant autour du patrimoine de saint Pierre que sur le sol de la Palestine, dans des conditions honorables de choix , d'émoluments , de distinctions et de retraite assurée? Entre les souvenirs cruels des aultans d'Egypte et la faiblesse impuissante des sultans de Constantinople, ne saura-t-elle inaugurer rien de durable pour Jérusalem? Une croisière européenne au besoin, fût-elle môme composée d'un très-petit nombre de vaisseaux, ôterait à tout jamais aux Arabes les plus mal intentionnés l'ombre d'un désir quelconque nuisible aux intérêts des voyageurs sur le sol de la Terre-Sainte. Rien ne s'oppose d'ailleurs à ce qu'on rétablisse les anciens règlements qui imposaient aux pèlerins des conditions d'ordre, de respect, et même de séjour dans la Palestine. Que de prodiges nous verrions alors surgir sur ce sol maudit et châtié, à qui Dieu ferait enfin miséricorde! Les nations s'y donneraient la main , la foi .y élèverait ses temples, et la fécondité des champs, réveillée par les efforts de l'intelligence et du travail, rappellerait les beaux jours de la terre de Chanaan. Semblables à. celles que saint Jérôme voyait surgir du sol de la Palestine et qu'il appelait les étendards du Christ ^ on y verrait s'élever des églises nombreuses ; on reconnaîtrait les préférences de chaque nation chrétienne. à la munificence dont elle userait envers certains sanctuaires, et cette sainte rivalité, au lieu de diviser ceux qui sont frères en Jésus- Christ, ferait la joie et l'honneur de toute la terre.

C'est ainsi que la France a déjà posé son premier

jalon à Jérusalem en acceptant, pour le réédifier et Tembellir, l'antique édifice de Sainte-Anne, le sanctuaire de V Immaculée-Conceptim et de la Nativité de la sainte Vierge. Déjà donc ce monument appelle les aumônes de la catholicité tout entière et surtout celles de la France, qui a l'honneur de le posséder, en vertu de la restitution qui «n a été faite par le sultan Abdul-Medjid, le 20 septembre 1856.

Durant la semaine sainte , il n'est aucune nation catholique sur le globe qui ne songe à Jérusalem, en méditant les fautes et les malheurs de cette ville coupable et la suprême agonie du Fils de Dieu. Oh! qu'une simple aumône, en ces jours si remplis d'une douce tristesse, aurait de puissance sur le cœur de Jésus, et ferait de bien tant au pécheur lui-même qu'à la terre sainte et abandonnée! A-t-on jamais songé aux richesses qui seraient le produit de cette petite aumône, multipHée par le nombre des âmes chrétiennes dont la pensée assiste avec une fidélité constante et une pieuse émotion au drame émouvant et divin du Calvaire? A-t-on songé aux larmes de joie qui couleraient à Jérusalem quand on y apprendrait que la France , toujours si chrétienne, toujours si généreuse, et surtout toujours si aimée dans la Palestine , s'associe par ses désirs et par ses aumônes aux espérances et à la piété de ces fidèles abandonnés qui ont choisi Jérusalem pour leur demeure, et dont les instantes prières montent tous les jours au ciel pour la délivrance du saint Tombeau? Quelle qu'elle soit , petite ou abondante , une aumône peut toujours parvenir en sécurité, par les mains du consul de France , aux chrétiens de Jérusalem , et recevoir une destination parfaitement conforme aux désirs et à la piété des fidèles qui la donnent. Il ne faut pour cela que l'autorisation des évêques de France et la création d'un conseil d'administration -à Paris. Si, en d'autres temps, on a pu craindre quelquefois que ces aumônes ne devinssent la proie des pachas ou des

voleui's, CCS rapines, désaprouvées par le gouvernement turc, ne sont plus possibles aujourd'hui que dans les ténèbres, et l'autorité de la France est déjà un épouvantail plus que suffisant contre les malfaiteurs. Que de sanctuaires et que d'œuvres de piété revivraient à l'aide de ces aumônes!

La Palestine possède déjà quatre ordres de filles de la charité, que la France lui a envoyées et que la France ne laissera pas sans ressources : les filles catholiques de Saint-Vincent de Paul, entre le Carmel et le Liban et jusque dans l'orgueilleuse Damas; les filles de Nazareth, venues de Montmirail jusqu'à l'admirable sanctuaire de l'Annonciation dans les champs si poétiques de la Gahlée ; les sœurs de Sion et de Saint-Joseph, venues de Paris et de Marseille jusque dans la Ville- Sainte elle-même. Que de bien déjà elles ont fait et que de bien elles feront encore si nous voulons les aider! Je l'ai suffisamment démontré, je crois: c'est par la femme chrétienne qu'il faut attaquer l'Orient; c'est à elle qu'il faut donner les moyens d'instruire la jeunesse, de soigner les vieillards, de guérir les malades, de toucher les cœurs, de donner partout l'exemple de la prière, de la foi et de la charité; j'ajoute encore que c'est par elle aussi que la Judée redeviendra la terre privilégiée de Dieu. Mais que peuvent, dans la misère et dans un besoin continuel , ces pauvres femmes si nous les abandonnons? A-t-on calculé ce qu'un tel abandon peut inspirer d'audace aux ennemis des chrétiens?' C'est alors que le fanatisme musulman, qui tient son prophète bien au-dessus de Jésus-Christ, leur demandera, comme autrefois les impies au roi David : Où donc est votre Dieu? C'est donc sur nous, c'est sur notre indifférence, c'est sur notre lâcheté que retomberaient ces scandales, ces injures lancées à la face de Jésus notre Dieu.

Il faut à -ces pieux missionnaires, à ces saintes femmes, un abri, un sanctuaire, une cellule inviolable pour leur demeure ; un autel, un temple pour abriter

leur prière et leurs cantiques; comme il faut à la colombe, aux approches du vautour, un refuge à l'abri duquel elle puisse échapper au vol et aux serres puissantes de son ennemi. Laisserons-nous sans un appui, sans un souvenir, sans une aumône, ces bons et simples religieux du crucifié d'Assise, qui ont pris possession des Lieux-Saints dans les jours mauvais, dont le sang a tant de fois coulé sous le glaive de Mahomet, qui ont jusqu'ici supporté tout le poids du jour, et qui, encore aujourd'hui qu'ils sont oubliés du monde entier, se laissent enfermer durant plusieurs mois dans l'église du Calvaire, comme une garnison dans sa citadelle, pour chanter tous les jours les souffrances du Christ à. l'heure de son agonie? Non , il ne faut pas que l'ombre d'une plainte ou d'un reproche, contre l'abandon ou l'indifférence de l'Occident, puisse monter de la tristesse du cœur des saints de Jérusalem jusqu'au trône de Dieu. J'adjure mes frères dans la foi de se prêter à cette œuvre de piété que je leur signale dans le plus ardent désir de mon âme.

Je -n'ajouterai plus, en terminant ces réflexions, qu'une considération, mais qui est de la plus haute importance et à laquelle ne peuvent songer ceux qui ne connaissent point rOrient.

Toucher à la question des Lieux-Saints en ne tenant compte que de l'Eglise latine, c'est plus que vouloir soulever une montagne , c'est tenter l'impossible. Il faut ici faire la part de V Orient. Il y a de toute rigueur une chose à refuser, et de toute rigueur aussi une chose à accorder. La chose à refuser dont je parle, c'est de ne jamais admettre le schisme grec ou moscovite dans la participation des Lieux-Saints. Il y aura toujours de ce côté usurpation, mensonge, fraude, injustice, violence et scandale. L'expérience a parlé assez haut et assez long- ^ temps.

A Malakoff, le schisme moscovite, le seul puissant, le seul redoutable à Jérusalem, a été humihé sous l'épée de la France ; Dieu a fait comprendre à ces pauvres

peuples, qu*il veut guérir, de quel côté est leur salut. Mais aussi, dans cette persévérance longue, patiente, inouie de la Russie se conciliant, à l'aide de protections et de largesses, les populations de l'Orient, il y a un grand enseignement pour les princes chrétiens de l'Occident, qui croient pouvoir séparer leur cause politique de la Religion. Que la France surtout , elle dopt le nom vit encore dans la Palestine, quoiqu'on n'y connaisse plus depuis longtemps ses largesses, comprenne à quoi l'oblige l'amour de ces populations. Je le dirai en deux mots: Ou bien la Russie abandonnera ses prétentions sur Jérusalem, ou bien cette malheureuse ville est maudite et perdue sans retour.

La chose à concéder dont je parle , et qui d'ailleurs est si opportune qu'elle anéantit à l'avance toutes les objections du schisme et va au-devant de, sa conversion, c'est de faire une large part, dans l'église du Saint- Sépulcre et dans la possession des Lieux-Saints, aux deux cultes cathoUques, grec et arménien, unis au Saint- Siège.

Je l'ai déjà dit, les populations schismatiques du culte grec et du culte arménien sont séparées de l'Eglise latine sans savoir pourquoi, et le principal épouvantai! dont on se sert pour les maintenir dans l'erreur, c'est la persuasion, dans laquelle on a grand soin de les maintenir, que, en sortant du schisme, il leur faudra se servir de la langue latine. Revenir au catholicisme, pour le plus grand nombre d'entre eux , cela est possible , et on commence à en voir un assez grand nombre d'exemples tous les jours; mais devenir latins, à la manière des occidentaux, c'est la plus grande de toutes les impossibilités : ils ne le feront jamais , et la mort leur serait de beaucoup préférable. A leurs yeux ce serait renier nonseulement leur culte , mais leur origine, leur histoire, leur langue et leur pays. C'est donc avec une grande sagesse que les souverains Pontifes maintiennent la défense de faire passer à un autre culte ou langage un

schismatique converti. Il doit rester grec ou arménien, selon le culte qu'il avait d'abord suivi, et en ceci Rome spirituelle use de la même prudence que Rome païenne à l'égard des nationalités vaincues. Elles auront marché toutes deux avec une sagesse semblable mais inégale, à la suprématie du monde, chacune dans l'ordre de son pouvoir et de sa destinée. *

En supposant donc le schisme oriental complètement éteint et rentré dans le foyer du catholicisme, il faudrait toujours à Jérusalem , comme dans tout l'Orient , une place au rite grec et une place au rite arménien. En un mot il faudra toujours à ces deux -rites , en Asie , la tolérance qu'on leur accorde aujourd'hui même à Rome.

Ce sera donc aller au-devant de la conversion du schisme et mettre à néant ses plus dangereuses calomnies, que d'obéir à cette loi des souverains Pontifes et de donner, dans Jérusalem même, une telle satisfaction aux désirs légitimes et aux exigences nationales de l'Orient. Il n'y aura pas là confusion ; il y aura unité et charité.

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