‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 27 sur 63 · BAS INSULAS CONFIRMAT · texte numérisé non relu

BAS INSULAS CONFIRMAT

Ma plume se refuse à traduire cet impudent mensonge. Melitensium amor!... L'amour de Gibraltar, de Corfou, de Périm; l'amour des habitants de l'Inde, qui pourront aussi un jour se voir marquer au front d'un stygmate semblable à celui-ci, jouir d'une inscription pompeuse que le pays impuissant voudra bien tolérer! Tel est ce grand amour des Maltais pour leurs gardiens,

Comment un peuple qui a été élevé par l'ordre de Malte, lequel n'avait que deux amours, celui des combats et celui des pauvres, tous deux pour la gloire de Dieu, pourrait-il s'attacher à la domination du peuple le plus égoïste de la terre! Europœ vox!... Le suffrage extorqué de l'Europe trompée, effrayée d'une audace qui qui ne recule pas même devant le protectorat ou plutôt la garde du monde entier! Voilà la reconnaissance européenne dont on parle ici. Cette reconnaissance de l'Europe, qui date de 1845, ressemble beaucoup à la peur; mais. Dieu merci! à une peur dont on peut guérir, à une peur qui s'en va tous les jours. L'Europe , fatiguée de tant d'agitations, sera peut-être bientôt appelée à faire entendre sa voix, et l'on saura alors si cette voix est bien celle qui parla en 4815 ou au traité d'Amiens, et s'il importe réellement au bonheur du monde entier que ses destinées soient confiées au léopard britannique, le fauteur et le soutien des agitations révolutionnaires. En tout cas, à voir les formidables batteries qui couvrent l'île, la ville et le port, on devine et on sent fort bien que les intérêts, protégés ici par l'Angleterre, sont de ceux qui n'admettent point de rivalité.

La population de Malte est donc catholique , en dépit du zèle et des efforts des Anglais et on n'a pu jusqu'ici lui enlever âa foi. On n'essaiera pas , au milieu de la Méditerranée, ce que, grâce à l'éloignement , on a osé tenter dans l'île de France. Le commerce anglais y a fait des prosélytes, mais on sent que le plus ardent des apôtres a passé par cette terre dont toutes les aspirations sont fidèles et catholiques. La langue anglaise même y a fait peu de progrès.

Je visitai le palais du Grand-Maître, ses arsenaux, ses salles, ses peintures , et comme à Rhodes , dans la rue des Chevaliers, il me semblait entendre les pas de ces hommes si grands et si chrétiens. Quel est celui qui peut aborder le roc où est bâtie cette ville sans songer au héros qui lui a donné son nom? Qui ne voit ce noble

belle et plus vigoureuse. Les femmes surtou^ quables et elles portent fièrement, comm? faire des Espagnoles, la mantille ou yoilf \ ^ la tête et les épaules. Après ce que j^'^^ \ ^.

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Du haut du fort Saint-Elme et des jardins publics on aperçoit l'île toute entière jusqu'à la distance de la ville de Saint-Paul, bâtie avec son église sur le rivage où la tempête jeta cet apôtre et où il fit le miracle raconté au dernier chapitre du livre de saint Luc. L'aspect de l'île est aride et ne répond pas à l'enthousiasme des habitants, qui lui donnent le nom de Fleur du monde. On doit avouer pourtant que les fleurs y ont des couleurs éclatantes et un parfum très-recherché des abeilles ; ce qui justifie le nom de Melita que lui donnèrent les Grecs k leur première invasion. On n'y remarque aucune forêt, aucun ombrage. Le peu de terre végétale qui recouvre

et généreux vieillard, appuyé sur un bâton et le glaive à la main, jurer que les Turcs ne le prendront point vivant et ne lui infligeront point la honte d'être envoyé comme un trophée à leur sultan? Oh! si une voix, puissante ou bénie sur la terre, avait le pouvoir de ranimer de telles cendres et de réveiller dans leurs tombeaux l'ombre de ces preux chevaliers , l'Orient alors verrait encore des jours heureux, et les plaines et les montagnes de la Palestine se couvriraient encore des pèlerins de l'Occident, comme on vit la terre de Chanaan se peupler et s'enrichir aux jours des Hébreux. Nos armures modernes deviendraient elles-mêmes dignes de ces vaillants héros, et l'étendard de Mahomet fuirait de loin devant leurs canons rayés, comme les flots du Jourdain devant l'arche du Seigneur. Que l'on demande aux Maltais si de tels hommes auront leurs sympathies et s'ils pourront, aux jours de leur nouvelle gloire militaire et religieuse, leur faire oublier les habits rouges*avec lesquels ils refusent même d'entrer en conversation aujourd'hui. Tous vous répondront que l'île de Malte a été choisie et honorée par saint Paul, à qui ils ont élevé une éghse au lieu même de s^n débarquement, comme l'avant-garde de la civilisation chrétienne en face de l'Orient. Leur foi va même jusqu'à rapporter au miracle de saint Paul, secouant dans le feu la vipère qui l'a mordu, le privilège de cette île qui ne connaît point, dit-on, de reptiles venimeux. (Act. xxviii.)

La ville possède grand nombre d'établissements religieux, une maison des PP. Jésuites avec une église trèsîréquentée et très-riche en objets de piété, des antiquités précieuses et fort remarquables, une blbhothèque, des tableaux, des tentures, des musées dont les armures des chevaliers sont le luxe principal. On y voit ensemble des flèches et de vieux canons, des escopettes et des cottes de maille , des lances et de lourds anûts , tout ce qui rappelle l'enfance de la poudre et le dernier â^e de l'antique armure baissant pavillon devant sa jeune

héritière des combats. Qui ne serait tenté de baiser quelques-unes de ces vieilles épées, en pensant aux vaillantes mains françaises qui les ont si noblement tenues ! On assure que les plus précieuses reliques de ce genre ont pris déjà depuis longtemps le chemin de Londres.

Une chose que les Anglais n'ont pu songer ni à emporter ni à défigurer, c'est la magnifique cathédrale ou église de Saint- Jean, si riche en peintures, en statues, en tombeaux dont l'art a fait autant de chefs-d'œuvre. Le pavé de l'église est littéralement couvert de dalles sépulcrales qui gardent la cendre des vieux chevaliers, et l'on ne peut faire un pas sans fouler aux pieds une de ces gloires. Il y a là de quoi faire un cours complet de blason. Les agates, les jaspes, les marbres de toutes couleurs brillent du plus vif éclat et luttent de fous côtés avec des peintures de maître , représentant la vie de saint Jean et les piincipaux événements de l'Evangile. Une description complète d'un tel édifice aurait sans contredit beaucoup de charme. J'eus le bonheur d'y célébrer les saints mystères le lendemain de mon arrivée. Mon cœur battait d'émotion au souvenir de toutes ces vieilles gloires, et il me semblait voir l'ombre de ces nobles guerriers agenouillés au pied de ces mêmes ^ autels.

Du haut du fort Saint-Elme et des jardins publics on aperçoit l'île toute entière jusqu'à la distance de la ville de Saint-Paul, bâtie avec son église sur le rivage où la tempête jeta cet apôtre et où il fit le miracle raconté au dernier chapitre du livre de saint Luc. L'aspect de l'île est aride et ne répond pas à l'enthousiasme des habitants, qui lui donnent le nom de Fleur du monde. On doit avouer pourtant que les fleurs y ont des couleurs éclatantes et un parfum très-recherché des abeilles ; ce qui justifie le nom de Melita que lui donnèrent les Grecs à leur première invasion. On n'y remarque aucune forêt, aucun ombrage. Le peu de terre végétale qui recouvre

ce roc n*Y permet guère d'autre culture que celle du froment, du coton, des mûriers. On voit même souvent les vaisseaux qui ont porté au loin la pierre de Malte, recherchée pour les constructions, en rapporter de la terre végétale , dont on fait des jardins et qu'on se hâte d'enfermer entre des murs de soutènement pour la défendre contre l'entraînement des eaux du ciel. Tous ces moyens superficiels n'arrivent point à faire produire à cette île la nourriture de ses habitants.

Les événements de la fin du dernier siècle, et surtout le pillage des églises, plus encore que la proclamation des droits de l'homme et la déchéance de la noblesse, ont semé jusque dans Malte la terreur qui dominait la France , et ont nui au respect antique porté jusque-là aux armes françaises; mais tôt ou tard la violence cesse la vérité se fait jour, dans les tourmentes politiques comme au milieu des flots , et toutes les préventions sont dissi-

{)ées aujourd'hui. Non-seulement on parle français dans a classe élevée , mais il n'est pas rare qu'un Français soit compris même dans les rangs du peuple. On m'a assuré aussi qu'un grand nombre des habitants de l'île, parle encore arabe et rend aujourd'hui cet hommage à ses anciens maîtres, tandis qu'il refuse avec dédain et opiniâtreté d'écouter et de comprendre le langage de ses nouveaux geôliers. Ce peuple a le sentiment de sa noble, antiquité et on ne le verrait pas aujourd'hui, comme aux derniers jours de l'ordre de Malte, pendant le long et terrible siège de cette île, accourir avec femmes et enfants pour soutenir les protecteurs qu'on leur a donnés dans cette île. Je renvoie à une autre plume que la mienne le lecteur qui voudrait connaître les détails héroïques de ce grand siège de trois mois, et les souvenirs qui se pressent en foule dans l'âme du voyageur, sur un rocher jadis si illustre et aujourd'hui si humilié.

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