‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 30 sur 63 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

La cité des Césars et la cité des Papes. — Comment choisir entre tant de merveilles ? — VAra cœli, — La prédiction de Léonard de Port- Maorice. —^ Le peintre de Tlmmacalée-Conception. — . Le jansénisme et le enlte de Marie. — L'hospitalité. — Saint-Pierre da Vatican. — Linscriplioû in taifi<[«ear. — Le Vatican, ^-. Le pouvoir temporel des papes. «*- Ses bienfaits. — Ses destinées.

Une fois dans Rome je me sens aux prises avec un immense et irrémédiable embarras , j'oserai presque dire avec un nouveau chagrin. Je n'ai que quelques jours à passer au milieu de toutes ces merveilles, et ce ne sont pas des semaines qu'il me faudrait pour

m'initier à elles, mais des mois, mais des années

Où vais-je donc porter mes pas , par quel souvenir vais-je commencer la série des trésors que j'emporterai avec moi? Irai-je au Panthéon des Auguste, aux ruines de ce Capitole et de ce Forum d'où le peuple et le sénat dictaient des lois au monde entier, d'où ils envoyaient aux peuples vaincus les chaînes qu'ils devaient porter ; ou bien plutôt, humble pèlerin, entrerai-je dans ce pacifique Vatican d'où les successeurs de saint Pierre appellent à la lumière tout homme de bonne volonté et montrent à toutes les nations le chemin de la vérité et du ciel ? Vais-je demander à la cité des Césars de me montrer ses palais en ruines, ses colonnes brisées,

ses statues , ses temples , ses obélisques , ses thermes , enfouis dans la cendre où les ont précipités les incendies des Barbares? Mes pieds fouleront-ils d'abord la terre sainte de l'amphith/àtre de Fla^ien, ce sol qu'un peuple, plus impitoyable que les tigres et les lions, a arrosé du san^^ de tant de martyrs? Verrai-je les malheurs de Jérusalem et la conversion du vainqueur de Maxence gravés sur les arcs de Titus et de Constantin ; les catacombes , la cité souterraine encore remplie des restes sacrés de ceux qui ont répondu par la mort à la mort , et par le sacrifice au sacrilice du divin Sauveur; ces basiliques vénérées qui consenent les gloires de la Foi, les splendides reliques du Calvaire, celles de Beethlehem, de la Cène, de la Voie douloureuse; ces églises nombreuses bâties sur le théâtre même des plus grands martyres et des plus grandes vertus ; cette église des églises , Saint- PieiTC, le chef-d'œuvre des chefs-d'œuvres, la merveille des menveilles, que je visiterai tous les jours, que je ne me lasserai point de visiter et que je voudrai revoir sans cesse? M'enfermerai-je dans ces galeries, dans ces musées , où les arts confondent l'imagination par le détail de leurs richesses? Ou bien laisserai-je au hasard le besoin de régler mes premières démarches?

Telles étaient mes premières préoccupations dans la Ville-Eternelle, lorsque deux considérations bien chères appelèrent mon attention sur le Capitole où Rome allait jadis remercier ses dieux. Là se trouve l'église de VAra cœli , consacrée à la Reine des cieux et desservie par la piété des Franciscains: sa position, au sommet de l'ancien Capitole, dominant la Ville-Etemelle et appelant tous les regards, semblait me dire que c'était là le Palladium de la ville et du monde, \ autel le plus rapproché des cieuxy la citadelle du monde nouveau, le lieu saint déjà pressenti par Virgile et révélé à Auguste. Dieu avait voulu qu'il fût mis sous la protection de Marie et sous la garde des disciples du séraphique François, toujours les premiers à verser leur sang pour la cause du Christ. J'avais

à remercier la sainte Mère du Sauveur, dont la puissante protection m'avait sauvé de bien des dangers, et m'avait accordé tant de consolations imméritées , et je devais aussi présenter mes hommages au général de l'ordre des Franciscains, le P. Bernardine da Monte Franco; j'avais à lui témoigner ma reconnaissance pour tous les charitables services dont j'étais redevable à ses religieux de la Palestine, et à lui remettre différentes missives qui m'avaient été confiées. Ma résolution fut donc bientôt arrêtée, et je commençai mes excursions dans Rome par cet impérieux et double devoir.

Le 16, dès les premières lueurs de l'aube matinale, je gravissais cette rampe mystérieuse, dont les 420 degrés, recueillis dans les marbres du Temple de Romulus au Quirinal, s'élèvent jusqu'au faîte du Capitole. Je célébrai les saints mystères dans l'église de VAra cieli , à l'autel de la Reine du ciel qui est consacré à son Immaculée Conception. Je considérai cette nouvelle faveur, que je n'avais point demandée , comme une confirmation des joies gracieuses que le ciel m'avait accordées en Palestine, toujours à l'occasion de l'église Sain te- Anne. Je priai avec ferveur, me rappelant la joie vive, spontanée, universelle, que la France venait de faire éclater à l'occasion de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. En effet, je rentrais de ce voyage convaincu plus que jamais que ces paroles prophétiques adressées au premier jour à la Vierge des Vierges: « Tu lui écraseras lu tête » s'accompliront dans toute leur étendue en dépit des efforts de la bête infernale; que toutes les questions de la foi tiennent au culte de Marie recommandé par Jésus sur la croix, et que l'Eglise a raison de chanter par toute la terre cette antienne à la céleste Judith: « Gaude Maria Virffo ! Réjouissez-vous , Vierge Marie ; c'est vous seule qui avez mis fin à toutes les hérésies de ce monde. »

On garde à Rome, sur son tombeau, la lettre autographe d'un saint, Léonard de Port-Maurice, qui a prédit que le monde ne se reposerait de ses troubles et de ses terribles

agitatioQ& qu*à partir des jours plus sottes ôncor^^dàte lesquels ce grand dogme serait proclamé. L'enfer &embfe avoir pressenti ce toiomphe : il a 0Ûs ea œu>n*e toutes ses ressources pour l'empêcher en démontrant la.aoi]|veauté de ce dogme et son impossibilité; mais; il a été confondu par les irrécusables témoignages de l'histoire et des arts* Avant l'apparition de Luther, l'Espagne avait déjà proclamé cette croyance, et son immortel Murillo^ qui avait consacré plus de vingt-cinq toiles à ce culte, avait mérité, tant était grand son zèle à peindre et à propager l'image de cette doctrine , d'être appelé le peintre de l'Immaculée Conception. C'est chez un protestant d'Amérique, le plus grand capitaliste du nouveau monde, qu'on peut voir aujourd'hui le plus magnifique de ces 25 tableaux, d'abord enlevé du palais de Madrid par un général français, transporté plus tard en Angleterre, puis vendu à Londres, au roi des Pays-Bas, et eniBn acheté et payé par M. Aspinwal, pour la somma de 155,000 francs.

. En témoignant, il y a un an à peine, une si grande joie à l'occasion de ce dogme , la France faisait nioûseuiement, comme toutes les nations chrétiennes, acte de piété, mais encore elle acquittait une dette par ctet acte solennel de réparation et de justice. On n'avait ^pas sans doute osé toucher en France au culte de Marie. Mais qui donc avait effacé de notre liturgie la beile ano tienne que je viens de citer? Comment n^avait-on pas songé, en sacrifiant cette vraie et noble parole aux eugences du protestantisme, que c'était là une coneessicm à cette hydre que l'infinie multiplicité de ses têtes épnise et déchire en ce moment? Hélas! il faut bien avoir le courage de le dire. H y a environ un siècle, une secte • audacieuse, perfide, insaisissable, qui avait pris naâssaoce dans les écrits de Jansénius d'Yjpr^s, se trouva tout à coup avoir fait assez de progrès âaas notre belle France pour aider, de son concours les fauteurs de la réforme et pénétrer de sa triste influence un frand nombre

"^iÂpnts et' aae portion notable du clergé lui-même. Le IrioHiphe du jansémsaie fut bieal^t suivi de la plus grande audace. Pour moins effaroucher les réfonnateurs, on supprifliadans notre culte ce qui n'était point parole de la sainte Ecriture, comme si elle était tout (kns l'Eglise. On osa réformer le rite vénérable qui avait toujours consacré les louanges de la mère de Dieu : les chants, les prières, que nous tenions de la foi de nos pères, furent eflaeés. Une liturgie soi-disant galUcfinSy comme si la France tout entière, abdiquant sa piété, lui avait conféré le droit de prendre son nom, poussa la condescendance envers la réformeîusqu'k supprimer presque entièrement le nom de Marie dans ses hymnes et dans son nouveau eiilte. Hélas ! un siècle ne s'était pas écoulé depuis cette tentative sacrilège, que l'EgUse gallicane, après avoir été

I)lusîeurs fois à deux doigts du schisme, aboutit enfin à a fatale constitution civile du clergé/ Mais jla France tout entière n'était- point complice. Avec ses croyances et sa piété se réveilla et maintenant se ravive partout le culte de Marie. Une fois de plus notre belle patrie, ranimée au scNiivemr de la foi de ses p^res et rappelant son antique ' \iiMTffB y chante avec le monde entier : c Gaude Maria . Virgol Réjouissez-vous, Vierge Marie, c'est vous seule (fui mettez fin à toutes les hérésies de l'enfer. »

hà gtoéral des Franciscains me reçut avec bonté

comme un des siens, et m'invita gracieusement à

acc^er l'hospitalité chez ses pauvres religieux. Au

oiiliea de taat de palais, recommandé comme je l'étais

k l'ambassadeur de France, M. de Rayneval, qui fut,

tout le temps de mon séjour à Rome, si rempli d'atteiv-

. tions généreuses pour moi, et à qui ma reconnaissance

ne peut plus s'adresser en ce monde, rien ne pouvait

' me faire plus de plaisir que l'oifre charitable des disci-

îplcs de saint François, que je m'empressai d'accepter.

: Aussitôt que je fus assuré de retrouver tous les jours • un abri pour le repos et pour la prière , je courus ^siter <. l'église de Saint-^Pierre du Vatican^ dans laquelle je passai

le reste de ma prCTmère Journée. Cette meuvdSle dà temps modernes n'est 4)oint un de ces monuments qm vous exalte ou vous écrase . au premier aspect. Le gigantesque portail, le vaste dôme, couronnant la pke belle et la plus immense de toutes les places entourée de quatre rangs de galeries qui aboutissent comme de grandes routes aux marches de l'église ; l'obélisque , les fontaines, les cent-quatre-vingt-douze statues colossales

3ui ornent les galeries ; tout cela est dans un tel rapport e proportions et de formes élégantes , que l'imagination a besoin du raisonnement pour arriver à se laisser séduire, et l'idée de l'immensité de Saint-Pierre ne pénètre que lentement dans l'esprit. C'est ainsi qu'à propos des statues des apôtres saint Pierre et saint Paul qui précèdent la rampe du portail , ainsi qu'à propos des groupes d'anges et de statues de l'intérieur de l'église tous les voyageurs éprouvent la même déception : les objets grandissent «à mesure qu'on en approche. Un prêtre, qui s'était donné la charitable niission de m'accompagoer, me fit cwnprendre leurs immenses proportions par te simple expédient que voici. ï)e temps à autre il arrêtait notre marche et me demandait de désigner une portion de statue ou de piédestal en rapport avec la hauteur de mes bras. Or, à mesure que j'approchais, il me fallait înodifier mes appréciations; et, quand je touchais à }a statue , elle avait enfin pris des proportions effrayantes que j'étais loin d'avoir soupçonnées.

La hauteur du dôme, qui semble une chose si naturelle* au premier, aperçu, est de cent quarante mètres, depuis le pavé jusqu'au sommet de la croix. Les tours d^ Notre-Dame de Paris, transportées dans Saint-Pierre, n'atteindraient pas la naissance de la coupole; et oa dôme, enlevé de ses piliers et placé à terre serait deux fois plus haut que la colonne de la place Vendôme.

Les cinq portes de la façade avaient jadis un nom que nous a conservé l'histoire. La porte du milieu était ^tppt- ^léBÂrgentea^ Porto d'argent. Comme la Pûrte d'w à

Jârusalem , elle était presque constamment fermée. A sa gauebe était la porte de Ravennes, parce que la région du Transtevère s'appelait alors le quartier de Ravennes. Les hommes seuls entraient par cette porte. De l'autre côté se trouvait la porte Romaine, réservée aux femmes. A côté de celle-ci la porte Gmdoma ne s'ouvrait que 4evant les bannières ou guidons des pèlerins ; et enCn, à l'autre extrémité, la porte du Jugement n'était franchie que par les cercueils jdes morts.

Je ne puis entreprendre ici la description d'un monument de cette nature, si souvent et si somptueusement décrit, et d'ailleurs les quelques instants ' que je vais pas.ser à Rome seront plus que suffisamment absorbés par tout ce que je vais entendre au sujet de ces questions vitales , que les ennemis du Souverain Pontife et du Christ ne jugent qu'avec haine et avec calomnie. . Où trouver au monde une ville avec de pareilles des^ tinées, et en quel lieu de Rome cette destination providentielle peut-elle mieux se montrer qu'ici ? Un pauvre pécheur de Galilée, envoyé par Jésus, son maître^ vint, .il y a dix-huit siècles, prendre possession de cette capitale de l'univers* Il y mourut, à la vérité, de la mort des esclaves ; mais la parole prophétique qui avait retenti à -Tibériade est aujourd'hui accomplie : <l Tu es Pierre et sur ceiie pierre je poserai les fondements de mon Eglise/ 3> Elle est écrite en immenses lettres d'or à la naissance intérieure du. grand dôme que je viens de dire, et au dehors, une croix de fer, qui domine la place du Vatican et que supporte l'aiguille égyptienne de Galigula et de Sixte-Quint, aiguille élancée dans le genre de celle^ de la place de la Concorde , à Paris , raconte à toutes les nations comment la croix a passé du Golgotha sur le trône des. Empereurs; comment Constantin a vaincu par ce signe, et comment le Christ, plus grand que César, est venu, a regardé ses ennemis et les a mis en fuite. Veni, mdi, vieil s'était écrié le capitaine vainqueur; mais sa victoire n'est plus. Celle du Christ» au contraire,

est encore vivante aujourd'hui et sa croix porte cette inscription triomphante : CHRISTUS VINGIT, CHRI&- TUS IMPERAT, CHRISTUS REGNAT!

A coté de Saint-Pierre, voici le Vatican, le palais de ce vieillard, pontife et roi, dont le sceptre, pendant tant de siècles, a modéré les rois et rassuré les peuples, dont la souveraineté la plus sacrée, la plus divine de toutes, ^t la consécration et l'appui de tous les trônes. C'est autour de ce sceptre que, depuis quinze siècles, se sont groupées toutes les forces vitales de la civilisation; c'est contre ce triple diadème, cette tiare, cette vénérable couronne de Père, de Roi et Pontife, que se révoltent encore aujourd'hui les nouveaux Millénaires qui pensent que, même d'après la promesse des Sain tes -Ecritures, le règne temporel du Christ a suffisamment duré et a accompli toutes ses promesses ; les Schismatiques, moscovites ou anglicans, prosternés devant le sabre d'un czar ou l'évangile d'une femme, intimement persuadés que le Pape ne sera plus Pontife dès qu'il ne sera plus roi, et travaillant sans relâche à la destruction de cette royauté^ temporelle; les Mazziniens ou socialistes qui déclarent qu'aucun pouvoir ne vient de Dieu ; les It<Uianissimes qui veulent un royaume d'Italie sous la tutelle d'un piémontais et n'ont pas compris que la papauté était la plus grande gloire de ce beau pays ; et enfin les Romains eux-mêmes qui ont préféré dans les Romagnes la conscription militaire et l'arrogant gourdin d'un planteur, à la houlette sainte et civilisatrice du premier des Pasteurs.

De tous les trônes électifs de la terre un seul est resté debout, parce que la main de Dieu se reposait syr lui ; parce qu'il avait été dit que les puissances de l'enfer ne pourraient rien contre la pierre qui est le Christ. Et quels que soient les événements de ce siècle, il est un dogme de foi que chaque chrétien porte dans son cœur: la barque de Pierre, même au sein des plus violentes tempêtes, ne périra point. D'ailleurs le privilège des grandes choses et surtout de choses saintes, qui reposent

sur la parole elle-même de Dieu, c'est d'avoir beaucoup d'ennemis ; le protestantisme et la révolution ont réuni leurs efforts et ont appelé toutes les ressources occultes de l'Angleterre pour attaquer un trône qui était le défenseur et le soutien de la foi, en même temps que de tout pouvoir qui vient de Dieu.

Les peuples dès l'origine en avaient jugé autrement, et pour échapper à une domination souvent cruelle et injuste , ils avaient souvent réclamé l'honneur d'être gouvernés par le premier et le plus saint des Pontifes. Le premier patrimoine de Rome date de Constantin, qui déjà remettait à Sylvestre, sur les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, le soin de ses pauvres, de ses églises et des premiers efforts de la charité publique.

€ Ce qu'il y a de véritablement étonnant, a dit de Maistre, c'est de voir les papes devenir souverains sans s'en apercevoir et même,, à parler exactement, malgré eux. Une loi invisible élevait le siège de Rome, et l'on peut dire que le chef de l'Eglise universelle naquit S0U7 Srerain. De l'échafaud des martyrs il monta sur un trône que l'on n'apercevait pas d'abord , mais qui se consolidait insensiblement comme toutes les grandes choses et qui s'annonçait, dès son premier âge, par je ne sais quelle atmosphère de grandeur qui l'environnait sans aucune cause humaine assignable. -Le Pontife romain avait besoin des richesses , et les richesses

affluaient elles furent l'œuvre de la Providence, qui

les marqua, dès l'origine, du sceau de la légitimité. On les voit, et l'on ne sait d'où elles viennent ; on les voit, et personne ne se plaint. C'est le respect, c'est l'amoiir, c'est la piété, c'est la foi qui les ont accumulées.

» Dans Rome encore païenne, le Pontife romain gênait déjà les Césars. Il n'était que leur sujet; ils avaient tout pouvoir contre lui, il n'en avait pas le moindre contre eux; et cependant ils ne pouvaient tenir à côté

de lui Une main cachée les chassait de la Ville^

Eternelle pour la donner au chef de \ Eglise-Eternelle. » (Du Pape, Uv. //, chap. 6:J

Quand Pepîn restituait à saint Pierre rhêrilage légué par le sang aes martyrs, il disait liii-môme: « Ce n*est pas par la considération d'aucun homme que je me suis exposé à tant de combats, mais pour Famour de saint Pierre et le pardon de mes péchés; quelques trésors qu'on puisse m'offrir, on ne me persuaderajamais d'ôter à saint Pierre ce que ie lui ai une fois offert. > Ce fut inutilement donc que l'empereur Constantin Gopronyme lui fît demander la restitution de l'exarchat de Ravenne; il fit remettre sur les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul les clefs des vingt-deux villes de cet exarchat ainsi que des provinces voisines. Pépin et Charlemagne ne commencèrent donc point la puissance temporelle des papes ; Pépin et Charlemagne ne firent donc point de concession; mais, pleins de respect pour le trône qui assurait en ce monde le règne de la vérité et de la justice, ils voulurent être et s'appeler ses premiers défenseurs. Charlemagne disait de lui-même : « Ego Carottes, devotus mnct(z Dei Ecclesm defensor, humilisque adjutor, in omnibus apostoHcm sedis. 3> *

Fidèle à cette mission de défenseur, jamais le pouvoii* des papes ne fut envahisseur par nature, conquérant, amoureux d'annexion et d'agrandissements. Il accepte de gouverner; il n'en recherche point les occasions. Voyez la petite république de Saint-Marin. Les pontifes romains, quand ils en sont priés, acceptent ou prennent la défense de la société chrétienne contre ceux qui sont à la fois les ennemis de Dieu et des hommes. Grégoire VII el ses successeurs luttent contre les empereurs d'Aile^ magne pour empêcher qu'ils ne réduisent TEglisie catholique à la triste condition de l'Eglise grecque, si malheureuse aujourd'hui. Urbain et les autres pontifes soulèvent la tempête des croisades contre le flot de la bat^ barie qui apportait à tous les peuples chrétiens Fétendard de Mahomet. Qui a osé comparer le pouvoir du Pape à celui du czar , par exemple ? Il faut toute la mauvaise foi des temps modernes pour arriver à énoncer

wa tel rapprochement. Le czar use de toute la plénitude de son pouvoir spirituel pour envahir le Caucase, 1a Sibérie, l'Amour et les vastes contrées qu'il convoite; ses sujets ont un seul maître au nom du ciel et de la terre, maître qui, plus jaloux que Dieu, ne souffre pas l'apostasie et devant 'lequel la conscience elle-même doit s'incliner. Qui ne saisit aussitôt la différence qui caractérise lés missionnaires travaillant pour le ciel et les missionnaires destinés aux intérêts de ce monde? Chez le Pape rien n'est organisé pour les envahissements et pour la guerre; c'est même le seul pays dans lequel il n'y a pas de service militaire établi, la seule contrée exempte de cette contribution humaine qu'on appelle la loi de conscription, l'impôt du sang. Les quelques soldats que possède la papauté ne sont point faits pour envahir; ils peuvent à, peme défendre le sol qui leur est confié. Qui ne connaît, au sein de notre nation française proclamée la plus guerrière, les joyeuses plaisanteries que se permettent nos héros, vrais ou prétendus, à propos des soldats du Pape? Cette petite armée n'est point faite pour régler les grands intérêts européens, et il sied au successeur de Pierre de n'avoir aucun goût pour les horreurs de la guerre. Loin de s'en plaindre, ses sujets ne devraientils p^s le bénir et se considérer comme déjà parvenus à cet âge d'or que rêvent les congrès de la paix ?

Malgré cette pénurie de soldats, les conquérants et les grands capitaines, par respect pour ce qui est vraiment respectable, ont jugé prudent de compter avec cette puissance spirituelle. « Comment devrai-je traiter avec Pie YII, disait à Napoléon 1er un de ses ambassadeurs? » « Comme s'il avait deux cent mille hommes , » réplondait le consul tout puissant qui commençait à dicter ses lois au monde. Il pouvait dire: a: Comme un pouvoir (jui commande, au nom du Christ et de la conscience, à deux cent, millions de chrétiens, » et il n'eût dit que la vérité, i; Cette imhiense autorité spirituelle a pourtant besoin

Qiiri P^::3 r'=*'.hua à saint ^<e les siècles chrétiens

i<iiU^z 3^ n-i-irr^, il disr <"é souvent ces belles

U fiT !a c.:nsi:4:-.îi:n d'an -à sortir de la mémoire à

îvr..4ê à tûiit .ie cr^t i\^ -« q"« M. Thiers rapporte

Pierre et le firin i- ;"';^?f ^' ''^ FEmptre: € On

.^,.--« T-.-c^ A* -"s^ -'.- '-*'• a être un souverain etrau-

à sAÎîit r -rre ce qr ^^ ^^ ^-'-^- ^^ ^ f^"^ ^n remer-

il uLVxeîîl dr4îc "^^ ^-'^^ ^^ Paris, et cela est bien.

1, Tt^t ^«i^îT^* ' ' ^j i Vienne^ et c'est pourcrooi nous

C nt r^"^eîir^ .. ^-ï»^ spnîuelle. A Vienne, à Madnd,

P*uî le< cl-* ^ ^^^ autant. On est donc heureux qu'il

r* j^ c^i 5"! et qu'il ne n?side pas chez des

C"iniin<? -^ "^^ Si^'ckt y»ij oni fait cela^ et ils Vont

J^[,,^^ ,j le c-ruvereenient des âmes, c'est la raeil-

le* •' *^ Cîriiijjsante icslitution qu on puisse uua-

^i:^\j\rd en fournira assez de preuves. Il y a

. ,,, j. .]ue cette Qp^. >n a été juirée en- ce sens par

,rt:"^ les fins hariîes. On demandait un jour

• ,^»t Henri IV attachait tant de prix à restreindre

^,^ i.f jirstes limites l'influence autrichienne ou espa-

^\ en Italie"? t Aiin, réi>:*ndait le cardinal d'Ossat*

•' ,,fs>ideiu" de France à Rome, que le Pape ne soit

f^^ ie chapelain de Philippe II. > Le sens des Italianis-

^.N::^ se reiuse seul à comprendre que si le Pape n'était

r^!]ç chez lui, il faudrait qu'il lut chez quelqu'un. Peut-

/î.-e quelques docl*^urs parmi eux se disent-ils, avec

v>js de logique et moins de boime foi, que la Papauté

^Miiit mieux sous leur tutelle et que le temps des Cata-

oonibes, et par conséquent celui des Dioclétien ou des

Julien, a été et sera toujours le plus beau siècle de

TEglise, celui que, dans leurs aspirations hypocrites et

rétrogrades, ils se pivparent à faire refleurir. Mais c'est

en* vain que tant d'ennemis songent à renverser L'œuvre

des siècles, et par conséquent l'œuvre de Dieu: Populi

meditati .^uit inaiiiiu a dit le roi-prophète, et longtemps

encore le successeur de Pierre, Ubre dans ses murs,

bénira du haut de celte galerie, qui fait en ce moment

^tîon, et là ville et le inonde, Urbi et (kbif

"éleste spectacle qui laisse, bien loin toutes

^ Rome païenne, et que nulle âme Intel-:

ais pu contempler sans une profonde

aonc pour nous un dogme de foi , inscrit dans symbole, que cette souveraineté temporelle des ^es? Non; nous ne le disons point: nous proclamons seulement une des grandes gloires de l'Eglise , l'intervention de la Providence dans l'œuvre qu'elle a fondée ; nous affirmons seulement un fait, mais un fait immense, capital, plus que grandiose, inexplicable à toute autre logique qu'à celle de la foi chrétienne, un fait en un mot de l'ordre surnaturel. Un seul trône, soutenu par la main puissante qui avait donné à la première Rome la domination temporelle de ce monde, en raison de ses mérites temporels, a pu traverser debout tant de siècles; aussi quand il tombera, bien des souverainetés, bien des couronnes seront étendues dans la poussière; quand les doctrines dont il est la défense et la vie seront anéanties, bien des institutions humaines périront faute de garantie, abandonnées par le bras de Dieu. Et ce trône il ne sera jamais à aucun prince de la terre ; il ne saurait appartenir qu'au vicaire de Jésus-Christ.

Page 1