‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 34 sur 63 · CHAPITRE LXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXX

Sainte -Croix en Jérasalem. — Le titre de la Croix. — Saint -Jean de Latran. — La façade, les cinq nefs, le Baptisière. — Le Symbolisme. — Le eloilre. — Ses reliques précieascs. — La Scala ianta. — Sainte-Marie à la Crèthe, — La chapelle de Sixte-Quint. — La Crèche. — NouYelIe rencontre.,

Combien d'autres merveilles se pressent en feule sur l'emplacement des sept collines! Pour moi j'y trouve un bonheur inattendu. Tout semble se réunir ici pour rappeler au pèlerin de Jérusalem ses plus touchantes émotions de la Palestine. Que de trésors y sont renfermés depuis la crèche de Beethlehem jusqu'à 1 inscription du Golgotha ! Pour le pèlerin qui revient de la Terre-Sainte , il n'est pas de sanctuaire plus vivant que la petite égUse de Sainte 'Croix en Jehisalem. La pieuse Hélène, tandis que son fils faisait de son palais de Latran l'église du Sauveur^ construisait un sanctuaire à la Vraie Croix dans sa propre demeure. Par cette pieuse pensée, la veuve de Constance Chlore changeait ainsi les destinées des Horti Varianiy de ces somptueux jardins qui rappelaient les honteuses débauches des empereurs païens. Dieu avait fait un miracle pour relever dans Jérusalem l'instrument de sa mort. Cette princesse fît trois parts de cette croix; la première fut enfermée dans l'église du Saint-Sépulcre ; la secx)nde fut portée à Constantinople, et la troisième

fut déposée dans cette église de Rome à laquelle elle donna le nom de Sainte-Croix en Jérusalem. Derrière cette basilique des premiers âges chrétiens se trouve une chapelle basse, dont l'autel est dédié à Sainte- Hélène et repose sur la terre même que -cette impératrice, d'une foi si touchante, avait rapportée du Calvaire. Le Souverain Pontife seul, ou bien le cardinal du titre de cette église, à le droit d'y célébrer les saints mystères et les offices. Une inscription latine rappelle aux visiteurs qu'il n'est pas sur la terre de lieu plus vénérable. Non est in toto orbe loctis sanctior.

Une autre chapelle, qui communique à l'église par un riche balcon de marbre, est consacrée aux reliques. Elles sont en effet des plus remarquables. Ce sont trois fragments de la vraie croix, le titre de la croix, deux épines de la couronne de Jésus, encore teintes de son sang, et un des clous à forme triangulaire et à tête ronde qui l'attachèrent à la croix. La longueur de ce clou est d'environ seize centimètres, mais la pointe en a été enlevée. Théodoret raconte que sainte Hélène fit placer les pointes de ces clous sur le casque de son fils pour le protéger dans les combats. On croit que c'est là l'origine de la fameuse couronne de fer conservée à Monza.

Voici en quel état se trouvait lé titre de la croix quand le pape Innocent VHI fit l'ouverture du coffret de plomb sur lequel étaient écrites ces paroles : Ecce lignnm cruds. C'était dans Tannée et à l'heure même où la prise de Grenade sur les Maures remplissait le monde catholique d'allégresse. On retira du coffret un morceau de planche vermoulue sur lequel on lisait encore la célèbre inscription': Jestés Nazarenus rex. Cette planche était longue de trente-cinq à quarante centimètres et large de vingtsept. Les caractères latins étaient en bas près de la tête de Jésus, et les caractères hébraïques étaient au-dessus. Pour les trois langues, les lettres, tracées sans doute par un ouvrier hébreux, étaient disposées de droite à gauche; plusieurs de ces caractères rongés par le temps, surtout

dans riifôcriptioa hébraïque, étaient alors illisibles; Ces lettres étaient grossièrement creusées dans le bois et peintes en rouge.

Non loin de là, la façade tournée vers l'Orient, se présente avec majesté la basilique de toutes les basi* liques, Saint-Jean de Latran, urbis et orbis ecdesiarum mater et caput. Elle domine la magnifique campagne de Rome jusqu'aux montagnes bleues de la Sabine, les murailles d'Aurélien, l'aqueduc de Néron et l'étendue du Latium. On y entre par cinq portes correspondant à autant de nefs , et six énormes pilastres composent la façade. Cette antique église a subi bien des vicissitudes ; ce que l'on voit aujourd'hui .est l'œuvrç de GaUleï, sous Clément XIL Les trente-six colonnes qui jadis soutenaient la grande nef ont été accouplées et enveloppées deux à deux dans des massifs que le Borromini jugea indispensables à la solidité de l'édifice. Ce monument chrétien est le premier que Constantin consacra à saint Jean-Baptiste, sous la forme d'un baptistère octogone destiné à recevoir l'eau sainte; il le. plaça dans les jardins de Plautius Lateranus, sous le pontificat de saint Sylvestre. Constantin y avait fait mettre une urne revêtue de lames d'argent du poids de 3,000 livres; l'eau y était versée par un agneau d'or représentant le Christ sauveur, et par des cerfs d'argent, au nombre de sept, comme les sacrements. Jean-Baptiste y était représenté montrant Jésus à l'aide de ces paroles: Voici l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Au milieu du bassin, sur une colonne de porphyre, un -vase d'or recevait les parfums qu'on y brûlait tous les aps à la fête de Pâques , en l'honneur de l'Agneau immolé. On voit combien était simple et en même temps éloquent le premier symboUsme chrétien.

A ce baptistère Constantin ajouta une grande basilique déliée au Sauveur, laquelle fut plus tard consacrée à saint Jean le précurseur et à saint Jean le disciple bienaimé. Cette ^lise fut dès le premier jour, ainsi que son

froDtûD en porte rinscriptioû avec majesté, la mère et la tête de toutes les églises du monde. Pendant' dix siècles elle fut la demeure des papes , le palais des conciles , la basilique d'or vénérée dans le monde cbré* tien. Ck)n8acrée par saint Sylvestre, le 5 des ides de novembre 324, le souvenir de cette consécration est aujourd'hui encore une fête pour la chrétienté. Les cinq portes de cette égUse-mère ne se fermaient jamais et , symbole plus vrai et plus consolant que celui de Janus, elles annonçaient au monde chrétien que le Pontife romain veillait sur ses destinées, que sa démeure était toujours ou^rte comme asile au malheur et comme consolation à la prière. On assure que des marbres verts, venus de Tibériade, avaient servi à construire les colonnes qui soutenaient cette nouvelle demeure du pêcheur de la Galilée. Rien n'est plus touchant ique les usages liturgiques qui lui étaient propres. Les cloches de- cette basilique, image du ciel, ne faisaient jamais entendre que des sons joyeux. Les invocations à VAgnus Dei ne se terminaient jamais par la demande de la paix, le dona nobis pacem^ parce que, toujours par le même respect pour le symbolisme, la paix de ce temple était l'image du ciel dont la paix est éternelle. Dans les offices, aucune oraison publique n'était prononcée que l'Oraison dominicale, parce qu'elle était la Basilique du Sauveur qui nous enseigna cette prière.

La basihque actuelle ne date que de 1360. Ruiifée et saccagée à diverses époques , elle fut incendiée au commencement du quatorzième siècle. Quand les malheurs de la papauté, exilée sur les rives du Rhône, faisaient gémir le cœur de Pétrarque, et avec lui tous ceux qui avaient alors l'intelligence des destinées de l'Eglise, le palais de Latran ressemblait à un amas de ruines, et la mère de toutes les églises n'avait pas même de toit pour s'abriter contre les vents et l^es tempêtes. Mais que de richesses elle garde encore après tant de vicissitudes ; que de choses précieuses que pourrait lui envier Jérusalem!

En présence de ces trésors, je remarquai à peîna< sesi merveilles d'architecture, ses statues gigantesques des apôtres, ses ravissantes peintures, ses chapelles. En effet, c'est là que je vis ce cloître antique et respectable de Saint-Jean de Latran, avec ses colonnes torses et sa solitude si éloquente. Là un parterre de fleurs entourait le puits de la Samaritaine, transporté des champs de Jacob au milieu des collines de la Ville-Etemelle^ J'en cueillis quelques-unes en souvenir des vallons de la Samarie. Une colonne de marbre , adossée au mur du cloître, indique la hauteur de la taille de Jésus-Christ, conservée par les premiers âges chrétiens. Je remarquai avec joie qu'elle était précisément celle de Pie IX, son vicaire saint et auguste, que j'avais eu le bonheur de contempler, c'est-à-dire que c'était une taille fort audessus de la moyenne ■ et d'environ un mètre quatrevingts centimètres. J'y vis encore l'autel de bois qui avait servi à l'apôtre saint Pierre et, dans un lieu retiré entre le doître et le sanctuaire, la table où Jésus fit la cène avec ses disciples. Elle est d'un bois qui a'a pas trois centimètres d'épaisseur, séparée en deux morceaux d'un peu plus d'un mètre carré , et enchâssée dans un cadre précieux recouvert d'or. L'architrave de l'autel est soutenu par des colonnes qu'Auguste fit couler avec le bronze provenant des rostres des vaisseaux pris à la bataille d'Actium.

Dans un édifice attenant jadis au palais de Latran, puis isolé et entouré d'ornements par Sixte-Quint, tel qu'on le voit aujourd'hui, se trouve la précieuse relique appelée YEscalier saint, Scala santa. .Ce sont vingt-huit degrés blancs de marbre tyrien, apportés de Jérusalem par sainte Hélène et que Jésus-Christ monta et descendit six fois le jour de sa mort , d'abord pour subir un inique interrogatoire, ensuite pour se rendre chez Hérode, et enfin pour l'horrible supplice de la flagellation. Cet escalier se trouvait jadis dans le bâtiment au nord du palais. On ^^ure que, à l'époque où il fut transporté, deux de

ces marches portaient encore Fempreinte du san^ de Jésus. II est tout d'une venue, sans interruption m palier. Les marches sont recouvertes de planches de noyer , s(Jtivent renouvelées ; les pèlerins les montent à genoux , en priant et méditant sur la passion du divin Sauveur, et ils redescendent, à droite et à gauche, par des rampes parallèles et contiguës , afin de ne pas poser le pied sur les marches. A Tépoque de sa construction , cet escalier fut transporté processionnellement et on commença par poser les marches supérieures de haut en bas, de façon que les ouvriers ne missent jamais le pied sur un degré pour placer le degré supérieur et suivant. Jamais en aucun heu le souvenir de Jérusalem , encore si vivant lors de mon séjour à Rome, ne se réveilla avec plus de bonheur.

En quittant Sartit-Jean de Latran pour marcher vers le nord et franchir le mont EsquiUn, on trouve, entre ce dernier et le mont Viminal , la grande église de Saînte- Marie-Majeure, appelée aussi Notre-Dame des Neiges ou Sainte-Marie à la Crèche, al Presepe, ou encore Basilique libérienne. L'ensemble de ce monument n*a rien qui respire le cachet de l'antiquité. Sa façade percée de hautes fenêtres, sa forme quadrangulaire, son plafond à caissons dorés ne permettent pas de la comparer à nos vieux monuments chrétiens; mais, -avec ses trentesix magnifiques colonnes ioniques de marbre blanc qui divisent ses trois nefs et qui proviennent du temple de Junon Esquiline, avec ses mosaïques, sa belle vierge de saint Luc, ses ravissantes chapelles, son plafond dopé à l'aide du premier or apporté d'Amérique , elle sera toujours une étonnante, une somptueuse, une élégante église. Dans la croisée à droite se trouve la chapelle de Sixte-Quint, ouvrage de Fontana; cette chapelle est à elle seule une magnifique église. L'illustre pâtre de Montalte y a sa statue à côté des cendres de Pie V. Au miUeu de la chapelle s'élève l'autel du Saint Sacrement, au-dessous duquel on conserve la crèche ou divin

berceau de l'enfant Jésus , ainsi que quelques langes et reliques de cette précieuse naissance annoncée par les anges dans les champs de Beethlehem. C'est dans cette grotte, chantée par le Tasse, el où saint Charles Borromée passait les nuits en prières, que j'eus le bonheur de célébrer la sainte messe à mon dernier jour à Rome, Ce ne fut pas sans une agréable surprise, inattendue comme celle d'Alexandrie, que j'y trouvai aussi un de mes concitoyens, M. Tardif de Moidrey, ancien élève du lycée de Metz. Depuis ce jour il est entré dans les rangs du sacerdoce et il était occupé alors à demander instam-ment à Dieu de l'éclairer sur cette sainte vocation qu'il désirait suivre , mais dont il n'osait accepter les redoutables fonctions,

Cette église porte aussi le nom de Libérienne et de Notre-Dame des Neiges, à cause du miracle qui révéla au pape Libère et au patricien Jean le lieu où ils devaient accomplir leur pieuse promesse et bâtir au Seigneur un nouveau temple qui serait le premier parmi les églises consacrées à sa sainte Mère.

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