‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 35 sur 63 · CHAPITRE LXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXI

Cécile et la Voie appienne. — Les paavres et tes premiers chrétiens. — La terrasse de Saint-Sébastien. — L'entrée des catacombes. — Saint Jérôme et l'Ërèbe chrétien. — Le grain de sénevé de la foi et de Fart chrétien. — La plus illustre des catacombes. — La télé du Christ et M. Ingres. — La crypte de sainte Cécile. — La Rome souterraine de M. Louis Perret« — Une lampe dans les régions de la mort. — La chapelle du Divin Amour au Transtevère. — Saint-Barthelemy dans Pile.

Quand on foule aux pieds un sol aussi riche en souvenirs , on né peut toutefois détourner sa pensée d'autres richesses, peut-être plus magnifiques encore, et que cette même terre tient enfouies dans ses entrailles. Je veux parler des catacombes , de ce sous-sol fécondé par le sang et dans lequel le grain de sénevé, annoncé par l'Evangile, se préparait à envahir le monde. Là je retrouvai le sol tel que l'ont foulé , il y a dix-sept siècles , les saints et les martyrs ; là je contemplai des trésors chrétiens et artistiques que nul ne sera jamais tenté d'enlever pour les porter à la lumière du jour. Qui pourra jamais aborder ces demeures souterraines sans un sentiment de terreur, de respect et d admiration pour la justice et la puissance des jugements de Dieu, sans un cri d'étonnement en face de cet âge d'or de la charité , de ces temps héroïques de la foi, qui virent s'accomplir

tant de meneilles? « Sors de la ville par la voie appienne, dit une fiancée, une sainte et illustre vierge à celui que le monde païen voulait lui donner pour époux. Marche jusqu'à la troisième pierre milliaire ; là, tu trouveras des pauvres qui te demanderont l'aumône ; ils sont les dépositaires de mon secret. Tu leur diras : Cécile m'envoie vers vous.... » Cette foule de pauvres méprisés et abandonnés et qui se sentait si doucement et si puissamment attirée vers les premiers chrétiens, n'est plus là aujourd'hui ; elle a sa place dans Rome. Us avaient compris que so^us cette terre sanglante, païenne et impie, se préparait la véritable cité, la sainte régénération de l'homme; et , dans leur reconnaissance , ils venaient au secours de ces nouveaux frères si cruellement pourchassés et si injustement anéantis. Hélas I aujourd'hui on les dépouille partout de leur droit de cité. Suivons, à l'exemple de Valérien, cette voie appienne si riche en souvenirs chrétiens qu'on ne saurait y faire un pas sans se trouver face à face avec une des gloires du berceau de l'Eglise. Après avoir franchi les ruines qui enveloppent la tour de Néron, dépassé l'amphithéâtre de Caracalla, la fontaine Egérie , je me dirigeai vers le couvent de Saint- Sébastien; et là, du haut de la terrasse, je jouis un instant de la vue la plus étendue, la plus variée, la plus ravissante qui se puisse rencontrer en Italie. Le soleil avait déjà dépassé le milieu de sa course, et ses feux inondaient de couleur d'or et de pourpre les ruines qui couvrent la plaine. J'avais sous les yeux un de ces spectacles éblouissants de la nature, dont rien ne peut effacer le souvenir. Les bandes de Romulus et les hordes d'Attila avaient jadis animé ce tableau, et ma pensée, excitée par mon imagination, me représentait ces solitudes encore vivantes et peuplées. MaiB ce que ces lieux, si chers à l'histoire et aux arts, avaient de beaucoup plus précieux pour moi, était enfoui et caché dans les entrailles de la terre. Je m'arrachai donc bien vite au charme de cet émouvant tableau, et, yne torche à la

main, en compagnie de quelques prêtres et religieux, je descendis dans ce palais de la mort.

Ici tout devient sérieux; l'esprit et la pensée se recueillent, et sans aucun secours de l'imagination, les regards franchissent les siècles pour contempler ce monde qui est autour de soi, tel qu'il était aux jours de Cécile et d'Urbain. Je crois entendre les pas de saint Jérôme, descendant, il y a quinze siècles, dans cette même demeure, par cet étroit et noir chemin que je descends moi-mêmç, et aujourd'hui encore je ne trouve point de parole plus vraie que la sienne pour rendre mes impressions, qui, je le crois et l'affirme sans hésitation, sont et doivent être aussi les émotions de tout chrétien pénétrant dans ces lieux. <l Quand j'étais à Rome, encore enfant, nous dit-il, et occupé de mes études littéraires, j'avais contracté, avec d'autres jeunes gens de mon âge, l'habitude de visiter, tous les dimanches, les tombeaux des apôtres et des martyrs. Souvent nous abordions sur le même chemin, ces cryptes creusées et ouvertes à' droite et à gauche au sein de la terre, dans un dédale d'innombrables sentiers qui se croisent en tous sens et qu'on y a taillés pour recevoir la dépouille des morts. Il règne partout dans ces lieux une obscurité si profonde qu*on serait tenté d'y reconnaître l'accomplissement de cette parole du Prophète : a: Et que vivants ils descendent dans les enfers/ > Ce n'est que bien rarement qu'un peu de jour, pénétrant par des ouvertures laissées à la surface du sol, qui sont moins des fenêtres que des trous, adoucit l'horreur de ces ténèbres profondes. A mesure qu'on s'y enfonce, en marchant pas à pas comme si on rampait sur la terre et on est saisi par cette pensée de Virgile :

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