CHAPITRE LXXIII
Accusations contre le gouvernement des prêtres, — Ee Pape aux Gémonies, — Le banc des évèqnes à Londres. — La sécularisation. — Travaux des papes à Avignon. — Où est Pinfaillibilité. — La monarchie et le gouvernement constitutionnel. — Le rêve de TUalie. — La demeure des papes. — Urbain V et Pétrarque. — L'église du guà vadis ? — La victoire du Lion de Juda.
On dit encore avec une certaine emphase: a: Le gouvernement des prêtres fait prendre le ciel en horreur; il subordonne l'avenir de la religion à celui du pouvoir temporel... » On sait bien qui sont ceux qui se laissent prendre â cette épouvante , à cette horreur , et pour quelles causes. Sans doute une imperfection dans un prêtre devient une chose grave. Mais pourquoi un homme, dès qu'il a la probité, la capacité, l'intelligence, serait- il indigne de commander? Vous craignez que ce soin ne porte préjudice à sa sainte mission? Tant de sollicitude mérite bien quelque éloge. Mais quand a-t-on vu le pouvoir spirituel sacrifier le dogme au pouvoir, aux intérêts temporels ?
Tout cathohque porte dans son cœur une confiance sans réserve aux promesses faites par Dieu à son Eglise. Le Pape fût-il, comme saint Urbain, enfermé dans les catacombes; comme d'autres pontifes, envoyé aux Slabulaires ou aux Gémonies; fût-il comme saint Clément, condamné aux rudes travaux des carrières du pont Euxin ;
Tavenir de la religion n'aurait que des triomphes à recueillir dans cette inique et suprême ingratitude. Sous Maxence, le pape Marcel, condamné à servir les bêtes féroces transportées dans son église , écrit à toutes les nations chrétiennes qu'il gouverne du fond de cette glorieuse étable et il enseigne les droits du Souverain Pontife aux évêques de la province d'Antioche. Ne dites pas pourtant , vous qui semblez surtout redouter sa gloire, que l'Eglise invoque par ostentation la palme du martyre; elle défend ses droits, avise aux abus et attend avec calme les événements. Si l'influence ecclésiastique domine, où est le grand malheur? Serait-il bon qu'il en fût autrement chez le plus catholique de tous les peuples? On dit qu'il y a à Londres un banc des évêques, et la même chose serait un scandale à Rome? Répétons encore une fois ce qui a tant été dit. Tout est loin d'avoir besoin d'être sécularisé dans Rome : le ministère de la justice compte un ecclésiastique et dix-huit laïques; le tribunal civil trois prêtres et cent seize laïques; le tribunal criminel aucun prêtre et six cent-vingt laïques; le ministère des finances trois prêtres et deux mille dixsept laïques ; celui du commerce et des travaux publics deux prêtres et cent soixante- un laïques. Les cent et , quelques ecclésiastiques qui gouvernent et administrent le domaine de l'Eglise , conjointement avec sept mille laïques, sont-ils tellement dépourvus d'intelligence et de capacité qu'il faille gémir, à la face du monde entier, sur le malheur des populations romaines et, parce qu'ils sont demeurés maîtres de l'administration, pronostiquer tant de malheurs?
Josus-Christ dit dans l'Evangile : « Cherchez d*abord le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît. » Ce qui veut dire que l'on travaille en vain à fonder des villes et des royaumes quand la loi de Dieu n'y est pas observée ; ce qui veut dire que, en dépit des eflorts de ceux qui exaltent la chair audessus de l'esprit, le commerce, les transports, l'industrie.
les ateliers, les machines ne sont pas le premier, le suprême bonheur de Thumanité. Comparez l'Italie avant l'ère de ses révolutions avec l'Angleterre au sein de ses prospérités industrielles. D'une part vous verrez des croyances solides et pures, le calme et la joie, la poésie et le culte des beaux-arts , la santé et la vie ; de l'autre , des doutes affreux, le spleen au sein de l'opulence, la misère ou révoltée ou avilie, l'abrutissement de l'homme enfoui dans la taverne ou dans la fumée des machines , l'exploitation de l'ouvrier par le capital, la santé et la vie étiolées et perdues. A-t-il donc tant de tort ce gouvernement des prêtres qui dit à l'homme: « Ces champs sont a toi ; demande-leur le pain de chaque jour et lève la tête vers le ciel qui te les a donnés. » N'oubhons pas que, pendant plus de mille ans, le gouvernement temporel de la papauté, c'est-à-dire des prêtres, a été le meilleur d^ tous parce qu'il faisait valoir devant les hommes les droits de Dieu et devant Dieu les droits de l'humanité. Cherchet-il donc autre chose aujourd'hui ce gouvernement ?^ Et si, épouvanté par les cris de l'impie et de l'homme de sang, il hésite à comprendre les exigences des peuples modernes, est-il donc si coupable? Que les ennemis de l'Eglise ne se hâtent point d'entonner leur chant de victoire! Quand même Dieu leur livrerait, pour la déchirer dans la boue, la couroane temporelle de son Pontife, ce n'est point à dire que, dans ses desseins éternels, ce règne a terminé sa mission civiHsatrice; plus il paraîtra faible aux yeux des hommes, plus il aura de puissance: cùm in/irmor^ tîinc potens sum; alors au contraire se préparent pour lui des destinées spirituelles et splendides en dehors de ces intérêts matériels, qui ont seuls aujourd'hui le pouvoir de nous impressionner? Sachons nous rassurer et au moment du danger compter sur la parole du Christ qui a dit à la pierre contre laquelle ne peuvent prévaloir les puissances de l'enfer, à celui qu'il a placé à la fête de son Eglise : a: Confirma fr a très f Rassure tes frères! i^
Voyez si ce gouvernement temporel ne sait rien faim dans l'intérêt matériel des peuples. L'exil de la papauté en France n'a été que de soixante-dix ans , et le comtat Venaissin montre encore avec orgueil les travaux d'irrigation qu'il doit à cette papauté. Sans doute le prêtre est à sa place dans son église et, au gré d'un bon nombre de mécréants, il n'en devrait même jamais sortir; mais est-il hors de propos qu'il montre quelquefois son habileté dans les choses de ce monde, surtout quand il opère pour le bien de tous et qu'il dirige tout vers Dieu ? En vain on se récrie contre l'agriculture, l'industrie et le commerce des Etats pontificaux. J'ai déjà dit , à l'occasion du Colysée, ce qu'on doit penser de ceux qui voudraient « voir des manufactures autour de Saint-Pierre et des champs de navets à la fontaine Egérie. » Le commerce et l'industrie, comme l'entendent bien des gens, est plutôt une source de maux qu'une prospérité. Ils se désolent que Rome n'ait qu'une bourse et qu'elle ne soit ouverte qu'une fois par semaine. Que de malheureux en France eussent évité le suicide, si la Bourse n'eût jamais été ouverte ni deux fois , ni une fois par semaine ?
On sacrifie, dit-on , une population romaine de 3,124,668 habitants, aux cent cinquante ou deux cents millions de catholiques du monde entier. Si cela était, il faudrait se hâter de condamner cette souveraineté temporelle, ne sacrifiât-elle que dix habitants sur un million de sujets ; mais ce qui est vrai , c'est que ce pouvoir temporel est au contraire la plus douce et la plus paternelle de toutes les autorités ; que le peuple romain en a toujours été digne par sa piété et que, le jour où les prédications révolutionnaires l'auront complètement changé, afors Dieu lui enverra, pour son châtiment, quelque maître qui ne reconnaîtra pas Jésus-Christ pour son Dieu, ni peut-être les Romains pour ses frères.
L'Eglise a donc la prétention, ajoute-t-on encore, d'être infaillible dans ses pouvoirs législatif, exéciitif, judiciaire, comme elle l'est dans l'enseignement de ses
dogmes; non assurément personne ne l'a dit , et on le sait bien. Elle a seulement trouvé bon jusqu'ici qu'il y eût au monde , sous la houlette de son premier pasteur , un peuple, jadis le moins opprimé de tous, assez libre dans sa foi pour n'avoir pas besoin d'autorisation ou de permission pour prier, croire, faire l'aumône et pratiquer les maximes de l'Evangile ; un peuple assez honoré par sa foi, j)our que cette croyance devînt, même dans la société civile qui souffre ailleurs bien d'autres anomalies, la loi première, la loi suprême; pour que ses institutions religieuses, eussent-elles protégé Mortara dans les droits de sainteté et de liberté que lui a donnés son baptême, fussent toujours au premier rang ; un peuple heureux des fruits modestes de son travail et de l'agriculture; un peuple modèle de tous les autres peuples, chez qui la loi de Dieu fût la première de toutes les justices , la première de toutes les lois. Malheur à ce peuple quand il descendra de ce haut rang de bonheur et de gloire , quand il dira aussi, comme le disaient à Samuel les enfants d'Israël rachetés de la servitude: a: Donnez-nous donc un roi comme en ont toutes les autres nations. »
En pénétrant jusqu'au nœud fatal de cette question, demandons-nous si le Pape pourra jamais vouloir la sécularisation de son gouvernement ^ c'est-à-dire se rési* gner à régner sans gouverner. N'est-ce pas demander si le Pape pourra , nouveau Moïse au milieu d'enfants révoltés, demeurer roi au miheu d'un peuple que tout s'efforcera de rendre athée? A cette heure que toutes les formes de gouvernement tendent plus ou moins à se fondre dans le moule constitutionnel , on comprend qu'un souverain quelconque, gratifié d'une large liste civile , entouré d'honneurs et de respects , se contente de son inviolabihté , laisse faire les lois et propose de temps à autre à ses sujets de se retirer, si cela peut leur faire plaisir. Mais le chef de l'Eghse, le père de tous les fidèles, celui à qui les intérêts du ciel sont plus chers
que les intérêts de ce monde, ponrra-t-il ainsi en prendre son parti en face d'une assemblée mécréante, peut-être sacrilège? Que sortira-t-il d'un si redoutable conflit? Prélendez-vous qu'il sera toujours le maître? Et si la constitution est inviolable, pourquoi des chambres, pourquoi changer ce qui est? Voulez-vous remplacer ce qui a été stable comme le roc par ce qui est changeant comme les flots? N'est-ce pas placer un maître impuissant au milieu d'éléments furieux et en désordre? Il est plus que téméraire de compter à l'avance sur l'inaltérable harmonie des pouvoirs, quand l'expérience a démontré si bien chez nous qu'il n'y a qu'un seul moyen de les mettre d'accord? Toutes ces questions se pressent en foule dans la conscience des chrétiens et les difficultés de leur solution tiennent le monde catholique dans l'inquiétude et l'agitation.
Ah ! si l'Italie, au lieu d'être un foyer de révolutions toujoui^s prêtes à lancer sur l'Europe quelque assassin ou quelque germe de discorde, devenait une nation chrétienne et valeureuse; si elle aspirait à la noble mission de porter partout l'amour de la vérité, et de la justice ; si elle voulait défendre elle-même ce Pontife, ce vieillard, son honneur et sa couronne, oh! alors Dieu laisserait peut-être tomber sur ce monde si agité un regard de miséricorde , et les nations qu'il a faites guérissables retrouveraient encore le bonheur et la vie !
Ce jour-là, l'Italie inscrite au rang des premières nations, puissante par ses mers et par ses montagnes, glorieuse par les arts, heureuse par son climat, respectée dans le monde entier par les égards et par la vénération filiale dont elle ferait une couronne au Pontife suprême, l'Italie régénérée se trouverait encore une fois à la tête du mouvement civilisateur des peuples. Rome, eût-elle eu à souffrir dans sa couronne temporelle, serait encore et plus que jamais la gloire et le salut de l'humanité. Une charte politique, constitution vraiment chrétienne, modèle de civilisation et de liberté, placée comme un
pbare sur la coupole de la chaire de saint Pierre pour lancer de là sur le monde sa lumière douce et bienfaisante, serait en même temps le trésor de l'Italie et la sauvegarde de toutes les nations chrétiennes. Chaque puissance catholique tiendrait à honneur d'envoyer autour du Vatican un de ses bataillons privilégiés, les plus braves, pour garder et honorer la tiare ou triple couronne de celui qui est à la fois le père^ le roi et le pontife de tous les peuples. Une liste civile fondée , comme jadis le denier de saint Pierre, non pas sur les ressources d'im peuple, mais sur l'obole et l'amour de tous, les catholiques de la terre, serait en même temps une source de. prospérité pour Rome et pour sa foi, pour ses monuments et ses besoins religieux , pour ses institutions, pour ses croyances, pour sa charité, pour l'hospitalité que chacun aurait le droit de venir demander à la ville sainte et éternelle. Alors et on pourrait cette fois le dire en toute vérité, le père commun des fidèles, élevé dans une sphère inaccessible aux passions des hommes, n'aurait plus qu'à prier et à. bénir. Est-ce donc un crime d'avoir rêvé un si beau jour?....
Quand Clément VIII dont la sensibilité s'épanchait si facilement en larmes abondantes, vit arriver l'heure de l'échafaud et de la mort pour Béatrix Cenci et ses com-^ plices, il prit la fuite de Rome pour échapper au danger d'une fausse pitié et bénir de loin les coupables. A cette distance, et ainsi qu'il l'avait voulu, trois coups de canon lui apprirent que le glaive de la justice allait, frapper; il étendit les mains, pria pour ceux qui allaient mourir, et tomba lui-même privé de sentiment. Assurément ni les honneurs, ni la beauté, ni les richesses ne pouvaient absoudre des parricides aussi coupables, et celui qui est sur la terre l'image de la justice n/e pouvait point, comme roi, pardonner un tel crjme; mais qui ne bénira d'avance l'heure où le glaive de la justice des hommes n'aura plus d'ordres à attendre du Vatican que pour rentrer dans le fourreau !
Qui peut prévoir à cette heure les maux et les tempêtes accumulés en- germe dans cette agitation de l'Italie?... En somme, je quittai la ville éternelle en emportant la conviction que son peuple était loin d'être malheureux comme on le crie par-dessus les toîls. Il a des allures ouvertes, franches, vives qui ne sont pas un signe de grande infortune. La Seine et la Tamise ont des prolétaires d'une tout autre figuré. Ce peuple paraît comprendre que ceux qui en veulent à son souverain, qui lui prêchent le mécontentement, n'ont d'autre but que le renversement du Siège pontifical , et le romain tient plus à ce roi qu'on ne pense ; le renversement de cette royauté de Rome serait suivi de celui de bien d'autres trônes beaucoup moins aimés de leurs sujets. Le peuple romain m'a paru se méfier un peu de la tendresse de ceux qui le plaignent et le proclament en seiTitude, parce qu'il ne peut pas et ne veut pas s'enfumer dans quelque manufacture, verser son sang sur un champ de bataille, s'atteler le dimanche à de lourds fardeaux, gagner son pain dîïn s quelque atelier où, pauvre hère en tutelle, il servira un maître hautain qui lui fera payer cher son goût nouveau pour l'industrie, 11 paraît même, sous les dehors de ce défaut qu'on appelle sa paresse et qui peut bien n'être qu'un vague sentiment de sa dignité, se considérer comme peuple-roi, bien plus encore aujourd'hui que du temps de ses consuls. Il faut bien passer quelque chose en effet à un peuple qui a tant et de si beaux souvenirs dans l'histoire du monde. Il vit un peu de sa gloire.
Il n'est pas jusqu'aux mendiants qui ne s'imaginent participer en quelque chose à celle royauté d'aujourd'hui et d'autrefois. Le mendiant n'est pas ici mis à Vindex, comme les mauvais livres , et Rome ne connaît d'autre (axe des pauvres, d'autre paupérisme, que la loi première et divine de la charité, celle qui ordonne, au nom de Dieu, à celui qui possède de donner à celui qui n'a pas. N'est-il pas à regretter qu'il n'en soit pas encore ainsi
vient que, à Rome, le mendiant traite Hre d'égal à égal avec celui qui lui ne pus m'empêcher de rire de bon i une scène dont je fus témoin en plein les environs de l'hôtel de la Minerve ^ où >us les étrangers. Un mendiant Uvait demandé xic à un étranger, qui la lui avait refusée. Quelques . jits après ce refus, l'étranger se ravisant crut avoir .ouvé une excellente occasion de réparer son torj, en faisant gagner quelques baïoques à ce. malheureux. Il lui demanda de porter une lettre à la posté. Le mendiant le regardant avec indignation l'apostropha en ces termes: « Comment! il n'y a qu'un instant que vous m'avez refusé l'aumône, et maintenant vous me demandez de porter votre lettre!... » L'ombre des vieux Romains a dû en tressaillir.
Il est remarquable avec quelle impudeur, en face de cette a^tation de l'Italie, certains esprits' ont osé chercher une demeure convenable aux papes des âges futurs, les reléguant, à l'aide d'un vieux souvenir, dans les ruines d'Avignon ou, inspirés par leur haine anticatholique, chez les fanatiques de Jérusalem, peut-être chez les Druses du Liban. Non, le pontife de Rome n'abandonnera pas l'héritage des siècles, le trône de ses illustres prédécesseurs , la couronne que lui ont faite les âges chrétiens. Où irait donc s'exiler ce noble pouvoir contre lequel se sont conjurés tant d'ennemis? Rome pourra-t-elle jamais consentir à se dépouiller elle-même de sa plus grande gloire ?
Laisseras-tu, ô Rome, toi la Reine du monde et la couronne de l'Italie, laisseras-tu tomber à tes pieds ce diadème dont l'éclat qui vient du Christ efface ta première splendeur païenne , fait oublier les premiers exploits tant célébrés dans l'histoire des peuples et dans celle des arts? A quel maître nouveau oseras-tu prostituer tes hommages? Il n'y a que le ciel au-dessus de toi. Quel est le roi dont le pied osera franchir tes
montagnes? Garde, garde dans ton sein celui dont Tan^our attire \evs toi tous les peuples de la terre; crains le mépris inévitable de ceux-là même qui te conseillent aujourd'hui de déposer ta couronne, d'effacer toi-même ta propre gloire. Rappelle-toi ce que Pétrarque, une des gloires de l'Italie, écrivait à Urbain V caché au fond de la Provence, tandis que, non pas donnée à un autre maître, mais seulement privée de ton roi, tu gémissais de cet exil, lorsque tes plus beaux monuments se changeaient en ruines et que tes enfants doutaient de tes destinées, a Que répondrez-vous à saint Pierre, lui écrivait ce poète, ce génie à la fois italien et catholique, quand il vous demandera de quel lieu vous arrivez, en quel état vous avez laissé son saiiit temple, son tombeau, son peuple; quand il vous reprochera d'avoir sans motif préféré les rives du Rhône aux lieux qu'il a consacrfe par sa présence et par son martyre? Demandez-vous aussi. Père très-saint, si vous aimez mieux ressusciter avec les citoyens d'Avignon qu^en compagnie des saints apôtres Pierre et Paul, des saints martyrs Etienne et Laurent, des saints confesseurs Sylvestre, Grégoire et Jérôme, des vierges saintes Agnès et Cécile. »
On rencontre dans la campagne de Rome, à gauche de la voie Appienne, une petite égUse dont le nom bizarre et unique est de nature à piquer la curiosité. Elle s'appelle l'église de Quà vadis? A l'époque où la prière du Prince des Apôtres précipitait du haut des airs Simon le magicien tout sanglant sur les marches du trône de l'Empereur, et où l'orgueil féroce de Néron incendiait Rome pour en accuser les chrétiens, saint Pierre, recherché pour payer de sa vie les travaux de son apostolat, crut devoir, bien qu'il n'aspirât qu'à souffrir, céder aux instances du peuple qui le conjurait de se conserver pour l'instruire dans la foi. Quand donc la nuit est venue , saint Pierre sort de Rome pour fuir cette persécution et se met à suivre la voie Appienne. A peine y a-t-il fait quelques pas qu'il rencontre Jésus-
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Christ chargé de sa croix. « Qu'est-ce ceci? s'écrie-t-il ; Seigneur, où allez -vous? Domine, qnô vadis? Je retourne au Calvaire, lui répond le divin Maître, afin d'y être crucifié encore une fois. ^ Comprenant la pensée de son maître, Piene revint sans hésiter au-devant du martyre. Cette petite chapelle n'a d'autre destination que celle de marquer et de couvrir la trace des pas des deux interlocuteurs : elle s'appelle Quo vadis ?
Quel chemin prendrait donc pour sortir de Rome le vicaire actuel de Jésus-Christ ; quelle serait la voie sur laquelle il ne rencontrerait aussi son divin Maître l'arrêtant dans sa fuite par un tendre reproche? Est-il une rive du Tibre , une porte de Rome , une de ses collines où il puisse passer sans qu'une pensée chrétienne, une ruine, un monument ne l'arrête avec autant de puissance que ce tendre i^gard de Jésus chargé de sa croix? Placé en face de sa demeure, le tombeau de saint Pierre ne lui permettra jamais de sortir du Vatican , où le tiennent d'ailleurs enchaîné l'honneur et le souvenir de ses saints prédécesseurs, de leurs luttes , -de leurs triomphes. Du fond du Transtevère la voix de Cécile martyre et de François le crucifié lui rappelle combien il est doux et facile de mourir pour Jésus. Au mont Janicule, à Saint- Pierre in Montorio, il rencontrera le premier de ses ancêtres et de ses modèles , le premier des Pontifes et des Apôtres, attaché aussi à la croix; son pied y heurtera les ruines du siège et le tombeau des enfants de la France toujours prête à tirer son épée pour la cause de l'Église ; aux Thermes de Titus , il retrouvera ces liens prédits par Jésus à son disciple et cette chaîne miraculeusement soudée en présence de l'impératrice Eudoxie... Comment donc ne tiendrait-il pas à honneur d'être aussi enchaîné pour le Christ? Au Colysée, le sang et la voix des martyrs le supplieront de ne pas abandonner à de nouveaux barbares le théâtre de leur foi, de leurs combats. « Ne tradas bestiis animas coU" fitentes tibi. > Comment aurait-il le courage de laisser
*-:: d'LJl: .'S n.L-r.s ç^r V.^ ^ieIl^les les reliques du mont E^> : . j'> '. ' .t'^ liC îa Crv.he. la couronne de Jésus? \jr^ i: -•> jj LciriL pLrv.rJent plus haut que la voix à> Vr^vî ij.iz^^^.L', V^* i;-m* dumabunt. Ira-t-il s'eniu^T â L'-i^crî' j.^ iKa.^ el It^s rues de sa capitale et pjLfv.r yr^s r-j -ri^ ô-^t^ l>us les monuments créés pir le ^'! lie o-.-- :i:»esT S.n f»eujJe lui-même lui feru-'-i^il ie pîssLjTr, i::Mne une année abandonnée par s^n cL-f et ^.n :••]. L'Italie tout entière frémirait en ç« i:>:î:jt Cr;» ulw^e de son antique gloire. Et d'où lui virL«:irv:il d.::c uiie telle frayeur*? Les nations catho- Ljues ont-rlies r'->.iu de Tabandonner à une nouvelle jkers-'vulioTit La Fr^nc^ su:1oul, elle qui a tant fait p.'ur la Papauté, tlîe d.iil les soldais vainqueurs se sont, depuis uii ans, agenouillés comme des enfants à la fvis terribles et pieux sur la place du Vatican, devant la l>^nê«ii'ticn et les laimes de Pie IX; la France, qui a dL'niié le plus pur de son sanii pour les victoires du liun de Juda, puur le triomphe du Christ, pourra-telle jamais s'oublier et se mentir à elle-même jusqu'à trahir et abandonner Rome, la Mère de toutes les Eglises, la Keiue de tous les peuples? Non, jamais. Le granit de Néron est là sous les fenêtres du Vatican et sous les yeux de nos soldats, pour redire à tous les pontifes et à la France surtout ce magnifique chant de triomphe, plus vrai que celui du vainqueur montant jadis au Capitole: c Christus vincit; CUristus imperat; Christus régnât! Le règne du Christ ne finira qu'avec la vie du monde. >