‹ Constantinople, Jerusalem et RomeChapitre 40 sur 63 · Ui^.ii-ft itc liîr fîuii-fiiiif of- iL Tranct ^ de · texte numérisé non relu

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iaH une dangereuse illusion . en cherchant ailleurs des moyens de salut.

Telle était donc l'espérance que je trouvai déposée au fond de mon cœur en mettant le pied sur le sol de ma patrie, espérance que je méditai longtemps et que je livre aujourd'hui à mes lecteurs en toute sincérité, espérance que les événements semblent depuis ce moment justifier tous les jours.

Une fois sur le sol de la France, il ne me restait plus qu'à regagner mes foyers pour y goûter en paix les fruits abondants que m'avait procurés une telle odyssée. L'hirondelle ne court pas avec plus de joie retrouver les lieux, quittés un instant, dans lesquels elle a connu le bonheur et donné le jour à sa petite famille. Je revis, avec une joie que je ne connaissais point jusque-là, puisque je ne les avais jamais quittés, les cités, les fleuves, les montagnes, tout ce que j'avais connu et aimé. Chacune de ces choses semblait, comme un vieil ami, m'appeler et me sourire ; les chemins, si' différents des solitudes de l'Orient, n'avaient point de transports assez rapides; et si parfois la tour du village, où se sont doucement passées les heures de l'enfance, parle avec tant d'éloquence au cœur de l'exilé, je ne saurais redire la joie que me fît éprouver la vue de mon clocher bienaimé, de notre belle cathédrale de Metz, dont on voudra bien me pardonner de dire un mot en prenant congé du lecteur qui aura bien voulu me suivre jusqu'à ma rentrée dans mes foyers.

Il est peu d'édifices chrétiens aussi recommandables par l'antiquité , par le goût et par l'élégance, que la cathédrale de Metz , et il en est peu qui soit autant dédaigné, oublié. Des ruines fumantes de la cité messine, après le passage d'Attila, sortait un précieux et modeste oratoire échappé seul à l'incendie : c'était la chapelle la plus ancienne du pays , élevée en l'honneur de saint Etienne , le premier des martyrs. C'est sur cet emplacement que, bien avant le neuvième siècle, les évoques .

de Metz commencèrent cet édifice dont je ne inrétends point retracer l'histoire, mais dont je reux signaler la noblesse antique et Télégante stracture. Déjà j'ai parié de Charlemdgne assistant aux oflfiees du diœur dams cette antique basilique. Il y a quelques années, le ohnistre d*un roi d'Allemagne , bien connu par son cidte pour les beaux-^arts et qui a ressuscité les grandes merveilles d'Athènes dans sa capitale européaine, visitait, guidé par M. le comte Malher, préfet de la Moselle, notre belle cathédrale ; à peine y fut-il entré qu'il s'écria dans un grand enthousiasme: c 0 le magnifique momiment! Gomment se fait-il qu'on n'en ait jamais entendu parler? Le roi mon maître ne peut pas mourir avant d'être venu ici. S'il possédait un tel trésor, il eût déjà dépensé des millions pour le tirer de cet état de pauvreté: >

Ce monument , achevé depuis trois siècles seulement et auquel le dernier siècle prescrivit une parure au godt du jour , n'a plus aucune ressource d'existeace. Uniquement consacré au chapitre de Saint-Étienne et aux cérémonies générales du culte, il n'a même point les modestes revenus dont jouit* une simple fabrique de paroisse. De là le dénûment et l'apparence de Bmère qui éveille dans l'âme du visiteur un sentiment de pitié en même temps qu'une respectueuse admiration pour une telle architecture. Ainsi que je l'ai déjà d&t à Tocoâsion de ma première visite à Saint-Pierre de Rome^ eli présence de toutes les basiliques du monde, le Messin peut garder le souvenir de sa cathédrale , essayer une comparaison qui n'est pas toujours à son désavantage, et en la revoyant à son retour , il la salue eomme bien digne encore de garder une place dans son admiratidù et dans son cœur. Pour moi, je la retrouvai avec bonheur et, en la comparant à tout ce que j'avais -vu en Orient et en Italie, je lui reconnus plusieurs caractères ou titres de noblesse que je n'avais pas, tant est fâcheuse l'habitude de voir les choses, suffisamment étudiés jus^quC'-là et que je me pl^ûs à constater ici.

Comme on le devine déjà par ce que j'ai dit, il est peu d'église en état de soutenir la comparaison avec Saint-Pierre de Rome. Dans ce chef-d'œuvre, les hardiesses du génie se sont associées aux ressources de l'art avec un tel bonheur que Tceil , satisfait des proportions qu'il contemple, a besoin d'appeler la raison à son seccmrs pour comprendre les beautés d une telle œuvre. La cathédrale de Metz se distingue de Saint-Pierre de Rome par une hardiesse d'un autre genre non moins merveilleuse. Construite dans d'autres proportions , elle

{larsrft s'élancer dans les airs avec bien plus d'audace; a voûte de sa nef, suspendue sur la tête du visiteur, ressemble à une nuée que des faisceaux de colonnes rattachent à la terre, comme pour la retenir et l'empêcher de s'élever encore ; en dehors de ces liens l'œil cherche et aperçoit à peine l'apparence de quelque autre structure. Dlmmenses vitraux, à peine soutenus par des meneaux et des trèfles presque invisibles, l'inondent de lumière et lui donnent une transparence aérienne qui frappe d'étonnement. Les architectes admirent à Tune de ses extrémités une clef de voûte suspendue comme par enchantement à une immense hauteur, et à l'antre extrémité une rosace d'un diamètre surprenant, dans laquelle le verre semble le seul soutien de l'architecture.

Quand il me fut donné de pénétrer dans la mosquée d'Omar, ma pensée se reporta vers la Jérusalem- céleste dont ce temple de la Jérusalem terrestre était pour moi l'image ; je me rappelai l'éclat biblique et mystérieux de cette épouse céleste ornée de diamants et de pierreries. Mais cnacun sait qu'en parlant ainsi je touche à une des plus grandes gloires de la cathédrale de Metz ; ses vitraux éclatants, les plus anciens que Ton connaisse, à travers cette transparence que je viens de signaler, lui donnent un charme que je n'ai retrouvé nulle part et je ne crois pas qu'une seule église au monde puisse lui disputer cette couronne brillante et enrichie des [dus

belles couleurs de Yiris des cieux. Plein d'ad^airationpour cette beauté éclatante, le peuple messin répétait toujours que le secrd; de l'art qui avait produit de telles merveilles était perdu, jusqu'au jour où Maréchal, notre savant et honorable concitoyen, vint ajouter à ces vitraux une page digne de leur renommée. Dans la branche orientale de la croix , un magnifique tableau ou galerie, contenant quelques-unes des figures des vénérables pontifes messins, descend des hauteurs de la voûte jusqu'au sol du parvis, illuminant et effaçant par son éclat toute traee d'architecture. Jamais un artiste n'est passé sans ravissement devant cette belle page de lumière, et j'en connais qui plusieurs fois le soir s'enfermèrent dans la basilique pour jouir à leur aise des doux et tran^ quilles effets de lumière que font jouer à travers ses colonnes les feux de l'astre des nuits.

A Sainte-Sophie de Constantinople j'éprouvai un ravissement que le lecteur n'a sans doute pas oublié. Plusieurs fois même, depuis mon retour , je me suis demandé si ce n'était point là le meilleur de mes sou* venirs. Ces courbes et ces coupoles arrondies, entrelacées, m'ont captivé pour toujours; un effet de ce genre me saisit aussi en entrant dans la cathédrale de Metz. Des colonnes montant vers le ciel, comme des gerbes de fusées, enlèvent à cet édifice toute forme matérielle et terrestre , ne lui laissant plus qu'une grâce élégante et aérienne qui ne tient en rien du vulgaire. On se croirait sous une voûte formée non point par d'énormes massifs de verdure, mais par les ombrelles des pins les plus gracieux et les plus élancés. Le style de ces colonnades se rattache avec une parfaite harmonie à la transparence lucide et admirable du monument.

Jamais * sans doute je ne me sentis plus porté au recueillement et à la prière que dans l'église du Sainte Sépulcre, entouré de ces éloquentes stations qui parlent si bien à l'âme de la mort d'un Dieu. Mais ce que je viens de dire de la cathédrale de Metz fera aussi

compriendre combien lainière etune douce contemplation deviennent faciles sous ces voûtes élégantes et aériennes qui appellent le chrétien au pied des autels et tiennent son àme' si heureusement captive en présence de son Dieu. Tout semble s^ réunir pour détacher la pensée de la terre et l'attirer vers le ciel , et il est peu d'âmes, même parmi les indifférents, qui n'ait ressenti- quelque chose de cette impression, de èet attrait qui appelle v^rs Dieu.

Dans cette église de Justinien, que j'ai visitée sur l'em*plajcement du temple de Salomon et qu'on appelle la Présentation, je fus surpris par l'effet grandiose et inattendu que produisit sur moi la vue des sept nefs pa^ rallèles qui composent l'intérieur de cet édifice. Mais je m^ sentais comme écrasé sons le poids et le nombre de ces colonnes. Dans la cathédrale de Metz, au contraire, l'œU et la pensée se dilatent avec facilité et bonheur dans l'espace, et son immensité fait penser à l'œuvre de la création, à ce magnifique temple que la nature a ouvert à l'Eternel. Ce qm est surtout admirable , c'est la sonorité dont elle jouit et le rare bonheur avec lequel elle prolonge et adoucit les chants et les voix qui retentissent dans son enceinte. On dirait un cantique des' cieux répété par tous les échos de la terre. Je n'ai jamais trouvé nulle part une sonorité aussi riche, aussi féconde.

En Orient, à Rome et dans l'Italie, je vis bien des sanctuaires vénérables par leur antiquité, les uns remon-^ tant jusqu'au premier jour de liberté que Constantin donna au monde , comme Saint*Jean de Latran dans la capitale chrétienne ; les autres remontant plus haut encore jusqu'aux temps de Jésus-Christ et des apôtres, comme les oratoires de Sainte-Ànne et du Carmel. Mais la cathédrale de Metz, avec son sanctuaire sauvé miraculeusement des fiireurs d'Attila , n'a rien à envier à aucune de ces églises. Elle a passé majestueusement à travers les âges, nous apportant de chaque siècle une pensée, un souvenir.

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Bégin, un de mes compatriotes » saisi comme moi: de respect et d'admiration en face d'un monument qui est la gloire du pays messin, essaya aussi un jour d'appeler l'attention et l'mtérêt sur ce chef-d'œuvre indignenaent oublié. En tête de son livre on trouve ces paroles : € Cathédrale, noble basilique, reçois mes hommages* Je suis l'un de ceux dont tu frappas les premiers regards, que tes chants et tes cloches retentissantes ont. ému. Enfant issu de ton berceau, ta physionomie gracieuse est restée gravée dans mon cœur. Mille fois je t'ai saluée à mon réveil ; plus souvent encore tu as reçu mes adieux du soir. Ta dentelure élégante, tes hautes tourelles, la splendeur de tes vitraux, se sont reproduites dans mes songes avec tout le charme qu'une imagination vive prête à ce qui l'a frappée. Puis quand l'âge est venu de prendre les choses au sérieux, quand l'esprit d'examen et d'analyse a remplacé la poésie du jeune âge, j'ai voulu te connaître et t'appréciér; j'ai senti par toi tout le sens du mot patrie ; pour un Messin la cathédrale en est le symbole. C'est la patrie qu'on cherche lorsque des hauleurs riveraines de la Moselle, l'œil avide se porte dans le vaste bassin qu'elle arrose, et s'arrête à la boule d'or qui domine la flèche de la grande église. C'est la patrie, c'est Metz la forte, Metz aux murailles antiques qu'on salue et qu'on admire, quand la pensée, fixée d'abord sur un monument majestueux, le quitte pour embrasser la cité tout entière, puis revient à lui pour la résumer. » ^

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