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par les blessures de la mort, blessures exigées par son divin amour ; quand le moment est venu où il va recevoir ce corps, le pain des anges, le pain de la vie, boire ce sang qui a été répandu pour les péchés de tous, il prononce alors avec frayeur et avec amour ces trois belles prières que l'Eglise met dans sa bouche un instant avant la sainte communion ; son cœur, rempli de foi et d'espérance, s'élance à la ^uite de Jésus vainqueur de la mort dans les régions de l'immortalité... Oh! qui dira ce qu'un tel instant fait oublier de fatigues, espérer de bonheur!
Après la messe , je voulus visiter dans tous ses détails cette église , dont l'histoire est présente à tous les peuples chrétiens et qui renferme dans son enceinte des monuments si précieux pour le monde entier. Une grande cour, ou parvis, dans laquelle on descend à l'aide de quelques marches , conduit de la ville à ce temple. Un double portail, d'un beau et sérieux caractère, y donne accès par le côté méridional. Il est dessiné en ces termes par M. l'abbé Azaïs , dont le savoir et le bon goût ne sont pas restés sans émotion en face de ce monument. Je ne saurais mieux le décrire , tout en lui laissant la responsabilité de quelques-unes de ses inductions :
« L'église du Saint-Sépulcre, dit-il, est précédée d'un parvis qui devait être primitivement un cloître; il ne reste plus rien de la basilique constantinienne bâtie par sainte Hélène, avec une rare magnificence, et où, suivant l'expression d'un auteur, l'architecture chrétienne se relevait dans sa juvénile beauté. Dévastée en 614, par Chosroës, elle tomba encore sous les coups du farouche Hackem, au commencement du onzième siècle. Le monument actuel est en grande partie l'œuvre des croisés, comme l'atteste la présence de l'ogive.
i> La façade présente une disposition très-simple : deux portes acculées, dont l'une murée, sont surmontées de deux fenêtres et séparées d'elles par une architrave ornée de feuillages délicatement ouvragés. Les ailes des
poites sont flanquées de trois colonnes qui supportent des voussures dont l'arc se brise en ogive. Le tympan a perdu les riches mosaïques qui le décoraient. Sur le linteau qui sépare les portes court une frise d'un travail merveilleux ; des chapiteaux admirablement fouillés s'é« panouissent sur des fûts de cipolin ou de vert antique. Les deux baies qui surmontent cet ensemble gracieux et sévère à la fais, forment la répétition de l'étage infé* rieur, avec cette différence que l'ogive est à peine accusée. Le faîte de la fs^de présente un entablement peu sail<* lant orné de denticules , qui court horizontalement d'un oôté de la place à l'autre; il s'arrête à gauche du spectateur contre les pans d'un énorme clocher dont les baies ogivales et les contre-<forts à amortissement trèsprononcé révèlent la même époque que la façade. Il a été découronné par les musulmans , qui ne permettent pas aux chrétiens de Syrie l'usage des cloches...
9 A droite , et faisant saillie sur la place^ est un petit monument carré à baies ogivales et surmonté d'un dôme, c'est la chapelle de Notre-Dame-des-Douleurs. Elle forme un étage intermédiaire entre le sol de la place et le niveau du Calvaire, dont elle était autrefois le vestibule. Le nom qu'elle porte va bien à côté du Golgotha. C'est .surtout dans l'église du Saint-Sépulcre qu'on voit l'heureuse fusion des éléments qui ont donné naissance au style roman ; l'Orient s'y rencontre à côté de l'Occident, les ornements grecs et arabes à côté du roman , le cintre simultanément avec l'ogive. C'est un style de transition qui commence à se faire jour et qui bientôt s'épanouira dans toute sa richesse, »
L'imagination est étonnée de la quantité de lieux sacrés et de choses précieuses que la piété de sainte Hélène et celle des âges qui l'ont suivie a su renfermer dans ce précieux temple. Pour n'y point mettre de confusion, je vais les indiquer dans l'ordre successif de ma visite.
Si cette église ne renfermait que la grande coupole,
si elle n'abritait que le Saint*Sépulcre et le splendide chœur des Grecs qui est en face, elle aurait une forme parfaitement régulière et qu'on retrouve souvent dans l'architecture du monde chrétien. Mais les adjonctions successives du Calvaire, de la chapelle de l'Apparition de Jésus à sa sainte Mère , de la nef des sept arches de la Vierge, du sanctuaire de sainte Hélène et de l'Invention de la sainte Croix, y compris les couvents et chapelles des Latins, des Cophtes, des Grecs et des Arméniens, lui ont donné une figure étrange ou extraordinaire, comprise à peine de celui qui l'a visitée, et qui devient un vrai problème pour celui qui en entend parler.
En dépassant le seuil de la porte d'entrée , on trouve à gauche, assis ou couchés sur un divan, quatre ou cinq Turcs, gardiens de cette grande église, occupés à fumer, causer et boire leur café. Jusqu'ici on n'a pu obtenir que ce poste, dont la tenue et les habitudes contrastent si fort avec la sainteté du lieu et le respect des pèlerins catholiques, fût établi en dehors de l'église.
On sait que, après la conquête de Jérusalem, Saladin, entré dans ce temple et pressé fortement d'y faire sa prière, s'y refusa et sortit pour jirier à quelques pas de là, au lieu même où un minaret et une petite mosquée existent encore aujourd'hui. Ce grand conquérant, si généreux en apparence et qui pourtant songeait aux intérêts des siens, savait bien que, s'il faisait là-^sa prière, le lieu où il se serait agenouillé serait sans pitié et pour toujours fermé à toutes les nations chrétiennes. Aussi il s'y refusa, au grand scandale des fanatiques, et l'église du Saint-Sépulcre resta ouverte aux nations chrétiennes. Aujourd'hui les descendants de Saladin et de Mahomet se consolent de cet échec en rançonnant les chrétiens qui demandent la faveur d'y pénétrer et d'y prier. Ce qui n'empêchera pas les plus fanatiques d'entre eux, l'occasion une fois venue, de trouver dans le sang des chrétiens une obole plus agréable à leur prophète. Il faut bien se consoler en pensant que si les
Grecs eussent été chargés de ce soin, aucun pèlerin catholique n'y entrerait aujourd'hui.
A droite et en face de ce divan se trouve le rocher du Calvaire. Les divers travaux exécutés dans cette église ont laissé à ce rocher une hauteur d'environ six mètres au-dessus du pavé oîi repose le Saint-Sépulcre.
Le temple et les autels élevés aux dieux de l'impureté par les païens, dès le second siècle ; les démolitions ordonnées par sainte Hélène, au commencement du quatrième ; les constructions des croisés et les rumes accumulées par les mahométans, ont dû rehausser le sol et par conséquent abaisser, peut-être encore de six mètres, la hauteur primitive du rocher (1). Du côté occidental du Calvaire, on arrivait à ce rocher du Golgotha par une pente assez douce ; mais vers le nord-est le roc était à pic et en vue de tous. *
On montait autrefois au Calvaire actuel par deux escaliers dont l'un a été supprimé ; l'autre, composé de dix-huit degrés , se trouve au nord-ouest du rocher , à côté de la pierre d'onction. Parvenu en haut de ces degrés, on se trouve sur une plate-forme d'une longueur de douze mètres , de l'est à l'ouest, sur huit mètres de largeur. Au midi se trouve Fautel de la Crucifixion , à l'endroit même où Jésus fut attaché à la croix. Une pierre étendue à la surface du sol indique le lieu du crucifiement. Cet autel , qui appartient aux Latins , est d'une bien grande pauvreté : un vieux tableau , qui représente la scène déchirante du crucifiement, en fait toute la décoration, tout l'ornement. Ici, comme à l'autel de l'Annonciation, à Nazareth, je me demandai avec tristesse comment la France, qui trouve toujours des peintres pour immortaliser le nom de ses batailles et qui produit dans son sein tant d'artistes chrétiens, n'a pas un tableau à envoyer à chacun de ces sanctuaires
(1) Des foailles récentes et parvenaesjusqu^aa véritable sol donnent en effet à oe rocher da Calvaire one élévation de doue mètres.
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