CHAPITRE XLII
L^autel é9 la pltnlatioii de la Croix. ^- Ce qai reste des droits^ des rellf ie«x Utios. — Le roc Tendu. — Scandale donné par les sehismatiques le jour du Vendredi-SainU *~^ Slabat Mater. — Le rocher fendu. — La chapelle de Notre- Dame-des-DouIeurs. — ^ Encore une fois le tableau ! -* La pierre de TOnction. — La chapelle des Grecs. -^ Le centre du monde. — Projets coupables des 6re<» aidés par rincenéte et par l'iD^lidatîoil. ^ La grande coupole et la victoire de la France.
 quelques pas de l'autel du Crucifiement et vers le nord du rocher , les Grecs possèdent un autel élevé au lieu même où la croix fut plantée. Cet autel est fort simple et se compose de quatre piliers ou montants, sur lesquels repose une table de bois, légère et mobile, afim que , dans les solennités et processions du vendredi de la Semaine -Sainte, on puisse facilement l'enlever et planter la croix que portent lés catholiques à cette {procession. C'est le seul droit qui reste aux religieux latins en ce lieu.
A cet effet, les Grecs ont pratiqué, au*dessous de cet autel et au lieu même où se trouvait la croix de Jésus- Christ, uil trou qu'ils ont revêtu à l'intérieur d'un cercle d'argent* Ces ' sehismatiques , au génie destructeur, ont enlevé la partie du rocher où la croix fut plantée , et l'ont envoyée à Constantinople. Mais cette roche pré-» cieuse, qui avait été arrosée du sang de Jésus , ne fut
point eiposée à cette nourelle et indigne profanatiofi : une tempête Tengloutit ainsi que le vaisseau qui la portait Ces fils de Photius ne se contentèrent pas de nou» avoNT enlevé la possession du lieu saint où s'accomplit la Rédemption de lliumanité; ils vendirent cette pierre trois fois sainte pour prix de» concessions qui leur étaient fûtes. Ce n'est point tout encore : aujourd'hui ils font tout leur possible pour nous ravir le faible droit qui nous reste de passer en ce lieu et de nous y arrêter , une seule fois par année , le jour du Yendredi-Saint ; en sorte que, si nous comparons ce qui se passe aujourd'hui avec les scènes sanglantes racontées par Guillaume de Tjr, le scandale a été et est encore permanent dans le lieu saint.
Le moyen qu^rls emploient mérite d'être connu : il révèle le caractère et Fastuce de ces enfants séparés de l'Eglise et révoltés contre sa sainte et auguste maternité. Us ne contestent pas aux catholiques l'unique et bien pauvre droit qui leur reste de poser et de planter dans ce trou la croix qu'ils portent sur le Calvaire, en ce jour de douloureuse solennité ;. mais ils leur redisent absolument de toucher à quoi que ce soit de leur mobilier. Ils couvrent donc en ce jour la table qui leur sert d'autel d'un de leurs plus riches tapis , et refusent de l'enlever lorsque le moment est venu de le faire. -
Un joury au moment où la procession des Franciscains venait planter en ce même Ueu , pendant la cérémonie^ la croix du Vendredi-Saint, les popes grecs, qui s'étaient préparés à un scandale , refusèrent nettement de rien déranger à l'ameublement de l'autel. Deux religieux franciscains ayant touché, avec tous les égards possibles, au tapis de l'autel pour le rejdier un instant, sauf à le replacer la procession une fois terminée, tombèrent percés de poignards , et une affreuse mêlée s'ensuivit, dans laquelle plusieurs autres personnes furent mortellement blessées, la cérémonie et la procession interrompues. Aussi à pareil jour, en 1855, un an avant
mon arrivée, des désordres ayant fait craindre un scandale de ce genre, le pacha, le même qui commande encore aujourd'hui à Jérusalem et dont je parlerai plus tard, prit d'énergiques précautions pour en empêcher le retour. Il vint en personne, accompagné de quelquesuns de ses officiers, suivre la procession des religieux, et lorsqu'on fut parvenu à l'autel dont je parle et qu'il vit les Grecs refuser de toucher à leur tapis , il le saisit lui-même de sa propre main et l'enleva aux yeux des schismatiques terrifiés. Combien de temps durera la liberté que cette leçon nous a rendue? Le monde catholique n'apprendra-t-il pas avec étonnement , sinon avec épouvante, le scandale et le déshonneur qui afflige ainsi, dans un jour aussi solennel , le lieu trois fois saint où Dieu expira pour l'amour et le salut de l'humanité ; voudra-t-il laisser continuer l'injure qui déshonore d'une manière permanente le rocher qui reçut son sang divin,, l'autel où la sainte Victime s'écria: « Tout est consommé ! >
A deux mètres environ en avant de ce trou,, du côté du sud-ouest, on montre sur le roc , en face de la croix qui y est plantée , la place où se tenait debout , abîmée dans sa sainte douleur, le visage- et le regard attachés sur les yeux de son divin Fils, Mari«, cet océan d'amertume, ce trésor de grâces, que Jésus mourant légua à notre amour, quand il nous dit cette dernière parole : c Enfant , voilà votre Mère ! » Scène auguste et lamentable que l'Église ne saurait oublier , quand elle chante la prose : « Stabat mater » , qui rappelle cette suprême agonie.
Au pied de cette croix , mais du côté de la chapelle du crucifiement, on voit dans le rocher une fente longue et large qui se prolonge dans l'abîme jusqu'au pied du Calvaire, et que recouvre, à sa partie supérieure, une lame mobile de métal. J'ai dit, dans mon livre du Calvaire, ce qu'inspire à la piété des fidèles là vue de ce puissant et permanent effet du tremblement de terre dont parlent les Evangélistes (Matlh. xxvii, 51). La mort
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et le sang d'un Dieu ont ébranlé et fendu les rochers j ce déicide a trouvé des cœurs plus durs. Et pourtant il est arrivé plus d'une fois que la vue de ce rocher fendu a produit sur les résistances de quelques incrédules une impression plus forte que la lecture des miracles de Jésus. Gomme le rocher luf-même^ ils ont été ébranlés^ en voyant, ainsi que le dit l'un d'entre eux, € en dehors de toutes les conditions naturelles, cette fente dont les deux côtés s'adaptent parfaitement l'un à l'autre, et font cependant des circuits tellement compUqués qu'il serait impossible à l'art de les contrefaire et d*y parvenir aii^ moyen d'aucun instrument, y
Nous ne quitterons pas le Calvaire sans parler de cette chapelle que les Latins ont bâtie à la même hauteur que la plate-forme de ce rocher , mais qui est en dehors de l'église du Saint-Sépulcre. On y parvient par un escalier dent le pied repose dans la cour du parvis du Temple, à droite de la porte d'entrée. Elle s'appelle Notre-Dame-des-Dôuleurs ou Mater Dolorosa,. et son autel repose au lieu même ou se tenait cette auguste Mère, frappée de la plus grande de toutes les amertumes, et à qui le vieillard Siméon avait prédit qu'un glaive de douleur transpercerait son âme. Elle était là lorsque les bourreaux, à six pas devant elle,, clouaient à la croix Ie& membres palpitants de son divin Fils... On voit si la piété des fidèles a bien trouvé le nom qui convenait à cette chapelle. Mais comment ne pas répéter encore ici ce que j'ai dit déjà si souvent et toujours avec le même regret? Au-dessus du tabernacle de l'autel^ un tableau à ITiuile, représentani la Vierge de Douleurs^ est d'une médiocrité telle que, chaque fois que mes regards , attirés par l'immense douleur de cette Reine des martyrs, s'élevaient vers cette image , je les sentaisrepousses par la plus pénible impression. Le monde chrétien , qui , en adorant le Fils , honore avec tant de ferveur sa sainte Mère, laissera-t-il encore longtemps un lieu si précieux dans l'oubli? La sublime douleur de
Marie , chantée avec tant de poésie et d'amour dans les^ hymnes de l'Eglise, ne trouvera-t-elle pas un écho dans Tâme de quelque artiste généreux et chrétien ?
Au pied de l'escalier du Calvaire, on raacontre la pierre de ï Onction. C'est là, ainsi que le dit l'evangéliste (Jean xix) , que Joseph d'Arimalhie vint , avec le& cent livres de parfums qu'il avait achetées , recevoir et embaumer le corps de Jésus, selon la coutume des juifs. C'est là que la Mère de Jésus reçut dans ses bras ce Fils inanimé à qui elle avait donné le jour. Ce sanctuaire est commun aux trois cultes. Il se voit de loin à cause des candélabres gigantesques qui l'entourent; mais il n'est distingué du pavé de l'église que par une table de marbre jaune et rouge, de fort peu d'épaisseur et qui se trouve presque au niveau du sol même de l'église. Quand les pèlerins entrent dans ce temple et qu'ils ont dépassé le divan du poste turc, c'est le premier objet religieux, le premier sanctuaire qui se présente à leurs regards et devant lequel ils vont »e prosterner.
A quelques pas de là et en face de l'entrée du Saint- Sépulcre, une magnifique chapelle ou plutôt une fort belle église, richement décorée, sert de chœur pour l'office des Grecs schismatiques, qui considèrent ce point comme le centre du monde, et, sous la protection du czar de toutes les Russies , y déploient un luxe qui ne le cède qu'à leur arrogance.
Si le centre du monde n'est pas plus là qu'ailleurs, il est bien certain que cette chapelle est le centre de la question des Lieux-Saints, et que, aussitôt que le schisme aura rendu à l'Eglise latine cette portion du Temple donné par Constantin , les Grecs auront tout perdu à Jérusalem et dans la Palestine. Aussi font-ils les plua grands efforts pour attirer à eux le peu qui reste aux eathoUques des Lieux-Saints.
Ces mêmes hommes, qui ont incendié, à leur profit, le Saint-Sépulcre, au conunenccment de ce siècle, ont tenté encore, en ,4 854, de chasser les latins des quelques
ruines qu'ils possèdent dans cette église. Confiants dans l'immense pouvoir dé la Russie, ils ont dégradé d'une manière notable la grande coupole , que les injures du temps avaient déjà fortement entamée et compromise. Les dégradations coupables de ces hommes méchants en étaient venues à ce point que, à l'époque des cérémonies de la Semaine-Sainte de l'année 4856, les religieux latins ne purent accomplir leurs processions et cérémonies qu'en relevant leurs aubes et ornements pour traverser de grandes flaques d'eau. Quelle était donc l'intérêt qui avait porté les Grecs à hâter toutes ces ruines? Le même intérêt qu'à l'époque de l'incendie. Dans le même siècle, l'incendie et l'inondation, le feu et l'eau, avaient concouru au même but. Dans ce malheureux pays de la Turquie , qui n'a point d'archives et où il est impossible de produire un titre de propriété, celuilà est propriétaire légitime qui , au su et au vu de tout le monde, a réparé une propriété. Souvent il a sufli aux Grecs, à Beethlehem ou ailleurs, de payer quelques témoins et de balayer ou d'orner en leur présence une certaine portion d'un temple, pour que le pouvoir suprême de Constantinople , convaincu moins encore par ces témoins que par d'importantes sommes d'argent, leur en adjugeât la propriété.
.Les Grecs avaient donc demandé et obtenu de la Russie l'argent nécessaire pour la réparation de la grande coupole de l'église du Saint-Sépulcre , et ils allaient se mettre à l'ouvrage, lorsque la guerre vint à éclater entre la Russie et la France, et ajourner leurs espérances. La victoire du 8 septembre 4855 les a remplis de terreur et ils n'ont pas encore osé reprendre un projet qu'ils n'ont fait qu'ajourner.