CHAPITRE IV 4i
des mœurs qui suivent toujours la décadence de la foi, et jamais en présence des grands on ne le vit prostituer son éloquence à de vaines flatteries.
Grégoire de Nazianze, après avoir été d'abord le missionnaire de Gonstantinople, en devint l'archevêque. Théodose, qui lui donnait les plus grandes marques d'estime et d'affection, lui dit un jour en l'embrassant : « Les catholiques vous demandait pour évoque; leur choix ne pouvait pas être plus conforme à mes désirs. » Quelques jours après, l'empereur faisant chasser les ariens des églises qu'ils avaient usurpées, mit lui-même Grégoire en pos-
iêion de celle de Sainte-Sophie, aux applaudissements unanimes du peuple. Théodose, de son côté, témoignait une joie digne d'un grand monarque chrétien : c'était d'avoir enlevé aux hérétiques , sans verser une goutte de sang, les églises qu'ils avaient acquises par la mort de tant de saints personnages. Vers le même temps, Théodose convoquait un concile des évoques de toutes les contrées de l'Orient, alors réunis à Gonstantinople. Il était présidé par saint Mélèce, patriarche d'Antioche. Tous les Pères déclarèrent nulle l'ordination de l'arien Démophile et du cynique Maxime, usurpateur du siège de Gonstantinople ; et , malgré les larmes et les supplications de Grégoire, ils l'établirent canoniquement évêque de la ville impériale (381).
Ge concile de Gonstantinople , que présida d'abord saint Meièce, et ensuite saint Grégoire de Nazanze, est devenu par l'acceptation de toute l'Eglise, le second concile général1.
1 II était composé de cent cinquante évêques.
On y dressa le symbole que nous chantons aujourd'hui à la messe. On y condamna tous les hérétiques du temps, et on y fit plusieurs canons. L'un d'entre eux, en donnant, la prérogative d'honneur ou le second rang après le pape , à Févêque de Gonstantinople , fut malheureusement comme le germe de tant de prétentions rivales qui aboutirent enfin au déplorable schisme d'Orient.
Gonstantinople ne jouit pas longtemps de la présence de son nouveau pasteur. Ses talents, ses vertus, sa douceur n'avaient pu désarmer la haine de ses ennemis. Ils en vinrent jusqu'à former l'horrible projet de lui ôter la vie. Un assassin aposté par eux prouva par sa conduite qu'il valait mieux que ceux dont il était l'envoyé. Touché de remords et les yeux baignés de larmes, il se jeta aux genoux du Saint, et se frappant la poitrine : « Mon Père, s'ôcria-t-il, vous voyez à vos pieds un malheureux qui avait résolu de plonger ce poignard dans votre sein. — Mon fils, que Dieu vous pardonne! lui répondit Grégoire; sa bonté, qui m'a conservé, me demande votre grâce; vous m'appartenez par votre crime; mais je ne veux de vous qu'une seule chose : c'est que, renonçant à l'hérésie, vous vous donniez à Dieu. » On aime à reposer sa vue sur de tels actes. Quand sur un sol où l'hérésie, la guerre, le fanatisme ont tour à tour amassé tant de crimes , on découvre la trace de quelque sublime vertu, l'historien y attache volontiers ses regards, comme au milieu d'un orage le matelot sourit aux rayons du soleil qui, perçant la nue , vient réjouir son œil fatigué de l'aspect de la tempête.