CHAPITRE V
(de 305 à 565), forme une première période de l'histoire de cet empire^
tance faible et d'un mauvais naturel, Arcade n'avait nullement hérité des grandes qualités de son père. Son régne n'est guère connu dans l'histoire que par les intrigues et les démêlés d'ambitieux dont il fut l'esclave. Us déchirèrent l'Etat par leurs perfidies, leurs querelles et leur connivence avec les Goths et d'autres barbares, auxquels ils livrèrent les provinces et les trésors de l'empire. C'est d'abord l'Aquilain Rufin, tuteur du jeune prince, qui, ne pouvant réussir à lui faire épouser sa fille et à devenir son collègue , appelle les Huns et les Goths dans l'Asie et dans la Grèce. C'est ensuite Eutrope, vil eunuque, qui, après la mort tragique de Rufin, succède à son crédit, et qui , plus scélérat encore , achève par ses violences d'avilir et de décourager les Romains. C'est le général Gainas, qui ravage l'empire, au lieu de le défendre. C'est enfin l'impératrice Eudoxie elle-même, femme vaine et criminelle, tantôt l'ennemie, tantôt l'appui des ambitieux, qui persécute et fait exiler saint Jean Chrysostôme.... Ce premier tableau qu'offre l'histoire de l'empire d'Orient, est triste et déplorable. Mais nous venons de prononcer un grand nom. C'est comme une brillante étoile qui scintille dans une profonde nuit. Arrêtons-nous un instant pour la contempler. Ce nom , l'un des plus glorieux dans les fastes de l'Eglise , réveille l'un des plus beaux souvenirs dont puisse s'honorer Constantinople.
Jean , surnommé Chrysostôme ou Bouche d'or , fun des plus grandi docteurs et sans contredit le plus illustre des
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orateurs chrétiens, était né à Antioche (347). Il étudia les belles-lettres à Constantinople , sous le célèbre rhéteur Libanius , qui aurait désiré l'avoir pour successeur. Mais d'autres palmes que celles du sophisme et du bel esprit attendaient ce grand homme. Après avoir pratiqué durant quatre ans la vie ascétique sur les montagnes de Syrie, il vint à Antioche , où , ordonné diacre par saint Mélèce , ensuite prêtre par Flavien, il devint le vicaire de ce pontife , qui lui confia le ministère de la parole dans sa ville épiscopale. Ici commence la vie publique de Chrysostôme. Dans cette autre capitale, qu'on nommait VŒU de r Orient, et où, comme il nous l'apprend lui-même, se pressaient cent mille habitants , des foules innombrables accouraient à ses prédications. L'orateur chrétien excitait un enthousiasme pareil cà celui qu'avait produit autrefois dans le peuple athénien les fameuses harangues de Démosthène. Toute la modestie du saint prêtre ne pouvait arrêter les acclamations que provoquait sa merveilleuse parole. Souvent interrompu , il protestait , mais toujours en vain , contre ces explosions du transport public, en répétant qu'il ambitionnait non des battements de mains , mais la conversion et le salut des âmes. Grâce à Jean Bouche d'or , cet Evangile , que la philosophie avait dédaigné , fut bientôt regardé comme le livre de la plus haute sagesse et la source la plus féconde des inspirations du génie. Le christianisme , qui avait déjà brillé par l'éclat de toutes les vertus, cueillait encore les palmes de l'éloquence. Sur tous points le paganisme s'avouait vaincu. Le juif opiniâtre, le païen dédaigneux, entraînés comme par un