CHAPITRE V
charme irrésistible , apportaient au pied de la chaire chrétienne le tribut de leur admiration.
Lors de la sédition d'Antioche (388), tandis que Flavien. malgré son grand âge, se rendait à Constantinople, et prosterné devant l'empereur, demandait, au nom du pardon du Christ , le pardon de son malheureux troupeau , Chrysostôme , simple prêtre encore , semait des consolations par ses discours au milieu de ce même troupeau dont il était aussi le pasteur et le père. Mais sa renommée , qui déjà s'était répandue dans tout l'empire , vint l'arracher h sa chère patrie. La mort de Nectaire , patriarche de Gonstantinople , ayant laissé vacant le siège de cette ville , le premier de l'Eglise après celui de Rome , l'empereur Arcade , par le conseil d'Eutrope , son ministre , y éleva Jean , dont il fallut s'emparer par force au moyen d'un stratagème. « Si dans l'âge héroïque chrétien, dit Chateaubriand, quand il s'agissait d'être le premier martyr, ce n'était pas un léger fardeau que l'épiscopat, ce fardeau n'était pas moins pesant dans l'âge philosophique du christianisme : il fallait avoir le talent de la parole, la science de l'homme de lettres, l'habileté de l'homme d'état, la fermeté de l'homme de bien. » A tous ces titres, nul n'était plus digne de le porter que Jean.
Devenu évoque de Constantinople (398), Jean fut un admirable modèle de toutes les vertus d'un saint pasteur. Ses premiers soins furent pour la réforme de sa maison épiscopale et pour le soulagement des pauvres , qu'il aimait d'un amour de préférence. Il fonda un hôpital dans le voisinage de son église, et un autre pour les étrangers,
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clans un quartier plus éloigné. Constantinople, commr Antioche, le vit s'épuiser pour les malheureux. Il corrigea le clergé, s'efforça de réformer les mœurs publiques, et lutta violemment contre le luxe, cette source de corruption qui, dans Constantinople, devenue une nouvelle Rome, exerçait déjà de grands ravages. On sait avec quelle force d'éloquence il attaqua surtout le faste et l'immodestie des femmes dans leurs parures. Beaucoup d'entre elles , touchées de ses discours, renoncèrent pour toujours à l'usage de la soie , de la pourpre et des diamants. Les spectacles et les jeux du cirque , ces funestes écoles de libertinage, excitaient aussi son zèle et son éloquence. En môme temps le saint pontife gouvernait par ses conseils les églises de la Thrace et de l'Asie. Il rendait d'éminents services à l'empereur, en résistant aux entreprises du Goth Gainas , et en apaisant des révoltes par l'ascendant qu'il avait sur les multitudes. Toutes les fois que l'Eglise ou l'Etat réclamait les soins du saint évoque , il se prodiguait tout entier. Tant de vertus , tant de bienfaits n'auraient-ils pas dû l'entourer de respects unanimes et mettre sa tète à l'abri de tout orage?....
Il n'en fut point ainsi. On conspira contre lui : on l'accusa d'orgueil, d'injustice, de violence, de désordre. Ses principaux ennemis étaient Théophile , patriarche d'Antiochc, dont toutes les intrigues n'avaient pu empêcher son élection, et l'impératrice Eudoxie, femme allière, vindicative, impérieuse, qui, depuis la mort d'Eutrope, était en possession de gouverner Arcade et l'empire. Les rapines et les vexations d'Eudoxie devenaient de plus en
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plus criantes; te saint gémissait sur ces abus; on savait bien qu'il ne les eut point soufferts , s'il eût été en son pouvoir de les empêcher. Ses discours contre le luxe et les parures indécentes furent mal interprétés. On persuada à l'impératrice 'qu'elle en était elle-même l'objet principal et personnel. Eudoxie, brûlant du désir de la vengeance, mit tous ses soins à faire déposer Clirysostôme.
Condamné au conciliabule du Chêne , près de Ghalcédoine (403), et chassé de Constantinople , le Saint y fut bientôt rappelé en triomphe. Un tremblement de terre survenu le lendemain dans la ville impériale, avait été regardé comme un effet de la colère divine. Ghrysostôme ne voulut pas fléchir devant Eudoxie , qui jura sa mort. Mais on. a faussement attribué au Saint le discours commençant par ces mots : « Hérodiade est encore furieuse; elle danse encore; elle demande encore la tête de Jean. » Un nouvel orage eut pour cause des jeux publics mêlés de superstitions, qu'on avait célébrés autour d'une statue d'argent dressée à l'impératrice près la principale église de Constantinople. Le saint évêque prêcha contre cet abus. Eudoxie se crut personnellement offensée et résolut d'en tirer vengeance. « Précipité, comme Démosthènes, delà tribune dont il était la gloire , enlevé de l'autel où il avait donné un asile à Eutrope, Chrvsostôme reçoit l'ordre de quitter Constantinople. Il dit aux évêques ses amis : « Venez, prions, prenons congé de l'ange de cette église. » Il dit aux diaconesses : « Ma fin approche, vous ne re verrez plus mon visage. » Il descend par une route secrète aux rives de Bosphore pour éviter la foule,