‹ ConstantinopleChapitre 32 sur 97 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le chef. Ce triste honneur était réservé à Léon ïhaurien, qui . malgré son ignorance profonde en religion , eut la folle vanité de s'ériger en réformateur. Prévenu contre le culte des saintes images, et voulant l'abolir, il publia un édit par lequel il ordonnait d'enlever des églises les images de Jésus-Christ, delà sainte Vierge et des saints (726). Cet édit, contraire à la pratique constante de l'Eglise, révolta tous les Chrétiens. Le peuple de Constantinople murmurait publiquement. Vainement saint Germain et saint Nicéphore , patriarches de cette ville , luttèrent-ils tour à tour avec zèle contre la nouvelle erreur ; vainement le pape Grégoire n , informé de ce qui se passait à Constantinople , condamnait-il à Rome l'hérésie naissante, et s'efforçait-il, par ses lettres à l'empereur , de faire révoquer le funeste édit; Léon n'en devenait que plus ardent et plus obstiné. Il faisait brûler les saintes images sur la place publique , et blanchir les murailles des églises ornées de peintures. Par son ordre , un grand crucifix , que Constantin , après sa victoire , avait fait placer sur la porte du palais impérial , fut abattu à coups de hache. L'histoire a conservé le souvenir de pieuses femmes , martyres de leur zèle trop ardent à défendre l'image du Dieu crucifié. Leurs prières n'ayant pu détourner de cet acte impie l'officier chargé de l'exécuter, elles n'écoutèrent que leur indignation, et tirant le pied de l'échelle, elles firent tomber l'officier, qui mourut de sa chute. L'empereur, irrité , les fit condamner au dernier supplice avec dix autres personnes soupçonné d'avoir favorisé cette émeute. Le patriarche saint Germain fut luimême chassé de son siège, et mourut en exil. Persécutant

les hommes d'étude qui lui étaient les plus contraires, Léon détruisit les écoles des saintes lettres, et fit brûler la bibliothèque de Constahtinople avec ses gardiens. Grégoire n, et après lui Grégoire 1 1 1 , n'échappèrent aux embûches de ce prince que par l'active vigilance des Lombards et des Romains. Une flotte, qu'il avait équipée pour se venger du Pape, fit naufrage dans l'Adriatique. Enfin, après un règne de vingt-quatre ans , il délivra , par sa mort , l'Eglise d'un de ses plus violents persécuteurs (741). L'hérésie des iconoclastes ne descendit pas avec lui dans le tombeau. Son fils et son successeur, Constantin Copronyme, dont le nom est resté si odieux dans l'histoire , n'imita que trop les exemples de son père.

L'année qui précéda l'avènement de ce prince au trône fut signalée par un affreux tremblement de terre , dont les fréquentes secousses portèrent la désolation depuis Gonstantinople jusqu'au fond de l'Egypte (740). C'était comme le signe précurseur d'une autre désolation réservée à l'Eglise.

De retour d'une expédition en Asie contre les Sarrasins , Constantin envoie en exil , après leur avoir fait crever les yeux, son beau-frère Artabasde et ses deux fils. Artabasdc avait usurpé le trône en son absence. Dès lors on vit se déchaîner toute la fureur du prince iconoclaste. Constantinople devint un théâtre de supplices. On persécutait avec un acharnement incroyable ceux qui honoraient les saintes images : on leur crevait les yeux, on leur coupait les narines , on les déchirait à coups de fouets , on les jetait à la mer. L'empereur accablait d'outrages et de tourments

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