CHANTRE VI 7U
svrtovl les moines . cjuil détestait à cause de leur zèle pour défendre la vérité: on leur brûlait la barbe, enduite de poix: on brisait sur leur tête les images des saints, peintes sur bois. Le spectacle de ces liorrcurs divertissait Constantin, qui. non content des cruautés exécutées par ses ordres, présidait lui-même aux exécutions. Assis sur un tribunal dressé aux portes de Gonstantinople , environné de bourreaux , et au milieu de la pourpre impériale , le monstre faisait tourmenter les catholiques et repaissait ses yeux de leurs tortures. Un saint abbé d'un couvent près de Nicomédie , nommé Etienne, et vénéré de tout le peuple, l'ut amené à Constantinople. L'empereur, voulant l'attirer dans son parti, entra en dispute a\ec lui : « Homme stupide I lui dit-il , comment ne comprends-tu pas qu'on peut fouler aux pieds l'image de Jésus-Christ sans offenser Jésus-Christ même? » Alors, Etienne, s'approchant , et lui montrant une pièce de monnaie qui portait son image : « Je puis donc , répondit-il , fouler aux pieds cette image sans manquer au respect que je vous dois. » Et jetant par terre cette pièce de monnaie, il marcha dessus. Les courtisans, se précipitant sur lui, s'apprêtaient à venger l'affront fait à leur prince : « Eh quoi ! reprit Etienne avec un profond soupir , c'est donc un crime de profaner l'image d'un prince de la terre , et ce n'en serait pas un de jeter au feu l'image du Roi du ciel ? »
Etienne , traîné en prison , y trouva plus de trois cents moines de divers pays : les uns avaient les yeux crevés , d'autres le nez mutilé , les mains coupées , par suite de leur refus de souscrire aux édits contre les saintes images. Cette
prison devint un monastère, où l'office, chanté par les voix de ces martyrs , se faisait régulièrement. Le vénérable Etienne interrompit ses chants pour marcher au supplice. Dix - neuf officiers , accusés d'avoir loué la constance du saint dans les tourments, furent tourmentés eux-mêmes : deux d'entre eux eurent la tête tranchée par ordre de l'empereur. La persécution gagnait les provinces. Les gouverneurs , pour faire leur cour au monarque , se signalaient par leurs excès contre les catholiques. Non-seulement les images des saints , mais encore leurs reliques étaient dans tout l'empire l'objet d'une guerre impie : on les arrachait des sanctuaires; on les jetait au vent, dans les égoûts el dans les rivières; on les faisait brûler avec des ossements d'animaux, afin qu'on ne pût en démêler les cendres.... Mais détournons les yeux de ces hideuses scènes , dont la mort de Constantin vint enfin interrompre le cours. Ce violent persécuteur mourut de la peste dans une expédition contre les Bulgares (775). Après lui et son fils Léon, nous voyons apparaître sur le trône d'Orient l'impératrice Irène , l'illustre contemporaine et amie de Charlcmagnc (780).
Irène, née à Athènes, de parents obscurs, avait reçu de la nature une rare beauté jointe ta tous les dons de l'esprit. Constantin Copronyme fut tellement frappé de ces qualités, qu'il la choisit (769) pour l'épouse de son fils, depuis l'empereur Léon iv. Elle prit un grand ascendant sur l'esprit de son époux , qui en mourant lui laissa la tutelle de leur fils Constantin v (780). Irène déploya, durant sa régence , toutes les vertus d'une grande reine : elle remporta plusieurs avantages sur les Sarrasins : mais