‹ ConstantinopleChapitre 34 sur 97 · CHAPITRE VI SI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI SI

dans la suite . trahie par la fortune , elle conclut avec le célèbre calife Haroun-al-Raseliid une paix onéreuse quoique utile. La gloire de cette princesse, zélée catholique, est de s'être appliquée à réparer les maux causés par le mauvais gouvernement des derniers empereurs. Par le conseil de saint Taraise , patriarche de Constantinople , elle écrivit au pape Adrien pour la convocation d'un concile général. La ville impériale avait été choisie pour le lieu de rassemblée ; mais les nombreux iconoclastes répandus dans son sein fomentant déjà des troubles , cet honneur fut dévolu à Nicée , ville déjà célèbre par la tenue du premier concile œcuménique. Là on vit se réunir trois cent soixante-dix-sept évoques, sous la présidence de deux légats du souverain pontife (787) *. Ce nouveau concile anathématisa l'impiété des iconoclastes, et le culte des saintes images, expliqué et défini, fut rétabli solennellement dans l'Eglise... Ainsi fut éteinte cette hérésie, la plus sanglante de toutes celles qu'avait soulevées l'Orient. Quelques autres empereurs essayeront de la ranimer; elle reparaîtra enfin en Occident, au seizième siècle , quand les derniers réformateurs , marchant sur les traces de ces anciens fanatiques , promèneront en diverses contrées les mômes excès d'impiété, de cruauté et de fureur.

Cependant Constantin v , parvenu à sa majorité , avait relégué sa mère Irène dans un château-fort (790). Quinze mois après, elle obtint de reparaître à la cour, et cherchant alors à s'assurer désormais le pouvoir, elle ne craignit pas de recourir à un moyen barbare, horriblement

1 Ce fut le septième concile général.

usité dans ces temps de décadence, mais qu'on s'étonne de retrouver dans un règne entouré d'une certaine auréole de grandeur et de gloire. Irène, étouffant la voix de la nature pour écouter celle de l'ambition , fit mettre son fils dans une prison , où , par ses ordres , on lui creva les yeux. Le jeune prince y mourut à l'âge de dix-sept ans (797). L'impératrice s'efforça de faire oublier ce crime par de grandes actions. Elle envoya des ambassadeurs à Cbarlemagne , pour lui offrir sa main , afin d'unir ainsi les deux empires d'Orient et d'Occident. Si cette alliance eût pu s'accomplir, qui sait à quel avenir était réservé le monde? Mais le temps lit défaut à Irène pour la réalisation de ses gigantesques projets. Détrônée elle-même par Nicéphore, son grand trésorier (802), elle fut reléguée dans l'île de Lesbos , où elle se vit , dit-on , réduite à filer du lin pour vivre. Elle y mourut l'année suivante (803). Les Grecs, oubliant ses crimes, ont mis Irène au nombre de leurs saintes *.

Le zèle iconoclaste avait fait disparaître de Constantinople et des autres villes de l'empire un grand nombre de monuments religieux , premiers hommages des arts au christianisme, qui doit leur rendre un jour tant d'éclat et de gloire. Sous les sept princes qui succèdent à Irène, on voit le culte des saintes images se rétablir, bien moins, toutefois, par la protection des empereurs, que par les soins des pontifes et des simples fidèles. Nicéphore, Staurace, son fils, et Michel Curopalate , son gendre, occupent successivement le trône. De nouveaux troubles ,

1 Ils célèbrent sa fête le 15 août.

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