CHAPITRE VII
Schisme d'Orient. — Pothius et Michel Cérulaire. — Efforts de la papauté pour la réunion des Grecs. — Conciles de Lyon et de Florence.
L'esprit d'orgueil et d'indépendance qui plus d'une fois déjà avait soufflé sur les évêques de Gonstantinople , fiers de leur titre de patriarche œcuménique1 , et de leurs hautes prérogatives , sanctionnées par deux conciles généraux , présageait depuis longtemps un schisme en Orient. Il éclata vers le milieu du neuvième siècle ; Photius en donna le premier signal.
Photius , né à Gonstantinople , homme également distingué par sa naissance et son savoir, avait été honoré de plusieurs hauts emplois à la cour impériale : ambassadeur en Perse et premier secrétaire de l'empereur Michel, il était devenu le favori de Bardas, oncle et principal ministre du jeune prince. Saint Ignace , fils de Michel Curopalate , occupait alors le siège de Gonstan-
1 Jean le Jeûneur prit le premier, en 595, ce titre, qui, malgré l'opposition de Rome , fut toujours conservé par le patriarche de Constantinple.
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tinople. Bardas, ennemi du saint prélat, dont les remontrances contrariaient ses dérèglements , résolut de le perdre. Il parvint à le faire bannir, et fit nommer Photius, quoique laïque, au patriarcat (857). D'insignes fourberies et d'odieuses violences signalèrent cette intrusion , à laquelle s'opposa vainement le pape Nicolas Ier. Par une étrange imposture, dont il n'y a jamais eu d'exemple, Photius , supposant un concile général tenu contre le souverain pontife qui l'avait condamné , prononça contre lui une sentence de déposition et d'excommunication. En même temps ce fourbe adressait aux évêques d'Orient une lettre circulaire remplie de griefs contre l'Eglise latine : il y traitait d'erreur la doctrine enseignant que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils , et reprochait à l'Eglise romaine divers points de discipline (858). Telle fut comme la semence cachée qui, après avoir germée pendant longtemps, produisit dans la suite le déplorable schisme d'Orient.
Photius ne trouva point dans l'empereur Basile la même faveur que lui avait accordée Michel , son prédécesseur. Le nouvel empereur, dès son avènement (867), convoqua dans son palais une assemblée d' évêques , et par leur avis il chassa du siège patriarcal Pothius , dont l'imposture fut alors reconnue. Ignace, patriarche légitime, qu'on avait chargé de chaînes , et envoyé en exil dans l'île de Lesbos , rentra solennellement dans son Eglise , et pour y réparer tant de scandales , il engagea le prince à convoquer un concile général. Gonstantinople vit alors se réunir de nouveau dans ses murs une de ces vénérables assem-