CHAPITRE VU
blées de pontifes , que le retour de l'hérésie , sous mille formes , rendait si fréquentes clans ces premiers siècles (869)*. Trois légats, envoyés par le pape Adrien II, successeur de Nicolas , présidèrent dignement ce concile , dans lequel la primauté de l'Eglise romaine ayant été reconnue , ranalhème fut prononcé contre toutes les hérésies . contre Photius en particulier et ses adhérents. À la dernière cession , qui fut la plus nombreuse, l'empereur assista avec ses deux fils, Léon et Constantin. Deux lettres, écrites au nom du concile, Tune au pape Adrien pour le prier d'en confirmer les décrets , l'autre adressée à tous les fidèles pour les exhorter à s'y soumettre, furent le dernier acte de cette mémorable assemblée : elle rendit la paix à l'Eglise de Gonstantinople. Mais le schisme , ainsi étouffé dans sa naissance , se réveilla plus fort un siècle après , par l'ambition d'un nouveau patriarche.
L'an 1043, sous le règne de Constantin JX, Michel Orularius ou Cérulaire* , succédant au patriarche Alexis, \int s'asseoir sur le siège de Canstantinople. Près d'un siècle s'était écoulé depuis Photius. Mais la plaie faite à l'Eglise par ce dernier n'avait jamais été bien fermée. Un levain de jalousie était resté dans le cœur des évoques de la ville impériale : ils ne supportaient qu'avec peine la prérogrative du siège de Rome, la Chaire de Saint-Pierre , établie par Jésus-Christ lui-même , comme le fondement
1 Ce fut le huitième concile œcuménique. Il dura du 5 octobre 87V au 28 février 870. * C'est-à-dire le Cirier.
de l'Eglise. Michel Cérulaire , plus fougueux encore que Photius , osa enfin rompre ouvertement avec l'Eglise romaine, et se séparer de l'unité dont elle est le centre. Renouvelant à l'égard des Latins , les injustes accusations et les reproches frivoles dont Photius avait autrefois coloré sa conduite scandaleuse, il défendit de communiquer avec le Pape , fit fermer les églises des Latins , et poussa le fanatisme jusqu'à rebaptiser ceux qui avaient reçu le baptême dans ces églises. Cependant le pape Léon IX, informé de cette réapparition du schisme, faisait tous ses efforts pour l'étouffer et calmer les esprits. Désirant sincèrement la paix, il envoya trois légats à Gonstantinople , chargés de deux lettres, l'une pour l'empereur, l'autre pour Michel Cérulaire. Déjà le pontife dans une lettre précédente , avait reproché à Cérulaire , en réfutant ses erreurs , son ingratitude envers l'Eglise romaine , sa mère , qui , dans plusieurs conciles avait ordonné d'honorer le premier pasteur de Constantinople comme évêque de la ville impériale. Les messagers du Pape, bien reçus de l'empereur, ne purent communiquer avec le patriarche, qui ne voulut ni leur parler ni les voir. Indignés d'une telle conduite , les trois légats se rendirent à l'église Sainte-Sophie , et là , en présence du grand clergé et du peuple (10 juillet 1054), ils déposèrent sur le grand autel un acte d'excommunication. Puis ils sortirent du temple en secouant la poussière de leurs pieds , et disant : Que Dieu voie et qu'il juge! Ils prirent ensuite congé de l'empereur, qui , blâmant le patriarche , n'avait pas la force de réprimer ses excès.
C H à PITRE vu 89
Michel Cérulaire, rendu furieux par la sentence des légats , osa examiner le Pape à son tour. Il s'efforçait , par des lettres pleines de mensonges, de séparer de l'Eglise romaine les autres patriarches d'Orient. Plusieurs êvèques , séduits par ses impostures et son audace , entrèrent dans ses vues. Cependant, après Constantin IX, avaient régné successivement sa belle-sœur Théodora et Michel Stratiotique (1056). Ce dernier fut bientôt renversé du trône par ses officiers , qui choisirent en sa place Isaac Comnène. Cérulaire, l'un des fauteurs de la la révolte qui l'avait élevé au pouvoir, couronna solennellement le nouvel empereur dans Sainte-Sophie (1er septembre 1057). Croyant dès lors son crédit sans bornes et son autorité inébranlable , il fatiguait le prince de demandes incessantes , s'emportant jusqu'à dire, lorsqu'il éprouvait un refus : « Je saurai bien abattre l'édifice que j'ai élevé. » Isaac, à la fin indigné de cet évêque factieux, le prévient en abattant lui-môme sa puissance. Ses gardes l'enlevant violemment du trône patriarcal , le mirent sur un mulet , le conduisirent au bord de la mer, l'embarquèrent et le déposèrent à Proconèse , lieu fixé pour son exil. L'empereur s'occupait du soin de le faire déposer dans un concile , lorsque ce prélat mourut , victime de son orgueil et de son ambition (1058).
Avec Michel Cérulaire fut consommé pour ainsi dire le schisme d'Orient , qui , après huit siècles , dure encore aujourd'hui.... Toutefois ce schisme déplorable ne fui point alors général. L'histoire assigne une autre date à sa véritable consommation. C'est l'époque où les Latins,