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incapable de régner plus longtemps , il abdique en faveur de Constantin Duras, au refus de Jean, son propre frère, et se retire dans un monastère , où il vit deux ans encore sous l'habit religieux. Il avait passé deux ans aussi sous la pourpre impériable beaucoup plus pesante. Le trône d'Orient, mine de toutes parts, menacé parles Seldjourides . maîtres bientôt des deux tiers de l'Asie Mineure , paraissait si chancelant, qu'on s'en écartait afin de n'être point écrasé par sa chute. Sous le règne de Constantin Dmm (1050 — 4067), les Scythes ravagent l'empire, quelques villes sont détruites par des tremblements de terre : ce prince, ayant réformé ses troupes par esprit d'avarice , enhardit les Turcs , qui , sans la peste et les Bulgares , auraient envahi l'Asie et la Thrace. L'impératrice Eudoxie, veuve de Ducas, en épousant Romain Diogène (1067) , donne à l'empire un défenseur plus brave qu'heureux; vainqueur à Tarse (1060), Diogène perd la bataille de Mauzicert (1071) , et tombe entre les mains du prince turc , qui le relâche sous promesse d'une énorme rançon : mais , pendant son absence , Constantinople avait proclamé Michel vu , fils détrôné de Ducas et (lEudoxie. Romain Diogène tente en vain de recouvrer sa couronne : il tombe aux mains de Michel , qui lui fait crever les yeux , et il meurt quelques jours après (1071). Michel vu ! , prince lâche et sans génie , vit les Turcs Seldjoucides d'un côté , les Slaves et les Scythes de l'autre, accroître leur puissance dans l'Asie et dans la Thrace. Remonté sur le trône il le perdit encore ( 1079) ,
1 Dit Parapmace, ainsi nommé d'un impôt mis par lui sur le blé.
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et fut chassé de Constantinople par Nicéphore Botoniate . le meilleur de ses généraux, qu'il avait outragé. Retiré au monastère de Stude j il en fut tiré plus tard pour être archevêque d'Ephèse.
Nicéphore Botoniate était proclamé en Orient, pendant qu'en lllyrie Nicéphore Bryenne. autre général de Y empereur , dont il craignait les injustes défiances , se faisail aussi déclarer auguste par son armée (1078). Le premier envoie contre son compétiteur Alexis Comnène, qui s'empare de Bryenne et lui fait crever les yeux. Nicéphore cherche ensuite à faire périr Comnène : ce dernier prince . instruit à temps, le prévient, se fait proclamer empereur et marche sur Constantinople, dont il se rend maître le jeudi-saint (1081). La ville est. livrée au pillage. Le nouvel empereur témoigne un vif repentir de ce désastre <>t se soumet à une pénitence publique. Nicéphore Botoniate, détrôné, va finir ses jours dans un cloître.
Vingt-quatre années se sont écoulées déjà depuis l'avènement d'isaac Comnène sur te trône , lorsque , à la suite de ces abdications , règnes éphémères et. usurpations , reparait enfin son neveu , Alexis Comnène , dont le règne de longue durée offre du moins à l'histoire quelques mémorables souvenirs1. Nous touchons au temps des Croisades. L'histoire de Constantinople se liant désormais à celle des guerres saintes d'outre-mer , nous dirons un mot de ces guerres pour rappeler leur influence sur l'empire d'Orient et sur sa capitale.
Notre siècle , plus juste et plus éclairé que son
* Alexis était le troisième fils de Jean Comnène , frère iVlsaac'
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devancier, juge enfin sainement la cause des Croisades. Chacun reconnaît aujourd'hui que l'Europe étant ellemême menacée, sa propre sûreté autant que les malheurs des fidèles d'Orient lui commandaient ces belliqueux pèlerinages. Quand les Musulmans , maîtres d'une partie de l'Asie, conquise sur des peuples chrétiens, maîtres aussi de l'Espagne, campaient aux portes de Constantinople , jetant des regards avides sur les beaux rivages de la (ircee et de l'Italie, et se disposant à fondre sur les autres pays de l'Occident, fallait-il donc attendre patiemment , les bras croisés , le débordement de ce torrent dévastateur? Tous les peuples d'Europe ne devaient-ils pas se liguer pour lui opposer une digue salutaire?....
« N'apercevoir dans les Croisades, dit Chateaubriand,
que des pèlerins armés qui courent délivrer un tombeau en Palestine, c'est montrer une vue très-bornée en histoire. Il s'agissait non-seulement de la délivrance de ce tombeau sacré , mais encore de savoir qui devait l'emporter sur la terre , ou d'un culte ennemi de la civilisation , favorable par système à l'ignorance, au despotisme, à l'esclavage ; ou d'un culte qui a fait revivre chez les modernes le génie de la docte antiquité, et aboli la servitude.... L'esprit du mahomôtisme est la persécution et la conquête ; l'Evangile , au contraire , ne prêche que la tolérance et la paix. Aussi les Chrétiens supportèrentils pendant sept cent soixante-quatre ans tous les maux que le fanatisme des Sarrasins leur voulut faire souffrir; ils tâchèrent seulement d'intéresser en leur faveur Charlemagne ; mais ni les Espagnes soumises, ni la France
envahie, ni la Grèce et les deux Siciles ravagées, ni r Afrique entière tombée dans les fers, ne purent déterminer pendant près de huit siècles les Chrétiens à prendre les armes. Si enfin les cris de tant de victimes égorgées en Orient, si les progrès des barbares, déjà aux portes de Constantinople , réveillèrent la chrétienté et la firent courir à sa propre défense , qui oserait dire que la cause des guerres sacrées fut injuste ' ? »
Ainsi les Croisades, en affaiblissant la puissance musulmane au centre même de l'Asie, ont empêché la France et les autres nations de l'Europe à devenir la proie des Turcs ou des Arabes. Elles nous ont sauvé aussi , au moyen âge, de nos propres discordes, pendant que l'établissement de la trêve- Dieu suspendait le cours de nos querelles intestines. Elles firent cesser , selon de judicieux écrivains , l'espèce d'esclavage qui pesait sur certains vassaux en ramenant entre les mains du prince de nombreux fiefs, et ces privilèges dont mille suzerains indépendants avaient fait des instruments d'oppression. Quant aux autres résultats des Croisades, notre siècle sait aussi reconnaître que ces lointaines expéditions ont été favorables aux progrès des lettres , des arts , du commerce et de la civilisation.
Au milieu de l'ébranlement général de l'Europe , excité par la prédication de Pierre l'Ermite , Alexis Comnène , empereur de Constantinople , prince que sa bravoure et ses talents rendaient digne du trône , se montrait l'un des plus ardents champions de la Croisade. Le péril
1 Itinéraire.