‹ ConstantinopleChapitre 44 sur 97 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

i ait imminent. Pendant que Robert Guiscard , non Mftfefaif du trône de Sicile , et rêvant la conquête de l'empire d'Orient, s'emparait des côtes de l'Epire ; d'un autre côté , des ennemis plus formidabres encore présent le nouvel empereur. C'étaient les Turcs Seldjoueides , qui , déjà maîtres de la Syrie et de la Palestine enlevées récemment aux Fatimites du Caire , n'attendaient qu'un instant favorable pour renverser le trône chancelant de Constantin. Alexis, qui s'était hâté d'acheter la paix au prix d'une partie de l'Asie Mineure , voyait leurs princes , fiers de leur titre de sultans de Boum , régner à Nicée, et de là menacer Constantinoplc. Tremblant pour sa capitale , l'empereur envoyait donc au pape Urbain n des ambassadeurs pour implorer le secours des Latins. Déjà dans le môme but il avait écrit aux divers princes d'Occident, leur racontant les conquêtes des Turcs dans l'Asie Mineure , leur montrant sa capitale prête à tomber sous la plus affreuse domination , et conjurant les chevaliers et les barons de venir la défendre. Les immenses trésors de la ville de Constantin devaient payer leur courage. Les envoyés de l'empereur grec comparurent au concile de Plaisance , précurseur de celui de Clermont , et là encore leurs voix suppliantes conjuraient les princes chrétiens de s'armer pour la défense de Constantinople et de Jérusalem. Les Croisés devaient donc compter sur le puissant secours d'Alexis Comnène. On va Noir quel triste rôle joua dans cette première Croisade l'ombrageux et défiant empereur.

Les débris des premières bandes, conduites par

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Gauthier sans «vwr et par Pierre l'Ermite , horriblement massacrées sur leur chemin par les Hongrois et les Bulgares, étaient enfin arrivés à Constantinople, rendez-vous de toutes les armées de pèlerins (1096). Des Allemands, des Pisans, des Vénitiens et des Génois étaient venus se réunir sous leurs drapeaux, la ville impériale voyait passer une première armée de Croisés qui pouvait compter cent mille combattants. Ils furent transportés, au delà du Bosphore, sur les côtes de la Bythinie, à l'aide do vaisseaux chargés de vivres et de munitions que leur avait fournis Alexis. On sait quel triste sort attendait en Asie ces bandes confuses et indisciplinées. Mais voici venir enfin à Constantinoplc Godefroi de Bouillon, Tancrède et les autres intrépides et preux chevaliers, qui seront les véritables libérateurs du Saint-Sépulcre !

Un grand spectacle eût été offert au monde, si l'enipereur de Constantinoplc, se mettant lui-même à la tète de la Croisade, eut partagé avec les princes latins les palmes glorieuses conquises aux champs de la Palestine. Il avait imploré les secours de l'Occident pour se défendre contre l'invasion musulmane; sa place naturelle n'étaitelle pas aux premiers rangs des Croisés? Mais Alexis, prince défiant, soupçonneux, ne montra point ce cœur noble et élevé qui comprend les grandes entreprises et s'efforce d'en seconder l'exécution. Les désordres commis sur les terres de l'empire par les premiers Croisés d<; Pierre l'Ermite et de Gauthier lui avaient fait regarder cette milice comme des ennemis non moins dangereux que les Turcs. A mesure que les princes latins s'avançaient

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vers Constantinople avec leurs troupes, Alexis s'effrayait du grand nombre de ses libérateurs. A ces flots de nations qui débordaient sur son territoire, il opposa une politique de ruse, de perfidie et de corruption. Il tremblait sur son vieux trône; et sans le pieux Godefroi, qui ne voulut point qu'on oubliât les serments de la Croisade, les bannières latines auraient flotté dès ce moment sur les murs de Constantinople. L'empereur cependant, à force de présents et de basses caresses, obtint l'hommage [WfTigPr de tous les chefs des Croisés, excepté pourtant de Tancrède. resté seul insensible aux séductions d'Alexis.

De quelle admiration ne durent pas être saisis les princes latins, en contemplant alors pour la première t'ois la splendeur et la magnificence de la ville de Constantin i «Oh ! quelle grande et belle cité 1 s'écrie ici un chroniqueur; que de monastères et de palais! que de choses admirables dans les places et dans les rues! 11 serait trop long de dire tout ce que cette ville renferme de richesses en or et en argent , en étoffes et en saintes reliques ' . »

Admis devant l'empereur, les chefs des Croisés s'inclinèrent avec respect devant son trône : l'empereur les embrassa tous l'un après l'autre, selon leurs rangs. Il dit à Godefroi , le premier d'entre eux , qu'il X adoptait pour son fils et mettait son empire sous sa protection *. Quand il eut ce dit , si le fist vestir de robe d empereur, et seoir jjrès de lui; et lors lui firent les barons moult grant (este ,

1 Foucher de Chartres. * Chrou. d'Albert d'Aix.

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et très grant solennité , si comme coutume de la terre estoit que ton fist en teles choses ' »

Par une sorte de traité , les princes latins promirent de remettre entre les mains d'Alexis les villes qui avaient appartenu à l'empire, et de lui rendre hommage pour toutes leurs autres conquêtes. De son côté, le monarque fit le serment d'aider la Croisade de tous ses movens, et d'en partager les périls et la gloire. L'empereur, qui n'avait reculé devant aucune humiliation, devant aucune promesse pour acheter la paix avec cet hommage des princes croisés, le regarda comme une victoire. II ordonna à tous ses sujets de les regarder comme des alliés , des amis , et d'apporter dans leur camp des vivres en abondance. Cependant l'ombrageux souverain, tremblant toujours pour ses états, ne fut rassuré qu'après que toutes les armées de l'Occident eurent passé le Bosphore (1097).

Si nous suivions dans les plaines de l'Asie les futurs vainqueurs de Nicée, de Dorylèe, d'Antioche et de Jérusalem, nous verrions tout d'abord la politique et la ruse d'Alexis dérober aux armes latines la conquête de cette première place , et rendre ainsi plus impossible que jamais une franche alliance entre les deux nations. Cet empereur concourut avec les Croisés à la prise de Nicée et à leurs premiers combats; mais apprenant plus tard leur triste position dans Antioche , il ramena ses troupes, et ne continua à prendre part à la Croisade que pour racheter les prisonniers faits sur les Croisés et recevoir les Français

i Chron. de Bernard le Trésorier.

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l 'C magnificence à leur retour à Constantinople. On ne [»*iut cependant refuser à ce prince de grandes qualités : il signala son règne par plusieurs victoires sur Guiscard, W les Turcs et sur les Scythes. On vante sa générosité envers plusieurs conspirateurs, son équité envers ses sujets, son savoir et son zèle pour la conversion des hérétiques. On dit qu'il fut toujours en communion avec le siège de Rome. Les historiens latins, le traitant de perfide et de cruel, prétendent qu'il n'oublia rien pour faire périr les Croisés en Asie ; une lettre d'un des chefs de la Croisade au pape Urbain le montre comme leur faisant tout le mal qui est en son pouvoir. Sa fille Anne, au contraire, qui a écrit sa vie, le représente comme un monarque accompli. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Alexis ne fournit point le corps des troupes qu'il avait promis, et que les Croisés, par représailles, manquèrent à leur promesse de restituer à l'empire les conquêtes faites sur les Turcs. De là cette mésintelligence qui régna constamment entre les Latins et les Grecs.

Après Alexis, Jean et Manuel Comnène s'efforcèrent vainement de soutenir cet empire croulant : ces trois souverains, pendant l'espace d'un siècle, ne purent reconquérir qu'une faible partie des provinces sur la mer Noire (1081 — 1181). Des guerres contre -Jes Normands, conquérants de la Sicile, et contre les Hongrois épuisèrent les forces des Grecs.

La seconde Croisade, entreprise sous le règne de Manuel Comnène, petit-fils d'Alexis, vit encore les armées d'Occident affluer à Constantinople. Conrad, empereur

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d'Allemagne, et Louis le Jeune, roi de France, étaient à la tête de l'expédition ; mais le perfide empereur trahit les Croisés et contribua , par ses intelligences avec les Turcs, à faire échouer complètement l'expédition (1147). // n'y avait malice, dit l'historien Nicétas , que ce prince ne fit aux Croisés et n'ordonnât de leur faire, pour servir d'exemple à leurs descendants , et les détourner de venir sur les terres de l'empire. Dans un conseil des chefs, tenu à Constantinople , on avait proposé de s'emparer de cette capitale, barrière importune, placée entre les Latins, et les provinces d'Orient. La loyauté des barons français fit encore respecter l'antique Byzance. Manuel fut puni de sa perfidie par Roger, roi de Sicile, allié des Croisés, qui pénétra en Grèce, et pilla Thèbes et Corinthe. Plus tard, le même prince, dans une guerre contre Araddyn, sultan d'Iconium, vit son armée périr dans des défilés près de Myriocéphales en Asie Mineure (1185); nouvelle punition de lâche trahison , qui avait fait exterminer dans les défilés du mont Taurus les armées de Conrad e* de Louis le Jeune !

Manuel Comnène reprit Corfou sur Roger, soumit les Hongrois et les Serviens révoltés. Il mourut avec la réputation d'un bon guerrier, mais d'un prince sans mœurs et sans probité (1180).

Son iils , Alexis u , enfant de douze ans , parvint à l'empire , sous la tutelle de Marie sa mère , fille de Raimond, prince d'xVntioche; cette princesse associe à la régence le sébastocrator Alexis, remplit de troubles et d'exactions les courts moments de l'apparition sur le trône

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du jeune prince, que l'histoire nous montre fiancé a \gnès de France, fils de Louis vu.

Andronic . cousin de Manuel Comnène, qui Pavait Mile, paraît tout à coup devant Constantinople , s'en rend maître, se présente comme un libérateur (1182) et > 'empare de la régence. On fait signer au malheureux empereur l'arrêt de mort de sa mère; puis Andronic,

ocié à l'empire, fait étrangler le jeune prince son pupille (H 83). Le corps de l'enfant fut jeté en pleine mer: la barque chargée du dépôt sanglant portait des musiciens dont les chants et les instruments semblaient célébrer un triomphe.

Un règne ainsi inauguré tint tout ce qu'il promettait. Andronic souilla sa couronne par des cruautés inouies. lVuse et Nicée avant refusé de reconnaître le tyran, il assiège ces deux villes et les livre à des horreurs que la plume ose à peine retracer. Au rapport d'un historien , les arbres des vergers environnant Pruse portaient suspendus autant de cadavres que de fruits. De retour à Constantinople, Andronic redoubla de rage et de férocité. La révolte d'Isaac Comnène dans l'île de Chypre devint le prétexte des plus affreuses proscriptions. D'un autre côté, Andronic , voyant ses généraux battus par Guillaume , roi de Sicile, s'en prit aux principaux seigneurs de sa cour, qu'il soupçonnait d'intelligence avec ses ennemis, et les fit mourir. Au nombre de ces innocentes victimes devait être Isaac l'Ange, dont toute la famille avait péri >ous les coups du tyran. Isaac se sauva dans l'église de Sainte-Sophie , où le peuple , s'étant attroupé , le proclama

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empereur. On maudit Àndronic ; on livre le palais au pillage: le tyran veut fuir, on l'atteint, on le charge de chaînes, et il est remis entre les mains de la populace, qui, durant trois jours, exerce sur lui les cruantés les plus horribles. Enfin , après avoir été promené par la ville monté sur un chameau, il est entraîné au théâtre, où il est pendu par les pieds (1185). Cet infortuné, reconnaissant, dit-on, la souveraine justice qui le frappait, ne faisait entendre que ces mots : Kyrie eleison : Seigneur y oyez pitié de mais !

Andronic était d'une taille colossale , d'une force prodigieuse , mais d'une figure dure et repoussante. Quelques historiens ont loué sa fermeté dans l'administration : « Andronic, dit Montesquieu, était le Néron des Grecs; mais comme parmi tous ses vices il avait une fermeté admirable pour empêcher les injustices et les vexations des grands , on a remarqué que pendant son règne quelques provinces se rétablirent. » Quelques historiens parlent dans le même sens ; mais quelques actes de justice et de prudence peuvent-ils balancer les crimes dont son histoire est souillée?

Andronic fut le dernier empereur de la famille des Comnène.

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