CHAPITRE IX MO
[-rince dans son héritage, il remettra tout l'empire d'Orient sots l'obéissance de l'Eglise romaine; il vous donnera deux cent mille marcs d'argent pour les frais de la guerre, » dos \ ivres pour tous les pèlerins ; il vous accompagnera !m-niéme en Palestine, ou bien il enverra sous vos bannières dix mille guerriers qu'il entretiendra à sa solde l'espace d'un an; en outre, sa vie durant il entretiendra à ses frais cinq cents chevaliers pour la garde d'outremer. » De si belles propositions , vivement discutées dans le conseil des chefs , trouvèrent les esprits divisés. « Doiton mettre dans la balance Dieu et Alexis? s'écriaient les uns. Nous ne sommes point partis de notre pays pour l'aire la guerre à des Chrétiens , mais pour combattre les infidèles. » D'autres soutenaient au contraire que si jamais la terre sainte était recouvrée, ce ne pouvait être que par l'Egypte et par la Grèce : « Si nous refusons un traité si favorable, ajoutaient-ils, un blâme éternel rejaillira sur les pèlerins. »
Après bien des disputes, les Vénitiens jaloux de voir leurs vaisseaux entrer en triomphe dans le Bosphore, firent pencher la balance du côté du jeune prince qui réclamait leur secours. Il fut décidé que les Croisés, acceptant les offres d'Alexis, s'embarqueraient pour Constantinople au commencement du printemps.
On partit vers les derniers jours d'avril (1203). Les navires débarquèrent peu de temps après à Duras et à Corfou , là , le jeune Alexis , qui s'était rendu lui-même au milieu des Croisés, fut proclamé empereur. Le 24 mai, veille de la Pentecôte, la flotte quitta l'île de Cor-fou.
« Le jour étoit clair et serein, dit le vieux chroniqueur Villehardouin , la mer bonace , et le vent propice et doux , lorsqu'ils se mirent en mer et lâchèrent la voile. Et moy , Geoffroy , maréchal de Champagne , auteur de cet œuvre , assure que jamais on ne vit armée navale ny si belle ny en si grand nombre de vaisseaux, en sorte qu'il n'y avoit personne qui ne jugeât en la voyant qu'elle ne dût conquérir tout le monde ; la mer , tant que la vue se pouvoit étendre , étant couvertes de voiles et de navires ; en sorte que cela faisoit plaisir à voir. » La flotte s'approcha des côtes du Péloponèse, doubla le cap Ténare (cap Matapan), et s'arrêta devant Andros et Négrepont. Poussés par des vents favorables, les Croisés entrèrent ensuite dans l'Hellespont et côtoyèrent la Troade. Partout, sur leur passage, les peuples reconnaissaient l'autorité d'Alexis. On était alors à l'époque de la moisson. La terre offrait partout l'aspect de l'abondance. La beauté du climat, la joie , l'empressement des Grecs ravis de revoir leur jeune prince, la magnificence des villes qu'on rencontrait, tant de régions inconnues que traversaient les navires , tout ajoutait chaque jour à l'enthousiasme des pèlerins , tout répandait un charme poétique sur leur expédition. Enfin la flotte arriva à l'entrée du Bosphore , et la veille de la St-Jean , elle vint jeter l'ancre à la pointe de Saint-Etienne , sur la côte d'Asie; alors les Croisés purent voir devant eux la reine des cités, s'élevant superbe et fière au bord des eaux qui caressaient mollement ses murailles.
« Constantinople, la porte immense de deux mers, dit un historien moderne, le diamant qui brille entre les