CHAPITRE X
Troubles dans Constantinople. — Second siège par les Croisés. — Empire latin de Constantinople (1203— 1261).
La bonne harmonie entre les Latins et les Grecs ne tarda pas à se refroidir. Quand il fallut payer aux Croisés les sommes promises et proclamer la réunion de l'Eglise grecque à l'Eglise latine, les Bysantins, inconstants et légers , firent éclater leur mécontentement. On se dégoûta d'une restauration achetée à un prix si onéreux. Cependant, pour s'acquitter envers les Croisés, on fit fondre les images des saints et les vases sacrés, ce qui excita de grands murmures parmi le peuple. Les chefs de l'armée ayant exigé ensuite que sans aucun délai le patriarche et le clergé de Constantinople abjurassent leurs erreurs, le patriarche du haut de la chair de Sainte- Sophie , déclara , au nom de tout le peuple chrétien d'Orii'iit, qu'il reconnaissait Innocent III pour successeur de saint Pierre et comme le seul vicaire de Jésus-Christ ici-bas. !>'•> lors les Grecs et les Latins furent plus que jamais séparés; plus on proclamait la réunion des deux Eglises,
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plus les deux peuples se haïssaient, s'éloignaient l'un de l'autre. Un désastre vint encore accroître cette haine funeste.
Peu de temps après la cérémonie , un terrible incendie , allumé, dit-on, par quelques soldats flamands, éclata dans la capitale et dévora la moitié de son enceinte. Le pauvre peuple, resté sans asile, errant parmi les décombres, accusa de sa misère les guerriers latins et les deux empereurs auxquels on venait de rendre la couronne. Le fils d'Isaac, de retour d'une expédition contre l'usurpateur Alexis et les Bulgares, faite avec les barons et les chevaliers , devint plus odieux encore aux Grecs. Enfin, les vases sacrés et les trésors des églises n'ayant pas suffi à payer ce qu'on devait aux Latins , le peuple , sur lequel on mit d'énormes impôts, se souleva, dit Nicolas, comme une mer agitée par les vents. Dans sa fureur superstitieuse, il s'en prit au marbre et à l'airain ; une statue de Minerve, qui décorait la place de Constantin, tomba sous ses coups, parce que ses yeux et ses bras tournés vers l'Occident semblaient appeler et protéger les Latins. Comme c'était le plus souvent dans l'Hippodrome , autour du Sanglier de Calydon , que se rassemblait la populace mutinée , l'empereur crut calmer les passions de la multitude en faisant transporter le sanglier dans le palais des Blaquernes1. Mais l'orage, loin de s'arrêter, grossissait chaque jour, et l'animosité des Grecs contre les Latins devenait chaque jour plus violente. Durant ce temps, le
i Les poils hérissés de l'animal excitaient, dit-on, la colère du peuple.
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jeune Alexis semblait abandonner les rênes de l'empire , tandis qu'au fond de son palais , le vieil Isaac , entouré de courtisans et d'astrologues, se promettait encore un règne merveilleux. Enfin le peuple, passant des menaces à la révolte, se précipite en foule au palais des empereurs; il leur reproche de délaisser la cause de Dieu, la cause de la patrie, et demande à grands cris des vengeurs et des armes.
Le principal instigateur des troubles] était Alexis surnommé Murzufle, jeune prince de la famille impériale des Ducas. Murzufle surpassait tous les autres Grecs dans l'art de feindre et de dissimuler. Il savait colorer des mots de patrie, de liberté, de religion, ses projets ambitieux. Il ne manquait point de courage ; et dans une ville où touti le monde tremblait , sa réputation de bravoure suffisait pouE attirer sur lui les regards. Ses discours persuadèrent au? jeune Alexis qu'il fallait rompre avec les Latins pour obtenir la confiance des Grecs. Il ne cessait d'animer le peuple contre les Croisés. Pour décider une rupture, il se mit lui-même un jour à la tête de quelques soldats , et fit une sortie contre les guerriers d'Occident. Cette imprudente attaque devint comme le signal d'une guerre où devait périr l'empire qu'il avait la prétention de sauver.
Les chevaliers de la Croix, sollicités par une députation des Chrétiens de la Palestine de marcher enfin au au secours de la Terre sainte, répondaient que la guerre avec les Grecs devenait inévitable , et qu'ils ne pouvaient, sans péril et sans déshonneur, s'éloigner d'une ville perfide, toujours disposée à violer ses promesses. En même
temps une députation des chefs de l'armée venait sommer Alexis de remplir ses serments : « Si vous n'exécutez point les traités, lui dirent les députés, les Croisés, oubliant qu'ils ont été vos alliés et vos amis , n'auront plus recours à des prières, mais à leurs épées; choisissez la paix ou la guerre.
Une vive indignation accueillit ces paroles. « Là-dessus , dit Yillehardouin , se leva un bruit fort grand au palais ; les messagers gagnèrent promptement les portes ; et quand ils furent hors, il n'y en eut aucun qui ne s'applaudit d'être échappé à si bon marché, car il ne tint à rien qu'ils ne demeurassent tous morts ou pris. » Dès ce jour on reprit les hostilités.
Les Grecs, n'osant combattre de front les Latins, essayèrent de brûler la flotte ; leur entreprise échoua ; Alexis, effrayé, implora de nouveau la pitié, conjurant de venir défendre un trône près de s'écrouler, et proposant de leur livrer son propre palais. Tandis que Murzufle, chargé de porter aux Croisés les paroles suppliantes d'Alexis, remplissait sa mission, ses émissaires répandaient partout le bruit qu'on allait livrer Constantinople aux barbares de l'Occident. Un tumulte effroyable s'élève alors parmi le peuple , qui se porte à Sainte-Sophie et demande un nouvel empereur. Après trois jours d'orageux débats , un jeune imprudent nommé Canabus se laisse proclamer le successeur d'Isaac et d'Alexis. Murzufle, qui avait tout préparé, se servait ainsi d'un inconnu pour essayer le péril. Pendant que le marquis de Montferrat , appelé par Alexis , vient à la tète de guerriers d'élite pour défendre le trône
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Bl la vie des deux empereurs, Murzutle accourt auprès du iils d'Isaac, et lui persuade que tout est. perdu si les Français entrent en armes dans son palais. Les portes en sont donc fermées. Lorsque Boniface se présente devant les Blaquernes, Alexis lui signifie qu'il n'est plus libre de le recevoir, et les conjure de sortir de Constantinople avec ses soldats. La retraite des Français ranime le courage et la fureur de la populace ; une foule immense , assemblée devant le palais, fait entendre des cris séditieux; Murzufle, feignant de voler au secours d'Alexis, l'entraîne à l'écart, l'enferme dans une prison, et vient annoncer au peuple ce qu'il a fait pour sauver la cité impériale.
Le perfide prince est regardé comme le sauveur de l'empire : lui seul est digne de la couronne ; on l'entraîne à Sainte-Sophie , où cent mille voix le proclament empereur. A peine revêtu de l'autorité suprême , Muzurfle veut s'assurer le fruit de son crime ; redoutant les caprices du peuple et de la fortune, il retourne vers Alexis et lui fait avaler un breuvage empoissonné. Puis, comme l'infortuné tardait à mourir, il l'étrangle de ses propres mains.
L'usurpateur essaya aussi de faire périr par trahison les principaux chefs de l'armée ; mais la sagesse de Dandolo , le prudent des prudents , sauva les barons français du piège que le perfide leur avait tendu. La renommée ne tarda pas à publier le meurtre d'Alexis et la fin d'Isaac, mort de désespoir et de frayeur. A cette nouvelle , l'indignation lut générale dans le camp des Croisés : dans le conseil ,
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les chefs s'écrièrent qu'on devait faire une guerre implacable au vil tyran devenu maître de Constantinople , et punir une nation au sein de laquelle la trahison et le parricide obtenaient une couronne.
Tandis que Muzurfle faisait réparer les remparts, s'appliquant de tout son pouvoir à mettre la cité à l'abri des attaques des Lotins, les Croisés préparèrent tout ce qui était nécessaire pour un nouveau siège. Mais au lieu d'agir comme dans le premier, les chefs, appréciant les sages conseils des Vénitiens, résolurent d'une voix unanime de diriger toutes leurs troupes du côté de la mer. Le 8 avril l'armée s'embarqua. Le lendemain, aux premiers rayons du soleil, la flotte leva l'ancre et s'avança vers les murailles. Rangés sur une ligne, les navires couvraient la mer dans l'espace d'un mille et demi. Les remparts de la cité et tous les vaisseaux de la flotte grecque étaient couverts d'armes et de soldats. Sur une des sept collines de Byzance, non loin des Blaquernes, s'élevaient les tentes de Murzufle, remplies de nombreux guerriers.
Au signal donné , l'action s'engage ; les Grecs font jouer leurs machines; les Latins dirigent leurs coups contre les murailles. Les Croisés, après avoir soutenu les efforts de l'ennemi avec peine et dans un grand désordre, sont d'abord contraints de fléchir. « Vers la troisième du soir, dit Villehardouin , la fortune et nos péchés voulurent que nous fussions repoussés. » Les chefs firent sonner la retraite et terminer le combat; deux jours furent employés à réparer les vaisseaux et les machines ; et le troisième jour, 12 avril, impatients de réparer un premier échec 3
les guerriers latins se présentent de nouveau ; des vaisseaux joints deux à deux et garnis d'intrépides soldats, s'approchent des remparts ; chacun se signale par des prodiges de valeur ; mais toute la bravoure de nos chevaliers ne peut triompher de la résistance des assiégés. Tout à coup un vent du nord s'élève et pousse sous les murs des deux navires, le Pèlerin et le Paradis, montés par Tévêque de Troyes et l'évêque de Soissons. Les ponts-levis sont appliqués contre les murailles ; et deux guerriers, un Français nommé d'Arboise, et un Vénitien Pierre Alberti , s'élancent sur une tour, entraînant sur leurs pas de vaillants compagnons. A la vue des drapeaux flottant à son sommet, l'armée entière pousse des cris de joie ; de toutes parts on vole à l'escalade , on s'empare de quatre tours, trois portes de la ville succombent sous les coups du bélier. Les Latins sortant de leurs vaisseaux se précipitent en foule sur la rive ; tous les ennemis fuient éperdus ; la terreur et la confusion régnent dans la grande cité. Murzufle abandonne sa tente, qui devient la proie des flammes. « Ce prince, dit Nicétas, courant dans les rues, s'efforçaient de railler son armée en désordre; mais entraînés par le désespoir, ses soldats n'eurent point d'oreilles pour écouter ses remontrances, point d'âme pour exécuter ses ordres. » Délaissé par les siens , l'usurpateur ne songe plus qu'à fuir : il sort par la porte dorée., et va chercher un asile sur les mes de l'Hellespont.
■ Alors , poursuit Nicétas , deux jeunes princes également sage et courageux se disputèrent le trône, comme
deux matelots qui disputeraient la possession d'un navire battu par la tempête : l'un était Théodore Ducas ; l'autre , Théodore Lascaris. Lascaris fut préféré. Revêtu de la haute dignité impériale , il exhorta le peuple et les soldats à la vaillance. » Mais le nouvel empereur, ne trouvant autour de lui ni citoyens ni soldats, se vit aussi contraint de fuir, abandonnant la ville a sa destinée.
Constantinople est livrée à la merci d'un vainqueur irrité. L'incendie allumé parles soldats victorieux embrasa plusieurs quartiers de la ville et consuma , au dire des barons , plus d'édifices que n'en contenaient les trois plus grandes cités de France et d'Allemagne. Ne trouvant de résistance nulle part, les Croisés parcouraient tous les quartiers, le fer et la flamme à la main. Au lieu d'ennemis à combattre , c'étaient des femmes , des enfants , des vieillards épïorés , qui s'avançaient devant eux, précédés du clergé portant les croix et les images des saints. Touchés des cris , des larmes de ces infortunés , les chefs ordonnèrent d'épargner la vie des habitants et de respecter l'honneur des femmes. Leur autorité, jointe aux exhortations du clergé latin , fit cesser le carnage ; mais, en laissant la vie sauve aux vaincus, les vainqueurs n'en devinrent que plus ardents au pillage ; rien ne fut respecté , ni la sainteté des églises , ni la paix des tombeaux, ni les palais des grands, ni la demeure du pauvre. Partout régnait l'horreur de la destruction. La magnifique église de Sainte-Sophie fut dévastée , et l'admirable autel de la Vierge Marie, l'un de ses plus beaux ornements, fut mis en pièces. Les chefs-d'œuvre
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de Tari antique , qui décoraient les cirques , les places , rhyppodrome , n'échappèrent point à la barbarie du vainqueur.
11 faut lire dans l'historien Nicétas, témoin oculaire de cet affreux désastre, le récit de toutes les scènes de vandalisme qui souillèrent la conquête de Constantinople par les Francs. C'est là qu'on trouve une description curieuse, et pleine d'intérêt pour l'histoire de l'art, des anciens monuments de la cité de Constantin, qui s'était enrichie des dépouilles de presque toutes les villes du monde. Nicétas déplore leur perte; l'indignation rend sa plainte éloquente : « Les Latins, dit-il, ouvrirent les tombeaux des empereurs qui ornaient le grand temple , et en enlevèrent avec une avidité effrénée les perles, les diamants, les pierres précieuses.... Ils déchirèrent en lambeaux le magnifique voile du grand temple , tissu d'or et d'argent pur, estimé plusieurs millions... Ils firent fondre les statues de bronze pour les convertir en monnaies. La Junon d'airain, statue colossale, qui ornait le forum de Constantin, fut brisée et fondue la première. Un char attelé de quatre chevaux put à peine en transporter la tête jusqu'au palais de l'empereur. Paris , présentant la pomme source d'une fatale discorde, fut renversé de sa base. Ils n'épargnèrent point cette pyramide élevée qui dominait sur toutes les colonnes dispersées de la ville. Qui n'eût admiré les bas-reliefs dont elle était ornée ? Tous les autres monuments de l'antiquité furent détruits. Dans ce grand désastre périt l'Hercule Trihespérus . ce colosse , chef-d'œuvre de sculpture , qu'on
voyait dans la Cophine : il était couvert de la peau d'un lion : Timmobilité de l'airain n'empêchait pas qu'on ne vît ses yeux animés par la fureur.... Telle était l'immensité de cette statue, que le cordon qui mesurait un de ses pouces , pouvait facilement ceindre un homme , et que la taille des hommes les plus grands égalait à peine le contour de la cuisse du colosse.... Les Latins livrèrent encore aux flammes la louve qui allaita Rémus et Romulus.... Pourrai-je oublier le cheval indompté, dont l'oreille droite, la bouche frémissante, et les bonds, signe de sa joie et de sa fierté, annonçaient l'indépendance? l'horrible Scylla, femme gigantesque, dont l'attitude menaçante exprimait la force el la férocité?... Que dirai-je de la statue d'Hélène, de cette Hélène qui conduisit toute la Grèce sous les murs de Troie? Non jamais il ne sera possible d'exprimer et la postérité cherchera vainement à sentir et à peindre la grâce répandue dans cette statue divine. Mais, ô fille de Tyndare, où est la toute-puissance de tes charmes ? Les descendants d'Enée ont-ils voulu te condamner aux flammes que tu allumas dans Ilium1?... »
Les campagnes voisines de Bosphore n'avaient point échappé à la dévastation : les villages , les maisons de plaisance, tout avait été saccagé. On voyait des sénateurs, des patriciens, issus de famille impériale, cherchant un misérable asile , errer, couverts de lambeaux , autour de la cité conquise. Le patriarche s'enfuit épouvanté, sans argent, sans ceinture, sans bâton, pieds nus, vêtu seu-
J Nicétas Choniates, Nar ratio de statuts.
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lement d'un justaucorps et assis sur un âne. Le palais de Bucoléon , où s'étaient réfugiées d'illustres infortunes , fut seul épargné. Marguerite, fdle de Bêla, roi de Hongrie, et femme d'Isaac l'Ange, Agnès, iiile d'un roi de France , épouse de deux empereurs , tombant à genoux , attendrirent le cœur des barons par leurs gémissements et leurs larmes. Leur demeure fut plus sacrée pour eux que ne l'avaient été les églises. Au milieu des scènes diverses de ce pillage, il était curieux de voir les soldats français, insultant à la molesse des vaincus, se parer des babillements des Grecs, s'affubler de leurs robes flottantes, bariolés de vives couleurs, ou attacher sur la tête de leurs chevaux les coiffures de toiles aux cordons de soie, parure des Orientaux. D'autres couraient dans les rues, tenant dans leurs mains, au lieu de leurs épées, un rouleau de papier, des plumes et une écritoire, et raillant ainsi les Grecs, qu'ils appelaient avec dédain un misérable peuple d'écrivassiers.
Terminons ce tableau par une scène moins lugubre. Constantinople , outre ses antiques monuments, ses palais somptueux, possédait d'autres trésors depuis longtemps révérés des peuples : c'étaient de nombreuses reliques ou images des saints. Ces trésors ne tentèrent pas moins la pieuse cupidité des vainqueurs , que l'or, les pierreries et les riches étoffes de luxe oriental. Les plus dévots pèlerins , les ecclésiastiques surtout , recueillirent avec ardeur ce précieux butin. Les églises de Constantinople perdirent ainsi des ornements dont elles tiraient leur gloire et leur splendeur. Elles virent arracher de leur enceinte ces
instruments de la passion du Sauveur, devant lesquels s'agenouillaient la foule recueillie ; ces pieux souvenirs de la vie des patriarches , qui avaient été confiés à la garde des prêtres et des moines grecs; les restes vénérés des apôtres, des martyrs, des saints, leurs bienfaisants patrons1. Ces saintes reliques, dont la seule vue guérissait les malades et consolait les affligés , allèrent orner les églises de Fronce, de Venise et d'Italie, et furent reçues par les fidèles d'Occident , comme le trophée le plus glorieux de la Croisade.
L'empire de Constantinople était tombé sous les coups des Latins (avril 1204). Ainsi se passèrent les fêtes de Pâques fleuries , dit avec une naïveté singulière le maréchal de Champagne. Les Croisés se partagèrent les dépouilles de la ville impériale, apportées dans trois églises qu'on avait désignées. Jamais, dit Villehardouin , on n'avait vu si riche butin depuis la création du monde.*.
Les chefs songèrent ensuite à élire un souverain digne de régner sur la ville conquise. Trois nobles princes, par leurs talents et leurs vertus, semblaient mériter également tous les suffrages : c'étaient le doge Dandolo ,
.* On conservait dans les églises de Constantinople la pierre sur laquelle avait dormi Jacob , la verge que Moïse avait changée en serpent , quelques vêtements de la sainte Vierge , les langes de Jésus enfant, un fragment du manteau de pourpre dans lequel le Sauveur fut présenté à Pilate , la croix du Sauveur, la couronne d'épines, etc. Cette dernière relique (la sainte couronne) fut plus tard envoyée , par le roi Baudouin, à saint Louis.
* Daru (Hist. de Venise) estime tout le butin à deux cents millions de francs , monnaie actuelle ; il évalue le marc à cent francs. Les Français seuls reçurent pour leur part cent mille marcs et dix mille chevaux.