‹ ConstantinopleChapitre 54 sur 97 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Bonifaee marquis de Monferrat, enfin Baudouin comte de Flandre. Douze électeurs, dont six seigneurs vénitiens et six ecclésiastiques français , délibérèrent pendant deux jours dans l'église de Sainte-Sophie : le second jour, à l'heure de minuit, l'évêque de Soissons parut, et, s'adressant à la multitude des pèlerins rassemblée au dehors, dit à haute voix : Cette heure de la nuit où naquit Jésus- Christ , Sauveur du monde , donne naissance à un nouvel empire , sous la protection du Tout -Puissant, Nous avons nommé un empereur^ et cet empereur est Baudouin , comte de Flandre et de Hainaut.

D'unanimes acclamations accueillirent ces paroles. Baudouin fut élevé sur le pavois et porté en triomphe dans l'église de Sainte-Sophie. Le quatrième dimanche après Pâques (16 mai 1204), le couronnement se fit avec les cérémonies des Grecs : Baudouin, assis sur un trône d'or, reçut la pourpre des mains du légat du Pape, remplissant les fonctions de patriarche. Debout devant l'autel , le chef du clergé prononça dans la langue grecque ces paroles : // est digne de régner. Tous les assistants répétèrent en chœur : // en est digne , il en est digne.

Baudouin méritait en effet plus qu'aucun autre Croisé de s'asseoir sur le trône de Byzance. Ce jeune héros, par ses beaux exploits, sa modération, son amour de la piété et de la justice , s'était rendu cher à ses compagnons d'armes et avait conquis l'estime même des peuples vaincus. Il réunissait aux vertus d'un roi pacifique les qualités brillantes d'un roi conquérant. Le peuple grec*, si habitué à changer de maître, accepta

sans répugnance le nouvel empereur qu'on lui imposait, et mêla ses acclamations à celles des pèlerins de France et de Venise.

Les grandes dignités de la cour furent distribuées aux principaux seigneurs et barons. Puis, dans un conseil de douze nobles vénitiens et de douze chevaliers français , on divisa entre les deux nations les terres , les villes et les provinces de l'empire. Les Français eurent en partage la Bithynie, la Thrace, Thessalonique , toute l'ancienne Grèce, les plus grandes îles de l'archipel. Les Vénitiens se reconnurent maîtres des Sporades, des Gyclades, des îles du golfe Adriatique, de,' la Propontide , de l'Hellespont, des îles de Cianées, des villes de Gipsèdes, Didymotique, Andrinople, et des côtes de la Thessalie. La Grèce vit alors des seigneurs d'Àrgos, de Corinthe, des grands sires de Thèbes, des ducs d'Athènes, des princes d'Achaïe. Les terres situées au delà du Bosphore formèrent un royaume , qui fut donné , avec l'île de Candie , au marquis de Montferrat. Le comte de Blois , devenu possesseur des provinces de l'Asie Mineure , prit le titre de duc de Nicée ou de Bithynie. Les vainqueurs se partagèrent aussi d'autres contrées , les pays des Mèdes et des Parthes , et les royaumes soumis à la domination des Turcs. Enfin Gonstantinople , durant quelques jours, présenta l'image d'un grand bazar, où l'on trafiquait de l'Orient , de la mer, de ses îles et de leurs habitants.

Le Vénitien Thomas, de l'illustre famille de Morosini, fut élevé à la chaire de Sainte-Sophie, et le Pape confirma l'élection du nouveau patriarche. Le clergé de

Page 1