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CHAPITRE X

France et de Venise prit possession des temples de Constantinople. Des prêtres, des évoques latins furent envoyées dans les villes conquises. Baudouin , après son couronnement . écrivit au souverain Pontife pour lui annoncer comment le bras du Tout-Puissant avait couronné la bravoure des soldats de la Croix. Le nouveau monarque , en protestant de sa fidélité au vicaire du Christ , prenait le titre de chevalier- du Saint-Siège. Le marquis de Montferrat , principal chef de la croisade , expédia aussi an message à Rome, pour témoigner de son humble soumission au Siège apostolique. Enfin le doge de Venise lui-même, abaissant sa fierté devant l'autorité pontificale, implora la bienveillance d'Innocent ni.

Quel grand spectacle que celui de ces illustres chefs, conquérants d'un vaste empire, courbant humblement devant le vicaire de Jésus-Christ leurs fronts victorieux e lui demandant en quelque sorte le pardon de leur gloire ! Un autre spectacle plus grand encore est celui de cet admirable pontife, qui, lorsqu'un succès inespéré, en renversant l'empire de Byzance, a soumis de force à son autorité cette moitié égarée du monde chrétien , « et doublé ainsi sa puissance, » comme dit un illustre écrivain, recommande la douceur envers l'Eglise vaincue, et, loin d'exprimer un seul sentiment de joie ou d'orgueil en apprenant cette conquête , refuse de s'associer à la gloire et au triomphe des vainqueurs , repousse toutes leurs » xcuses , tous leurs prétextes religieux , parce qu'ils

kl méconnu dans leur entreprise les lois de la justice

i oublié le tombeau du Christ. C'est que pour lui la

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religion et la justice étaient tout, et qu'il avait identifié sa vie avec la leur \... »

Jetons maintenant un coup d'œil sur la destinée de ce nouvel empire, fondé par quelques seigneurs français, joints à quelques marchands vénitiens. Une armée de vingt mille Croisés avait suffi pour renverser les murailles de la reine du Bosphore. Le bruit de cette étonnante conquête avait réjoui la plupart des peuples d'Occident, et surtout les Chrétiens de la Terre sainte. Les défenseurs des colonies d'outre-mer, las de souffrir en vain tous les maux de la guerre, voulurent partager la fortune et la gloire des nouveaux conquérants; Constantinople reçut dans son sein de nombreux habitants accourus de la Syrie; les chevaliers du Temple et de Saint-Jean vinrent s'abriter dans ses murs. Le roi de Jérusalem, abandonné des siens, demeura presque seul en Palestine.... Mais d'autres guerres partielles devenaient inévitables. Par suite des discordes qui suivent toujours la conquête d'un empire, nos vainqueurs, couverts encore de leurs armes,

* De Montalembert. Hist. de sainte Elisabeth. Introd. « Dans toutes les lettres où Innocent se prononce sur cette conquête et sur ses suites, dit son historien, nous ne lisons nulle part l'expression de cette joie pleine d'émotion qui accompagne l'accomplissement d'espérances depuis longtemps conçues, de projets arrêtés et même de désirs personnels. Mais nous y voyons toujours ce calme qui adore dans tous les événements le doigt de Dieu dirigeant tout vers un but grand et salutaire ; nous y voyons ce désintéressement qui néglige comme accidentel tout accroissement d'état terrestre et de prétendu pouvoir pour le Siège apostolique.... Le ton de ces lettres et leur contenu justifient Innocent de tout reproche d'avoir eu eu vue, pour lui ou le Siège apostolique, un accroissement d'honneurs et de pouvoirs temporels, après et bien moins encore avant la prise de Constantiuople.w hijktkr. llist. du pape Innocent m.

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