‹ ConstantinopleChapitre 57 sur 97 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

placées dans son habileté et sa bravoure. Il eut à comhattre à la fois le roi des Bulgares et Vatace, empereur de Nicée: cent mille hommes vinrent mettre le siège devant Constantinople , livrée à la garde d'un petit nombre de barons et de chevaliers. Cette élite de guerriers fit des prodiges de valeur, et mit en déroute l'armée des assiégeants, qui laissèrent leurs bagages et leur flotte au pouvoir des vainqueurs. L'année suivante, les Grecs et les Bulgares furent encore repoussés et mis en fuite par le vieil empereur et ses chevaliers. Ces victoires , derniers jets d'une puissance prête à s'éteindre, avaient réveillé l'enthousiasme des guerriers de l'Occident. Un grand nombre de Croisés allaient se mettre en route pour Constantinople . lorsque la mort de Jean de Brienne (1237), suspendit les apprêts de la nouvelle croisade, et laissa l'empire latin sans appui, sans résistance. On dit que Jean de Brienne, enrôlé sous les bannières de la Croix, s'était trouvé à la prise de Constantinople par les barons français. Sa destinée fut donc de voir la fin de cet empire dont il avait vu l'origine, et qui le comptait parmi ses vaillants fondateurs.

Baudouin n devait être le dernier empereur latin de Constantinople (1228 — 1261). Pressé par deux puissants ennemis, Asan , roi des Bulgares, et Ducas Vatace, empereur grec de Nicée, ce prince faible, au lieu de résister par lui-même, vint plusieurs fois en Italie, en France ou en Angleterre, pour réclamer des secours du Pape et des princes chrétiens; mais ce fut presque sans succès. Accueilli cependant avec empressement à la cour

du roi Louis ix, il voyait déjà la France s'armer en sa faveur, quand les dispositions défavorables de Frédéric, empereur d'Allemagne, retardèrent les secours et suscitèrent de nouveaux embarras à Baudouin. C'est alors que pour exciter le zèle du saint roi, et pour lui témoigner sa reconnaiseance, Baudouin offrit de remettre entre ses mains un insigne trésor , la sainte couronne d'épines. L'extrême détresse de l'empereur de Gonstantinople l'avait forcé d'engager ce précieux dépôt entre les mains des Vénitiens pour une somme considérable. Le roi de France, agréant l'offre de Baudouin (1239), livra aussitôt la somme nécessaire pour racheter l'auguste relique. On sait avec quelle piété le plus saint de nos rois accueillit ce trésor dans ses états, et comment, pour lui préparer une digne demeure, iJ fit construire près de son palais, dans sa capitale, cette Sainte -Chapelle, qui, restaurée avec tant de soin de nos jours, offre à nos regards charmés une des plus belles merveilles de l'art gothique du treizième siècle f.

Baudouin , parvenu enfin à conduire à Constantinople une forte armée, s'en servit pour intimider Vatace et pour le forcer à une trêve de deux ou trois ans. Menacé bientôt plus vivement (1244), il revint chercher en Occident de nouveaux secours, et après avoir donné à plusieurs peuples le spectacle de la faiblesse , il retourna à Constantinople, vers le temps où saint Louis s'embarquait

1 La sainte couronne d'épines est conservée aujourd'hui encore dans le trésor de Notre-Dame de Paris; et chaque année, pendant les jours de la semaine sainte , elle est exposée , avec quelques autres insignes reliques , à la pieuse vénération des fidèles.

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