CHAPITRE \Il lOt
de l'éphémère et brillant éclat que jeta son règne. Toujours armé . on le voyait presque à la fois apparaître la foudre à la main en Europe et en Asie. Il lit de grandes conquêtes, enleva aux empereurs chrétiens la Bulgarie, la Macédoine et la Thessalie, subjugua la plupart des princes de l'Asie. De retour en Europe , il tailla en pièces, près de Nicopolis sur le Danube, une armée de Croisés, Hongrois, Polonais et Français (28 septembre 1396). Le combat fut terrible. La fleur de la noblesse française, conduite par Philippe d'Artois, connétable de France, le maréchal Boucicaut et Jean comte de Nevers , y trouvèrent une mort glorieuse. Le sultan souilla sa victoire par des actes de cruauté dont le récit épouvante l'âme. Il fit mourir tous ses prisonniers qui refusaient d'embrasser l'islamisme ou ne lui donnaient pas l'espoir d'une riche rançon. Dans cette journée sanglante, le Ciel se peupla de plusieurs milliers de nouveaux martyrs, qui, au sein même d'une défaite, avaient su trouver le chemin de la plus belle des victoires l.
La prise de Constantinople manquait seule à la gloire des armes de Bajazet. Enhardi par ses succès, il assiégea cette capitale, et força l'empereur Manuel à lui payer un tribut. Mais arrêté dans le cours de ses victoires par Tamerlan ou Timour, qui envahit ses états, il expia tous ses sanglants exploits à la bataille d'Ancyre (1402). Là se niùlèrcnt un million de combattants, et le sang humain fat fersé pendant trois jours cl deux nuits. Deux cent
1 On ju-ut voir dans H a m mer (liv. vi) un récil de cet horrible -acre de plus <le <lix mille prisonniers.
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quarante mille hommes laissés sur le champ de bataille attestèrent une bravoure et une fureur égales de part et d'autre. Vaincu, fait prisonnier, Bajazet fut amené dans la tente de Tamerlan , qui ne l'enferma point dans une cage de fer, comme on Ta répété, mais le traita au contraire avec égard et dignité \ Bajazet mourut dans son camp, frappé d'apoplexie, après huit mois de captivité mémorable, exemple d'un de ces revers de la fortune dont sont remplies les annales des souverains.
Mahomet ier, fils de Bajazet, pendant un règne de huit ans , relève et raffermit l'empire ébranlé par Tamerlan : il assiège en vain Gonstantinople, soumet les Servions et les Bosniaques. Il forme une armée navale, dispute à Venise l'empire de la mer, et meurt à quarante-sept ans (1421). Àmurat n, son fils, recommence les conquêtes et les progrès; il assiège à son tour Constantinople (1422), qu'une apparition merveilleuse , dit-on , protège contre l'ennemi 2 ; il prend d'assaut Thessalonique et s'empare de la Morée, rend tributaires les princes de Bosnie et d'Albanie; il bat successivement Ladislas et Jean Huniade, rois de Hongrie. Scanderberg, prince d'Epire, arrête le cours de ses victoires. Amurat meurt à Andrinople (1451). Un jeune sultan de 21 ans monte sur le trône : c'est le fils d'Amurat, c'est Mahomet n, dont l'apparition, signal
1 Voir dans Hammer (liv. vi) une longue discussion à ce sujet.
* C'est dans ce siège de Constantinople par Amurat n , qu'au rapport de quelques historiens , une apparition de la Vierge Marie mit en fuite les Turcs et ranima la confiance des Grecs. Nous mentionnons le fait seulement. (V. pour les détails Y Histoire de l'empire ottoman, par llammcr, liv. x.)