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CHAPITRE II

Au commencement du septième siècle , l'empereur Héraclius avait en outre enserré le faubourg des Blaquerncs dans la cité nouvelle. Au siècle précédent, l'empereur Anastase avait fait construire le long mur extérieur de vingt l-ieds d'épaisseur, qui , s'étendant du Pont-Euxin à la Propontide, servait de ceinture à toutes les maisons de plaisance des environs, pour les protéger contre les fréquentes incursions des barbares.

Et maintenant, si nous énumérions les monuments ou édifices de toute sorte compris dans cette vaste enceinte , nous trouverions cinq citadelles, indépendamment de l'acropole, assise à la pointe orientale; quarante-trois portes , dont douze sur le port , treize sur la Propontide , et dix-huit à l'ouest; dix-sept places publiques; douze aqueducs, grands réservoirs ou nymphœa ; vingt-quatre bains publics , vingt et une citernes , deux théâtres , deux gymnases, un amphithéâtre, un stade et un magnifique hippodrome, où Constantin avait réuni tous les chefsd'œuvre de la sculpture. Parlerons-nous du grand palais, dont les dépendances formaient toute une ville?... On comptait dix -neuf autres palais et une foule d'autres édifices de tout genre. Au milieu de ces trois cent soixante églises, celle de Sainte-Sophie, qui était la principale, s'élevait radieuse et dominait toutes les autres, comme aujourd'hui Saint-Pierre de Rome domine les quatre cents temples de l'auguste métropole du monde chrétien. Gonstantinople, devenue ainsi en tous points la rivale de Rome, se glorifiait à juste titre de sa splendeur et de sa magnificence, A peine fondée, elle avait vu son importance

s'accroître progressivement aux dépens de celle de Rome , déchue et négligée par les empereurs. Ses écoles, déjà célèbres, où enseignait Libanius, où venaient étudier les Pères de l'Eglise grecque, saint Basile et saint Jean Bouche d'or, étaient, au quatrième siècle, fréquentées comme celles de Rome et d'Athènes. La belle capitale de l'empire d'Orient, bâtie à l'ombre de la Croix, voyait devant elle un long avenir de gloire et de prospérité. Elle avait quelque droit d'y prétendre ; mais , hélas ! ses empereurs qui l'ont faite si belle, s'imprégnant de l'esprit subtil, raisonneur et tracassier des Grecs, source de tan! d'hérésies qui ont ensanglanté le monde et l'Eglise, vont bientôt ternir eux-mêmes l'éclat de cette gloire et arrêter la marche de la fille de Constantin vers son glorieux avenir. « Constantinople naquit chrétienne, dit Chateaubriand; elle n'eut point , comme Rome , a renier un autre culte , mais elle défigura l'autel que Constantin lui avait donné. » Combien la belle capitale de l'Orient eût été plus heureuse, combien sa gloire eût été plus pure, si le Soleil de la vérité eût toujours brillé radieux dans son sein , comme l'astre éclatant et pur qui éclaire et vivifie ses beaux rivages!

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