CHAPITRE XIT
clamaiion dans laquelle il promettait des timars et môme des sandjaks aux premiers qui monteraient sur les remparis: mais il menaçait de la hache du bourreau la tête de ceux qui voudraient échapper au danger par la fuite. Les derviches parcouraient le camp, en conjurant les Musulmans, au nom du Prophète et de son porte-étendard Evoub, de planter les drapeaux de l'islamisme sur les créneaux de la ville des infidèles. Au commencement de la nuit, la trompette donna le signal d'une illumination générale. Toutes les tentes, sur les rives du Bosphore et sur les hauteurs de Galata , resplendirent de lumière. Dans toute la partie inférieure du port, et sur toute la ligne du continent , depuis le palais des Blaquernes jusqu'à la porte dorée, on entendait retentir des chants et ce cri mille fois répété : // n'y a d'autre Dieu que Dieu , et Mohammed est son prophète. Dieu est un , et nul n'est semblable à lui. Les assiégés, entourés ainsi d'un demi-cercle de feu, purent croire qu'un vaste incendie s'était déployé sur le camp et sur la flotte des Turcs; mais bientôt les chants et les danses des derviches leur annoncèrent que l'ennemi célébrait d'avance sa victoire. La ville offrit alors un douloureux spectacle. Au milieu des ténèbres , les habitants couraient et s'agitaient pele-môle, dans un commun désespoir. Du sein de la foule s'élevait une plaintive et lugubre prière : « Kyrie eleison! Kyrie eleison! Détournez de nous, ô Seigneur, vos justes menaces, et délivrez-nous de nos ennemis. » Chacun venait se prosterner devant l'image de la Vierge et s'accuser de ses péché* comme à l'heure de la mort.
» Ne pouvant plus douter que les Ottomans ne se préparassent à l'assaut , Constantin , pour ranimer le courage des soldais, vint lui-môme inspecter tous les postes. Il assembla la noblesse grecque et l'élite des auxiliaires d'Europe , et les exhorta à faire leur devoir et à suivre son exemple.... Cependant on se prépara au combat. A la porte de Saint-Romain , où se concentra l'attaque , se trouvaient l'empereur lui-même, don Francesco de Tolède, Giustiniani et les trois cents Génois, l'élite de la garnison.... Il y avait en tout douze postes , dont deux seulement occupés par les Grecs; les dix autres étaient confiés à la garde d'officiers génois, vénitiens, espagnols, russes et allemands. Les forces de la garnison ne s'élevaient pas à plus de neuf mille hommes. Mais les Grecs n'avaient d'espoir qu'en la sainte Vierge, qui au dernier siège avait paru, disaient-ils, miraculeusement sur les remparts et jeté le désordre dans les rangs des Turcs. Depuis la semaine de Pâques , où commença le siège , son image miraculeuse était exposée dans l'église, et la vierge Hodégetria^ située au milieu de l'Àcropolis, sur l'emplacement qu'avait autrefois occupé l'autel de Minerve Embasia....
» Le lendemain 28 mai, le sultan prit toutes ses positions : du côté de la terre, une colonne de cent mille hommes se rangea en bataille sur la droite du camp, en face de la porte d'Or. Une autre de cinquante mille s'échelonna sur la gauche. Cent mille hommes formaient la réserve; Mohammed se tenait au centre avec ses quinze mille janissaires. Du côté de la mer, quatre-vingts galères garnissaient, dans l'enceinte même du port, l'espace