CHAPITRE MI
compris entre la porte de Bois et celle de Platéa
» Au coucher du soleil, tout le camp des Turcs était «Hait en mouvement; le cri de La Ilah illalah! se mêlait au bruit des armes, aux fanfares des clairons : le sultan passait ses troupes en revue et haranguait ses généraux. De son côté , l'empereur s'était rendu à l'église de Sainte- Sophie, suivi des grands de sa cour. Il y fit pénitence publique et reçut la communion au milieu d'une foule immense qui éclatait en sanglots. Tranquille désormais pour le repos de son âme, Constantin ne songea plus qu'au salut de l'empire. Il monta immédiatement à cheval et parcourut tous les postes de la ville, encourageant les troupes et les habitants par son exemple et ses discours. L'historien Phranzès , dont nous suivons pas à pas le récit, Taisait partie du cortège. Personne ne dormit cette nuit-là, ni sur les remparts ni sur les tours. Le lendemain 29 mai, au premier chant du coq, chacun était debout et sous les armes; l'empereur, à la porte de Saint-Romain, attendait l'ennemi, résolu de vaincre ou de s'ensevelir sous les ruines de sa capitale....
» L'assaut commença au point du jour, et s'étendit en un instant sur toute la ligne, du côté de la terre et du côté du port. Mohammed, pour fatiguer les Grecs et ménager ses troupes d'élite , fit marcher en avant les recrues et les invalides ; les batteries des assiégeants furent dirigées toutes à la fois contre la ville ; bientôt les cris des blessés K des mourants se mêlèrent au bruit des trompettes , des tambours et aux décharges de la mousqueterie. Cependant il y avait déjà deux heures que le combat durait , et mal-
gré les tschaouscles qui stimulaient le courage des soldats avec des nerfs de bœuf et des baguettes de fer, malgré Mohammed lui-même , qui tour à tour employait les éloges, les menaces, et ne laissait pas reposer sa masse de fer, les Turcs n'avaient pas gagné encore un pouce de terrain . Une grêle de pierres et de flèches tombait des remparts ; les échelles des assaillants étaient brisées. Le feu grégeois coulait à flots sur les navires , et serpentait de toutes parts sur les eaux; la ville avait disparu sous d'épais nuages de fumée. L'empereur, secondé par Théophile Paléologue et Démétrius Cantacuzène , repoussait avec succès les assaillants , et la fortune semblait se déclarer pour les Grecs, lorsque Giustiniani fut légèrement blessé. Cédant à la douleur, il demanda à Constantin la permission de se retirer sur son vaisseau pour panser sa blessure. Celui-ci essaya en vain de le retenir : « Votre blessure n'est pas grave, dit-il, et d'ailleurs comment sortirez-vous d'ici? — Je suivrai la voie que Dieu lui-même a ouverte aux Turcs , » répondit Giustiniani ; et il se réfugia à Galata , oubliant toute une vie de gloire et la déshonorant à jamais. La retraite de Giustiniani , jusque-là si brave et si fidèle , jeta la consternation parmi les assiégés. Saganos, s'apercevant de quelque désordre dans leurs rangs , réveille le courage des janissaires. L'un d'eux, Hasan-d'Ouloubad , d'une taille gigantesque et d'une force prodigieuse, DMtflte à l'assaut la tête couverte de son bouclier, et tenant un cimeterre de la main droite ; il arrive sur le rempart , avec trente de ses compagnons. Dix-huit sont précipités à la fois ; Hasan lui-même est atteint d'une pierre et tombe ;