‹ ConstantinopleChapitre 72 sur 97 · CHAPITRE XII 17i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII 17i

il se relève à moitié et cherche à se défendre encore avec son bouclier; mais affaibli par sa blessure, il le laisse échapper de ses mains, et disparaît sous une grêle de floches.

» Pendant que la porte Saint-Romain opposait une telle résistance, la ville était envahie d'un autre côté. Constantin , par une imprévoyance funeste , avait fait ouvrir, la veille du jour où se livrait l'assaut, pour faire une sortie sur le camp de Mohammed, la porte Cercoporta; par une autre imprévoyance, cette porte n'avait pas été refermée. Cinquante Turcs en forcèrent le passage presque sans obstacle et fondirent par derrière sur les Grecs. Cette nouvelle terrible vole rapidement du port à la tour de Saint-Romain, et jette l'effroi dans les rangs déjà bien édaircis de ceux qui combattent autour de l'empereur. Théophile Paléologue , don Francisco de Tolède et Jeanle-Dalmate, font en vain des prodiges de valeur. Constantin , voyant l'inutilité de ses efforts et la masse d'ennemis qui se répand de tous les côtés dans la ville, se précipite sur les Turcs en invoquant la mort. Abandonné des siens , il s'écrie : « N'y aura-t-il donc pas un chrétien pour me tuer ! » Au même instant il reçoit deux coups de sabre , l'un dans le visage, l'autre asséné par derrière, et tombe confondu dans la foule des victimes.

» Les Turcs entraient en même temps par la porîe Charsias ou Caligaria sur un monceau de cadavres qui remplissaient le fossé , et massacraient tout ce qui paraissait, devant eux, s'imaginant avoir à combattre une garnison •1»-' cinquante mille hommes; mais le carnage cessa dès

qu'ils eurent reconnu la faiblesse des Grecs.... Les habitants s'étaient précipités en foule vers le port dont l'ennemi ne s'était pas encore rendu maître, car il avait été repoussé de la porte souterraine d'Eghri - Kapou ; mais l'entrée du port étant trop étroite pour les flots de peuple qui s'y pressaient et grossissaient à chaque instant, un très-petit nombre put parvenir à s'y réfugier : les soldats qui en gardaient les portes, songeant à leur propre salut, les fermèrent et jetèrent les clés à la mer. Ils espéraient, d'après une ancienne prophétie, que les Turcs, aussitôt qu'ils seraient arrivés sur la place du Taureau (Taoukbazari), seraient arrêtés et accablés à leur tour par les assiégés. Les fuyards, repoussés du port, se portèrent à l'église de Sainte-Sophie, et y entrèrent pêle-mêle, hommes, femmes, vieillards, enfants, moines et religieuses; ils attendaient là , mais en vain , l'apparition de l'ange qui , suivant une autre prophétie, devait descendre du ciel au moment où les infidèles s'avanceraient vers la colonne de Constantin le Grand....

•» Aucun miracle ne devait sauver l'empire : les portes furent enfoncées à coups de hache; les Turcs se répandirent dans les rues comme un torrent, et le pillage commença, pillage que rien ne put arrêter; ni les sanglots des femmes, ni les cris des enfants, ni les imprécations des blessés. Tl n'y avait pas de frein pour les soldats enivrés par la victoire. La jeunesse, la beauté, la fortune décidaient seules du choix qu'ils faisaient au milieu de ces créatures tremblantes, devenues leur proie par le droit de la guerre. Les prisonniers, sans distinction de

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